La Mafia des Généraux Algériens

Au nom de Allah le Tout Miséricordieux le Très Miséricordieux

1) LES REQUINS GENEREAUX

Après de bons et loyaux services rendus à Satan l’impénitent, la mafia des généreux retraités investissent dans les « affaires », exemples :

– le général Mohamed Attailia s’associe avec un juif tunisien pour l’ouverture d’une boucherie à Malakoff dans les Hauts de Seine, en France. Après une tentative de gouverner la Boucherie seul, ce général avide s’est fait remonter les bretelles, en voulant exclure le juif associé.

– blanchiment d’argent en France via le circuit de la viande « Halal » à travers la « mosquée » de Paris.

Dans un premier article « Les paradis fiscaux des généraux » le 29 Juin 2000, puis un second article plus récent « affaires des généraux »publiés par le MAOL (Mouvement Algérien des Officiers Libres), dénoncent la corruption parmi les plus gros requins, dans ces extraits les plus intéressants qui vont suivre.

Citation :

Dans le monde bancaire occidental qui se veut irréprochable, honnête et consciencieux, il est tout à fait indigne que l’on puisse fermer les yeux sur des pratiques très graves aux suites plus que désastreuses pour des populations tout entières. Pire encore, il convient même de parler de complicité criminelle quand on se rend compte des conséquences directes de telles complicités sur la politique interne algérienne et les évènements qui s’y sont déroulés depuis près de deux décennies.

En effet, les responsables des banques étrangères concernées par ces pratiques de blanchiment en tout genre, connaissent très bien l’origine des fonds versés dans leurs banques par les responsables militaires algériens.

Ces banques buandières traitent avec les généraux algériens avec une amabilité et une courtoisie déconcertante en fermant les yeux devant l’afflux de sommes d’argent faramineuses et de biens malhonnêtement acquis. Elles encouragent ainsi et de manière directe le recèle des biens du peuple algérien.

L’histoire se répète et les responsables des banques mises en cause ferment les yeux encore une fois sur la spoliation du peuple algérien par des généraux véreux qui ont mis le pays à feu et à sang dans le seul et unique but de s’enrichir. Agissant en toute impunité derrière leur écran de fumée et de sang, les généraux assassins n’ont à aucun moment mesuré la portée de leurs machinations et n’ont jamais pris en compte le devenir de l’Etat algérien et le sort de son peuple meurtri.

Comment la dette algérienne a-t-elle pu atteindre des montants aussi faramineux ?

Pourquoi des gouvernements dits « démocratiques » peuvent-ils fermer les yeux sur des pratiques qu’ils condamnent publiquement mais qu’ils encouragent par leur silence ?

Comment de puissants services de contrôle financier européens dotés des moyens d’investigations les plus pointus peuvent-ils tourner le dos aux agissements frauduleux de diverses banques qui couvrent et encouragent le vol ?

La réponse à ces interrogations relève comme à l’accoutumé de la raison d’Etat qui fait que l’on doit taire tous les sens au nom de cette muselière anti-démocratique. Il est ainsi bien plus facile de faire et défaire des gouvernements, manipuler des dictateurs aux fortunes nauséabondes et par conséquent, se faire le maître du destin de populations entières.

Le drame algérien trouve ses origines autant dans les banques en Suisse, en France, au Luxembourg et au Liechtenstein, que dans le cabinet noir des démons de l’apocalypse.

Les généraux suivants, pour ne citer que ceux là comme exemples, bénéficient de la complicité des banques mises en cause pour mettre à l’abri des centaines de millions de dollars prélevés sur les comptes de l’Etat algérien au détriment des malades qui dépérissent dans les hôpitaux délabrés, des orphelins qui courent les rues et des hommes et femmes qui troquent leur honneur pour une bouchée de pain.

(…) Devant cette situation de désolation, qui a jeté le discrédit sur les institutions de l’état algérien à commencer par son armée, des êtres sans scrupules ont profité et profitent toujours de la situation qu’ils ont crée, en se remplissant les poches ; l’économie de la guerre leur a permis de multiplier leurs fortunes mais surtout de blanchir une masse d’argent colossale, que les uns et les autres ont réinvesti dans la reprise de sociétés et entreprises nationales coulées puis rachetées au dinar symbolique. Les rares cadres qui se sont dressés pour éviter la catastrophe se sont retrouvés grâce à l’agent « Ouyahiya » en prison. Le pillage à grande échelle d’un peuple profondément meurtri a jeté le peuple algérien dans les abîmes de la pauvreté, la famine et la dépendance. La société algérienne a vu apparaître ces dernières années des maux extrêmement graves : de la prostitution infantile pour un bout de pain, aux réseaux des dealers de drogue qui sont protégés d’en haut pour aider la jeunesse algérienne à oublier qu’elle a des droits sur ses dirigeants et sur son armée.

* Général major Larbi Belkheir

Il possède plusieurs comptes bancaires dans une banque à Genève en Suisse qui est le Crédit Lyonnais; ces comptes sont en gestion privée. Parmi ces comptes, les deux premiers ont été ouverts par Belkhier en personne durant l’année 1988 à la dite banque située à la place Bel- Air, Genève1204; l’un nominatif Larbi Belkheir dont le numéro est: 104088 C, dans lequel il a fait un premier versement à l’ouverture, d’un montant de 1.220.000 dollars, c’est un compte dépôt rémunéré.

Il a, à plusieurs reprises, utilisé la ligne directe de la présidence de la république pour donner les directives à son gestionnaire qui répond au nom de Dominique Stocker ; le téléphone est le n° 41227056666 ; l’enregistrement des conversations par le groupement contrôle réseau (GCR), organe d’écoute qui dépend du département du renseignement et la sécurité à l’appui.

Son deuxième compte bancaire est un compte numéroté : 5039500321288, qui renferme plusieurs dizaines de millions de dollars issus de diverses transactions avec des firmes étrangères et de commissions de marché.

Il a un autre Compte au Luxembourg qui est aussi en gestion privé. Ce compte est géré par un certain Pascal Gurndrich, téléphone: 352476831300.

* Général major Mohamed Touati

Il possède un compte dans la banque Crédit Lyonnais à Monaco, son adresse est, 01 avenue des Citronniers, 98000 Monaco. Mohamed Touati est un client plus ou moins riche, il possède sur son compte portant le numéro: 74293 M, un peu plus que 8 millions de dollars. Le gestionnaire de son compte est monsieur Philipe Sarlin et son téléphone est: 37797973470.

Les transferts de fonds passent sous la couverture d’achats d’ouvres d’art d’une galerie située à Monaco et qu’il possède avec un ancien officier de la Sécurité Militaire (SM), un certain Nourredine Benferhat.

(…) Son importance au sein la hiérarchie militaire lui a permis d’utiliser à fond son influence et à recevoir en conséquence des commissions sur tous les grands projets d’investissement ou de prospection des champs pétroliers dont il assure la sécurité avec ses compagnies privées de protection moyennant un pourcentage sur chaque puits. Il possède des biens immobiliers dans tout le territoire national et de même en France et en Suisse. Sa fortune est de plusieurs dizaines de millions de dollars.

* Général major Mohamed Lamine Mediene (dit « Tewfik »)

Il a un compte numéroté en Suisse dans l’union des bancaires privés (UBP), 96-98 Rue du Rhône, Genève 1204 Suisse.

Le numéro de son compte est : 121274552136KM94, il est géré par un certain S. Serval.

Rien que ce compte renferme prés de 62 millions de dollars, une somme provenant pour la plupart des commissions de l’achat d’armements pour l’ANP. Rien que la société sud-coréenne « Daewoo » a versé plus de deux millions de dollars pour s’établir en Algérie après la liquidation de son premier directeur à Alger.

(…) Il a une fortune colossale dont l’estimation n’est pas connue. Il est le principal actionnaire de la société sud-africaine de prospection d’or et de diamant dans le Hoggar. Il s’est assuré une rente importante de plusieurs multinationales de prospection pétrolière. Son homme de main qui supervise ses affaires et gère ses richesses est M. Hanchi. Le fils aîné de Mediene fait partie du conseil d’administration de Daewoo en Algérie et qui avec le démantèlement partiel, perfide de l’ENIE, contrôle une partie importante du marché d’importation de l’électronique, de l’électroménager et de la voiture.

* Général major Smain Lamari

Grâce à ses contacts avec les milieux du patronat français et les hommes qui font du lobbying pour l’investissement en Algérie, il a réussi à faire une vraie fortune et possède à ce titre deux comptes numérotés au Crédit Suisse en Private Banking.

L’un d’eux est sous le numéro: 72796365197821 SP géré par un certain Carone Rolf, il renferme plus de 45 millions de dollars, une somme qui provient pour la plupart des commissions sur les marchés de privatisation et investissements étrangers. Le deuxième est aussi en Private Banking et renferme les Sommes amassées lors de contrats d’armement spécialement avec l’Afrique du sud.

(…) De part la sensibilité de son poste, il a réussi à monter un empire d’import-export et la plupart des transactions se font à l’extérieur du pays. En plus des biens achetés en France, il a eu de larges commissions sur les contrats d’armement réalisés avec les Français (couverture radar de l’ensemble du territoire). Avec des amis français, il reçoit en échange d’ouverture du marché algérien de généreuses commissions à chaque marché et assure aussi la protection des investisseurs. Sa fortune s’élève à plusieurs dizaines de millions de dollars.

Cela n’est qu’un spécimen de quelques banques qui couvrent les malversations de certains généraux algériens sans que ces mêmes banques ne demandent aux richissimes titulaires des certificats sur l’origine des fonds déposés (…) Khaled Nezar, Abdelmalek Guenaizia, Larbi Belkhier, Mohamed Lamine Mediene, Mohamed Lamari, Ahmed Boustila, Kamel Abderahim, Smain Lamari, Sadek Kitouni, Mohamed Ghenim, Abdelhamid Djouadi, Mohamed Betchine, Benabess Gheziel, Mohamed Touati, Taghrirt Abdelmadjid, Fodhil Chérif, Said Bey et Hacéne Beldjelti.

(…) Le Mouvement Algérien des Officiers Libres mettra tout en ouvre pour démasquer tous les complices étrangers dans les cercles financiers internationaux et les banques complices à tous les échelons.

* Général Mohamed Lamari

Il touche des commissions de marché des compagnies pharmaceutiques françaises en Algérie. Il est l’ami et le partenaire de Mohamed Ait-Djeddou, le magnat de l’importation pharmaceutique en Algérie. Une grande partie des dizaines de millions de dollars qu’il a amassé vient en fait des contrats d’armement passés avec l’Afrique du sud et la France en particulier, en plus bien sûr du pourcentage de la rente annuelle du pétrole.

* Général Khaled Nezzar

Il a amassé sa fortune particulièrement lorsqu’il était ministre de la défense. Il a des comptes bancaires en France, en Suisse et aux Etats-Unis. Il possède de nombreuses villas à Alger, à Batna et à Constantine. Il détient des biens immobiliers et fonciers dans plusieurs wilayas. Il possède une villa aux Etats-Unis, achetée en 1992 avec l’argent du contribuable algérien. Son fils, qui a le monopole d’importation de plusieurs produits agro-alimentaires, a monté sa compagnie avec un prêt bancaire de la Banque nationale d’Algérie avec un taux d’intérêt avoisinant le zéro et un délai de paiement indéfini. Nezzar Junior s’est lancé dernièrement dans l’aviation civile avec une compagnie aérienne privée.

* Général Mohamed Betchine

Sa fortune s’élève à plusieurs dizaines de millions de dollars. Il possède des biens immobiliers immenses dans l’est algérien, mais aussi en Syrie, en Tunisie, en Suisse et en France. Il est le principal importateur et distributeur de sucre dans l’est algérien. Il contrôle une part importante du marché d’importation d’autres produits agro-alimentaires. Il possède plusieurs journaux et une maison d’édition. Il touche une rente régulière des compagnies pétrolières américaines Anadarko et Arco. Il a aussi touché des pots-de-vin dans les contrats de modernisation du système de défense aérienne.

(Photo manquante)

* Général Abdelmadjid Taghit

Il est dans une alliance d’affaires avec son frère qui a dirigé la Cosider. Il possède plusieurs biens immobiliers en Algérie. Il s’est enrichi considérablement en revendant des boutiques à Riadh El Feth acquises à des prix dérisoires.

* Général Mohamed Attailia

Ex-chef de la 1ère région militaire, il est dans le brigandage des biens de l’état depuis 1965. Il possède un hôtel, un restaurant et une boucherie en France. Il possède aussi une usine de verrerie dans le midi de la France. Il a de vastes biens immobiliers en Algérie et des biens fonciers à Bouchaoui.

* Général Kamel Abderrahim

Commandant en chef des forces terrestres jusqu’en 1989, il possède des biens immobiliers en Algérie, ainsi qu’un restaurant et un hôtel en France. Il possède une usine ultramoderne de fabrication de consommables pour les hôpitaux à Ain Taya.

* Général Moustafa Belloucif

Il s’est enrichi en s’accaparant les comptes bancaires du richissime Zeggar évalués à plusieurs millions de dollars. Il s’est aussi enrichi par la revente de biens de l’état achetés à des prix dérisoires. Il possède des biens immobiliers très cotés à Alger et à Annaba.

* Général Mohamed Hartani

Ancien directeur de l’hôpital central de l’armée à Alger, c’est en cette qualité qu’il a amassé sa fortune. Il a touché d’immenses commissions de marché de Siemens et d’autres compagnies de matériaux de construction. Il est le représentant de Siemens en Algérie sous la couverture de son épouse. Il a des biens immobiliers en Algérie, en suisse, en France et en Allemagne. Il possède plusieurs commerces à Alger, à Constantine et à Annaba.

* Général Ben Abbes Gheziel

Il a amassé sa fortune, estimée à plusieurs millions de dollars, par les pots-de-vin et les commissions de marché dans l’achat d’équipements pour la Gendarmerie nationale, en particulier de la compagnie Beretta. Il a des biens immobiliers et fonciers en Algérie et en France. Il rapine aussi dans l’import-export.

* Général Mohamed Dib

Ancien chef de la Garde républicaine, ce général discret a une fortune estimée à plusieurs millions de dollars. Il a amassé sa fortune par la restructuration de la Garde républicaine (commissions de marché lors de la rénovation de son infrastructure et achat au prix symbolique et revente des systèmes et matériels). Il possède des biens immobiliers et fonciers en Algérie.

(Photo manquante)

* Général Cherif Ouadani

Spécialiste du pillage, sa fortune s’élève à plusieurs dizaines de millions de dollars. Il possède des biens immobiliers dans les quartiers chics de Paris, des propriétés luxueuses et des chevaux à Deauville. Il est actionnaire à Peugeot dont il est le représentant en Algérie depuis 1990. Il a de grands biens immobiliers à Alger et à Tlemcen. Il possède une usine de confection de vêtements luxueux à Tlemcen. Il détient le monopole d’importation du textile en Algérie.

* Colonel Hocine Senoussi

Bras droit de Belkheir, ami de Chadli, il a amassé sa fortune immense lors de la construction à Alger du monument Maqam Echahid. Il a touché des commissions de marché sur ce projet qui a coûté près de 350 millions de dollars au contribuable algérien. Il s’est aussi accaparé plusieurs magasins du complexe commercial de Riadh El Feth qu’il a revendu au prix fort. Il possède des biens immobiliers à Alger, à Oran et surtout à Tlemcen et bien sûr à l’étranger.

D’autres généraux tels que : Abdelmalek Guenaizia, Abdelhamid Djouadi, M. Lakhal Ayat, Abdelmadjid Cherif, Mohamed Ghenim, Said Bey, etc…Ont aussi amassé des fortunes colossales, et la liste est malheureusement longue pour le reste des militaires corrompus, indignes de porter les emblèmes de l’ANP.

Ce dossier de la corruption des chefs sera traité à l’avenir avec plus de détails.

(Fin citation)

Sources :

http://www.algeria-watch.org/farticle/maolbanques.htm (article 1)

http://www.anp.org/fr/affairesdesgeneraux.html (article 2)

Site officiel du MAOL: http://www.anp.org/index.html

Ceci étant dit, personne n’est parfait au sein même du Mouvement Algérien des Officiers Libres (MAOL) actuel, gangréné dans le nationalisme qui mène en Enfer (voir les 10 actes annulatifs de l’Islam).

J’invite donc tous officiers honnêtes et impartiales avec soi-même dans le MAOL, de renouer aux valeurs de l’Islam qui elles seuls procureront inchaAllah, la paix et la sécurité dans notre Oumma divisé en nationalisme, depuis les accords meurtriers Sykes-Picot !

Si vous vous considérez « musulmans », il est grand temps de changer, mais si vous avez dans le cœur l’amour du taghout tels que « le pouvoir au peuple » inventé par les Franc-maçons sataniques d’Occident contredisant le pouvoir qui n’appartient qu’à Allah Seul, alors vous vous condamnerez vous même au 7ème étage de l’Enfer le plus dur en temps qu’Hypocrites qui se considéraient « musulmans » sur terre. Suivez plutôt l’exemple de vos semblables, dans l’armée Irakienne, beaucoup ont désertés le taghout pour aller aider l’Etat Islamique et défendre l’Islam et le retour du Khalifa comme autrefois, quitte à mourir pour cela ! Enfin, à chaque algériens et dans toutes la Oumma, ce message reste le même !

De manière générale, les Occidentaux haineux aimeraient bien que nous oublions notre passé Islamique, celle de la mission prophétique du dernier Prophète Mohammed (paix et bénédiction de Allah sur lui) : un Etat Islamique et un Khalife obligatoire pour la Oumma béni ! Seul les sans foi ni loi en Allah se détournent de ses rappels et tournent le dos en s’enflant d’un orgueil criminel…et bien soit, ils éterniseront dans le Feu au Jour de la Résurrection pour avoir dénigré notre propre Créateur transcendant ; en faite vous partie ?

Puisse Allah sortir la Oumma des griffes de la démocratie démonique, amine !

2) UNE MAFIA BIEN FICELEE

Extrait du livre d’Hichem Aboud, « LA MAFIA DES GENERAUX » Edition J.C Lattès (Février 2002) :

– Pendant les massacres, les affaires continuent…: Chapitre 6 –

En s’emparant du pouvoir, le clan des généraux s’est approprié tout un pays. L’économie algérienne, qui tire toute sa force des richesses pétrolières et gazières, est entre leurs mains. Les directeurs généraux de la Sonatrach, Société nationale des hydrocarbures, et de la banque centrale d’Algérie sont placés en permanence sous leur contrôle. Prenant prétexte des mesures de sécurité, ils les ont installés au centre militaire touristique de Sidi Fredj.

Pour le reste de l’activité économique, ce n’est un secret pour personne qu’en Algérie c’est le système du trabendo qui prime. Il permet aux grands pontes de l’import-export, qui ne sont autres que les généraux véreux et leurs acolytes, de mener leurs affaires à l’ombre. Pas de contrôle fiscal, pas de comptes bancaires en leur nom. Tout se fait sous des noms d’emprunt.

Le groupe de presse Cirta-com, par exemple, est au nom d’une certaine Aicha Baya Guedidi. Qui est cette brave dame qui gère une entreprise de diffusion, un groupe propriétaire de deux titres, et est actionnaire de plusieurs autres ? Elle est inconnue dans le monde des affaires et de la presse. Même son banquier ne l’a jamais vue. Elle est tout simplement l’épouse du général Mohammed Betchine. L’usine de céramique de ce même général est, au regard de l’administration, une SARL familiale dont les parts sont réparties entre quatre personnes : l’épouse et les enfants du général.

Profitant du climat de violence et de terrorisme qui règne en Algérie, il a aussi créé, sous le nom de son beau-fils, Ghalib Djebbour, dont il a fait l’un des directeurs de ses journaux, une société de sécurité. Cette société propose ses services à des organismes étatiques qui ne peuvent pas refuser de conclure des contrats évalués à des centaines de millions de dinars. Betchine a suggéré l’idée à son ami, le général à la retraite, Abdelmadjid Chérif, beau-frère du

président Zeroual. Les deux généraux se partagent Alger. L’un sévit à l’Est de la capitale, l’autre à l’Ouest. Abdelmadjid Chérif cherche même à créer une société d’importation d’armes pour les vendre aux sociétés de sécurité qui prolifèrent.

Betchine n’est pas le seul à agir de la sorte. Non seulement, ils usent tous de noms d’emprunt, mais, dans beaucoup d’affaires, ils n’ont pas besoin de papiers, se contentant de prendre leur part, la tchippa, sur les affaires qu’ils protègent de leur autorité.

Un citoyen veut investir dans un secteur, le tourisme par exemple. Avec le meilleur dossier du monde et de solides garanties de succès, il se heurtera d’abord à la machine bureaucratique. Sans appui, il ne peut obtenir ni terrain, ni crédit bancaire. Des gens « qui lui veulent du bien » vont lui conseiller de s’associer à une casquette, autrement dit un général véreux. Bien entendu, il ne verra, jamais l’ombre du général. Il sera en contact avec lui par le truchement d’intermédiaires. A l’investisseur d’apporter le projet et les capitaux, au général d’apporter sa « caution morale », qui représente sa participation au projet.

Cette caution consiste à faciliter les démarches auprès de l’administration et les opérateurs économiques de l’Etat. L’obtention du terrain est facilitée, la clientèle de l’hôtel est

assurée. S’il s’agit de l’importation de produits de consommation, il n’y aura aucun problème pour leur dédouanement et leur commercialisation. Et si d’aventure, un importateur sans appuis s’amusait à importer le même produit, le sien serait tout simplement bloqué au niveau du port. Parfois, on n’hésite pas à provoquer une pénurie de sucre ou de café pour accentuer la demande. Ainsi, dès son arrivée sur le marché, le produit s’arrache.

Il va sans dire que le financement de ces produits importés est assuré par une banque algérienne. L’importateur n’a pas besoin d’investir un centime tant qu’il a la « caution morale » d’un baron du régime. Chaque général détient le monopole dans un secteur précis. Il y a le général du médicament (Ghenim), de la bière (Ataïlia), de l’immobilier (Benkortebi), de la sardine (Bekhouche), du blé (Larbi Belkheir), etc…

Les créneaux porteurs, en Algérie, sont le domaine réservé des associés de la mafia des généraux. Prenons l’exemple du transport aérien. Qui pourrait se permettre d’investir dans ce domaine ? Ce ne sont pas en tous cas des gens du métier ou des industriels connus. Allez savoir à qui appartient la compagnie aérienne Khalifa Airways. De création récente, elle se lance dans un élan de « générosité » sans pareil en débauchant les pilotes d’Air Algérie en leur offrant le double de leur salaire et parfois plus, et en sponsorisant tous azimuts un nombre incalculable de clubs de football, dont l’Olympique de Marseille.

Au moment où de grandes compagnies internationales sont confrontées à d’énormes difficultés économiques, ou font faillite, Khalifa Airways jette l’argent par les fenêtres. « C’est la blanchisserie de l’argent des généraux » n’hésitent pas à dire de nombreux observateurs. Dans une interview accordée au Figaro au mois d’Octobre 2001, son Président-Directeur Général, fils d’un ancien ministre, faute de pouvoir s’expliquer sur sa gestion, laisse planer le doute sur l’origine des fonds de sa compagnie. Quoiqu’il en soit la compagnie aérienne, dont le budget publicitaire est de loin supérieur à son chiffre d’affaires, cas unique dans les annales de l’économie, reflète parfaitement l’image d’un pouvoir dont elle est l’émanation.

Attention ! Lorsqu’on veut s’associer à un général en affaires, il faut savoir conjuguer le verbe manger dix fois plus à la deuxième personne du singulier qu’à la première personne. « Tu manges, tu manges… (dix fois), et je mange (une fois). » Cette règle est devenue une blague qui court les rues des villes d’Algérie. C’est pour avoir oublié cette règle que Mohammed

Redha Ben Boualia, l’associé principal du général Betchine s’est retrouvé à l’ombre.

Ancien pilote de chasse, radié de l’armée pour pédérastie selon le général Betchine, Ben Boualia servait de nom d’emprunt au parrain de la mafia constantinoise, pour toutes ses affaires véreuses. Il était l’homme le plus craint de Constantine. Lors des visites ministérielles, le wali de Constantine s’effaçait devant lui. Quand Betchine faisait son hold-up sur mon journal, El Acil, c’est Ben Boualia qui me faisait face devant le président du tribunal de Constantine.

Le directeur du port de Skikda a été limogé de son poste pour avoir exigé de Ben Boualia qu’il paye les taxes portuaires.

Le directeur de la Société d’impression de l’Est, Lazhar Merad, s’est retrouvé du jour au lendemain au chômage pour avoir réclamé à Ben Boualia le paiement des frais d’impression de son journal.

Le wali de Constantine, Brahim Djeffal, a été renvoyé chez lui pour avoir reçu un entrepreneur concurrent de Ben Boualia.

J’arrête là la liste des méfaits de ce larbin qui a fini par se retrouver durant trois années derrière les barreaux de la prison du Coudiat de Constantine, grâce à un papier rédigé

vite fait chez le faussaire du 4ème kilomètre de la route du Khroub. Mohammed Kaddour est toujours là pour établir les actes notariés que lui demande le général Betchine. Le journal que Ben Boualia se partageait avec l’épouse du général ne lui appartient plus. Tous ses biens ont été saisis durant son séjour en prison. L’argent est destiné à « dédommager » Aïcha Betchine, son ex-associée. Pourquoi ce retournement de situation ? Ayant servi d’homme lige à un mafieux, Ben Boualia croyait vraiment qu’il était associé à Betchine.

En investissant des dizaines de millions dans la campagne électorale de Zeroual (qui n’en avait pas besoin puisqu’il se servait de l’argent du Trésor public), Ben Boualia se voyait associé au pouvoir politique. Mais il refusait que quelqu’un d’autre vienne le concurrencer dans son association avec « son » général. Ce dernier ne devait être marié qu’à lui.

Malheureusement pour cet affairiste jaloux, Betchine est un polygame. Insatiable, il ne pouvait se contenter des affaires que lui brassait Ben Boualia. Lorsqu’Abdelali Blikez, autre affairiste de Constantine a montré le bout du nez, Ben Boualia s’est enflammé et a publié une lettre ouverte, pour se plaindre des agissements de Blikez, au président de la République, Liamine Zeroual, qui aurait dû lui être reconnaissant de sa contribution à sa campagne électorale.

Betchine se fâche, envoie son fils Ahmed donner une correction à coup de poings à l’associé déchaîné. Avertie, la police embarque les deux bagarreurs. Au bout de quelques minutes, le fils du général est bien entendu relâché, et l’associé indélicat est envoyé devant un juge d’instruction. Là, toutes les affaires pleuvent sur le « pauvre » Ben Boualia. Fraude fiscale, vols et destruction de biens d’autrui, outrage à magistrat, abus de biens sociaux etc… La note est salée. Trois années de prison, et saisie de tous ses biens et de tous ses comptes bancaires.

Associés des généraux, retenez la leçon. La politique de la « caution morale » est pratiquée aujourd’hui à tous les niveaux de la société. Pour décrocher un marché portant sur la construction de quatre ou dix logements, un petit entrepreneur en bâtiment a besoin d’une intervention du commandant de groupement de la gendarmerie, ou du commissaire de police, ou du maire du village, auprès du directeur de l’OPGI (Office de promotion et de gestion immobilière, organisme d’Etat). L’intervention, bien entendu, n’est pas gratuite. Il faut payer la tchippa.

S’il s’agit d’un grand entrepreneur et d’un contrat portant sur plusieurs millions de dinars, avoir une « caution morale » est obligatoire. Sinon, le fisc, les assurances, la caisse maladie et la « justice » se chargeront vite de mettre en faillite l’imprudent ou le récalcitrant. En quittant l’armée, j’ai fondé El Acil (« L’Authentique »), le premier quotidien indépendant de l’Est algérien. Le numéro un était sur le marché le 06 Décembre 1992, soit deux mois et demi après ma radiation des effectifs de l’armée. Il est vrai que j’avais tout préparé durant l’été. Comme je démarrais sans grands moyens financiers, rares étaient ceux qui pariaient sur les chances de mon entreprise. Betchine, qui n’y croyait pas plus que les autres, m’a d’abord proposé de me louer le sous-sol de la villa de sa mère, dans le centre-ville de Constantine, pour dix mille dinars par mois, avec acte notarié.

Comme recettes, je ne comptais que sur les ventes et la publicité provenant du secteur privé et des militants de la cause berbère dans les Aurès et plus particulièrement dans la ville d’Oum El Bouaghi. L’ANEP (Agence nationale de l’édition et de la publicité), qui détient le monopole de la publicité du secteur étatique, me boycottait. Quant à la subvention de l’Etat, je ne pouvais espérer y prétendre. Et pour cause… La publication d’un article mettant en cause la mafia des généraux dans l’assassinat du président Boudiaf (14 décembre 1992) et un autre dénonçant l’incurie du commandement militaire à la suite de l’attaque par un groupe terroriste de la caserne de Boughzoul (1er Avril 1993) avaient mis le général Nezzar dans une colère noire.

Grâce à sa liberté de ton, la dénonciation du régime des généraux et ses analyses pertinentes, le quotidien a vite reçu l’adhésion d’un large lectorat. Mais, il m’a aussi valu pas mal de soucis. Trois procès pour délit de presse sanctionnés par trois condamnations à des peines de quatre, deux et trois mois de prison avec sursis. Une convocation chez le procureur général du tribunal de Constantine, une autre chez le directeur régional de la sécurité de l’armée de la 5ème Région militaire. Et dire qu’avec ce palmarès, il se trouve des mauvaises langues pour prétendre qu’El Acil appartenait au général Betchine. Si c’était le cas, pourquoi ces mêmes mauvaises langues ne s’interrogent-elles pas sur l’impunité dont jouit le titre depuis qu’il a été kidnappé par le général, et sur l’ouverture du robinet publicitaire de l’ANEP, qui fait de lui le premier bénéficiaire des achats d’espace de cette agence d’Etat ?

En effet, quelques mois après le lancement du premier quotidien indépendant de l’est algérien, Betchine est venu me féliciter du succès que rencontrait El Acil. « Maintenant, il va falloir que tu penses à lancer une édition en arabe et une société de diffusion pour mieux commercialiser ton journal. » Je lui réponds que je réfléchis à ces deux projets, mais que mon journal n’a que dix mois d’existence, et que je dois le consolider avant de passer à la vitesse supérieure.

– Que te manque-t-il ? Je te connais fonceur, capable de tout faire, et maintenant tu semble frileux.

– Ce n’est pas une question de courage. Je ne suis pas prêt financièrement. Betchine n’attendait que ça. Pour les finances, il a la solution toute prête.

– Ne t’en fais pas. Ben Boualia peut te financer. Tu le prends comme associé, tu montes une grande entreprise et tu seras le PDG.

– Non. Je n’ai pas envie de m’associer avec quelqu’un que je ne connais pas bien.

– Mais je serai associé avec vous. Tu me connais bien. Je t’ai toujours considéré comme mon fils. Tu n’as rien à craindre de Ben Boualia. Je lui demande alors pourquoi il faut s’associer à Ben Boualia si c’est lui, Betchine, qui apporte les finances. Tout comme je ne manque pas de l’interroger sur la provenance de l’argent, puisqu’il vit de sa pension de retraite, vingt-deux mille dinars mensuels.

– Toi, tu as le journal et le savoir-faire. Ben Boualia apporte les finances et moi, je suis la caution morale. Je ne suis pas fortuné. L’usine de céramique je l’ai montée avec un crédit bancaire, comme tout le monde. Pour la garantie bancaire de ce crédit, j’ai vendu la villa de fonction d’Alger pour six cents millions, la Peugeot 505 de fonctions pour cinquante millions, le chalet d’Aïn El Bey pour cent- quatre-vingts millions. J’ai vendu, aussi, la villa de Bellevue et le moteur d’un bateau. Ben Boualia me fait les travaux de terrassement de l’usine pour trois milliards, parce que je l’ai aidé à obtenir une ligne de crédit, et Blikez m’a donné du fer pour quatre vingt-millions. Moi, je n’ai rien volé. Ma villa de Sidi Mabrouk, c’est le génie militaire

qui me l’a construite, comme tout le monde. Je peux tout justifier.

L’homme que je croyais au-dessus de tout soupçon vient de révéler sa véritable personnalité.

Voilà comment s’enrichissent les généraux en Algérie. Vendre villa et voiture de service, qui sont des biens de l’Etat, c’est normal. Obtenir des lignes de crédit bancaire et se faire construire une villa d’une valeur d’un milliard, c’est faire comme « tout le monde ». Comme si « tout le monde » pouvait bénéficier de ces avantages acquis sur le dos du peuple.

Je décline l’offre et fais remarquer au général Betchine que ce sont là des pratiques mafieuses dont je ne peux m’accommoder.

Le parrain de la mafia constantinoise ne me pardonnera pas ce refus. Il commence par me demander de libérer la cave de la villa de sa mère dans les vingt-quatre heures. Je dois donc suspendre la parution du journal à compter du 03 Novembre 1993 et chercher un nouveau local. Il profite de cette suspension pour approcher, par l’intermédiaire de Ben Boualia, les journalistes et les employés des services techniques en leur offrant le double du salaire qu’ils touchaient. Certains d’entre eux acceptent. D’autres préfèrent me suivre dans une nouvelle aventure.

Le 27 Novembre 1993, El Acil reparaît. Ben Boualia en est le gérant et Rahmani Aziz le directeur de la publication. Ce dernier, très porté sur la bouteille, sera renvoyé au bout de quelques mois.

Avec une administration aux ordres, Betchine et Ben Boualia sont en possession de documents officiels faisant de ce journal leur propriété commune. Le même procédé de falsification sera d’ailleurs utilisé par Betchine contre son acolyte, deux ans plus tard, afin de récupérer El Acil pour son seul compte. Par la magie du pouvoir des mafieux, le journal est passé au nom de Mohammed Redha Ben Boualia et Aïcha Baya Guedidi, l’épouse de Betchine. Deux spécialistes de la presse, puisque l’un est entrepreneur, et l’autre, femme au foyer ! Ben Boualia était prêt à tout pour servir son protecteur et parrain. Sous son parapluie, il savait que rien ne pouvait l’inquiéter. Je l’ai fait condamner à deux mois de prison ferme par le tribunal de Sétif. Il n’a pas fait appel et n’a pas purgé la peine. Betchine est au-dessus des lois, ses protégés aussi.

Non seulement, il profite de la manne publicitaire de l’ANEP, mais aussi de la gratuité de l’impression. Les généraux font des organismes et des entreprises de l’Etat leur source d’enrichissement. Nul n’a le droit de s’y opposer. Et ils n’hésitent pas à se servir jusque sur le marché des logements sociaux.

Pour absorber la crise aiguë du logement en Algérie, l’Etat construit des milliers de logements par an sur l’ensemble du territoire national. A la réception, une partie des logements neufs est distribuée, selon des conditions draconiennes, à des citoyens qui ont attendu plus d’une dizaine d’années dans la promiscuité ou les bidonvilles. L’autre partie est affectée de droit aux walis qui ont droit à un quota de 10% des logements réceptionnés sur leur territoire de compétence. Enfin le reste est affecté aux barons du régime qui en disposent comme bon leur semble. Ces logements sont destinés à satisfaire les caprices des maîtresses et des enfants, ou bien vendus au prix fort.

Le foncier n’échappe pas non plus à la gourmandise de la mafia et de ses sous-traitants. Il y a deux manières d’en profiter. A chacun selon sa position dans la hiérarchie. Le sous-fifre achète, par exemple, mille mètres carrés dans une zone de seconde catégorie, pour un prix dérisoire. Il en revend la moitié, pour dix fois son prix d’achat. Avec l’argent gagné, il fait construire sa résidence tout en profitant des largesses des organismes publics. Il achète le double de ses besoins en matériaux de construction, toujours frappés de pénurie, à des entreprises publiques, et écoule ensuite l’excédent sur le marché noir au double, voire au triple, du prix d’achat. Les barons, eux, s’approprient d’abord les résidences de l’Etat, sous couvert de la loi de cession de biens de l’Etat, pondue spécialement pour les besoins de la cause en 1981. Les généraux mafieux ont ainsi acquis des résidences d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dinars, pour une bouchée de pain. Ils en louent certaines à des ambassades ou à des sociétés étrangères, et en revendent d’autres en multipliant le prix d’achat par cent. Evidemment, dans ces transactions immobilières, le fisc ne voit que du feu.

En effet, la règle veut qu’en Algérie, quand on vend une maison cent millions, on n’en déclare que vingt ou trente sur l’acte de vente. De la même façon, une villa louée cinquante millions est déclarée pour deux ou trois au maximum. Dans l’Algérie des généraux, il n’y a que les salariés qui paient leurs impôts régulièrement, selon le barème officiel, car ils sont prélevés à la source. Les commerçants et les professions libérales se débrouillent comme ils peuvent « Tag aala men tag » (« C’est la loi du plus fort »), comme dit le proverbe. Puisque nos généraux sont au-dessus des lois, rien n’empêche les autres de les contourner. Il suffit d’avoir ses entrées dans les différents rouages du système. A chacun selon son pouvoir.

Le général-major Mostefa Benloucif en sait quelque chose. En se rapprochant du président Boudiaf pour tenter de déstabiliser les décideurs, il a fait tomber sur lui l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête depuis 1987. Au début des années quatre-vingts, Benloucif était l’homme fort de l’armée algérienne Il en a profité pour s’approprier de nombreuses villas et résidences à Alger et Annaba, dans le cadre de la fameuse loi de cession des biens de l’Etat de 1981, « Il a pris un peu plus que les autres », confie un ancien officier supérieur, « mais ce n’était pas ça le problème. Son erreur, c’est d’avoir fonctionné en solo. Il n’avait pas constitué de clan. Il comptait sur les anciens de l’ALN pour contrer les anciens de l’armée française, tout en versant dans l’enrichissement rapide et illicite. »

Finalement, il a tout perdu. Le pouvoir et le soutien des anciens maquisards. Les transfuges de l’armée coloniale vont lui faire payer cher son arrogance et son hostilité. Sous l’influence de Khaled Nezzar et Larbi Belkheir, le président Chadli ordonne que Benloucif soit auditionné par un groupe de généraux. Ces derniers sont choisis parmi les anciens de l’ALN : Lakehal Ayat Mejdoub, Hachemi Hadjeres, Mohammed Ataïlia, Hocine Benmallem. Bien sûr, Khaled Nezzar est là, comme toujours, pour suivre l’affaire dont il est l’instigateur.

Le rapport établi par les cinq généraux demande la restitution des biens détournés, mais Benloucif ne rend qu’une partie du butin. Pas la villa S’tiha, tant convoitée par Belkheir et Nezzar. Acquise pour une bouchée de pain, cette propriété de quatorze hectares à El Biar, sur les hauteurs d’Alger, a été entièrement refaite pour plus de quinze millions de francs, payés sur les fonds de la présidence de la République. Ses adversaires multiplient alors les pressions. Ils lui coupent l’eau et l’électricité. Benloucif va s’installer dans sa luxueuse résidence d’Annaba, en attendant des jours meilleurs. Ils le menacent de le traîner devant la justice militaire, mais rien n’y fait.

Un mercredi d’Août 1990, alors que j’étais dans le bureau du général Betchine, j’ai eu l’occasion d’assister à une conversation téléphonique entre Benloucif et lui. Nous nous apprêtions à partir en mission en Tunisie dans le cadre de la coopération bilatérale, et Betchine invitait Benloucif à se rendre à Alger le samedi. Benloucif voulait connaître l’objet de cette invitation. Devant son insistance, Betchine finit par lâcher : « Frère, viens leur rendre leur merde. Ils veulent présenter le dossier à la justice militaire. J’ai intercédé auprès du président pour qu’il les empêche. Je t’en prie, Si Mostefa, viens leur rendre leur merde. » A la fin de la communication, Betchine cacha son visage dans ses mains et poussa un grand soupir : « Les sales besognes, c’est toujours pour moi. »

Benloucif ne s’est pas rendu pas à Alger et a gardé la villa. Mais Nezzar et Belkheir n’oublient jamais rien. A la première occasion, ils vont le livrer à la vindicte populaire comme symbole de la corruption et de l’abus des biens de l’Etat. Un comble.

En 1992, le quotidien El Watan publie le rapport des généraux qui ont auditionné Benloucif en 1987, document classé « secret défense ». Il n’en fallait pas plus pour arrêter le général et le traduire devant la justice militaire. Le procès fut largement médiatisé. Il révéla à l’opinionpublique l’image de chefs militaires cupides, arrivistes et voleurs sans vergogne. Condamné à 15 ans de prison, Benloucif n’en purgera que trois, puisque Zéroual l’élargira discrètement, dès son arrivée au pouvoir. Solidarité de l’uniforme oblige. Et puis le président et son conseiller Betchine savaient mieux que quiconque que leur ami Benloucif était victime d’un règlement de comptes.

Ils peuvent tout se permettre. Logements sociaux, voitures, biens d’équipements, lots de terrain à bâtir, crédits bancaires, tout est à prendre. Dans la précipitation, ils oublient même de faire légaliser leurs vols par une Assemblée nationale aux ordres. Pour détourner l’argent public, on ne prend plus le temps de faire dans la dentelle. On remplit une mallette en dollars à Alger, on prend l’avion et une fois arrivé à Paris, on la vide dans un coffre- fort. C’est aussi simple que ça. On est en Algérie, mais on se croirait dans une république bananière. Ceux qui en doutent n’ont qu’à lire les compte rendus du procès de Benloucif, publiés par la presse algérienne en 1993.

Au président du tribunal, qui lui demandait s’il ne craignait pas de passer la douane avec des valises bourrées d’argent, le colonel Lehbiri, coaccusé de Benloucif, répondit avec aplomb : « Mais je suis un officier supérieur ! Personne ne peut me fouiller. » Pour l’opinion publique algérienne, tous les généraux sont des voleurs. Tous dans le même sac, et tant pis pour les officiers intègres. Ils sont si peu nombreux.

Il n’y a qu’à voir leurs résidences, leurs affaires et le luxe qu’ils étalent insolemment sous les yeux d’un peuple qui s’enfonce de jour en jour dans la misère.

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