Les millions d’Algériens qui descendent dans la rue sont en droit de savoir où va le navire algérien et quel sera l’avenir de leur Hirak.

Légalisme ou légitimisme ?

K. G. Il est impossible de continuer de tourner aussi longtemps le dos au peuple de cette manière. L’urgence d’un Etat de droit se fait sentir de plus en plus vivement à chaque vendredi de manifestation. Les millions d’Algériens qui descendent dans la rue sont en droit de savoir où va le navire algérien et quel sera l’avenir de leur Hirak. En ce sens, ils ne demandent pas «un simulacre de justice» se limitant à des purges commandées et téléguidées à partir du siège des Tagarins, contre la périphérie des centres «réels» de décision, dans une sorte d’inquisition sélective dont ils ignorent la nature et la portée, mais une vraie démocratie qui les débarrassera vite des parrains d’un «système hors-service».

Autrement dit, Gaid Salah ne peut plus «temporiser» davantage en faisant semblant de ne pas avoir entendu le cri de détresse de ses compatriotes et leur aspiration légitime à la démocratie. S’il continue de s’y prendre avec la crise de la sorte, il s’enfermera dans un déni de la réalité qui jettera un froid chez les masses dans les quelques semaines à venir. D’autant que pour les Algériens aucun recul en arrière n’est envisageable pour le moment. Le départ du système et de ses symboles est une priorité, voire une exigence scellée et non négociable, pour passer à l’étape d’assainissement des appareils d’État et des milieux d’affaires corrompus. Ce départ est d’autant plus nécessaire que les forces anticonstitutionnelles, déjà critiquées lors des multiples discours du chef d’état-major, sont toujours cachées dans l’ombre et bénéficient de surcroît de l’impunité, malgré leurs agissements douteux contre la volonté populaire. 

Bref, le message de la rue peut se résumer aujourd’hui de la façon suivante : il faut frapper fort et juste. S’attaquer d’abord aux têtes les plus corrompues dans l’appareil de l’Etat, puis graduellement au reste, dans la clientèle du clan Bouteflika et dans le monde des affaires, tout en ouvrant la voie au Hirak populaire, le seul représentant valable aux yeux de la population, pour assurer la période de la transition politique. 

Si Gaid Salah s’en tient au cadre constitutionnel pour gérer la crise, les Algériens dans leur majorité pensent que ceux qui chapeautent les institutions à l’heure présente, que ce soit le chef d’État, ou le gouvernement et ses membres, du reste résidus du système Bouteflika, sont illégitimes, donc systématiquement rejetés et révocables. En quelque sorte, l’institution militaire reste «légaliste» sans chercher la légitimité de ceux qui représentent la façade de ce légalisme, alors que le peuple préfère la voie «légitimiste», tout en sortant du cadre légal tracé par les contours de la Constitution actuelle. D’où la complexité de trouver une solution médiane, qui puisse satisfaire les uns et les autres, sans trop piétiner les lois et les règlements du pays ! 

Venezuela : Les auteurs du coup d’Etat manqué se réfugient dans les ambassades du Brésil et du Chili — Raimanet

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Que va faire Gaïd Salah…..

Pris au mot, que va faire Gaïd Salah ?

K.H Des figures bénéficiant d’un préjugé favorable et d’écoute de la part du mouvement citoyen, des associations et organisations de la société civile ainsi que des partis politiques ont pris au mot le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP qui a affirmé que l’armée n’est pas réfractaire à la mise en œuvre de solutions politiques possibles allant dans le sens du dénouement de la crise et menant le pays vers la paix pour peu qu’elles soient étayées par des propositions constructives.

Il a émané en effet de ces milieux un foisonnement de propositions dont le mérite est qu’elles ne font pas apparaître leurs auteurs comme des extrémistes cherchant à jeter de l’huile sur le feu d’une situation dont d’accord en cela avec le chef de l’armée ils estiment dangereux son prolongement pour le pays. Toutes convergent sur la nécessité de mettre en place une transition acceptable pour le peuple et pour l’institution militaire dont le haut commandement assume le pouvoir de fait dans le pays suite à la démission de Bouteflika. 

Certes, elles font apparaître qu’il existe dans ces milieux des points de vue qui ne sont pas communs sur le mécanisme dont sera dotée cette transition et à qui confier la responsabilité. Elles constituent néanmoins une plate-forme pouvant donner lieu à l’ouverture d’un dialogue national regroupant ceux qui les ont formulées et les décideurs desquels il est possible que se dégage un consensus sur la solution de sortie de l’impasse en raison de l’impulsion par ces derniers d’une transition constitutionnelle que le peuple rejette. 

Jusque-là, Gaïd Salah n’a pas clairement arrêté sa position quant à la nécessité d’un tel dialogue, c’est qu’il avait le prétexte plus ou moins avéré d’arguer que le pouvoir de fait qu’il incarne n’a pas trouvé d’interlocuteurs représentatifs pouvant parler au nom du peuple. Ce dialogue est désormais possible et les Algériens n’y feront pas obstacle pour peu que Gaïd Salah et l’institution militaire leur fassent savoir qu’ils sont disposés à mettre fin à la transition constitutionnelle et à accompagner celle sur laquelle ce dialogue réalisera l’entente la plus large entre ses participants. 

En énonçant leurs propositions, les personnalités civiles qui en ont pris l’initiative ont renvoyé la balle dans le camp du pouvoir de fait. C’est à lui désormais de faire la preuve qu’il n’est pas dans une démarche de confiscation des victoires remportées par l’insurrection citoyenne contre le régime qui a conduit le pays à la faillite et hypothéqué son avenir, mais dans celle de faire émerger une transition apaisée et vouée sans équivoque à installer dans les faits les revendications du peuple algérien d’un Etat démocratique, de droit dans lequel il ne sera plus possible à des «issabat» de privatiser le pouvoir pour leur compte.