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Patrimoine Targuie

L’Imzad et la civilisation targuie

R.B

Une nouvelle tonitruante surgit du fin fond du désert : le classement de l’Imzad au patrimoine mondial. Il vient compléter «la Chedda» du mariage à Tlemcen. Bravo à l’Algérie qui inscrit de bons points sur le patrimoine universel. Un honneur à partager.

Imzad, désert, par ses voyelles au son clair, le mot s’évase vers un demta d’images et de significations : le désir d’espace, de curiosité, de savoir, ouverture sur un livre de sable. Désir d’un ailleurs sublimé, d’un monde aux formes mouvantes et sensuelles, d’une féerie de nuits étoilées et l’épure des paysages. Des aventuriers, des mystiques, des poètes, des militaires partis conquérir le Sahara ont abandonné le matériel et confort pour un royaume aux frontières pulvérisées. Ces hommes (Théodore Monod, Ibn Batouta, père Foucauld), ces femmes du Nord : (Odette du Puiguaudeau, Isabelle Ebehrardt Lalla Zineb, ella Maillart) voués aux rythmes saisons, aux printemps gorgés de sève, ces hommes et femmes des villes saturées de rumeurs en ont appelé au sable, aux étendues immaculées, à la nudité de la terre avec l’espoir de voir surgir quelques vérités du désert. Après s’y être engagé, aucun d’eux n’a pu demeurer le même : tous ont porté, à jamais gravé en eux, l’empreinte du désert». c’est dans le désert que naissent les trois grands monothéismes de l’histoire : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

Le désert demeure une façon de vivre avec des modèles culturels, dont la poésie et la musique.

La poésie touarègue

La poésie occupe une place majeure dans la société touarègue. Liée à la musique, elle est à la fois un élément de transmission du patrimoine culturel et un art vivant bien ancré dans les mœurs.

«La poésie des Touarègues est le miroir de leur culture, le reflet d’une façon de vivre et d’être. Les textes que l’on récite au cours des veillées ou lors des longues transhumances sont une façon de transmettre un patrimoine historique, une histoire, des valeurs. C’est en partie grâce à la poésie que le jeune touarègue apprend à devenir adulte. La composition des poèmes est surtout l’apanage des hommes qui chantent ou qui déclament les textes, à l’occasion des fêtes traditionnelles ou lors d’Ahâl, réunion galante au cours de laquelle on rivalise de poésie pour séduire les jeunes filles.

Paroles, musiques et versification sont les tenants de cet art. la poésie touarègue, qui comprend une grande variété de registres, peut être déclamée ou mise en musique. Dans le premier cas, elle est considérée comme un mode d’expression individuelle dont l’auteur est toujours nommément désigné. Dans le second, elle devient une expérience collective et patrimoniale, rythmée au son du violon monocorde qu’est l’Imzad.

Dans sa versification, les poèmes monorimes, comme l’étaient les poèmes arabes composés de syllabes longues et brèves. Les vers y sont divisés en pieds, c’est-à-dire en séquence de deux ou trois syllabes, dont une seule accentuée. Les genres poétiques collent à toutes les assemblées galantes. On distingue trois types de poèmes :

«Les poèmes élégiaques ont pour thème la solitude du désert, l’éloignement de la tente et de la bien-aimée, le sentiment que l’on éprouve en entrant dans un campement vide, les lieux qu’on traverse, la condition même du nomade. Le maître mot de cette poésie élégiaque est äsouf. Äsouf a les deux sens en français du mot solitude : il désigne aussi bien la situation d’une personne physiquement ou moralement esseulée que les solitudes inhabitées, la steppe déserte» la femme aimée, dont les Touaregs chantent la douceur, la beauté, la sensualité, est fréquemment associée à la vie pastorale ou comparée aux éléments de la nature.

Les poèmes épiques relatent la guerre que se sont livrées les tribus (par exemple celles qui ont opposé les Kel Ahaggar aux Kel Ajjer au XIXe siècle) les rezzous d’autrefois ou les combats menés contre les Européens venus coloniser les hommes libres du désert.

La poésie possède alors une dimension identitaire : on s’adresse à l’ennemi de l’intérieur en le nommant, mais l’étranger et l’incroyant n’ont pas de nom. Avec le temps, cette poésie épique glorifie moins des actes héroïques qu’elle exprime la nostalgie d’une époque révolue.

Les poèmes «chroniques» racontent des anecdotes quotidiennes ou des faits singuliers. dans le désert, les nomades composent des vers pour célébrer un évènement ou évoquer un problème inhérent aux difficultés sociales qu’ils rencontrent.

La majeure partie des poèmes touaregs traditionnels que nous connaissons proviennent du travail effectué par le père Charles de Foucault jusqu’à la veille de sa mort. Les deux tomes des Poésie touarègues publiées en 1925 et 1930, rassemblent près de six mille vers, collectés, traduits et commentés par l’ermite du Hoggar. Ils constituent un document linguistique et ethnographique de premier ordre sur cette littérature orale :

«Les sacs sont légers, les chèvres sont sèches;

La sécheresse pèse sur le pays

comme le mont Oûdan

Elle veut nous ôter jusqu’à nos voiles

de visage…»

On peut citer, aussi, le romancier libyen Ibrahim al-Koni, Rhissa Rhossey ou Hawad. Ce dernier, installé en France est l’auteur de recueils écrits en tifinagh dans lequel se mêlent écriture et calligraphie, que le poète épris d’espaces vierges et de liberté créatrice nomme «furigraphie».

Pas de nom

Je ne suis pas le fils

Du vente et des nuages

Je suis le fils de la fange

De la fange stérile et rouge

Non, frère, je ne suis plus

Le seigneur du désert

Mais l’esclave

Des horizons nuls.

La monture d’un chameau d’excellence est mieux que la parade en rolls sur les belles avenues

Pour les Touaregs, le chameau est l’animal de prestige, l’animal aimé. Lorsqu’un jeune homme se marie, s’il est de bonne famille, il ne pourra que donner des chamelles à sa belle-famille, théoriquement en nombre égal à celui qu’à reçu sa belle-mère.

La chamelle sert, bien souvent, de terme de référence dans les poèmes d’amour des jeunes gens. La femme aimée est comparée à de nombreuses plantes avant de l’être à la chamelle : Temmelt est belle comme la chamelle irrésolue de l’Agdal qu’il poursuit au pâturage.

Tente pareille à son cosmos

La tente est le symbole du mariage, se marier se dit «nouer une tente» ou «faire une tente» c’est la femme qui l’apporte, et avec elle tout le matériel domestique. A l’intérieur, l’espace est orienté : une partie est réservée à l’homme et à ses bagages, l’autre à la femme. C’est un territoire organisé dont les symboles spatiaux, se répètent de mère en fille. Chez les Touaregs de l’aïr «la forme arrondie du toit de la tente en fait une copie de la voûte céleste. La tente est donc une réplique du cosmos. La yourte qui relie entre eux les différents niveaux de l’univers mongole est l’objet d’une vision comparable. Le piquet central est conçu comme un modèle de l’axe cosmique.

Les arts du désert, une nécessité aussi vitale que la liberté

«Ce qui vise à s’approprier l’art classique des sédentaires, c’est le temps. Or c’est l’espace que vise l’art des nomades. Une façon bien établie d’orner le quotidien. André Miquel définit «la civilisation du désert» par trois termes : le chameau, l’herbe et la razzia. La compagnie de la faim est quasiment présente. Le nomade vit de peu et la sobriété lui est indispensable. Lui et ses animaux restent tributaires de l’herbe qui fuit, des feuilles des arbres des touffes. L’incessante poursuite du pacage implique, toujours, des déplacements vers de nouveaux pâturages et points d’eau. Il existe un art du désert qui se manifeste par une recherche du beau dans un environnement particulièrement difficile.

Ce mode de vie implique de ne pas s’encombrer d’objets inutiles. L’expression artistique, que ce soit sur les cuirs, le bois ou les métaux, montre un raffinement des techniques très élaborés, tout en s’appliquant souvent à des objets du quotidien : tapis, selles, ustensiles de cuisine, piquets de tentes, sacs, armes et ce, depuis la Mauritanie jusqu’à la Mongolie. Les motifs peints, ciselés, brodés, tissés, sculptés obéissent à une symbolique, sans cesse répétée, d’inspiration variée mais souvent d’origine religieuse. Ceci s’applique, aussi, aux parures et bijoux. Il n’est pas rare de rencontrer des hommes et des femmes accomplissant des tâches domestiques telles que la corvée d’eau, par exemple, exhibant des parures imposantes et des bijoux magnifiques que nous porterions que dans des moments d’apparat. Le souci d’esthétique semble donc, une préoccupation.

L’art des nomades sahariens : Les techniques de l’acharnement chamelier.

Au Sahara, la nature du chameau, du dromadaire évidemment, avec sa bosse unique, a obligé les nomades à trouver des solutions différentes pour placer la selle sur l’animal. En abordant ce sujet, on ne peut que s’appuyer sur le travail de Théodore Monod qui a pu conjuguer son expérience de chamelier méhariste et celle du savant à l’érudition inégalable.

L’art du bois

Le bois a permis aux artisans touaregs de réaliser de véritables sculptures avec des thèmes décoratifs répétés : par exemple ; les grandes louches en bois (amula) possèdent souvent des manches sculptés très finement, en forme de croix.

Chez les Touaregs, il existe deux objets aux formes comparables : le bol de traite (akabar) et le mortier (tendré). Ils se différencient par leurs anses qui permettent de les transporter ou de les accrocher près de la tente à un arbre ou à sa monture lors de ses déplacements. Le mortier a deux anses symétriques, en bas, du pied à la paroi, alors que le bol de traite n’en a qu’une, en haut près de l’ouverture.

Une devinette, sans doute pour illustrer plaisamment la différence entre ces deux objets, interroge «: devinez devinez ma fille a ses oreilles dans ses fesses. Qu’est-ce que c’est ? – Heu ! Des femmes joyeuses ?!

– Non c’est le mortier avec ses deux anses

Le mortier possède deux usages : celui du pilage de mil et celui de tambour, une fois couvert d’une peau tendue par deux pilons. Il rythme le travail domestique quotidien comme le chant des femmes entourées du carrousel des chameliers lors des grandes fêtes.

L’art du cuir

Ce sont les femmes qui, dans chaque famille préparent les peaux des animaux abattus. La plupart d’entre elles sont débarrassées de leurs poils avant tannage, par saupoudrage de la cendre de l’écorce et du bois de certains arbres. Un procédé de tannage utilisé de nos jours par les éleveurs, étaient connus en Egypte, il y a plus de 5.000 ans. Il est étonnant de constater la permanence, à travers le temps et l’espace, du travail du cuir. Chez les Touaregs, le cuir est utilisé pour la fabrication des grandes outres qui, suspendues sous les ventres des ânes, transportent ‘eau mais aussi des petites outres servant à barater le lait sous la tente. Parmi les sacs, le tassoufra dont les décors géométriques au centre, sont des croix, étoiles, quadrilatères, etc, souvent la littérature ancienne contenue dans les manuscrits de Chinguitti sont protégés par un cuir dont le décor sobre avec des desseins symétriques, en noir sur fond rouge. Le sac de voyage de l’homme eljebira est carré et fait pour être suspendu à la selle du méhari. L’art du tapis est issu de pratiques millénaires, mais son origine n’est pas établie avec certitude. On a retrouvé la représentation d’un métier à tisser sur un fragment de terre cuite sumérienne, daté de 4000 ans avant J.C. Le plus ancien tapis connu provient du Caucase au Ve siècle av JC. Sa facture est très fine et le décor d’inspiration animalière. D’une manière certaine, le tapis est né en Asie centrale et par l’expansion de l’islam et des caravanes commerciales de la route de la soie.

Les artisans maures et touaregs sont des bijoutiers connus dans le monde entier : ils fabriquent des bagues, des bracelets, des boucles d’oreilles et des bijoux portés par les femmes dans leur coiffure et en sautoir. Les deux métaux les plus utilisés sont l’argent et le cuivre. La majorité des bijoux sahariens est en argent, la matière première provient des pièces anciennes. Le motif de la croix est fréquent chez les Maures où il apparaît dans bien des décors. Jean Gabus y voit peut-être une origine chrétienne, mais avec beaucoup de réserve. Chez les Touaregs, la croix d’Agadez, originaire du Niger et des montagnes de l’air est le bijou le plus connu. Le haut, qui correspond à la croix représente le ciel, et le bas avec son cercle ajouré, la terre. Cette symbolique connote la masculinité et la partie terre la féminité. La croix, selon les mêmes auteurs, représente le sexe masculn, le pommeau de la selle de chameau et les quatre directions cardinales. Quand un père remet cette croix à son fils, il lui dit : «je te donne les quatre directions cardinales, car on ne sait pas où tu iras mourir». Chez les nomades, le tissage sert à la fabrication d’objets de premières nécessité. Ce sont des tapis pour la tente des sacs, des tentures, des tapis de selle, des manteaux.

Les musiques touarègues

La musique jouait un rôle important lors des rites de naissance et de mariage et lors des célébrations religieuses, dans la cour d’amour et les processus curatifs? Certaines de ces musiques et leurs instruments étaient, également, liés à la souveraineté et au pouvoir traditionnels depuis quelque temps les touaregs ont été soumis à des transformations socioculturelles dues :

Aux sécheresses, aux famines et aux crises politiques qu’elles ont engendrées.

Cette succession d’évènements a, aussi, fortement influencé la vie musicale des Touaregs et, aujourd’hui, l’éthnomusicologie ne peut plus se contenter de recueillir les musiques dites traditionnelles en voie de disparition, mais doit, impérativement, se pencher sur les causes du phénomène d’acculturation musicale. Les deux faits importants sont la mise à flots de l’Ahellil par le chercheur Mouloud Mammeri, et le développement et la mise en relief de l’Imzad par Farida Sellel ainsi que la maison de l’Imzad comme école de formation. Il ne faut pas oublier que la population des Touaregs est répartie dans une vaste zone touchant cinq pasy saharo-sahéliens. Elle côtoie, par la force des choses, d’autres cultures musicales avec lesquelles elle entretient des contacts faits d’emprunts et d’apports réciproques. Il peut s’agir de métissages musicaux. La pratique musicale traditionnelle est quasiment le monopole des femmes de la classe sociale la plus élevée.

Elles jouent la vièle monocode, alors que les femmes d’origine forgeronne ou captive (castre la plus basse) se limitent au jeu du tambour sur mortier tendey. Quand elles chantent en solistes, les femmes le font toujours accompagnées en chœur. En revanche les hommes chantent en solistes à cappella ou en duo, éventuellement accompagnés de la vièle monocorde Anzad.

Les répertoires des chants d’hommes et de la vièle monocorde sont étroitement liés au passé et à la tradition épique des groupes touaregs, de même des chants évoquant la bien-aimée ou tout simplement des états d’âme de l’auteur du poème. A l’opposé, le chant des femmes accompagné du tambour du mortier est l’occasion pour elles d’improviser des poèmes qui font office de chroniques, de satires sociales de la vie des campements.

Les séances de «chants pour les génies», au cours desquelles on joue l’Anzad ou le tendey pour guérir une personne malade c’est-à-dire pour «chasser les génies de son corps», et les fêtes (baptêmes, mariages) sont, autant, d’occasions pour les hommes de s’exhiber sur leur chameau préféré afin d‘effectuer une «ronde des chameaux» autour de la tambourinaire.

Au temps des rezzous, pour encourager la bravoure des guerriers que l’Anzad était joué. On disait, alors, d’un guerrier qu’il «méritait l’Anzad», l’expression est toujours en vigueur lorsqu’on évoque un homme de valeur. L’habitus, encore structuré, est cette musique qui représente en quelque sorte, un refuge identitaire au même titre que la langue (le tamachek) l’écriture (le tainagh) et le port du voile (anargad).

La musique vocale des chants traditionnels dont les poèmes épiques constituent, en fait, l’ossature de l’histoire orale de la société touarègue. La chronique guerrière domine même si fréquemment noyée dans un flot de digressions métaphoriques sur l’inaccessible amour d’une bien-aimée, sur la vie des campements, des chameaux et du bétail. La créativité personnelle du récitant ou du chanteur n’intervient que rarement. Le poème composé par Khamed el Jilai surnommé «Mejila» raconte l’histoire d’une querelle entre deux familles.

Tous les touaregs, quelle que soit leur origine, peuvent prétendre composer des poèmes d’amour. S’il est un domaine dans lequel les hommes ne sont jamais à court d’inspiration, c’est bien celui-là. Face à des femmes souvent moqueuses, critiques et exigeantes, l’amoureux doit se surpasser pour compter parmi les prétendants, en espérant avoir la chance d’être un favori. Joutes oratoires dont sont friands les Touaregs. A l’instar des griots, les nobles sont les principaux transmetteurs du répertoire. Les marabouts ont l’habitude de consigner les textes, en arabe, puisqu’ils sont en principe les seuls lettrés.

La musique instrumentale : la vièle monocorde Anzad ou Imzad

La vièle est considérée comme l’instrument emblématique de la femme touarègue, l’Anzad (en dialecte des Touaregss tullemendes) ou Imzad (en dialecte des Touaregs du Hoggar) la vièle monocorde demeure, à travers ses répertoires d’airs, le véhicule de tout un symbolisme où se mêlent des notions de guerre, de classe et de féminité que les Touaregs se plaisent à perpétuer et à enrichir dans les proverbes, dictons et poèmes ; un instrument qui demeure un des rares signes évoquant leur passé glorieux.

Dans son dictionnaire (1951-1952), Charles de Foucauld évoque une fonction de l’instrument directement dérivée de celle décrite plus haut : «L’Imzad est l’instrument favori, noble, élégant par excellence, c’est lui qui a toutes les préférences, qu’on chante dans les vers après lequel on soupire quand on est loin du pays, dont il est comme le symbole et dont il rappelle toutes les douceurs : «on en joue aux hôtes qu’on veut honorer» et plus loin «jouer du violon» signifie «dire des paroles très agréables et très flatteuses dans les réunions d’ahal» (soirées galantes). Dans le mot Anzad on trouve izod (ce qui est doux, sucré, ce qui fait plaisir à l’âme). Les joueuses de l’Anzad se contentent de perpétuer le répertoire des chants des hommes, dans un ordre bien précis, ce qui facilite la mémorisation. Chez les Touaregs lullemende, ce corpus d’airs peut être évalué à 150 mélodies accompagnées d’un murmure silencieux de la gorge appelé, «chant dans l’âme». Les séances entre jeunes sont l’occasion de faire plus amples connaissances avec leurs partenaires du sexe opposé ; le corps de résonance est constitué d’un récipient hémisphérique en bois ou d’une demi-calebasse.

Le diamètre standard de l’ouverture est de 20 à 30 cm, sa hauteur de 11 à 18 cm. Une peau de bouc sur laquelle se fixe une corde composée d’un faisceau d’une centaine de crins (anzaden, au singulier anzad d’où le nom de l’instrument) arrachées à la queue d’un cheval (ais). Le tendey ou tidné signifie «mortier» et par extension «tambour sur mortier». Une membrane d’une peau de chèvre fixée par des cordes recouvre le mortier. Les femmes tambourinaires du Hoggar l’ont remplacé depuis longtemps par des jerrycans, le battement de mains (eqqas) accompagne le tendey et sert de mesure rythmique comme un métronome.

Je suis un descendant de « Ouled darraj »

L’origine des noms en Algérie

 


L’entreprise de dislocation filiale perpétrée à l’état civil colonial à partir de 1882 s’est faite sentir sur des générations entières.

Sous l’ombre tutélaire de Mostefa Lacheraf, un débat des plus passionnants s’est déroulé au pavillon central du SILA, sur l’origine des noms en Algérie. Il s’agissait d’un cycle de conférences réparties sur deux jours (les 2 et 3 novembre), dédiées à la reconstitution de notre histoire sociale et culturelle à travers une approche «onomastique», mot savant qui désigne la science des noms. Si la première journée s’est concentrée sur la «toponymie», c’est-à-dire les noms de lieux, la journée de mardi, quant à elle, a été consacrée à l’étude des noms propres (ou «anthroponymie») issus de notre patrimoine onomastique.

Le colloque a été organisé à l’initiative de l’Unité de recherche sur les systèmes de dénomination en Algérie (Rasyd), relevant du Crasc. Et comme ont tenu à le souligner les organisateurs, ce colloque s’est voulu aussi un hommage à Mostefa Lacheraf et fit, d’ailleurs, largement écho à son dernier livre majeur, Des noms et des lieux (Casbah, 1998). Parmi les intervenants à ces rencontres, le professeur Farid Benramdane a régalé l’assistance par un exposé de haute facture sur l’origine des noms propres en Algérie en mettant à nu l’entreprise de dislocation filiale perpétrée par l’état civil colonial à partir de 1882.

M. Benramdane est professeur à l’université de Mostaganem, directeur du laboratoire Environnement linguistique et usages du français en Algérie (Elilaf) et chef de la division toponymie dans l’unité de recherche Rasyd. Alliant érudition et pédagogie, le professeur Benramdane a expliqué que l’identité est d’abord une affaire de noms propres. «Chaque société a un stock de noms propres», a-t-il dit. Il a noté qu’historiquement, les noms, en Algérie, «sont des noms de synthèse». Il a distingué, à ce propos, trois souches fondamentales dont dérivent nos noms propres : la couche libyco-berbère, la couche arabe qui englobe aussi la strate phénico-punique, à quoi s’ajoutent ce qu’il a appelé «les contaminations étrangères» (gréco-latines, turques, espagnoles, françaises, etc).

Il a toutefois considéré que «le substrat de base reste le libyco-berbère». Il a souligné que «la terre et sa dénomination est au cœur du dispositif onomastique algérien. Les noms des grandes tribus fondatrices du Maghreb, les Sanhadja, Kotama, Matmata, Meknassa, Louata, Meghila, ont un sens par rapport au sol», alors qu’«au Machreq, (les noms des tribus) ont un rapport au sang».

«Les noms au Maghreb ont un rapport à la terre»

Farid Benramdane a indiqué que «quand on est sur cette couche (libyco-berbère), on est sur des milliers d’années». Il a cité, par exemple, «Idir» et sa variante «Yedder» : «Ce nom est inscrit sur une stèle archéologique datée de 2000 ans.» Il a ajouté : «Si vous voulez connaître dans une région les noms les plus anciens, il faut interroger les noms des cours d’eau et les noms des montagnes parce qu’ils restent sur des milliers d’années.» Le conférencier a fait défiler, moyennant un data show, des listes entières de noms embrassant de vastes ères généalogiques.

Dans le lot, des noms d’origine latine, à l’exemple de «Maaouche» qui vient de «Marius», «Hammadouche» de «Amadeus». Cet inventaire recense aussi les noms d’origine biblique comme «Rabéa», une déformation de «Rebecca», selon le conférencier. On l’aura compris : le propos du conférencier était de dire combien le patrimoine anthroponymique algérien est riche et, surtout, ancien. Citant par exemple la grande tribu des Zénètes, il a dit, en forme de boutade : «Les Zenata, c’est un nom tellement ancien que seul Dieu en connaît l’origine.» Le professeur Benramdane s’est attaché ensuite à disséquer le système de dénomination mis en place par l’administration coloniale. «La France a travaillé sur deux choses : la terre et la personne.

Pour la terre, il y a eu le Sénatus-consulte (1863), et pour les personnes, ce fut la loi sur l’état civil de 1882.» Le chercheur a souligné qu’à l’arrivée des Français, le système des noms en Algérie était à dominante ethnonymique. Il rappelle que l’Algérie était alors organisée en grandes confédérations tribales : «Il y avait bled Meknassa, bled Halouia, Beni Mediène, Beni Louma, Ouled Haouar, Ouled Derradji… C’étaient des noms de tribus qui étaient, en même temps, des noms de territoires.

Il n’ y avait pas de wilaya comme aujourd’hui. Tiaret s’appelait bled Sersou, Aïn Témouchent, c’était bled Oulhaça, Batna, c’était bled Nememcha. Mais la France a cassé tout ça. Il fallait casser la tribu, casser le territoire pour occuper l’espace.» Le conférencier a poursuivi : «Le système de filiation était de type agnatique (lignée basée sur les ascendants hommes, ndlr), patrilinéaire et tribal, avec la chaîne des prénoms. Exemple : Ali ben Mohamed ben Slimane. Dans notre tradition, la filiation est orale. La France, c’est l’écrit. La France va imposer le nom de famille.» Pour Farid Benramdane, la chaîne anthroponymique traditionnelle consacrait une identité séculaire, «tandis que là, on te donne un nom de famille qui n’a aucune identité».

Citant Ageron, il a dit : «L’état civil devait être une œuvre de dénationalisation». Le but était de «franciser les noms indigènes pour favoriser les mariages mixtes». «La francisation devait toucher les noms pour aboutir à la fusion des peuples.» A l’appui, ces quelques exemples édifiants : «Farid» qui devient «Alfred», «Naïma» se transforme en «Noémie», «Habib» en «Abib», «Hamr El Aïn» en «Hamerlin»… A partir de là, il ne faut pas s’étonner, a relevé l’orateur, qu’il y ait tant d’erreurs de noms, de dégâts patronymiques, dans les registres de l’état civil. «C’est parce que notre état civil perpétue ce qu’a fait la France.

Quand tu fais le S12, tu vas encore fixer la déstructuration au lieu de revenir à l’écriture originelle des noms», a regretté l’expert en onomastique. Pour lui, c’est un véritable «onomacide sémantique». Un massacre des noms.Analysant la structure de l’identité algérienne, Farid Benramdane a rappelé que celle-ci «est constituée de trois composantes : l’islamité, l’amazighité et l’arabité. Mais ce ne sont que des composantes. C’est un match de football avec trois ballons.

Qu’est-ce qui va faire le lien entre l’amazighité, l’arabité et l’islamité ? C’est l’algérianité qui est un mélange. Il y a des noms purement algériens». L’orateur nous apprend que parmi les noms inspirés des attributs de Dieu (asmaa Allah al hosna), «il n’y a qu’en Algérie qu’il y a Abdelkader», un nom qui donnera lieu à plusieurs déclinaisons typiquement algériennes : Kaddour, Abdekka, Kada, Kouider…

«Onomacide» et massacre des noms

Au cours du débat, Farid Benramdane est revu sur la pagaille orthographique constatée dans la transcription des noms. «C’est un très grand problème», dit-il. «Il n’y a pas un Algérien qui n’ait un problème avec son nom !» Le tribunal de Sidi M’hamed enregistre à lui seul, a-t-il rapporté, 40 000 requêtes annuellement de rectification de nom. «Ce qu’on a essayé d’expliquer aux autorités est que ce n’est pas un problème technique. Il y a des présupposés coloniaux qu’on ne maîtrise pas.

Tant qu’on ne revient pas aux fondements de l’état civil de 1882, on ne comprendra pas l’origine du problème.» Le professeur Benramdane a rappelé le travail qu’il a accompli avec d’autres chercheurs sur la question de l’état civil justement, et qui a donné lieu à un précieux ouvrage : Des noms et des… noms : état civil et anthroponymie en Algérie (Oran, Crasc, 2005). «Dix ans sont passés depuis ce livre. En dix ans, il y a eu au moins 7 millions de nouveaux-nés.

On aurait pu au moins normaliser les prénoms», a déploré l’orateur. Il a aussi évoqué le cas des familles de même arbre généalogique, et qui se retrouvent avec des noms éclatés. «La France a attribué des patronymes différents. Ils ont un même nom, mais avec des écritures différentes. Mostefa Lacheraf appelle cela ‘‘l’étiquetage’’. Pour maîtriser la rébellion, ils lui ont donné une lettre de l’alphabet à chaque douar. On a parqué les populations algériennes à partir des lettres de l’alphabet. L’administration ne se rend pas compte du degré de déstructuration qui a été commise pendant la période coloniale.»

Les origines de Halvet Ettork..(chamia)

Halwet ettork ou la Chamia, cette friandise qui a la côte durant le Ramadhan


Halva chocoFourrée aux amandes, à la pistache ou aux pignons, halwet etork est très convoitée en Algérie, surtout durant le mois sacré.

Le mot halva, حلوى, en arabe, porte la notion de douceur, exprimant le sucré. La recette est stambouliote datée de 1473, retrouvée dans les registres de la cuisine du Sultan Mhemed II qui aimait particulièrement le helvâ-i-hakani (helva du souverain).

Le halva était préparé avec différents ingrédients, allant de la farine du sésame à la semoule, passant par le riz. On les faisait cuire au four, comme le qelb ellouz, mais également sous formes de beignets, comme la zlabia, par exemple, pour les tremper dans un liquide sirupeux, à base de miel et d’eau de fleur d’oranger ou d’eau de rose.

Comme toutes les recettes ottomanes, celle-ci a voyagé au gré de l’avancée des troupes à travers l’Europe et le Maghreb. Le halva est retrouvé en Albanie, en Arménie, en Bulgarie et en Grèce, où elle est préparée avec de la semoule de blé, du sucre ou du miel, et du beurre ou de l’huile végétale.

Hérité du savoir faire ottoman, en Algérie, le halva est connu sous le nom de halwa turk. Vendue en pots, elle est également faite de manière artisanale. Qu’elle soit fourrée de pistaches, d’amandes, de pignons, ou qu’on y incorpore du chocolat, elle reste la star des tables des soirées du mois sacré du Ramadhan.

Hykayette aprés le ftour

Conte du soir :
Le manteau de plumes …
Il était une fois, un roi qui gouvernait un immense royaume. Il régnait non seulement sur les hommes, mais également sur les animaux et les oiseaux. Ils s’exprimaient dans la même langue et obéissaient à la même loi ; celle du roi.
Ce monarque qui était à la fois juste et ferme avait plusieurs années auparavant, épousé une princesse de grande beauté. Il l’aimait beaucoup, comblait ses désirs et cédait au moindre de ses caprices.
Se sachant belle et aimée, la jeune reine voulait profiter de cet avantage, dont la nature l’a pourvue, pour satisfaire ses fantaisies. Un jour, allant retrouver son seigneur, maître et affectant de l’enjouement, elle lui dit :
Ô Majesté, je désire ardemment porter un manteau de plumes.
Je te l’offrirai bien volontiers, lui répondit son royal époux, mais je ne sais où le trouver.
C’est bien simple, lui répliqua-t-elle : Convoque les oiseaux du royaume et demande leur de te remettre chacun une plume. La couturière du palais les utilisera pour me façonner le vêtement.
Le lendemain, le souverain ordonna le rassemblement de toute la gent volatile. Au jour fixé pour la réunion, il vit la cour de son château envahie par la foule de ses sujets volants. On fit aussitôt l’appel et on découvrit l’absence de la chouette.
La chouette !
La chouette !
Peine perdue, car aucune réponse ne s’éleva et un silence lourd s’abattit sur l’assistance qui demeura comme pétrifiée. Quelle décision allait prendre sa Majesté ?
Le roi appela deux aigles et les chargea de ramener, séance tenant, l’imprudent oiseau de mauvais augure. Une demi-heure plus tard, ils étaient de retour, encadrant la chouette qui vint se poser calmement devant son seigneur. Celui-ci l’interrogea et lui demanda les raisons de son absence :
Pourquoi n’as-tu pas répondu à l’appel que j’ai lancé à tous les oiseaux du royaume ?
Veuillez m’en excuser Majesté car je n’ai pas prêté attention à votre convocation, j’étais plongée dans de profonds et sérieux calculs, lui répliqua-t-elle.
Quel genre de calculs faisais-tu ? insista-t-il.
Je me suis exercée à dénombrer les jours et les nuits, les vivants et les morts, les homes et les femmes car je voulais connaître l’élément le plus important dans chacune des trois catégories.
Et tu as réussi à obtenir les résultats exacts ?
Oui Majesté, et je puis vous affirmer que je suis en mesure de me prononcer avec certitude.
Et bien ! commençons :
Quels sont les plus nombreux ? Les jours ou les nuits ?
Ceux sont les jours, avança la chouette, avec spontanéité, car dès le milieu du printemps et pendant tout l’été, les nuits sont claires. Illuminées par les étoiles et la lune, la nature parraît dans toute sa splendeur et nous dévoile ses beautés. Toutes ces nuits doivent être comptées avec les jours, n’est-ce pas ?
Je suis d’accord avec toi. Passons maintenant aux vivants et aux morts. Dis-moi de quel côté penche le plateau de la balance.
Le nombre des vivants est supérieur à celui des morts. Il y a des hommes qui ont disparu, enterrés depuis des siècles et pourtant on continue à parler d’eux avec respect. Leur souvenir est entretenu dans les mémoires et on a l’impression qu’ils sont toujours présents parmi nous. Certains se sont sacrifiés pour l’honneur et la dignité de leur patrie, d’autres ont voué leur existence au service de leurs semblables. Ils doivent être ajoutés aux vivants qui se rappellent de leur activité au profit de l’humanité.
Je suis encore de ton avis, chouette, et, que penses-tu des hommes et des femmes ?
Excusez ma franchise, Majesté, car j’ai peur de vous décevoir en vous certifiant que la totalité des femmes et bien plus élevé que celle des hommes.
Imaginez certains d’entre eux : ils ont tout pour s’imposer à leurs épouses et pourtant ils se laissent guider par elles et se soumettent à leur volonté. Au mépris de leur richesse, de leur culture, de leur personnalité et de leur puissance, ils s’empressent, sans réfléchir, de satisfaire leurs caprices aux dépens des faibles et des malheureux. Ils doivent être comptés parmi les femmes.
Le roi se sentit fouetté par l’allusion faite par la chouette pour critiquer sa conduite. Il resta un instant assommé. Ouis il se redressa et ordonna d’une voix rauque :
Retournez tous chez vous !
Après le départ des oiseaux, il pénétra dans le palais et vit la reine qui accourait aux nouvelles. Il la saisit par la chevelure et lui cria, les dents serrées :
Par ta faute, j’ai été ridiculisé, humilié par la chouette. Tu paieras très cher ton extravagance car je vais te faire confectionner un épais manteau d’épines eu lieu de celui que tu as demandé en plumes.

Histoire:Le Bey d’Oran tout puissant détenait une jeune captive appelée Zeina dans son palais, enlevée par des Corsaires sur les côtes d’Espagne

Les larmes de Zeina

Le Bey d’Oran tout puissant détenait une jeune captive appelée Zeina dans son palais, enlevée par des Corsaires sur les côtes d’Espagne et offerte en cadeau. Dans le jardin de ce pacha travaillait un autre captif espagnol nommé José.
En cachette, José offrait à Zeina les plus belles roses du jardin et, à la tombée de la nuit, il lui chantait les plus douces mélodies d’Andalousie au son de sa guitare.
Prisonniers tous deux, ils réalisèrent qu’ils ne pourraient pas vivre leur amour sans risquer d’être exécutés par le pacha.Ils décidèrent alors de s’enfuir et attendirent la nuit sombre pour échapper à la surveillance des gardes du château.

Arrivant à s’évader par le ravin Aïn-Rouina situé sous le palais du pacha, ils marchèrent toute la journée et s’arrêtèrent épuisés à la crique de Canastel. Quand la nuit tomba, ils se cachèrent dans une grotte.
José s’était entendu avec des contrebandiers ne naviguant que dans la nuit pour les recueillir, lui et Zeina, dans leurs barque tard dans la nuit. Pour être aperçus,José devait allumer une petite torche, mais cette nuit-là, il y avait du vent et sa torche ne s’alluma pas.

Les marins du bateau au large ne les voyant pas continuèrent leur route et plusieurs nuits passèrent sans ne voir aucune barque.
Zeina et José commencèrent à souffrir de faim mais surtout de soif. Ils décidèrent de continuer à marcher le long des rochers pour trouver un point d’eau douce.
Pour se mettre à l’abri des morsures du soleil, ils s’arrêtèrent un moment dans une grotte au frais.

Epuisée, Zeina éclata en sanglots un long moment, puis pria avec beaucoup de ferveur.
Soudain, les deux amoureux entendirent alors, dans le fond de la grotte, une sorte de ruissellement assez bruyant. José s’avança vers le fond de la grotte et s’écria:
-« Zeina, cesse de pleurer, ta prière a été entendu! Dieu nous envoie de l’eau douce!! C’est merveilleux!!! »
Zeina remercia le ciel et but à pleines mains cette eau miraculeuse.

Bien abreuvés en fin de journée, ils attendirent sereinement la nuit tomber. Ce soir là le vent disparut, José alluma sa torche, et soudain une barque au loin l’interpella:
« C’est José ? »
Ils exultèrent, remplissant leurs gourdes de cette eau miraculeuse, et ils embarquèrent enfin vers l’Andalousie.
Depuis, chaque année, le lundi de Pâques, tous les amoureux viennent boire à cette source d’amour car son eau porte bonheur à tous ceux qui s’aiment.

Tous les Oranais connaissent cette source sous le nom de Kristel, petit village près d’Oran où les habitants se partagent une source d’eau et où règne en gardien du temple, une anguille du nom de Cerbah.
Ce poisson est gage de pureté de l’eau.

Les anguilles sont présentes dans le bassin depuis des siècles. Elles sont respectées par tous les habitants du village.
Car les gens de Kristel disent que cette anguille, qui craint le soleil et se cache dans le trou pendant le jour, sort la nuit pour conter aux amoureux la légende « des larmes de la sultane Zeina. »

 

Le monde du café… Toute une histoire !

Le monde du café… Toute une histoire !

 


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Le café, ce grain magique, a été découvert il y a plus de 2 000 ans avant Jésus-Christ, dans la province de Kaffa, en Ethiopie ou Abyssinie, il est transplanté au XIVe siècle dans la région de Moka, au Yémen, point de départ de son itinéraire et est devenu l’une des boissons les plus convoitées du monde.

Aujourd’hui, le café est répandu à travers toute la planète. Il n’a fait son apparition dans le bassin oriental qu’au XVIe siècle, bien que ce soit les Méditerranéens qui lui conféreront ses titres de noblesse et contribueront à l’acclimatation du caféier au Brésil,  qui deviendra leader mondial.

Si l’élite occidentale s’approprie les vestiges du culte de la propagation du café, il apparaît, en revanche, comme une création originale de la civilisation musulmane au moment où elle est parvenue à l’apogée de son expression impériale. Contemporain des règnes de Charles Quint et Philippe II d’Espagne, le moka n’est donc pas un héritage précolombien, contrairement à ce qu’a pu véhiculer la pensée occidentale à ce sujet.

Par la chronique arabe, la plus ancienne et la plus fiable, nous savons que la boisson miraculeuse qui préserve du sommeil devint un fait social au Yémen et fut introduite à Aden par un mufti qui en avait expérimenté l’usage en Perse. Bientôt, cet usage suscitait un lieu de rencontre propre aux adeptes du tassawuf qui l’avaient adopté, prolongeant dans les oraisons nocturnes les bienfaits de la récitation diurne. Ainsi apparut la maison du café, née vers 1470, dans L’Arabie heureuse. Trois villes ont donné à ce nouveau lieu de sociabilité toute sa mesure. La Mecque, Le Caire et Istanbul.

Au cœur de la ville sainte, aux portes de la grande université de l’islam (El Azhar), puis au centre même du monde musulman représenté et conduit par le calife ottoman. Là sont définitivement joués le sort du café et de son cadre.

Très tôt, les théologiens ont fait pression sur le pouvoir local et central pour interdire une boisson favorisant, croyait-on, le dérèglement des sens. Le produit fut brûlé et ses maisons fermées. Ensuite, les puissants eux-mêmes se sont émus, justifiant la censure par cette raison que le café en tant que lieu favorisait la rumeur et la fronde. Le café était déjà politique