La mauvaise farce des députés

La mauvaise farce des députés

Sur les 462, seulement neuf élus ont claqué la porte de l’APN.

Le Mouvement populaire a provoqué une véritable hémorragie au sein de l’APN
Le Mouvement populaire a provoqué une véritable hémorragie au sein de l’APN

Ils se comptent sur les doigts d’une seule main. Les députés démissionnaires ne sont pas aussi nombreux qu’on veuille le faire croire. L’opinion publique qui pense que le Mouvement populaire a provoqué une véritable hémorragie au sein de l’institution parlementaire, se trompe.
La décision n’a pas fait tache d’huile. En tout et pour tout, ils ne dépassent pas la dizaine. Sur les 462, seulement neuf élus ont claqué la porte de l’APN. Un nombre insignifiant par rapport à la campagne tambour battant menée par les partis de l’opposition. «Officiellement, nous n’avons pas enregistré beaucoup de démissions des députés comme cela été annoncé par la presse», affirme un responsable au sein de l’administration parlementaire. 
L’ex- député du front El-Moustakbel était le premier à démissionner de l’APN pour rejoindre le Mouvement populaire. Le Parti des travailleurs n’a pas tardé pour annoncer lors de son comité central la démission du groupe parlementaire de l’APN en guise de soutien au Mouvement populaire. Néanmoins, cette décision n’a pas été appliquée à la lettre. A l’exception de Louisa Hanoune, Nadia Chouitem, Nadia Yefsah, Djeloul Djoudi et Ramdane Youcef Taâzibt, les autres n’ont pas voulu suivre. Ils ont préféré sauvegarder leur siège au sein de l’APN pour ne pas perdre les privilèges. «Le comité central du PT est une instance souveraine à laquelle les députés doivent se soumettre, mais ils ont refusé», affirme une source proche. La direction du PT a réagi en excluant carrément ces députés du parti. 
Le comité central qui s’est réuni samedi dernier a levé officiellement la couverture politique pour les députés insoumis. La décision a été prise suite à un communiqué des députés insoumis dans lequel ils rejettent la dissolution de l’Assemblée comme le réclame haut et fort leur formation. Avec cette exclusion, les députés ne peuvent plus s’exprimer au nom du Parti des travailleurs. Ainsi, le Parti des travailleurs reste le seul parti qui a eu le courage de se retirer de cette assemblée illégitime. 
Le Front des Forces socialistes qui a pris la décision de démission n’a pas été jusqu’au bout. Seul Ali Laskri a levé sa casquette de député, les autres n’ont pas suivi. 
Une décision qui a rajouté de l’huile sur le feu à la maison FFS qui fait face à une crise sans précédent. Les députés FFS se maintiennent à leurs postes et poursuivent leurs activités. «Nous avons envoyé deux questions orales au gouvernement», affirme une source proche du groupe parlementaire. 
Au FLN, l’on compte également la démission de deux députés, à savoir l’ex-ministre de l’Agriculture Sid Ahmed Ferroukhi et un député de Béjaïa. 
Les autres partis de l’opposition, à l’image du RCD, MSP, FJD, se sont contentés uniquement de boycotter leurs activités en signe de solidarité avec le mouvement populaire.
Contrairement à la campagne médiatique et les déclarations des uns et des autres au lendemain du déclenchement du mouvement populaire, il n’y a pas eu de démission en cascade de l’Assemblée populaire nationale. Pourtant, le Mouvement populaire a vivement rejeté cette institution réclamant carrément sa dissolution. Ce qui démontre que les partis ont du mal à renoncer aux avantages qu’offre l’institution parlementaire.

Comment l’argent dérobé aux Algériens a-t-il pu trouver asile à l’étranger ?


Comment l’argent dérobé aux Algériens a-t-il pu trouver asile à l’étranger ? (III)

juin 30, 2019 –

blanchiment argent

La corruption a gangréné l’économie sous Bouteflika. New Press

Par Maître Nadira Azouaou – Dans sa directive de 2015, l’Union européenne recommande aux Etats membres de prévoir dans leur droit national des sanctions «effectives, proportionnées et dissuasives» contre tous les assujettis qui violeraient les obligations de vigilance, de détection et de déclaration qui leur sont imposées. Elle incite également à recenser dans la catégorie des «pays tiers à haut risque» tous ceux dont les dispositifs juridiques présentent des lacunes ou dont l’efficacité serait contestable.

Ainsi, l’obligation de vigilance exercée sur tous les mouvements de comptes et des opérations sous-jacentes, l’identification de chaque client, en particulier les PPE, les membres de la famille des PPE, les personnes associées aux PPE et la recherche constante du «bénéficiaire effectif» de la transaction, ont pour corollaire d’imposer aux assujettis de détecter les opérations suspectes et de procéder à des déclarations de soupçon auprès de la cellule du renseignement financier (CRF).

Dès lors qu’une transaction est suspectée d’être liée au produit d’une activité criminelle, les banques, les établissements financiers ou tout assujetti, doivent s’abstenir d’exécuter la transaction, mener des investigations et établir un rapport à la CRF, qui donnera ses directives. S’il apparaît que la suspension de la transaction n’est pas possible ou qu’elle pourrait entraver les investigations, une déclaration de soupçon est adressée sans délai à la CRF.

Les manquements aux obligations de vigilance, l’insuffisance des informations liées à l’identification du client et du bénéficiaire effectif, et le défaut ou le retard de déclaration de soupçon par les assujettis les exposent à de lourdes sanctions administratives et pécuniaires.

Un bref examen de la jurisprudence rendue par la commission des sanctions de l’ACPR et la Cour de justice de l’Union européenne apporte un éclairage édifiant sur la nature des manquements sanctionnés et l’étendue des sanctions prononcées.

Dans une décision rendue le 30 juin 2017, la commission des sanctions a considéré, parmi d’autres griefs, que «l’établissement ne recueillait pas toujours de manière satisfaisante les informations lui permettant de connaître ses clients, notamment lorsqu’il s’agit de PPE et qu’il n’a pas effectué de déclaration de soupçon dans 31 dossiers relatifs à des opérations qui auraient dû être déclarées à Tracfin». L’établissement financier poursuivi a été condamné à un blâme et à une sanction pécuniaire de 2 millions d’euros.

Dans une décision rendue le 19 juillet 2017, la commission des sanctions a retenu, parmi d’autres griefs, que «quelle que soit l’organisation retenue, et à chaque stade du processus débouchant, le cas échéant, sur une déclaration de soupçon, les diligences à accomplir le soient aussi rapidement que possible (…). Qu’ainsi, la Commission a déjà indiqué que tout retard dans l’envoi à Tracfin de ces déclarations de soupçon, par rapport à la date à laquelle l’opération suspecte a été réalisée, devait dès lors être justifié par l’énoncé, dûment documenté, des diligences accomplies pour passer du doute au soupçon». Ce faisant, la commission n’a pas retenu les arguments présentés en défense par la banque pour justifier «le fait générateur et le calcul des délais pouvant conduire à caractériser un retard dans la transmission d’une déclaration de soupçon à Tracfin» et a infligé à la banque un blâme et une sanction pécuniaire de 5 millions d’euros.

Dans une autre décision rendue le 3 juillet 2018, la commission des sanctions a retenu, parmi d’autres griefs, d’une part que l’établissement financier avait formulé tardivement des déclarations de soupçon sur des dossiers et que, d’autre part, il n’avait pas procédé aux diligences pour s’assurer de la licéité de l’origine des fonds déposés par une cliente. Que les arguments invoqués par la cliente pour justifier ses dépôts ne pouvaient écarter le soupçon et que l’avertissement adressé à la cliente ne pouvait se substituer à la déclaration de soupçon. Enfin, que la déclaration de soupçon effectuée après le rapport de la mission de contrôle devenait sans effet. L’établissement financier a été condamné à un blâme et à une sanction pécuniaire d’un million d’euros.

Sur un litige opposant un établissement de paiement à trois établissements de crédit, relatif à la résiliation par ces derniers des comptes dont celui-ci était titulaire, car ils le suspectaient de blanchiment d’argent, la Cour de justice de l’Union européenne a indiqué dans ses attendus : «Il résulte des termes à tout le moins que si l’article 13 de la directive sur le blanchiment de capitaux énumère certaines situations dans lesquelles les Etats membres doivent prévoir l’application de mesures de vigilance renforcées, cette énumération n’est cependant pas exhaustive. Les Etats membres disposent d’une marge d’appréciation significative, lors de la transposition de cette directive, quant à la manière appropriée de mettre en œuvre l’obligation de prévoir des mesures de vigilance renforcées et de déterminer tant les situations dans lesquelles il existe un tel risque élevé que les mesures de vigilance.»

Comment, dans ces conditions, les montants dérobés aux Algériens ont-ils pu trouver asile auprès des banques étrangères et singulièrement européennes, sans déclencher les alertes inhérentes aux règles de vigilance qu’elles exigent de leurs filiales en Algérie ? Comment le zèle qu’elles mettent à faire appliquer leurs directives n’a-t-il pas trouvé à s’exercer à l’égard des PPE algériennes, des membres de leur famille et des personnes qui leur sont associées ? Faut-il admettre qu’elles n’ont rien décelé qui aurait justifié de mettre en pratique les règles qu’elles ont édictées ou faut-il considérer qu’elles n’ont pas eu connaissance des informations sur les turpitudes des PPE algériennes qui nourrissent la presse depuis une décennie ? Ou bien faudra-t-il se résigner à envisager, horresco referens, que certaines PPE sont exemptées des dispositions qui les concernent ?

Quelle que soit la réponse, il y a là assez de matière pour actionner les leviers de la coopération internationale qui autorisent, selon les dispositions de la convention des Nations Unies sur la corruption, à «fournir des originaux ou des copies certifiées conformes de documents et dossiers pertinents, y compris des documents administratifs, bancaires, financiers ou commerciaux et des documents de société», au titre de l’entraide judiciaire. Seront-ils actionnés pour autant par la partie algérienne lorsqu’elle s’appliquera à rechercher les preuves nécessaires aux investigations menées lors des poursuites engagées ?

Ce sera également l’occasion de mettre à l’épreuve les nombreuses conventions et accords internationaux signés depuis 2011 par la CTRF, avec divers pays, pour l’échange d’informations entre les cellules du renseignement financier. De s’interroger aussi sur le sort réservé aux dispositions de la convention des Nations unies qui prévoient que chaque Etat partie «notifie aux institutions financières relevant de sa juridiction, à la demande d’un autre Etat partie ou de sa propre initiative, l’identité des personnes physiques ou morales dont elles devront surveiller plus strictement les comptes, en sus des personnes que les institutions financières pourront par ailleurs identifier.» Il en va de même pour les dispositions de l’article 30 de la directive de 2015 de l’Union européenne, relative à la création d’un registre national des «bénéficiaires effectifs» et l’introduction de cette disposition dans la législation nationale des Etats membres. Leur invocation devant permettre, ainsi que le prévoit la procédure fixée en l’espèce, à toute personne justifiant d’un intérêt légitime, de saisir le juge commis à la surveillance du registre du commerce et des sociétés aux fins d’être autorisée à obtenir communication du document relatif au «bénéficiaire effectif».

A cet égard, l’affaire des «Panama Papers» qui avait défrayé la chronique en Algérie parce qu’elle impliquait des PPE algériennes, est révélatrice des recours possibles. Car elle révèle comment un ministre en exercice en Algérie entre 2012 et 2017, agissant dans l’objectif de dissimuler un compte en suisse, avait demandé à un cabinet d’avocats panaméen de lui fournir un certificat prouvant que la société-écran créée pour dissimuler son statut de «bénéficiaire effectif», ne détient pas un autre compte au Panama. Cette demande avait été introduite par le cabinet d’études et de conseil situé au Luxembourg, qui gère la fortune de cet ex-ministre auprès du cabinet d’avocats qui avaient créé cette société. La demande avait été formulée un mois après la divulgation du scandale.

Les services de la conformité du cabinet d’avocats panaméen ont refusé de délivrer ce document au motif que ladite société avait été créée un an après la nomination de cette PPE au poste de ministre en Algérie. Que l’identité et la qualité du «bénéficiaire effectif» avaient été dissimulées lors de la création de la société et que les modalités du transfert des fonds en Suisse, présumés issus de la vente de ses biens en Algérie, n’avaient pas été précisées. C’est dire que si un pays comme le Panama s’est obligé à appliquer des mesures de vigilance à l’égard des PPE algériennes, alors qu’il est considéré par le rapport d’évaluation mutuelle de 2016 du GAFI comme présentant des défaillances stratégiques dans ses procédures de lutte contre le blanchiment de capitaux, on est en droit d’attendre une réaction au moins aussi rigoureuse de la part des banques européennes dans l’application des mesures qu’elles ont elles-mêmes édictées.

N. A.

Avocate, ex-cadre de banque

Alors que la canicule se poursuit, vendredi 28 juin

Vivre en bidonville pendant la canicule

Alors que la canicule se poursuit, vendredi 28 juin, reportage dans un bidonville de Créteil, en banlieue parisienne, où vivent près de 80 Roms dans des cabanes de fortune.

Vivre en bidonville pendant la canicule
Un tiers des 80 habitants du bidonville sont des enfants, particulièrement fragiles face à la canicule.LILIAN CAZABET POUR LA CROIX

Boire régulièrement. Maintenir sa maison au frais. Mouiller son corps et se ventiler. Éviter les efforts physiques… À l’évocation des recommandations du ministère de la santé, Ana (1) sourit d’un air incrédule. D’un geste circulaire de la main, la jeune femme montre ses conditions de vie. Là où elle habite, il n’y a pas de robinet, encore moins de douche, ni de toilettes. Pas de volets non plus. Et il faut faire 15 minutes de marche pour aller chercher de l’eau dans un parc, avec des bidons de 20 litres…

La cabane où dort cette toute jeune mère avec son compagnon et ses trois enfants est la première à droite à l’entrée du bidonville rom de Créteil, dans le Val-de-Marne. Construite sur des palettes, pour mettre la famille à l’abri des rats, sa maison, parfaitement rangée, tient en une pièce d’une dizaine de mètres carrés, avec deux grands lits, un poêle fait avec un bidon et un tuyau d’évacuation, et une grande commode récupérée dans la rue. Les murs, recouverts de tentures, sont en planches de contreplaqué. Le plafond, décoré d’affiches montrant des vaches paissant dans l’herbe fraîche, est charpenté de bois et recouvert d’une bâche

À l’extérieur, dans l’espace cuisine qui jouxte l’habitation, une cuisinière et un frigo sont branchés sur le réseau électrique du quartier. La cabane a l’avantage d’être ombragée par les grands arbres qui bordent la départementale, en contrebas de laquelle le bidonville est installé. Trois jeunes enfants aux traits barbouillés, absence de douche oblige, y cherchent un peu de fraîcheur.

Un bidonville au ralenti

En face, de l’autre côté du terrain, la recherche d’ombre est plus compliquée. Dans une baraque, Iona désigne le thermomètre en bois sculpté qui est accroché au mur. Ce jeudi matin, alors que le mercure est loin d’avoir atteint son maximum de la journée, il fait déjà 30°C à l’ombre. Posé tout nu au centre d’un grand lit, le tout petit Andrei agite ses pieds minuscules, pendant que la jeune grand-mère lui administre les soins du cordon ombilical. Andrei est né il y a tout juste sept jours à l’hôpital intercommunal de Créteil. Cette semaine-là, il y a eu trois naissances dans les familles du bidonville.

En cette matinée de canicule, le « platz » (bidonville en roumain) semble tourner au ralenti. « La nuit, il fait trop chaud, on n’arrive pas à dormir et le jour on garde les bassines d’eau pour les bébés », explique Maria, 15 ans, qui allume le gaz sous une casserole. Sur des canapés sortis à l’ombre, des hommes cherchent un peu de repos. Certains, nous dit-on, sont partis chercher de la ferraille, dont le commerce nourrit la plupart des familles. Quelques femmes sont aussi allées faire la manche. Alors qu’approche l’heure du déjeuner, seuls les enfants semblent en mouvement. Un petit garçon bouclé de 2 ans, en couche, semble partout à la fois. À côté de la voiture désossée qui trône au milieu des cabanes, deux petits s’attablent autour d’un plat de frites au fromage râpé.

Sur les quelque 80 Roms qui vivent ici, dont la plupart appartiennent à la même famille élargie, un tiers sont des enfants. Comme cette fillette, posée à califourchon sur la hanche de sa grand-mère qui, à l’entrée du camp, explique qu’elle a de la fièvre et qu’elle a vomi plusieurs fois. « Ma grande crainte, c’est la santé », explique Aline Poupel, qui suit ces familles pour le collectif RomEurop 94.

Certes, le camp est propre, les déchets sont déposés dans des poubelles juste à l’entrée du camp, et les rongeurs n’y ont pas encore fait leur apparition, comme c’est le cas dans d’autres bidonvilles. Mais certains habitants ont du diabète, de la tension, du cholestérol, ou des maladies de peau. Et la chaleur rend la situation encore plus aiguë. « Mardi, j’ai écrit à la préfecture du Val-de-Marne pour lui rappeler qu’on était en canicule et lui demander d’approvisionner en eau les bidonvilles du département.

Cette militante des droits des Roms, qui suit le dossier depuis quinze ans, soupire. Difficile de faire avancer les choses auprès des autorités quand il s’agit de cette communauté. Alex, 26 ans, qui est en formation rémunérée depuis janvier, a dû aller trois fois à la Sécurité sociale pour obtenir une carte vitale car son dossier avait été perdu. En attendant, il a dû payer près de 3 000 € de frais médicaux pour faire soigner son fils, qui a eu un grave accident de l’œil en janvier, et attend une opération de la cornée.

Expulsions à répétition

Si Alex et ses enfants ont pu être logés à l’hôtel depuis, les expulsions à répétition rendent compliqué tout travail de fond sur l’intégration. Ainsi la plupart des habitants du bidonville de Créteil viennent de celui de Choisy-le-Roy, évacué en novembre dernier. « Très peu ont été relogés ou alors seulement quelques nuits », précise Bernadette Delizy, une autre membre de RomEurope 94. « On savait qu’on allait être expulsés donc, quand on faisait la ferraille, on a cherché un terrain et on est venu s’installer là en octobre dernier, raconte Alex. D’abord on a mis des tentes puis on a construit des baraques. »Aujourd’hui, il y en a une vingtaine.

Mais, si le terrain est vide, il appartient pour partie à un propriétaire privé et pour partie aux pouvoirs publics. Et les propriétaires ont demandé l’expulsion. « Très vite, la police leur a demandé de partir et le 14 novembre, sans décision de justice, deux pelleteuses sont venues débarrasser les premières cabanes », poursuit Aline. La scène ayant été filmée, les familles ont porté plainte pour « voie de fait ». Si la date de l’audience au tribunal administratif n’est pas encore connue, la décision judiciaire d’expulser, elle, est tombée. Et les familles savent que dès lors que l’huissier sera venu les aviser, elle pourra intervenir très vite.

Dans sa cabane, Iona serre les dents. « Qu’est-ce qu’on va faire avec les bébés si on doit encore partir ? » À côté d’elle, Monica, 7 ans, lâche le portable où elle regarde un film pour écouter attentivement. En mars, elle a commencé à aller en CP et est fière de montrer qu’elle sait compter en français. Et si elle n’est pas à l’école aujourd’hui, c’est uniquement en raison de la canicule. Après un bras de fer avec la mairie de Créteil, et l’intervention du Défenseur des droits, explique RomEurop94, une poignée d’enfants du bidonville ont ainsi pu être scolarisés. « S’ils doivent partir dans une autre commune, anticipe Aline Poupel, tout sera à refaire. »

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Des records de température encore à venir

78 départements, un nombre record, sont placés en vigilance orange canicule, jeudi 27 juin. De nombreux records absolus de températures ont été battus, précise Météo France. La nuit de mercredi à jeudi a été la plus chaude jamais connue à Nantes, Limoges et Toulouse.

La journée de vendredi s’annonce encore plus chaude, avec des pics à 45°C attendus dans certains endroits, au-dessus des records de la canicule d’août 2003.

« Nous voyons augmenter le nombre d’appels au Samu et à SOS Médecins, ainsi que le nombre de passages aux urgences », a indiqué Agnès Buzyn, sur France 2. Santé publique France note une légère augmentation du recours aux soins, mais qui pourrait s’accentuer car l’impact sanitaire d’une canicule « peut être retardé de quelques jours ».

L’organisme rappelle les précautions à prendre – boire, éviter les sorties aux heures chaudes, l’effort physique… – et les signes d’alerte – crampes, fatigue inhabituelle, nausée, vomissements, maux de tête 

Ce déni de l’autonomie du citoyen est aggravé par le paternalisme : les citoyens ne sont que des enfants qu’il faut nourrir… ou leur faire peur pour éviter qu’ils fassent trop de bêtises.

HIRAK-CONNECT.DZ 20/21

Le monde est un rapport de police : le tout-sécuritaire, l’autre contre-révolution

A-M

Vendredi 28 juin 2019

La campagne de la police algérienne contre le drapeau amazigh, identifié comme portant « atteinte à l’unité nationale », renseigne sur la puissance du carcan sécuritaire et sa vision paranoïaque et paternaliste

Face-à-face entre une manifestante et un policier à Alger-Centre lors du dix-huitième vendredi de mobilisation contre le régime (AFP)

Mardi 25 juin à Alger-Centre, la police a traqué les manifestants qui portaient le drapeau amazigh, comme ce fut le cas vendredi dernier. Interpellations et tensions ont émaillé cette dix-neuvième marche des étudiants alors que la situation politique reste bloquée.

Le 19 juin, le chef de l’armée Ahmed Gaïd Salah avait averti les porteurs du drapeau berbère : « Il m’appartient d’attirer l’attention sur une question sensible, à savoir la tentative d’infiltrer les marches et porter d’autres emblèmes que notre emblème national par une infime minorité. L’Algérie ne possède…

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les 7 techniques pour survivre dans le désert

HIRAK-CONNECT.DZ 20/21

Chaleur : les 7 techniques pour survivre dans le désert

Caravane de dromadaires en Tunisie

Boire du thé bouillant, se vêtir d’habits longs et sombres… ça marche vraiment ? A en juger par les habitudes des Bédouins dans le désert, oui ! Et chacune de leurs astuces s’explique scientifiquement.

C’est dans le Sahara qu’il fait le plus chaud sur Terre, où des températures de plus de 50 °C ne sont pas rares. Un défi pour la physiologie du corps humain ! La thermorégulation, soit la régulation de la température corporelle, peut pomper toutes les énergies, et la survie est impossible plus d’un jour ou deux sans eau.

Les Bédouins le savent mieux que personne : pour supporter le soleil et la chaleur, cette population nomade qui arpente les déserts du Maroc à l’Arabie, a développé de véritables stratégies… dont certaines à rebours des idées reçues. Les voici en sept points.

1. Un habitat aéré plutôt que calfeutré

Tente de bédouins dans le désert de Syrie

Tente de bédouins…

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Contre la chaleur….mais les occidentaux ont du mal à accepter ses ruses…..elles viennent d’Afrique

Contre la canicule, des ruses venues d’Afrique Mais les occidentaux auront du mal à accepter ses ruses elles viennent d’Afrique …Alors on leurs souhaites  » bonne chaleur….

Pour se protéger des fortes chaleurs, il existe des techniques simples, parfois éprouvées depuis des siècles par les habitants du continent.

Un Touareg sur le plateau de Tagmart, dans le sud de l’Algérie, en janvier 2016. Le port de vêtements amples permet de lutter contre la chaleur.
Un Touareg sur le plateau de Tagmart, dans le sud de l’Algérie, en janvier 2016. Le port de vêtements amples permet de lutter contre la chaleur

La canicule qui sévit en France ces jours-ci est un phénomène climatique familier dans de nombreux pays d’Afrique. Un continent où la climatisation s’installe peu à peu mais demeure un luxe réservé aux plus aisés. Pour résister à la chaleur, la population adapte son rythme et use de techniques éprouvées depuis des générations

  • Au Burkina Faso, on se plie au cycle du soleil

Dans ce pays qui compte parmi les plus ensoleillés d’Afrique de l’Ouest, les températures avoisinent les 40 °C de mars à mai et peuvent même dépasser les 45 °C dans la région du Sahel (nord). Chacun prend son mal en patience en guettant l’arrivée du « beau temps », comme on appelle les premières pluies. Pour apprivoiser ce climat extrême, les habitants adaptent leur rythme quotidien au cycle du soleil. Au Burkina Faso, les journées commencent vers 5 ou 6 heures, afin de profiter des derniers moments de fraîcheur nocturne. Dès midi, on préfère se calfeutrer, volets fermés, dans son bureau ou à la maison pour faire une sieste après le déjeuner.Lire aussi  

Les citadins évitent de marcher dans la fournaise des rues l’après-midi, quand l’air s’emplit d’une drôle d’odeur de goudron et de sable brûlant. Ceux qui doivent malgré tout se déplacer, le plus souvent en vélo ou à moto – les voitures climatisées restent un luxe –, s’en remettent aux vendeurs ambulants de sachets d’eau, d’éventails ou encore de mouchoirs pour s’éponger le front. Les plus aisés équipent leur domicile de l’air conditionné, les autres se contentent de ventilateurs. Mais il faut encore composer avec les coupures d’électricité et d’eau, quasi quotidiennes pendant la saison chaude et qui sont la hantise des Burkinabés.

  • Au Cameroun, on dort à l’extérieur ou près de l’eau

La partie septentrionale du Cameroun est la plus exposée aux fortes chaleurs durant la saison sèche, de novembre à avril. Une période au cours de laquelle les habitants rivalisent d’ingéniosité pour échapper à la canicule à peu de frais. Dans la région de l’Extrême-Nord, le mercure peut frôler les 47 °C à l’ombre. L’accès à l’électricité demeure un luxe dans cette région parmi les plus pauvres du pays.Lire aussi 

Pour se protéger, les habitants « n’ont pas changé leurs habitudes depuis des décennies », rapporte Daïrou Hamidou, journaliste à Equinoxe TV. Pendant la journée, abrités sous les acacias qui bordent les rues et les cours des maisons, ils se rafraîchissent à l’aide d’éventails traditionnels en plumes de canards ou en paille. Une fois la nuit tombée, ils dorment le plus souvent à l’extérieur sous des « danki », ces auvents ouverts aux quatre vents, étalant leur natte à même le sol sablonneux. Dans les villages les plus reculés, établis sur des terres désertiques, certains passent même la nuit près des points d’eau.

  • Au Sénégal, on porte le boubou et on boit du thé

Dans les pays du Sahel, des siècles de nomadisme ont donné naissance à des techniques éprouvées, comme le port de vêtements amples, de couleur claire, en coton ou en lin, et le moins possible en fibres synthétiques. Au Sénégal, le boubou fait des merveilles : chaque pas crée un courant d’air qui gonfle la tenue et rafraîchit. On en superpose parfois les couches afin d’augmenter l’effet. Dans les campagnes, les habitants portent aussi un chapeau conique en paille qui évacue efficacement la chaleur, connu sous les noms de « tengade » chez les Peuls ou « gaban » chez les Bambara.

Eté comme hiver, les Sénégalais ont l’habitude de boire l’« ataya ». Ce thé noir traditionnel, véritable suc que l’on réduit sur un réchaud de charbon, est servi mousseux, en trois fois, comme le veut la coutume. Le premier « amer comme la mort », le deuxième « doux comme la vie » et le troisième « sucré comme l’amour ». Il se révèle un véritable allié pendant les périodes de canicule. Une boisson chaude en plein été peut sembler contre-intuitif, mais les nomades sahéliens savent depuis longtemps qu’un tel breuvage facilite la sudation et hydrate le corps tout en le rafraîchissant.

Aujourd’hui, la plupart des foyers sénégalais possèdent un ventilateur, parfois couvert d’une serviette humide. Mais en brousse, dans les maisons sans électricité, il est d’usage de passer les nuits de canicule en famille à l’extérieur, en installant les matelas sur la terrasse ou sur le toit.

Chaque année en Tunisie, à l’aube du mois de juillet, le débat refait surface. Faut-il annuler ou maintenir la « séance unique » ? L’expression désigne une organisation particulière de la journée de travail qui remplace, du 1er juillet au 31 août, le classique 8 heures-17 heures. Systématique dans le secteur public, cette mesure est au bon vouloir des patrons du secteur privé. Dans la pratique, la majorité des entreprises s’adaptent pendant la saison estivale, comme elles le font aussi durant le ramadan.

A partir du 1er juillet, les administrations ouvrent donc leurs portes dès 7 h 30 et les ferment à 14 heures, du lundi au jeudi. Le vendredi, la journée finit même une heure plus tôt, prière hebdomadaire oblige. Ce rythme allégé ne fait pourtant pas l’unanimité. En mars 2018, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie a proposé de supprimer la séance unique pour soutenir la croissance économique et la création de richesse.

Pour être en conformité avec soi-même, aprés le changement inchaAllah, le peuple est astreint à sa propre mue….

L’ATTENTE ET LES EXIGENCES DE SOI AUSSI

par Abdou BENABBOUIl est indéniable que les marches populaires des vendredis préfigurent l’énoncé d’une leçon de vie. Mieux vivre dans la sérénité et évoluer dans un minimum de bonheur est à la base des réclamations des millions de marcheurs. L’insurrection non violente de la majorité des Algériens à travers tout le pays est d’abord une exigence pour un retour à des normes morales économiques et sociales justes et équitables pour tous. La mise hors des champs politiques des personnalités de l’ancien système réclamée par la rue est aussi une quête populaire pour une définitive table rase du passé. 

Cette volonté soutenue et réaffirmée tous les vendredis est à l’évidence à applaudir et il serait heureux que les citoyens y adhèrent en toute conscience. Elle leur recommande cependant de s’inscrire eux-mêmes dans cette logique et d’exiger d’eux-mêmes ce qu’ils réclament à cors et à cris à des dirigeants qu’ils accusent d’avoir mené le pays à la ruine. Ne pas se corriger soi-même équivaudrait à rendre siennes les tares avérées de ceux qu’on incrimine et rendre caduc ce pourquoi on s’est soulevé. On ne peut pas demander aux autres de se redresser si l’on ne fait pas l’effort de se redresser soi-même. Or la flagrance de l’incivilité presque générale n’est en équation harmonieuse ni avec les lourds griefs scandés tous les vendredis ni avec les attentes de la population. 

Il est vrai que les pénibles excroissances sociales vécues jusqu’ici ont des origines profondes dues à une gestion catastrophique du pays et une mise en marche trop perturbée de toute une société. Cette gestion hémiplégique de faux prophètes a perverti les consciences et a enduit le comportement social d’épaisses couches de tartre aujourd’hui ardues à effacer. 

Pour être en conformité avec soi-même, le peuple est astreint à sa propre mue. La tâche aussi lourde et compliquée soit-elle pourrait s’avérer aisée si l’on commençait d’abord par aimer et respecter son prochain.