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Ahmed OUYAHIA , SG du RND – 18 mars 2017 dans la wilaya Illizi

L’opposition constitutionnelle

 


II – L’opposition constitutionnelle (suite)
1- La mouvance islamiste (suite)

Les «janvieristes» Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Mohamed Lamari, Smaïn Lamari, Mohamed Médiène et Mohamed Touati avaient, pour eux, la puissance de feu, l’unité de rang et la discipline des troupes placées sous leur autorité, mais, contre eux, la méconnaissance d’un terrorisme très mobile, déterrant et recyclant les organigrammes, les caches et les circuits de collecte d’armes et d’argent de l’ALN et du FLN du temps de la Révolution. A leur passif, également, une communication archaïque, débordée par la propagande des gorges profondes du DRS — le colonel Samraoui, en particulier — et des partisans du «qui tue qui ?» orchestrée par les services secrets français via les éditions La Découverte. Plus que ces embûches auxquelles ils avaient été, probablement, éveillés, c’était de l’illégitimite du HCE et de la leur, propre, qu’ils souffraient le plus, parce qu’elle les inscrivait, dangereusement, sur les listes douteuses promises au Tribunal pénal international par les Etats et les ONG étrangers hostiles «à la dictature militaire».
Le président Mohamed Boudiaf, appelé à la rescousse, sembla, un moment, pouvoir pallier le déficit ; pas pour longtemps ; assassiné, sa disparition reposa la question avec plus d’acuité. Son remplacement par le Président Ali Kafi ne régla pas, à son tour, le problème dans la mesure où l’homme qui ne tardera pas à jeter l’éponge ne disposait d’aucun pouvoir réel — autrement que moral — pour solutionner la crise dans les formes et aux conditions qu’il avait laissé entendre à ses proches.
L’arrivée, en 1994, de Liamine Zeroual, ministre de la Défense, à la «Présidence de l’Etat» — une seconde institution extraconstitutionnelle — chargée de faire revenir la Direction du pays à la légitimité qui lui manquait pour se défendre vis-à-vis de l’extérieur, dans un climat d’état d’urgence, de suspension de la Constitution et de dissolution des institutions élues — fut la solution de la dernière chance tentée par les chefs militaires.
Le président Zeroual et le général Mohamed Betchine rappelés en urgence, après avoir été obligés par Chadli Bendjedid de quitter, en 1988, leurs postes de commandement à l’ANP, avaient un profil — anciens officiers de l’ALN montés au maquis à l’âge de 16 ans — qui ne coïncidait pas, tellement, avec celui des «dafistes», une nuance de taille, passée inaperçue à ce moment-là, mais qui refera surface, intempestivement, en 1998, lorsque fut conclue par l’état-major avec Madani Mezrag la reddition de l’AIS (Armée islamique du salut), le motif prêté au Président pour justifier, en cercle restreint, une démission qui surprit tout le monde.
Finalement, et bien avant cet autre épisode crisogène, le sauvetage ne vint que du peuple qui défia l’interdit du terrorisme en se rendant, en masse, aux urnes pour élire, en novembre 1995, un nouveau président de la République, dans ce que furent les premières élections pluralistes où concoururent d’autres candidats comme Mahfoud Nahnah, président du Hamas, Noureddine Boukrouh, président du Parti du renouveau algérien, d’obédience bénabiste, et Saïd Sadi, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie. L’exemple donné par la communauté algérienne résidant à l’étranger fit boule de neige dans le pays où, pour une fois, un scrutin national brilla par sa transparence et le Président, plébiscité par un score reflétant la réalité, le seul, de mémoire d’Algériens indépendants, à s’être distingué par sa régularité.
La défaite de l’aile militaire du FIS entrecoupée par le détournement de l’Airbus d’Air France, les massacres de Bentalha, Raïs, Béni Messous et Haï Chekala qui firent dépêcher à Alger une mission d’enquête onusienne présidée par Mario Soares, commença à être consommée à partir de cette date.
Plusieurs mesures préventives furent prises contre un éventuel retour de flamme de la guerre : une nouvelle Constitution institue, en 1996, l’alternance et la limitation des mandats assortie de l’interdiction de l’utilisation de la religion et des symboles de la nation à des fins politiques. Une Commission nationale consultative de défense et de promotion des droits de l’Homme ainsi qu’un Conseil de la nation où un tiers des membres, dit tiers présidentiel bloquant, sont nommés par le chef de l’Etat, l’une pour contenir les dépassements des services de sécurité, l’autre pour servir de rempart à l’action législative contre tout risque de déviation partisane. Suivra, dans un esprit d’apaisement, la loi portant rahma(9) dont certaines dispositions furent contestées par les familles des victimes du terrorisme en raison de leur caractère jugé injuste car faisant la part belle aux repentis, absous de leurs crimes, sans confrontation publique avec leurs suppliciés ni comparution devant des tribunaux.
Le Haut-Commandement de l’armée sortit vainqueur de l’épreuve. Il se paya même le luxe de coopter dans le gouvernement d’anciens dirigeants du FIS comme Ahmed Merani après Abdelkader Guechi et Sassi Lamouri débauchés en 1992. Et, bientôt, sera mise sur pied une coalition ouverte aux entristes du MSP. Il pouvait, ainsi, tourner la page de la révolte des «émirs», les Zouabri, les Ayada, les Hattab, les Achi… et, dans la foulée, celle de Zeroual et de Betchine obligés de passer la main, suite aux réserves émises sur les accords passés avec l’AIS.
Dans l’intermède, ces derniers avaient couvert de leur silence la sanction infligée au FLN de Abdelhamid Mehri, signataire du contrat de Rome, renversé par un «coup d’Etat scientifique» et condamné à contempler, en spectateur impuissant, l’exfiltration de sa base vers un parti jumeau, le RND (Rassemblement national démocratique) à qui fut offerte, en juin 1997, une majorité de gouvernement après 6 mois seulement d’existence.
Les potences promises aux généraux par Mohamed Saïd à la mosquée El-Arkam de Châteauneuf en décembre 1991 n’étaient plus qu’un lointain et mauvais souvenir… Pour boucler ce processus de normalisation messianique, il ne restait plus aux «janvieristes» qu’à consacrer, politiquement, leur victoire militaire par l’intronisation d’une autorité civile élue, «à la régulière», qui leur ouvrirait, après l’échec des cartes Boudiaf et Zeroual, les portes de la rédemption internationale.
La personnalité déjà sollicitée, en vain, en 1994, mais partante, cette fois-ci, avait pour nom Abdelaziz Bouteflika, un homme bien informé sur ce qui se passait, réellement, dans les abysses d’un système dont il avait été longuement familier par le passé. D’entrée, il abattit sa première carte : il n’accepterait jamais d’être un figurant et d’obéir à des officiers qu’il avait précédé dans les fonctions du commandement, dans l’intimité du Président respecté par tous les Algériens : Houari Boumediène.
A son arrivée à El-Mouradia, le président Abdelaziz Bouteflika n’avait, de toute évidence, aucune recette prête à l’usage pour remettre l’Etat sur l’axe qu’il n’aurait pas dû, selon son analyse, quitter, mais il avait certainement une intuition sur ce qu’il fallait entreprendre afin d’inverser les rapports hiérarchiques entre la présidence de la République et l’institution militaire, «pervertis» par une pratique «qui ne répondait plus aux normes mondialisées».
Il savait la tâche ardue et la perspective lointaine. Les services de renseignements, colonne vertébrale du pouvoir, renforcés, dans le feu de la lutte anti-terroriste, par la concentration, entre leurs mains, de tous les pouvoirs régaliens n’étaient pas faciles à manier. Pas plus que le général-major Mohamed Médiène, l’autorité suprême, mystérieuse et inaccessible de l’Etat réel. Aussi il se prépara à mener une longue guerre d’usure dans laquelle il ne disposait que d’une seule arme dans le maniement de laquelle il était passé maître : la manœuvre politique et, accessoirement, d’un levier, non moins dissuasif : le réseau de relations qu’il avait tissé avec les leaders politiques, diplomatiques et médiatiques du monde, durant son long règne sur la politique étrangère du gouvernement algérien.
Sa première action tactique fut de soumettre, par référendum, au peuple, la loi portant charte de la paix et de la réconciliation nationale par laquelle il retoqua celle du président Zeroual, ce qui lui permit de faire coup double : avoir la haute main sur la politique de pacification qui portera sa griffe personnelle ; et s’auto-légitimer, parce que la légimité que lui conféra l’élection solitaire de 1999 lui parut aléatoire parce que fausse.
Son territoire ainsi balisé, il travailla à l’étendre, progressivement, grignotant, à chaque étape, un peu plus de prérogatives, avec en ligne de mire un but stratégique : subordonner le militaire au politique.
Deux tâches lui semblèrent prioritaires dans la gestion de cette perspective :
– donner à la mouvance islamiste des gages sur sa volonté de réconcilier les différents acteurs de «la tragédie nationale» : il ne faisait pas mystère de sa conviction que l’armée avait une part de responsabilité dans la crise. Il décida, donc, de libérer Abassi Madani et de le faire expatrier, une façon de le soustraire à ceux qui seraient tentés d’en user comme d’une monnaie d’échange ;
– replacer le FLN au-devant de la scène politique, en abrogeant l’excommunication qui l’avait éloigné, et rééquilibrer le rapport des forces dirigeantes du pays dans le sens d’un retour du Front à la place qui lui revenait «de droit» : le leadership de l’Etat et de la société.
Le président Abdelaziz Bouteflika n’avait, à aucun moment, admis l’idée que l’Algérie et les Algériens étaient prêts, politiquement et culturellement, à vivre sous le régime de la démocratie. Dans la pensée du démocrato-sceptique qu’il était, celle-ci ne saurait fonctionner, autrement, que selon la mécanique obsolète de la moubayaâ, une gouvernance dirigiste à consonance mystique.
On verra dans les prochains chapitres de cette étude, lorsque sera abordé le bilan de l’action de l’opposition constitutionnelle et celui des réformes initiées, en 2008, en 2012 et en 2016, si son avis sur la question a muté ou non et si la notion même d’opposition et de classe politique est demeurée en l’état ou transformée.

2- Le Mouvement de la societé pour la paix
Le Mouvement de la société pour la paix se situe sur l’autre versant de la mouvance islamiste, le versant qui regroupe les partis fondamentalistes dits modérés, ulémistes de cœur et frères musulmans de raison.
Chevillé à une certaine idée qu’il a de la realpolitik algérienne, le MSP a tout fait pour ne pas être entraîné dans la politique jusqu’au-boutiste du FIS, collé — lorsqu’il le fallait — aux basques des centres de décision desquels il ne s’était jamais éloigné, mais, toujours, à l’écoute des pulsations de l’organisation-mère et de ses satellites, le Hamas palestinien, en particulier, auquel il emprunta sa première dénomination. Il fut, quelque part, un Pags de droite, lové dans le giron du pouvoir qui eut la prescience de miser sur lui, en même temps que sur les zaouïas, quand la survie dicta de contenir, à tout prix, les premiers déferlements du salafisme qui menaçaient de tout emporter sur leur passage.
Ce mouvement de balancier qui le caractérisa, qualifié par ses adversaires d’opposition molle, il le dût, par-dessus tout, à son concepteur et leader charismatique, cheikh Mahfoud Nahnah(10), l’islamiste en alpaga, un personnage d’apparence débonnaire en qui certains Algériens avaient, même, vu un éventuel successeur au président Chadli Bendjedid auquel il ressemblait par ses airs de paterfamilias attentionné. Avec quelques compagnons dont Mohamed Bouslimani, son homme de confiance, paraissant tout aussi «éclairés» que lui, il cultiva cette image de partisan du juste milieu qui réactualisa, dans son projet, un vieux précepte de Cheikh Abdelhamid Ben Badis : une société ne peut se libérer et s’accomplir que par l’éducation, pas par la violence ; cela lui valut l’aversion des militants du FIS qui l’accusèrent d’avoir appuyé l’interruption du processus électoral.
Certains iront jusqu’à lui jeter leurs chaussures à la face lors d’un de ses sermons à la mosquée El-Kawtar de Blida.
Derrière cette vitrine lisse se dérobait, cependant, l’autre facette du cheikh : le gourou qui développait dans ses prises de parole une force de persuasion telle que beaucoup de jeunes Algériens, subjugués par sa rhétorique, se retrouvèrent en Afghanistan en train de combattre les Soviétiques.
Et pas que. Il fut le premier dirigeant islamiste à opérer la jonction entre le fondamentalisme et les milieux d’affaires.
Né en 1942 — une date qui fut à l’origine du rejet de sa deuxième candidature aux présidentielles de 1999 —, il grandit dans la tradition des associations caritatives dotées par les commerçants. Il en créa une avec Ahmed Sahnoun et Mohamed Bouslimani qui eut une carrière renommée : El-Islah oua El-Irchad dont les contributeurs étaient les bazaristes à la recherche d’un sauf-conduit de probité morale et religieuse ; ce que «les barbeflènes» et le RND, les futurs partenaires du MSP, dans la coalition gouvernementale, imiteront, avec zèle, dans l’établissement de leurs listes de candidats aux élections et l’administration de leurs campagnes électorales.
Le ménage à trois, religion, politique et argent – une autre première en Algérie – venait d’être breveté.
Le MSP était, par sa base sociale et son programme, tout à fait indiqué pour en jouer la partition. C’est qu’il avait tout du parti patricien, parfaite équation de la fusion entre le prosélytisme et la finance, fortement soulignée par l’indice de pénétration important dont il était crédité dans la bourgeoisie informelle, les classes moyennes et aussi chez les intellectuels arabophones, formés ici, au Proche-Orient et dans les pays du Golfe, plutôt que dans les classes populaires — inconditionnellement «fissistes» — où son attractivité était faible, pour ne pas dire nulle.
Son programme dont le flou lui permettait de varier, opportunément, les positions tenait en une seule formule transformée, circonstantiellement, en slogan électoral : «L’Islam est la solution.»
C’est avec ce viatique à la carte — un paravent repoussoir de l’extrémisme — qu’il creusa, patiemment, son sillon dans les terres de l’Etat algérien, réussissant là où les marxistes échouèrent et démontrant aux sceptiques que l’islamisme politique pouvait, en jouant le jeu du système, se faire délivrer un visa d’entrée au Palais, à la condition d’être conciliant et de modérer ses appétits ; un état de grâce ponctué par les 25% des suffrages exprimés (3 millions de voix) obtenus par Mahfoud Nahnah à l’élection présidentielle de 1995, puis par les 38 sièges «conquis» aux élections législatives de 2002 et par les 52 attribués par celles de 2008 sous le mandat de Bouguerra Soltani, successeur du président décédé en juin 2003.
Le sens de la prospective et le pragmatisme de ce dernier manquèrent, néanmoins, au parti. La disparition du cheikh ouvrit les portes aux scissions provoquées par le soutien «illimité» apporté par l’aile Soltani au programme du président Bouteflika et à ses 3e et 4e mandats.
La première division entraîna la création, en 2009, par Abdelmadjid Menasra du Front du changement, une brèche dans laquelle s’engouffra, après son 5e congrès de 2013, le parti, dans son ensemble, ravi à la direction de Soltani remplacé par Abderrazak Makri. Le MSP quitte la coalition tripartite pour l’opposition, par crainte d’une désertion massive de sa base croyant, un moment, pouvoir embarquer dans le train des «révolutions arabes».
Le désenchantement n’aura d’égal que la démesure de l’illusion.
Le parti, déstabilisé par le divorce de Amar Ghoul et la formation de TAJ (Tajamoû Amal El-Djazaïr), rongé aussi par la perte amère des départements ministériels – Commerce, Tourisme, Industrie et Pêche – qu’il fit gérer, durant 15 ans, par Abdelkader Bengrina, Bouguerra Soltani, Abdelmadjid Menasra, Amar Ghoul et El-Hachemi Djaâboub, cherche à renouer avec l’entrisme et à revenir au gouvernement. L’expérience de l’opposition totale n’ayant pas été payante, il parie sur les élections législatives de 2017, placées sous le signe du retour des sécessionnistes à la maison-mère, pour réactiver les recettes du passé.

3- Le parti Ennahda
Le parti Ennahda a pris sa source dans une filiation née dans les contrées Koutama du Nord constantinois, à Jijel, Skikda, Mila et El-Milia, là où tissa la toile de la daâwa ulémiste, cheikh Embarek El-Mili, l’auteur de la première Histoire contemporaine de l’Algérie rédigée en arabe et publiée, en 1930, l’année du Centenaire de la colonisation.
Saâd Abdallah Djaballah, natif de la région, formé dans ses écoles coraniques réputées pour leur rigorisme et plus tard à l’université des sciences islamiques Emir-Abdelkader de Constantine, dirigée par l’imam Mohamed El-Ghazali, un des chefs égyptiens de l’organisation des Frères musulmans, n’eut aucune peine à en utiliser le patrimoine conservateur comme rampe de lancement, à l’âge de 33 ans, en prenant la tête du parti qu’il fonda en 1989.
L’arrogante domination du FIS le repoussa à l’arrière des frontières de la tradition badisienne avec l’esprit de tolérance de laquelle il prit, nettement, ses distances, en épousant, dans un oppositionnisme pur et dur, une approche dogmatique dans le débat national sur les questions doctrinales et socio-politiques de l’heure : code de la famille, éducation, organisation du pouvoir…
Par cet alignement situé à droite de celui de Hamas, il se priva de toute marge de secours qui lui aurait été utile le moment venu.
Imperméable aux sollicitations officielles, refusant de passer pour un relais, parce qu’il avait été un activiste réfractaire, plusieurs fois emprisonné dans les années 80, il préféra poursuivre la chimère de gagner à ses thèses les franges du FIS hésitant à se lancer dans la galère de la désobéissance civile.
Mais, démuni des moyens de sa politique — ténors de l’envergure de ceux du FIS et relations avec les milieux d’affaires de la puissance de celles de Hamas —, il perdit sur les deux tableaux : celui de la concurrence avec le Front islamique et celui de l’opposition virulente au pouvoir.
En face du FIS, parti plébéien, recrutant par-delà les îlots de la caste élitiste des Frères musulmans, il ne fit pas le poids, emporté par les vagues de 1990 et 1991, sans avoir pu inscrire le moindre point gagnant.
Dans sa bataille contre le pouvoir, il n’eut pas, non plus, gain de cause. Son parti fut redressé à deux reprises : en 1998 lorsque son rival, Lahbib Adami, le supplanta à la présidence du mouvement ; revenant à la charge avec une seconde formation — El-Islah , il est, une fois encore, démis de ses fonctions par Djahid Younsi et dut ronger son frein jusqu’en 2011 pour se relancer sur la scène politique avec El-Adala (le Front de la justice et du développement). Le seul résultat dont il pouvait s’enorgueillir était celui obtenu aux législatives de 1997 (43 sièges) et la troisième place qui lui fut «généreusement» concédée, aux présidentielles de 2004, pour «ennuyer» Ali Benflis, «l’impertinent chef du gouvernement qui osa braver l’autorité de son bienfaiteur de Président».
Dans la perspective des consultations d’avril 2017, poussé par des vents qu’il estime être plus favorables, il parvient à récupérer et à replacer, sous son égide, ses partis perdus, s’allie à El-Bina de Ahmed Dane et repart à la conquête d’un nouveau souffle, soutenu par les députés Aribi et Benkhellaf, les porte-parole de la mouvance au Parlement…

4- El-Oumma
La surprise fut grande dans l’opinion ainsi qu’au sommet de l’Etat quand Benyoucef Ben Khedda, le deuxième président du GPRA, annonça la création du parti El-Oumma.
Que venait faire dans l’arche de l’islamisme politique ce dirigeant de la première heure du PPA-MTLD, surnommé par la presse coloniale française «le Chinois», après son voyage remarqué de 1961 en République populaire de Chine ? A première vue, le positionnement de celui qui se retira de la course au pouvoir en 1962, sans opposer de résistance à l’EMG, par souci de préserver la paix civile, manquait de cohérence d’autant que le sigle du parti faisait référence à la «oumma», une communauté plus large, dans l’acception de l’islamisme, que celle à laquelle renvoie le concept classique de Nation.
A première vue, seulement, si on oublie que dans l’appel lancé, en 1976, avec Ferhat Abbas, Hocine Lahouel et cheikh Kheireddine, l’auteur des deux ouvrages, Les Accords d’Evian et Les origines du 1er Novembre 1954, s’associait à la critique de la Charte nationale aux résonances soupçonnées marxisantes et en appelait au retour aux sources : les principes de l’Islam dont la Proclamation de Novembre avait fait l’un des cadres référentiels de l’Etat indépendant à venir.
Dans le préambule des statuts du parti, il précise sa pensée : El-Oumma est appelée à être le creuset où viendront se fondre les nationalistes et les islamistes unis contre les influences idéologiques étrangères ; une formule expérimentale qui, dans le contexte ambiant, n’avait pas convaincu. Ahmed Ben Bella l’avait devancé sur ce terrain et bien d’autres petits partis séduits par la mode de la confessionnalisation de la politique lui emboîtèrent le pas, sans avoir obtenu le moindre retour d’écoute. Dans la même mesure que Hamas, Ennahda et le MDA, le parti de Benyoucef Ben Khedda découvrit, à son détriment, qu’il n’était pas de taille à affronter le rouleau compresseur du FIS.
C’est pourquoi il se contenta d’une existence symbolique jusqu’à son autodissolution. Confondu avec son fondateur, il finit par céder la place à une association caritative et de défense des droits de l’Homme codirigée par son fidèle adjoint Abderahmane Kiouane.

5- Le Parti de la liberté et de la justice

Dernier-né de la mouvance islamiste, en décembre 2008, le PLJ était, en réalité, le succédané du parti Wafa du Dr Ahmed Taleb El-Ibrahimi auquel le ministère de l’Intérieur refusa, en 1999, d’accorder l’agrément, justifiant sa décision par «la présence dans la liste des fondateurs d’anciens militants du FIS», tombés sous le coup de l’interdiction d’activer dans une formation politique.
Et c’est à Mohand Oussaïd Belaïd, un des proches collaborateurs de l’ancien ministre de l’Information et de la Culture du président Houari Boumediène, que reviendra la charge de diriger le parti derrière lequel se profilait, dans l’ombre, la silhouette du fils du cheikh Bachir El-Ibrahimi, l’ancien représentant de l’Association des ulémas au Proche-Orient et dans les pays du Golfe.
La ligne équilibrée de ses rapports avec le pouvoir fut récompensée, en septembre 2012, par l’intégration de son secrétaire général dans le gouvernement, au poste de ministre de la Communication, qu’il quitta une année après, tout en continuant à observer une gestion politique prudente qui sera couronnée par l’acquiescement des autorités à l’élection de l’ancien journaliste du Jeune Musulman et ancien président de l’Ugema (Union générale des étudiants musulmans algériens) à la présidence d’honneur du PLJ, une façon d’apurer le dossier de Wafa et de le régulariser sous un autre sigle. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question dans le chapitre dédié aux partis fondés par les dirigeants dissidents du FLN : Kasdi Merbah (Majd), Rédha Malek (ANR), Ahmed Taleb El-Ibrahimi (Wafa), Sid-Ahmed Ghozali (Front démocratique) et Ali Benflis (Talaïe El-Houriyate)…
Au terme de cette analyse de l’islamisme politique en Algérie, une interrogation s’impose : que subsiste-t-il de l’Association des ulémas algériens après sa tardive réapparition – 30 ans après l’indépendance – dans une configuration éclatée en plusieurs dérivées inattendues, elle qui démarra son itinéraire en se proposant d’éduquer le peuple pour le libérer des servitudes de l’ignorance, de l’obscurantisme et de l’exploitation coloniale ?
Sous réserve d’en exposer le détail dans l’essai de bilan de l’action de l’opposition constitutionnelle qui sera proposé à la fin de cette étude, force est de constater qu’il n’en reste qu’un fac-similé, pâle reflet d’une étoile éteinte, qui se mêle, au nom de son ancien prestige et de son âge canonique, de statuer sur la vie de la société en contravention des canons de la pensée badisienne enseignée, en son temps, sous le signe du savoir et de l’ouverture sur le monde.
On aura noté, jusque-là, que la plupart des acteurs du Mouvement national qui avaient manifesté des velléités de retour à l’action politique indépendante, après 1962, ont été annihilés, empêchés de réaliser leur objectif, en se faisant exploser et émietter en autant d’enseignes fratricides irréconciables.
Les restes de ces enseignes ont été, à quelques exceptions près, enrégimentés dans la recomposition du champ politique redessiné par les réformes de 2012 et 2016 instaurant une «démocratie» dirigée par en haut. Seul le FLN qui continue à se déclarer légataire universel du PPA-MTLD demeure en course, plus puissant que jamais.
Quelle signification donner à cette longévité maintenue à flot par l’appui historique de l’ANP ? Les prochains développements de cette étude tenteront d’en percer, par-delà les apparences, les causes cachées.
B. M.
(à suivre)

Notes :
9) Loi portant rahma du 25 février 1995.
– Loi portant charte pour la paix et la réconciliation nationale du 16 septembre 1999.
10) Originaire de Blida, Mahfoud Nahnah se lance en politique le 6 décembre 1990, à la tête de Hamas, le parti qu’il fonde avec son ami de toujours Mohamed Bouslimani. Sa biographie de militant n’est pas vierge d’antécédents puisqu’il s’était déjà fait remarquer par son activisme sous l’égide de la confrérie des Frères musulmans à laquelle il prête allégeance, dès son entrée à l’Université d’Alger, pour y suivre des cours de littérature arabe. C’est là qu’il fit la connaissance des premiers leaders de la mouvance et qu’il s’oppose au régime du président Houari Boumediène en commettant des actes de sabotage, en signe de désapprobation de la Charte nationale proposée au débat populaire en 1976. Il est emprisonné, pendant 4 ans et gracié par Chadli Bendjedid qui apprécie sa modération. Plus enclin à faire preuve d’un esprit pédagogique conforme à sa vocation d’ancien professeur, il est partisan du dialogue et tente de résister, en vain, à l’offensive ultra du FIS qui lui voue une animosité tenace. Il participe à l’élection présidentielle de novembre 1995 avec un programme résumé par la formule «L’islam est la solution» et remporte la deuxième place avec 25% des voix. Il est, toutefois, empêché de prendre part à celles de 1999 parce que, né en 1942, il était en âge de participer à la guerre de libération, ce qu’il ne fit pas. Sa disparition prématurée, à l’âge de 61 ans, laissera un vide dans sa formation où ses successeurs furent à la peine pour prolonger un leadership forgé grâce à sa tempérance et à son art du louvoiement.

SIGNATURES POUR LES CANDIDATURES AUX ÉLECTIONS LÉGISLATIVES Six cas de fraude relevés par l’instance de Derbal

 

La Haute Instance indépendante de la surveillance des élections a relevé six cas de fraude de signatures pour les candidatures aux prochaines élections législatives. Selon son président, les personnes impliquées ont été interpellées et incarcérées.
 «Il y a beaucoup de murmures à propos de la collecte des signatures pour les candidatures. Les gens parlent de fraudes mais nous n’avons pas été saisis pour autant sur ce sujet», affirme Abdelwahab Derbal.
Intervenant hier sur les ondes de la Radio nationale Chaîne 3, le président de la Haute Instance indépendante de la surveillance des élections précise que trois cas de fraude ont été, toutefois, relevés dont les personnes impliquées ont été appréhendées la main dans le sac. Selon lui, il s’agit de fonctionnaires et de militants qui ont été interpellés et aujourd’hui, incarcérés. Cela n’est, pour lui, que signe d’un travail «sérieux» et «appliqué» sur le terrain par son instance.
L’invité de la radio insiste, à l’occasion, sur le caractère «indépendant» de son instance. «Nous sommes indépendants juridiquement et financièrement et cela va se refléter sur nos décisions. Nous ne subirons aucune pression ni par les autorités, ni par les partis politiques», souligne-t-il.
Selon lui, son instance est positionnée au centre d’un cercle, à la même distance de tout le monde. «Nous sommes les alliés des partis politiques qui aspirent à des élections transparentes et propres, comme nous sommes les alliés de l’administration qui doit appliquer la loi. Nous défendons les droits de tous les acteurs des élections», dit-il. Rappelant la récente création de son instance, Abdelwahab Derbal assure qu’elle dispose de «peu de moyens». «La Haute Instance indépendante de la surveillance des élections est nouvelle et sa création coïncide avec ce rendez-vous électoral. Nous n’avons pas eu le temps nécessaire pour bien s’installer», se plaint-il presque. Dès lors, poursuit-il, «nous avons entamé la révision du fichier électoral national avec les services du ministère de l’Intérieur. Il s’agit d’un assainissement de ce fichier, une première depuis l’indépendance», explique-t-il.
A une question sur l’éventualité d’élections dont le sort est scellé d’avance, le président de la Haute Instance indépendante de surveillance des élections est catégorique. «Si j’ai les preuves que tout est joué à l’avance, je ne resterai pas un jour de plus dans cette instance.»
Seulement convaincu du contraire, il ajoute : «Personnellement, je ne crois pas que tout est joué à l’avance. Aujourd’hui, notre rôle est justement de rétablir la confiance entre les Algériens et les autorités et entre les Algériens et leurs élus.»
Ry. N.

Seul l’intérêt politique compte….jusqu’à quand…ces cachoteries

Relayant les rumeurs : les médias étrangers se focalisent sur la santé de Bouteflika


«L’après-Bouteflika» revient tel un leitmotiv dans les médias étrangers. New Press «L’après-Bouteflika» revient tel un leitmotiv dans les médias étrangers. New Press

Plusieurs médias internationaux, des plus sérieux aux plus saugrenus, se sont fait allégrement le relais des commentaires alarmistes et autres spéculations foisonnantes sur les réseaux sociaux, en se posant avec plus d’acuité que jamais des questions sur la santé du président Bouteflika et, par ricochet, sur l’avenir proche de l’Algérie en raison de cette «absence prolongée» du chef de l’Etat.

C’est ainsi que de nombreux organes et sites d’information, dont le très atlantiste Huffington Post dans sa version arabe, ont repris un long commentaire de l’agence Reuters, paru lundi, et qui fonde ses appréhensions sur l’annulation ou le report de plusieurs visites prévues par des responsables étrangers en Algérie, à commencer par celle de la chancelière allemande, suivie de celle du président iranien et, enfin, celle du chef de la diplomatie espagnole, bien que, s’agissant de cette dernière, le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a démenti toute programmation d’entrevue avec le chef de l’Etat.

Pour l’auteur de l’article, toutes les assurances du Premier ministre et du secrétaire général du FLN, Djamel Ould-Abbès, ne suffisent pas pour dissiper les doutes qui pèsent sur la santé du président. Il estime que ce «silence officiel» s’expliquerait par des projections sur «l’après-Bouteflika», un terme qui revient tel un leitmotiv à chaque fois qu’est évoquée la dégradation de l’état de santé du président. «De nombreux observateurs, écrit Reuters, estiment que les dirigeants algériens ne vont pas s’aventurer à opérer une transition chaotique du pouvoir dans un système où les décisions apparaissent souvent suite à des luttes larvées entre la vieille garde du Front de libération nationale et les dirigeants de l’armée, qui se voient comme les garants de la stabilité.» Et d’enchaîner : «En l’absence d’un successeur déclaré, la maladie de Bouteflika a remis à jour les inquiétudes sur l’avenir du pays et les interrogations sur celui qui pourrait assurer la relève.»

La presse marocaine, qui fut la première à distiller ces rumeurs amplifiées ensuite par des blogueurs algériens connus, ne s’encombre d’aucun scrupule pour donner le président algérien comme «agonisant» ou comme «finissant». Ainsi, pour le site Hespress, réputé pour être un des porte-voix les plus zélés du Makhzen, l’absence ou même une éventuelle disparition de Bouteflika n’améliorerait pas les relations algéro-marocaines, en arguant que l’Etat algérien «n’abandonnera en aucune façon la question du Sahara Occidental». L’auteur de l’article revient sur le «silence» entretenu autour de la succession du président, en estimant que les dirigeants algériens préféreraient «une transition en douce».

Dans le même registre, Mondafrique, site dirigé par le journaliste français Pierre Bau, estime dans un récent article que la maladie de Bouteflika reste «un secret d’Etat» dont seules trois ou quatre personne seraient au courant. Selon ce site qui se dit très introduit dans les coulisses algériennes, même le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, ou encore le directeur de cabinet, Ahmed Ouyahia, n’y ont pas accès. «Cette stratégie, écrit le journaliste, semble provoquer les rumeurs les plus folles. L’opinion publique algérienne reste totalement désemparée. Mais là-haut, au sommet du régime algérien, le ressenti de la population n’est guère une priorité. Seul l’intérêt politique compte. Et pour l’heure, il faut cacher le soldat Bouteflika. Le cacher le plus longtemps possible pour éviter les conséquences politiques désastreuses de sa longue fin de vie».

Algerie:Je deballe tout…..ras le bol de cette caste..

Autant rehabiliter tous les assassins criminels..netanyahou… pinochet…polpot..petain… et pourquoi pas hitler ,mussolini et compagnie,quel funeste pied de nez á tous nos  martyrs les torturés,les orphelins,les victimes directs et indirects en resumé au peuple Algerien!tout comme la rehabilitation de messali hadj..l’enterrement de roger hanin en Algerie….. le defilé de notre armée aux champs elysées…Pendant que vous y etes invité Enrico macias le sioniste…,la Laurence haim..le macron qui visite la tombe de roger…il ne le connaît méme pas c’est juste pour affirmer la presence sioniste dans notre pays…Que devient notre pays…pourquoi?,dans quel but?,sommes nous á ce point haïs par la caste infecté par le harkisme….la plus part d’entre eux ont des trples nationalités..et possèdent des biens immobiliers..a l’etranger…quel jeu nouveau de dupes tramait vous?,vous avez tous pris,les richesses,la culture,notre identité,vidés les caisses,ruinés notre  avenir et plus encore,l’avenir de même ce ne sont pas encore de ce monde,les générations à venir..ou allez vous?,vers ou?,que voulez vous au juste?,vous savez á force de nous piêtiner,il arrivera le jour ou nous n’aurons plus rien á perdre et surtout les capacités mentales de garder notre sang froid,car mort pour mort autant l’être pour de vrai,et vou y’auriez largement contribués,arrêtez vous un instant regarder le champs de ruine qui vous entoure,et surtout posez vous la question:qui suis je….

Pourquoi cette indignation sélective ? la réhabilitation de Messali est aussi scandaleuse que celle de ce bengana, voire pire. Même la surdimension donnée à l’Emir qui a fini comme l’ami de la france, au détriment d’autres résistants mort au combat ou exilé, est un pied de nez à l’histoire. Concernant les archives que la France refuse de nous rrestituer..on comprend pourquoi…cela devoilerer vos trahisons…de bengana,à saidani,à djemai,de tliba,à  chakib, de ghoul à béjaoui et sa famille et d’autres opportunistes comme le franco fraichement Algerien le rachid nekkaz ,l’homme soit-disant providentiel des folies bergeres..le para-chuté,qui fut méme reçu par certains leaders de l’opposition…et lorsqu’ un ministre refuse le spirituel et le temporel..que nous restent ‘ils …Pour conclure je vous souhaite la  malédiction pour le  non respect du serment faite aux chahids et vrais moudjahids….H.B.Lakhdar

L’opposition en Algerie

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L’OPPOSITION CONSTITUTIONNELLE
La Constitution du 23 février 1989, produite par un jeu de variables politiques internes et externes, arrivées à maturité, a, qu’on le veuille ou non, provoqué, avec son article 40 (5) portant liberté de création des associations «à caractère politique», une mutation de grande ampleur dans la doctrine et l’architecture de l’Etat algérien que le pouvoir avait déclaré, trois décennies de suite, inchangeables et valables en toutes circonstances. Pour la première fois dans l’Histoire du pays, l’opposition se voyait reconnaître par un dispositif — certes, fortement, balisé — le droit d’exister, de s’organiser, de se déployer, de faire connaître ses programmes et de prétendre à l’exercice du pouvoir par la voie des élections, sans autres limites que celles prévues par la loi sur les partis politiques, la loi électorale et la loi sur l’information adoptées par le Parlement.(6)
En posant cet élément de droit, formel, par lequel il laissait entendre que, plus jamais, le pouvoir d’Etat ne sera pris ni exercé par la force, le régime franchissait un pas historique tout en évitant de se remettre en question ou de se prêter à un quelconque exercice d’autocritique qui aurait accentué sa fragilité.
En revanche, et comme pour donner un gage de sa crédibilité, il annonce, en mars 1989, le retrait de l’ANP du Bureau politique et du Comité central du parti où celle-ci occupait, en contradiction avec ses missions constitutionnelles, des postes d’orientation qui la mêlaient, directement, à la gestion des affaires politiques.
Le président de la République cessa d’assumer la fonction de secrétaire général du FLN, imité par la haute administration dont la dépolitisation devait, aux yeux de la direction – avec l’abrogation de fait de l’article 120 des statuts de l’ex-parti unique – garantir, ne serait-ce que symboliquement, la neutralité des démembrements de l’Etat inscrite dans le nouvel ordre institutionnel.
Avant de procéder – ainsi que cela avait été le cas pour l’opposition historique – à la caractérisation de l’opposition légale par le balayage de ses composantes, de son organisation, de ses bases, de son implantation, de ses programmes et de ses moyens d’expression et à l’étalonnage de ses identités et de ses capacités — réelles ou supposées — à gouverner, il ne serait pas superflu de la situer dans le contexte national et international où elle était apparue et de mesurer les conséquences les plus visibles et les plus significatives dont elle s’accompagna tout de suite.
En théorie, l’Algérie capitalisait, là, un acquis de qualité indéniable dans la modernisation de son Etat et s’acheminait, en toute logique, vers une gouvernance régie par le seul droit.
En s’engageant sur cette voie, elle acceptait de procéder à une double rupture grosse de profonds bouleversements dans la hiérarchie des idéologies et des acteurs politiques du pays : • elle clôt l’ère du socialisme et de l’unicité de l’Etat et du parti, une tranche d’Histoire dominée par les idées de gauche, le tiers-mondisme et le non-alignement et en ouvre une autre à laquelle s’invitent, dans un scénario en train de s’écrire, l’islamisme politique, le libéralisme et deux forces sociales émergentes, la bourgeoisie du bazar et la bourgeoisie traditionnelle de connivence ou en concurrence – c’est selon – avec la bourgeoisie d’Etat (7) ;
• conséquence directe : elle délégitime les critères «révolutionnaires» d’accès aux fonctions de commandement politique et en fixe de nouveaux soumis – en principe – aux règles du suffrage universel.
Si l’Etat algérien s’était attaqué à ces deux forteresses, c’est qu’il y avait été encouragé par un environnement international favorable.
Il n’en aurait pas été, autrement, si, dans une ambiance survoltée de passation des pouvoirs planétaires, le capitalisme financier ascendant n’avait pas accouché de la mondialisation, un système déstabilisateur des Etats-nations qui se solde par :
• l’exclusion de ce qui restait de l’Union soviétique du gouvernement du monde ;
• la décomposition du mouvement des pays non alignés par la dislocation de la Yougoslavie, un de ses premiers Etats fondateurs ; des reclassements géostratégiques qui vont générer deux effets collatéraux :
– l’émancipation des minorités nationales et des particularismes culturels dans les Républiques musulmanes de l’ex-URSS et, aussi, en Bosnie Herzégovine, en Serbie, en Croatie, au Monténégro, en Albanie, au Proche-Orient et ailleurs dans le monde ;
– la fermeture de ce que les idéologues occidentaux avaient appelé la parenthèse des nationalismes arabes considérés comme les excroissances artificielles des luttes anticoloniales et leur remplacement par l’islamisme victorieux des Soviétiques en Afghanistan dans ce qui fut la dernière séquence militaire de la guerre froide Est-Ouest.
C’est dans ce bouillon de culture que fermentèrent, en Algérie, le libéralisme bazariste et son bras politique, l’islamisme, prêchant le salafisme, reconnu comme le seul fondement du gouvernement des hommes conforme à la «Tradition».
C’est dans le même bouillon de culture — mais avec des antécédents plus anciens — qu’écloreront les particularismes culturels détonateurs des crises qui secoueront les débuts du premier mandat du Président Chadli Bendjedid.
Le surgissement et l’évolution simultanés de ces deux mouvements socio-idéologiques furent révélateurs du déplacement des centres de gravité sur lesquels s’étaient construits les grands équilibres de la société algérienne.
Insoupçonnés, trente années plus tôt, parce que le régime pensait avoir désamorcé ces bombes à retardement par la sacralisation des «constantes nationales», voilà que la cristallisation de ces deux courants autour de la religion et de la revendication linguistique et culturelle —le ventre mou de la société algérienne — se prit à réveiller les vieux démons du subconscient national censés avoir été exorcisés par des compromis définitifs s’avérant, en bout de course, peu durables parce que artificiels.
Il ne fallait donc pas s’étonner de ce que les premiers partis à demander leur agrément et à occuper, à part entière, dès février 1989, la scène politique pluraliste naissante furent le FIS (Front islamique du salut) et le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), l’incarnation des deux nouveaux pôles antagonistes du débat politique et idéologique national.
Le naufrage de la nomenklatura de l’Etat et de l’ex-parti unique engluée dans la corruption, incapable de proposer une alternative médiane, crédible, fit le reste, précipitant le pays dans une situation à l’issue imprédictible.
• Et ce qui devait arriver arriva : un enchaînement d’évènements annoncés, symptomatiquement, à quelques années d’intervalle, par l’assassinat de Kamel Amzal à la Faculté de droit de Ben Aknoun, par la montée au maquis de Bouyali, le déserteur de l’ANP, converti au prosélytisme des prédicateurs de Riyad, et par la mort de Sid-Ali Benméchiche, le reporter de l’APS envoyé en mission de couverture de la marche des islamistes à Bab-El-Oued.
Face à la dynamique de cette déferlante, l’équilibre entre les extrêmes, entre la «droite» et la «gauche», entre le «courant franco-communiste» et la pensée islamique des séminaires de Mouloud Kassem, maintenu, à bout de bras, durant 10 ans, par Houari Boumediène, dans une tentative de syncrétisme des plus improbables, n’ayant plus de quoi se nourrir — sevré de la protection du grand frère soviétique en difficulté — se fracassa.
Incomplète et sujette, de part et d’autre — Etat et opposition — à des surenchères et à des interprétations transgressives, la loi des lois finira, bientôt, par être vidée de sa substance et par montrer ses limites.
Dans le même prolongement, ses textes d’application — loi électorale et loi sur les partis — dévoileront les véritables intentions du pouvoir : reprendre d’une main ce qui fut cédé de l’autre après la restauration d’une autorité espérée la plus proche possible.
En l’espace de quelques mois, soixante «associations à caractère politique» sont agréées. Réparties entre formations islamistes, formations identitaires, formations de gauche, formations des personnalités en rupture de ban avec le FLN et formations-écrans créées par les laboratoires spécialisés dans la fécondation in vitro, elles vont fournir, chacune à la mesure de son audience et de ses moyens, les éléments d’une alchimie hallucinante dont le seul résultat envisagé, avec certitude, était le dévoiement d’une expérience bien partie pour échouer.

A- la mouvance islamiste
L’islamisme politique en Algérie n’a pas été le fruit d’une génération spontanée. Il a pris racine et s’est développé à partir de plusieurs souches-mères plus ou moins anciennes.
• La première est à rechercher dans la place prépondérante occupée par l’islam dans la superstructure des Etats musulmans du Maghreb central et plus proche de nous, dans celle de l’Etat de l’Emir Abdelkader, en particulier, dans l’enseignement et l’exégèse de la culture spirituelle traditionnelle — tendanciellement soufie — missions dévolues à l’un de ses avant-postes de médiation sociale les plus influents : les zaouïas.
• La seconde branche généalogique à laquelle se rattache l’islamisme politique algérien est le mouvement de la Nahda, lancé dans les années 30 par cheikh Abdelhamid Ben Badis, au contact des pères de la renaissance musulmane, cheikh Mohamed Abdou, cheikh Djamel Eddine El-Afghani, Chakib Arslane et Rashid Réda qu’il rencontrait, fréquemment, à la Mecque.
• La lecture rationaliste de l’Islam proposée par Malek Benabi, Rédha Houhou, Ali El-Hamamy, le Dr Ahmed Aroua et le Dr Taleb Ahmed El-Ibrahimi, disciples de l’Afghan Nedjmeddine Bamatte et du Pakistanais Ali Djinah est, elle aussi, à comptabiliser parmi les contributions à la gestation et à l’agrégation de la mouvance fondamentaliste bien qu’infime et contestée par les orthodoxes.
• La djazaâra, comprise comme un effort interne d’interprétation du dogme sunnite dans le sens d’un ijtihad national, est également créditée d’une part de paternité dans la constitution de la mouvance, en association avec le réseau caritatif et les tribunes prosélytistes ouvertes dans les innombrables mosquées «libres» du pays.
• A ces sources endogènes, s’ajoutent celles qui sont à répertorier à l’extérieur, avec, en pole position, le wahhabisme, découvert par les Algériens à la faveur de leurs pèlerinages répétés à La Mecque où ils prirent connaissance, en direct, de ce rite rigoriste et spartiate, annoté et glosé par El-Ghazali, El-Qardawi, El-Kechk, El-Albani et Aboubakr El-Djazaïri, les élèves de Hassen El-Banna, de Sayed Kotb et d’Ibn Taymia, l’icône du puritanisme.
La mouvance n’atteignit le stade supérieur de son accomplissement et ne révéla sa nature hégémonique et ses ambitions expansionnistes internationales — assises sur la puissance financière d’un nombre incalculable de banques, d’entreprises de trading et d’associations de charité — que lorsqu’elle entra en guerre, au nom du djihad, contre le communisme en Afghanistan. Elle mobilisa, au service de cette cause, des milliers de combattants dont de jeunes Algériens, endoctrinés par une propagande écrite et audiovisuelle diffusée à grande échelle ici et dans le monde.
• S’il est, incontestablement, établi que la mouvance islamiste ne fut pas une création ex-nihilo, elle ne se distingue pas, non plus, par son homogénéité.
Les sources et les apparentements énumérés, ci-dessus, recoupent les diverses tonalités qu’elle étale sur une gamme variée de chapelles qui vont de la plus radicale à la plus «modérée».
Depuis leur légalisation à partir de 1989, on en dénombre une vingtaine. Les mieux implantées dans le corps social, ou entendues comme telles, sont : le FIS (Front islamique du salut), Hamas (Harakat Moujtamaâ El-Silm, aujourd’hui MSP : Mouvement de la société pour la paix), En Nahda, El-Oumma, autour desquelles s’est aggloméré un kaléidoscope de microsomes nés de schismes ou de redressements comme El-Islah et El-Adala (Front pour la justice et le développement), le FC (Front du changement), TAJ (Tajamoû amal El-Djazaïr), le PJD (Parti de la liberté et de la justice), etc.
A la direction et à l’animation de ces diverses obédiences se sont retrouvées plusieurs personnalités qui firent leurs classes à l’Université d’Alger et à celle des sciences islamiques Emir-Abdelkader de Constantine, avec des stations, plus ou moins longues, en Arabie Saoudite, dans les pays du Golfe, en Egypte et aussi en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suisse et en France.
Les plus connus étaient Abdelatif Soltani, Ahmed Sahnoun, Abassi Madani(8), El-Hachemi Sahnouni, Mahfoud Nahnah, Abdallah Djaballah, Ali Benhadj, Mohamed Saïd, Abdelkader Hachani, Benazouz Zebda, Ahmed Merani, Mohamed Bouslimani, Abdelkader Guechi, Ali Djeddi, Saïd Makhloufi, Tahar Belakhdar, Abdallah Anas, Rabah Kebir, Aboudjerra Soltani, Abdelkader Boukhamkhem, Kamel Guemazi, l’Imam Cheradi, Sassi Lamouri, Amar Ghoul, Abdelmadjid Menasra, Amar Dhina, Anwar Haddam, Mohamed Amokrane, Ahmed Dane…
Théologiens ou apôtres de la Daâwa, d’un niveau de connaissances des textes sacrés et de leurs exégèses très inégaux, comparativement à celui de leurs homologues palestiniens ou tunisiens cheikh Yacine, Ismaël Henaya, Abdelaziz Errantissi, Rached El-Ghannouchi, ils étaient, par leur formation et leurs inclinations doctrinales, différents les uns des autres, ne s’accordant que sur un seul point : l’instauration du khalifat fondé sur la charia et la choura, la délibération collective des docteurs de la loi, un programme assorti du rejet explicite de toute charte et de toute Constitution.
Les divergences qui les séparaient n’éclatèrent au grand jour qu’au moment où il fallait se déterminer, clairement, par rapport au mode opératoire à privilégier pour conquérir le pouvoir. C’est à cet instant que vola en éclats leur harmonie de façade.
Dès lors, s’opposèrent, ouvertement, deux pôles distincts : le pôle des Frères musulmans – minoritaire – et le pôle du front des extrêmes prêt à entrer en conflit violent avec le pouvoir après qu’il eut mis le pied à l’étrier de la revendication démocratique de 1988 qu’il récupéra et subordonna à son projet.

1- Le front islamique du salut
L’Histoire politique contemporaine est riche d’exemples de partis propulsés au faîte du pouvoir par la démocratie, et qui, sitôt installés à ses commandes, se retournent contre elle.
Le NPD (Parti national socialiste) allemand en fut le cas d’école le plus illustratif. Le FIS — du moins, de ce point de vue- là — allait l’être en Algérie, en déclarant la démocratie «impie», à peine agréé par le gouvernement.
Pourquoi un parti qui voulait être le porte-parole des revendications d’un pan de la société acquis à sa vision politico-religieuse était-il passé de l’autre côté de la barrière de l’action légale et pacifique pour succomber à la tentation de la désobéissance civile, l’intimidation et la menace, tout le contraire de ce à quoi il avait souscrit ?
• La raison en est simple : elle tient, pour une grande part, à la carte génétique de ce parti né de la crise économique et morale, un parti qui avait, en très peu de temps, fédéré et exploité, habilement, tous les mécontentements cumulés, durant plusieurs décennies, par une société avide de revanche.
• Plébéien, composite — hybride ? —, il avait, pour lui, le nombre, l’espace et une scène disponible — les mosquées «libres» — d’où il pouvait confessionnaliser l’offre et la demande sociales sans être craint d’être contredit parce que «dépositaire» de la parole de Dieu.
L’amalgame entre religion et politique venait – une première en Algérie – d’être transformé en mode majeur de la manipulation populiste.
Le FIS n’entrait, pourtant, dans aucun des schémas modélisés par l’organisation des Frères musulmans pour s’emparer du pouvoir.
Il ne ressemblait à aucune autre formation ni par sa composante sociale et militante ni par son implantation géographique. Dès le départ, il s’était capillarisé à travers un spectre très étendu de clientèles, pas forcément motivées par des considérations religieuses ou mystiques. Celles-ci affluaient de plusieurs classes sociales et catégories professionnelles, sources du plus clair de ses contingents de militants et de sympathisants parmi lesquels on recensait :
– les djihadistes revenus d’Afghanistan ;
– les commerçants du bazar en quête d’un laissez-passer hallal absolvant leurs activités illicites ;
– les pensionnaires des mosquées «libres» ;
– les enseignants de l’école fondamentale et du cycle secondaire ;
– les étudiants des instituts d’études islamiques ;
– les discriminés arabophones privés d’un statut social valorisant par une administration contrôlée par les francophones ;
– les travailleurs des entreprises publiques mécontents de la gestion de leurs cadres dirigeants ;
– les victimes des exactions de l’administration corrompue ;
– les citoyens révoltés par l’étalage des signes extérieurs de richesse de la nomenklatura ;
– les chômeurs et les occasionnels du travail déguisé… Bref, tous les concernés par le ras-le-bol social, moral et économique généralisé du peuple.
• L’implantation géographique du parti fut tout aussi large et profonde. Elle recouvrait les villes, les villages, les banlieues, les quartiers populaires où il était loisible de recruter, par le canal de l’action sociale, les populations les plus précarisées.
Il y avait, là, les favelas et les bidonvilles de l’Algérie rurale et urbaine du Centre : Baraki, Larbaâ, Chrarba, Khemis-El-Khechna, Zemmouri, les Eucalyptus, Sidi Moussa, Gué-de-Constantine, Oued Yaïch, Khraïcia, Béni Mered, Si Mustapha, la cité la Montagne, Bachjarrah, Bab-El-Oued, La Casbah, Leveilley, Bentalha, Raïs, Béni Messous, Boumerdès, Bouira, Sidi Ali-Bounab, les survivances des îlots messalistes du général Bellounis dans l’Ouarsenis à Médéa, Aïn-Defla et Chlef ; ceux du Constantinois : Bkira, Chaâbat Ersas, Faubourg Lamy, El-Menia, Djebel El-Ouahch, El-Milia, Grarem, Taher, Jijel, Zighout Youcef ; ceux de l’Oranie : Sidi El-Houari, Basetta, Relizane, Haï Echakala, Tiaret ; ceux du Sud : Guemmar, El-Oued, Laghouat…
La «ferveur» qui entourait le parti était entretenue dans les mosquées Essouna de Bab-El-Oued, Ibn Badis de Kouba, El-Khoulafa Errachidine d’El-Biar et Emir Abdelkader de Constantine, par une armada de prêcheurs qui ne reculaient, dans leurs discours, devant aucun artifice de conditionnement pourvu qu’il provoquât le «khouchoû» quand, de leur côté, les chouyoukh plus «modernes» actionnaient laser et nouvelles technologies de la communication pour envoûter les esprits.
Fort d’une telle organisation, ramifiée au plus profond du pays, et assuré d’un financement extérieur — Arabie Saoudite et Iran — intarissable, le FIS déborda, rapidement, les limites du périmètre tracé par le pouvoir. Il était devenu un puissant parti qui parlait haut et fort, doté d’un journal — El-Mounqid — largement diffusé, coordonné par Salah Gouami, un des rédacteurs en chef de la chaîne de télévision publique.
Deux images ont été retenues à cet égard par l’Histoire de cette période :
– celle de l’inscription au laser dans le ciel du stade du 5-Juillet du nom d’Allah devant une foule hypnotisée, en pleurs ;
– et celle de Ali Benhadj, le vice-président du parti, en uniforme militaire réclamant, sur les hauteurs des Tagarins, à Khaled Nezzar, ministre de la Défense, en costume civil, l’intervention de l’Algérie aux côtés de Saddam Hussein, dans la première guerre du Golfe.
• Une année, seulement, avait suffi au parti pour passer, avec succès, son premier examen probatoire — les élections locales de 1990 — au terme desquelles il rafla la présidence de 953 assemblées communales et de 32 assemblées de wilaya.
Dopé par cette consécration, non contestée, il lance une grève insurrectionnelle qui fut sur le point d’échouer, par manque de suivi, si le gouvernement Hamrouche n’avait décidé – alors qu’il disposait d’un avantage favorable – d’autoriser le stationnement des phalanges du parti, rameutées, de partout, sur les principales places publiques de la capitale.
Le virage de la crise fut pris, à ce moment-là. Avec ce coup de poker bluffant, le parti obtint que le scrutin, prévu pour le mois de juin, soit repoussé à décembre et que le découpage électoral — estimé avantageux pour le FLN — soit révisé par le gouvernement Ghozali — successeur de celui de Hamrouche — qui s’empressa de promettre des «élections propres et honnêtes».
– Vingt-cinq années après ces évènements, les historiens en sont, encore, à s’interroger sur les raisons cachées de la fulgurante ascension de ce parti facilitée — se doutent-ils — par la délivrance d’un agrément dont ils se demandent à quoi le devoir : une erreur d’évaluation, une manœuvre du «cabinet noir» ou l’exécution d’une feuille de route mitterrandienne ?
En l’absence de documents authentifiés et de témoignages fiables des protagonistes de la crise, le mystère demeure entier.
– Quoi qu’il en soit, retenant sa respiration devant le face-à-face ANP-FIS, préjugé létal, l’Algérie était au bord de l’implosion. Elle était, cependant, loin de se douter que, bientôt, elle sera happée par le souffle apocalyptique d’un enfer dont elle se demande, aujourd’hui, comment elle a pu en sortir, debout, privée de 200 000 de ses enfants, paysans, ouvriers, intellectuels, journalistes, syndicalistes, femmes, une meurtrissure qui laissera des stigmates incicatrisables dans la conscience nationale…
• L’évènement qui mit le feu aux poudres est fourni par l’interruption du processus électoral décidé le 11 janvier 1992 par le président Chadli Bendjedid, démissionnaire — remplacé par le HCE (Haut-Comité d’Etat, institution extraconstitutionnelle) après que le FIS eut remporté 188 sièges au premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991, loin devant le FFS (21 sièges) et le FLN (16 sièges), un score — 3 millions d’électeurs sur 13 — plus faible que celui obtenu aux élections locales et un taux d’abstention record du corps électoral, étant prévu que ce dernier était appelé à se prononcer, au 2e tour, sur plus de 170 sièges en ballottage.
Aussitôt, les Assemblées populaires communales et de wilaya qui avaient apporté à leur parti un soutien logistique et administratif illégal non dissimulé sont dissoutes et remplacées par les DEC (Délégations exécutives communales). Les députés élus et les cadres du Front du salut sont, immédiatement, arrêtés et, pour certains, déportés dans les camps du Sud. Auparavant, Abassi Madani avait été emprisonné à Blida, en compagnie de son vice-président Ali Benhadj, tous deux condamnés par la cour militaire en juillet 1992 à 12 ans de réclusion, sous le chef d’inculpation de «complot contre l’autorité de l’Etat». Abdelkader Hachani, mandaté par le congrès de Batna pour assurer la relève, prit les rênes du parti au nom d’une de ses composantes, la Djazaâra, supposée être la moins radicalisée.
Seulement voilà, le Rubicon avait été franchi car, à partir du moment où une opposition politique appelle ses partisans à recourir à la force pour faire valoir un droit fondé ou prétendu, elle cesse d’être politique et devient armée. Ainsi en avait décidé le Haut-Commandement militaire.
Ce fut au bord de cette ligne de démarcation que se termina une histoire et débuta une autre, celle qui, commencée par l’attaque de la caserne de Guemmar et l’assassinat de six policiers à la rue Bouzrina à Alger, plongera le pays dans un engrenage qui lui vaudra de vivre un des épisodes les plus sanglants de son Histoire postindépendance, une hécatombe humaine dont les Algériens, abandonnés par le monde entier, furent les seuls à en supporter la lourde chape.
• Il serait fastidieux d’entrer, ici, dans les détails militaires de cette guerre qui déchira des millions de familles et de foyers. Chaque Algérien en connaît le triste déroulement pour avoir été touché par son feu.
Ce qu’il serait plutôt intéressant d’analyser, en accord avec l’hypothèse de travail proposée, en préambule, par la présente monographie, ce sont les raisons qui ont poussé l’ANP à user de la manière forte à la place du dialogue ainsi que conseillé par certaines parties prenantes au traitement de la question.
Le rôle joué par l’ANP dans ce drame national est de notoriété publique. S’étant, de nouveau, mêlé de la gestion des affaires politiques à laquelle elle avait renoncé, de plein gré, en 1989, elle s’exposa à un feu roulant de critiques dont la plupart soutenaient qu’il eut fallu qu’elle appuyât «le choix du peuple» et qu’elle laissât l’expérience «démocratique» se poursuivre et voir venir avant d’agir aussi abruptement.
Les défenseurs de l’intervention révélèrent que l’institution militaire avait rassemblé, suffisamment, de données considérées comme éminemment attentatoires à la sécurité, à l’intégrité et à l’unité de la nation et de l’Etat, pour passer à l’action, de façon aussi prompte que radicale.
• Lorsqu’ils déroulèrent, en effet, le film précédant l’appel au djihad du FIS qui fut, avant et après sa dissolution, ouvertement, assumé et mis à exécution par une kyrielle de groupes armés – MIA, Fida, GIA, GSPC, AIS, Aqmi – durant dix années, ils relèvent deux éléments d’appréciation qui avaient lourdement pesé dans la décision de l’état-major de l’armée qui les estima inquiétants au plus haut point.
– Le premier est lié à la négociation, indirecte, engagée, à son insu, par le président Chadli Bendjedid avec le FIS sous les auspices de Ahmed Taleb El-Ibrahimi qui attestera, plus tard, sur la chaîne qatarie Al Jazeera de la réalité des contacts établis entre Abdelkader Hachani et un des parents — non identifié — du chef de l’Etat.
Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères, le FIS aurait, au cours de ces négociations secrètes, abandonné l’idée de présider le gouvernement – même majoritaire – se contentant de demander que lui soient attribués les seuls ministères de l’Education, de la Justice et des Affaires religieuses.
D’après d’autres sources, des tractations similaires furent conduites avec Abbassi Madani par Abdelhamid Mehri et Abdelaziz Belkhadem, tous deux proches du chef de l’Etat et préconisateurs d’une solution politique.
On ne retrouve, cependant, dans les mémoires du président Chadli Bendjedid aucune confirmation de ces assertions.
Mais rien, non plus, ne les contredit si on examine la tournure prise, juste après, par les évènements.
Le Président était vraisemblablement tenté de jouer le tout pour le tout afin de sauver l’expérience «démocratique» dont il pensait être le père et voulait entrer dans l’Histoire avec cette qualité, fut-ce au prix d’une cohabitation aventureuse.
Pour ce faire, il ne voyait d’autre alternative que de s’émanciper de la tutelle de l’armée et de rouler — pour la première fois — pour son propre compte, ce à quoi travaillait de son côté le Secrétaire général du FLN qui envisageait de faire sortir son parti de «la maison de l’obéissance» et d’en user comme d’un contrepoids à l’institution militaire. Ce qui aurait équivalu à un retour à la case départ, celle du PPA -MTLD qui, pour Abdelhamid Mehri – absent volontaire de la réunion du groupe des 22 – était la seule matrice politique valable de la Révolution et non, peut-on en déduire, l’OS, l’aile militaire du parti : une réminiscence des vieux débats du mouvement national et des polémiques autour de la Plateforme de la Soummam, qui en disait long sur la persistance des divergences de fond entre militants politiques et militants en armes.
– Le second point qui avait fait pencher le fléau de la balance du côté de l’option de l’intervention fut le refus cassant du président François Mitterrand d’avaliser l’annulation du scrutin avec son «il faut» péremptoire, très mal perçu par les autorités militaires, une réaction identique à celle provoquée par la suggestion du roi Hassan II du Maroc exhortant Alger à aller au bout de l’expérience dans une Algérie qui aurait tout à gagner à se transformer en «laboratoire» pour vérifier si l’islamisme était soluble dans la démocratie ou pas.
Ces négociations et ces conseils «amicaux» prodigués par des parties extérieures au conflit, l’ANP les avait reçus comme du grain à moudre apporté à la machine du FIS, un parti décrit comme négateur de Novembre et de la nation placée dans la hiérarchie des référents en dessous de la ouma. Ces renseignements avaient, en tous les cas, paru pour ce à quoi ils renvoyaient réellement : les signes précurseurs d’une opération de déstabilisation de l’Etat et de l’armée, elle-même, d’une gravité exceptionnelle. Le temps n’était plus aux atermoiements – avait-elle tranché — mais à l’action.
• L’action fut, donc, pour la quatrième fois dans l’Histoire de l’Algérie indépendante, endossée par l’armée dans le but, cette fois-ci, de «sauver la République menacée d’islamisation», une problématique tout à fait différente de celles de 1962, 1965 et 1988.
Ce n’était pas, non plus, le même commandement de l’armée qui s’autosaisissait de cette tâche tout aussi messianique que les précédentes : c’était un nouveau commandement constitué par les officiers que le président Houari Boumediène avait choisis parmi les anciens transfuges de l’armée française et qu’il avait couvés de sa bienveillance parce qu’il y avait détecté de meilleurs techniciens de la modernisation de l’institution que les anciens chefs paysans de l’ALN dont il se délia définitivement, en 1967-1968, du compagnonnage «déphasé»…
B. M.
(à suivre)

NOTES :
(5) – «Le droit de créer des associations à caractère politique est reconnu. Ce droit ne peut, toutefois, être invoqué pour attenter aux libertés fondamentales, à l’unité nationale, à l’intégrité territoriale, à l’indépendance du pays et à la souveraineté du peuple.» Article 40 de la Constitution de la RADP du 23 février 1989.
(6) – Loi sur les partis politiques du 19 décembre 1990 amendée le 12 janvier 2012, puis le 18 juillet 2016.
– Loi électorale du 3 avril 1990 amendée le 18 juillet 2016.
– Loi sur l’information du 3 avril 1990 amendée le 18 janvier 2012.
(7) – Lire le chapitre «La genèse des capitalismes algériens» in. Les Présidents algériens à l’épreuve du pouvoir 2015 Casbah Editions.
(8) – Né à Sidi Okba le 28 février 1931, ancien élève d’une medersa ulémiste, Abassi Madani fut militant du PPA-MTLD, incarcéré dès les premiers mois de la Révolution de 1954 à la prison de Barberousse.
A l’indépendance, il est député du FLN à l’APN et milite dans plusieurs associations islamiques avec cheikh Ahmed Sahnoun et Abdelatif Soltani. Détenu entre 1982 et 1984 pour avoir revendiqué l’instauration de la charia, il fonde le FIS (Front islamique du salut) le 18 février 1989, à la mosquée Essouna de Bab-El-Oued.
Il lance un appel au djihad en 1991. Arrêté en compagnie de Ali Benhadj, il est condamné par la Cour militaire de Blida où il refuse, à la demande du Président d’Etat, Liamine Zeroual, d’inciter les groupes armés à cesser leurs actions terroristes.
Il est, en 1997, placé en résidence surveillée à Djenane El-Muphti, à Alger, puis libéré par le président Abdelaziz Bouteflika, en 1999, lorsqu’il cautionna, dans un message public, la décision de Madani Mezrag de signer la reddition de l’AIS (Armée islamique du salut).
Il est, définitivement, élargi en 2003. Depuis, il vit au Qatar.