Ecoutez les slogans…

Journée de ce vendredi 05/04/19 (manifs)

Illustration : Manifestations contre le système, à Alger (mars 2019)

Les principaux événements du premier vendredi sans Bouteflika.

Algérie. Direct : Les principaux événements du premier vendredi sans Bouteflika

Algérie – C’est un vendredi pas comme les autres que s’apprête à vivre le peuple algérien. En effet, la semaine a été marquée par la démission tant attendue de Abdelaziz Bouteflika. Plusieurs Algériens sont d’ailleurs sortis fêter leur première victoire dans un combat qui est loin d’être terminé. Sous le slogan « dégagez tous ! », ce septième vendredi de manifestations sera l’occasion pour les Algériens de demander encore une fois leur principale revendication, à savoir un changement radical.

16:10 – La télévision algérienne au cœur de l’événement


16:05 – Les habitants de Tipaza sont sortis en grand nombre pour exiger le départ du système en place


16:00 – Drifa Ben M’hidi, sœur de Larbi Ben M’hidi, Nacer Boudiaf, fils de Mohamed Boudiaf et Mohamed Boukhechoura fils de Mourad Boukhechoura ont manifesté ensemble à Alger


15:45 – Les manifestants huent et jettent des bouteilles sur Rachid Nekkaz à Alger centre


15:30 – Said Saadi chassé par les habitants de Béjaïa.


15:00 – Karim Tabbou demande aux manifestants de faire attention aux manipulations dans un discours en pleine rue d’Alger


14:50 – Des images exceptionnelles de la rue Hassiba Ben Bouali à Alger


14:45– Les habitants de la wilaya de Sétif sont venus en grand nombre pour se rassembler et crier leurs revendications.


14:30 – En direct d’Alger


14:20 – Béjaïa : Préparation et distribution de Couscous aux manifestants dans la ville.
Les citoyens et citoyennes bougiotes assurent le repas pour les manifestants venant de loin.


14:20 – Béjaïa : Préparation et distribution de Couscous aux manifestants dans la ville.
Les citoyens et citoyennes bougiotes assurent le repas pour les manifestants venant de loin.


14:15 – Des éléments de la Gendarmerie nationale ont dressé un barrage à l’entrée est d’Alger, au niveau de Dar El Beïda. Ce barrage filtre les passants et empêche éventuellement des citoyens de rejoindre les manifestants de la capitale, à l’occasion du 7e vendredi de la Révolution joyeuse en Algérie.


14:00 – Plusieurs collectifs en concertation depuis le déclenchement du mouvement populaire le 22 février dernier ont rendu public un communiqué pour mettre en garde contre “les appels à la grève émanant de cercles occultes”. Ces collectifs de Tizi-Ouzou, en Kabylie, qui comptent les journalistes, les avocats, les syndicats des enseignants, les commerçants et les travailleurs de la jeunesse et des sports, tout en appelant à à rejoindre la marche de vendredi 5 avril, réitèrent leur appel “à la vigilance pour déjouer toutes les manœuvres visant à pervertir et détourner le sens de la révolution.


13:30 – Les habitants de la wilaya de Tizi-Ouzou s’organisent pour une marche à travers les rues de la ville.


13:00 – Rassemblement des citoyens à Constantine pour dire “dégagez tous”


12:30 – Les retraités de l’armée nationale (ANP) présents en force


12:05 – Les gendarmes ont fermé la route à Dar El Beïda


12:00 – Alger : les manifestations se poursuivent


11:40 – Les routes menant vers la capitale Alger fortement encombrées.


11:35 – Le parti politique du RND dément les rumeurs selon lesquelles Ahmed Ouyahia aurait participé à une réunion en présence d’autres chefs de partis à la fin du mois de mars.


11:30 – L’avocat Mokrane Ait Larbi a adressé un message aux algériens à la veille des marches du septième vendredis consécutifs contre le système, qui auront lieu aujourd’hui 5 avril 2019, partout en Algérie, contre le système. Il a notamment déclaré:  « la solution doit être constitutionnelle et politique, et non pas constitutionnelle seulement (…)  La situation n’urge par qu’on aille à une élection après 90 jours, mais, elle nécessite qu’on ouvre l’espace du débat, et on peut se baser sur certains articles de la Constitution pour éviter certains problèmes ».


11:15 –  Un service de sécurité impressionnant à Alger


11: 00 – Quelques slogans du peuple algérien sorti en grand nombre ce vendredi 5 avril dans la capitale.


10:50 – Le général-major Athmane Tartag connu sous le nom de Bachir Tartag, n’est plus à la tête du Renseignement algérien du DSS (Direction des services de sécurité), anciennement appelé le DRS.

Lire : Algérie – Le général Tartag n’est plus patron du Renseignement algérien


10:40 – Le gouvernement de Bensalah, selon les manifestants.


10:20 – On est désormais habitués à ces images de solidarité entre les Algériens.


10:00 – Comme à chaque vendredi, les manifestations ont commencé tôt ce matin au niveau de la place de la grande poste.


Le seul problème est que ce schéma ne correspond pas à la réalité. Par le trucage des élections, le pouvoir exécutif, mandaté par la hiérarchie militaire, empêche le corps électoral de se donner les représentants qu’il veut.

Qui gouverne en Algérie ?

Cette question se pose depuis longtemps en Algérie dans les discussions quotidiennes et dans les articles de presse où est utilisée l’expression « le pouvoir » pour désigner les gouvernants. Malgré le flou qu’elle implique, nous savons cependant plus ou moins que cette expression renvoie à un mécanisme d’exercice de l’autorité de l’Etat au centre duquel il y a la hiérarchie militaire.

Qui gouverne en Algérie ?
L.A

Pour des raisons historiques, l’Etat algérien s’est construit à partir de l’armée, mais l’élite militaire a raté l’occasion d’octobre 1988 pour se retirer du champ de l’Etat. Se substituant à la souveraineté populaire, la hiérarchie militaire ne déclare pas officiellement qu’elle est la source du pouvoir en lieu et place de l’électorat. Mais tout le monde sait que c’est elle qui désigne le président. 

Comment alors analyser le régime algérien alors qu’il est incompatible avec l’ordre constitutionnel ? La science politique a des difficultés à étudier le régime algérien qui relève plutôt de l’anthropologie politique mieux outillée conceptuellement pour analyser les rapports d’autorité formels et non formels. Sa particularité est que les institutions ne véhiculent pas toute l’autorité de l’Etat. Ces derniers jours, des responsables de partis de l’administration parlent de « forces extraconstitutionnelles » qui interfèrent dans la prise de la décision politique. 

Quelle est la structure officielle de l’Etat en Algérie ? Théoriquement il est dirigé par un président élu au suffrage universel à l’issue d’une campagne électorale à laquelle prennent part différents partis, y compris ceux de l’opposition légale. Le président met en œuvre une politique traduite par des lois votées à l’Assemblée nationale par des députés eux aussi élus au suffrage universel. Théoriquement, il y a donc un pouvoir exécutif issu des urnes, un pouvoir législatif représentant de la volonté populaire et un pouvoir judiciaire indépendant qui protège l’exercice des droits civiques des citoyens. Il y a même un conseil constitutionnel qui veille à la constitutionnalité des lois et décrets. Cette structure institutionnelle est portée par des partis politiques qui expriment les différents courants idéologiques de la société et qui se disputent le pouvoir exécutif à travers des élections libres et pluralistes. 

Le seul problème est que ce schéma ne correspond pas à la réalité. Par le trucage des élections, le pouvoir exécutif, mandaté par la hiérarchie militaire, empêche le corps électoral de se donner les représentants qu’il veut. La réforme de la constitution de février 1989 a mis fin au système de parti unique, mais le régime a perverti le pluralisme en truquant les élections pour empêcher toute alternance. Le pluralisme a été une façade derrière laquelle l’armée a continué d’être la source du pouvoir en lieu et place du corps électoral. 

Si le régime post-88 est sur le point de s’effondrer, c’est parce qu’il n’a pas de cohérence politico-idéologique. En comparaison, le régime de Boumédiène était plus cohérent. Celui-ci disait : les chouhadas m’ont demandé de diriger le peuple pour faire son bonheur. Par conséquent, je suis l’Etat, et celui qui n’est pas content, il n’a qu’à quitter le pays. L’autoritarisme de Boumédiène était cohérent et clair et ne s’encombrait pas d’arguties d’une constitution copiée sur celle de la 5èm république française. Le modèle de Boumédiène a survécu à son fondateur avec un faux pluralisme. 

Evidemment, les militaires n’interviennent pas directement en tant que tels dans le champ de l’Etat. Les généraux de l’Etat-Major ont d’autres tâches à accomplir, notamment l’entretien du niveau opérationnel des troupes. Ils ont cependant confié à la direction de l’espionnage la tâche de gérer le champ politique. A l’exception du président désigné par la hiérarchie militaire, ce service d’espionnage appelé DRS, désigne le Premier ministre et supervise avec le président la formation du gouvernement. 

Les dernières déclarations de Amar Saidani à TSA le confirment. Ouyahya est désigné comme premier ministre par le DRS. Ce qui signifie que Bouteflika ne nomme pas le premier ministre, et ne choisit pas son équipe ministérielle. Tous ses fidèles ont été éjectés du gouvernement : Belkhadem, Zerhouni, Ould Abbès, Benachenhou. 

Le DRS filtre aussi les listes des candidats aux fonctions électives nationale et locale (APN, APW, APC). Il décide des résultats électoraux en donnant aux partis des quotas de sièges en contrepartie de la fidélité au pouvoir administratif. En outre, il noyaute toutes les institutions de l’Etat (police, douanes, gendarmerie…) pour s’assurer que les fonctionnaires ne remettent pas en cause la règle non écrite du système politique algérien : l’armée est seule source du pouvoir. Le service politique de l’armée infiltre aussi les partis d’opposition, pour les affaiblir de l’intérieur en créant des crises au niveau des directions. Le dernier parti victime de cette pratique est le FFS. Il contrôle la presse par le chantage à la publicité. 

La mission du DRS est de dépolitiser la société pour se poser en seule expression politique émanant de la hiérarchie militaire. Ce modèle a pu fonctionner dans les années 1970 parce que l’armée comptait 40 colonels. Il ne peut pas fonctionner aujourd’hui avec 500 généraux qui exercent peu ou prou une parcelle de l’autorité de l’Etat, avec en plus leurs réseaux de clientèle se disputant des parts de la rente pétrolière. L’anarchie militaire au sommet de l’Etat a empêché celui-ci de fonctionner conformément à ses institutions formelles. L’affaire Tebboune le montre clairement. 

Après l’annulation des élections par les généraux janviéristes en 1992, le DRS a eu un rôle stratégique dans la lutte anti-terroriste, ce qui lui a donné un poids important dans la prise de la décision politique. Au fil des années, il s’est quasiment autonomisé de l’Etat-Major dont formellement il dépend organiquement. Des généraux se sont plaints de la concentration de pouvoir entre les mains du chef du DRS, le général Tewfik Médiène, connu aussi sous le nom de « Rab Edzair » (Dieu d’Alger). Un conflit larvé divisait la hiérarchie militaire, surtout que les officiers du DRS occupaient des places stratégiques dans les circuits de répartition de la rente pétrolière. 

Le conflit entre l’Etat-Major et la direction du DRS éclatera au lendemain de l’attaque du complexe gazier de Tiguentourine en 2013. Selon les informations qui circulent à Alger, l’Etat-Major a reproché au DRS soit d’avoir manipulé des islamistes pour planifier l’attaque de ce complexe gazier (c’est ce que affirme Amar Saidani), soit d’avoir été incapable de protéger un endroit stratégique d’extraction de la rente pétrolière. L’Etat-Major a décidé la réorganisation du DRS, après avoir mis à la retraite plusieurs généraux. L’un d’eux, le général Hassan a été arrêté et condamné par un tribunal militaire à 5 ans de prison. 

Mais l’Etat-Major n’a pas informé le public sur les raisons de cette restructuration des services de sécurité. Il a demandé à Amar Saidani, responsable du FLN à l’époque, d’attaquer le général Tewfik qu’il a accusé de s’opposer à l’Etat de droit, à la liberté de la presse et à l’autonomie de la justice. Un étudiant en sciences politiques avait écrit sur sa page Facebook : « A la tête du FLN, Saidani a eu le temps de lire Jean-Jacques Rousseau ! ». Une fois le DRS réorganisé, l’Etat-Major a mis fin aux fonctions de Saidani à la tête du FLN. 

Suite à cet épisode, le DRS a été divisé en deux parties. L’une sera chargée de l’espionnage pour défendre les intérêts du pays contre les ingérences de puissances étrangères, et l’autre confiée au général Bachir Tartag chargée de la gestion de la société civile et aussi de la surveillance des fonctionnaires de l’Etat. Le bureau de Tartag a été domicilié à la présidence pour montrer qu’il est sous l’autorité du président. Le DRS propage les rumeurs selon lesquelles Bouteflika aurait domestiqué l’armée. Avant de mettre à la retraite le puissant général T. Médiène, il aurait mis fin aux fonctions de Mohamed Lamari, alors chef d’Etat-Major. La vérité est que ce dernier a été démis par l’Etat-Major après ses déclarations au journal Al-Ahram et à l’hebdomadaire français Le Point en 2004 où il montrait que l’armée est au-dessus du président. Les généraux, dont l’autorité est en effet au-dessus de celle du président, ne veulent pas que cela se sache. 

Cette propagande vise à cacher la véritable nature du régime algérien où la hiérarchie militaire exerce le pouvoir réel. Il existe bien sûr le clan de Bouteflika, composé de ses frères, d’importateurs et d’entrepreneurs de travaux publics. Ce clan a le pouvoir de relever de ses fonctions un responsable de douane qui refuse de violer la règlementation, de suspendre un wali qui aura été nommé par un clan rival, de muter au sud un magistrat soucieux de l’application de la loi, de bloquer une entreprise comme Cevital, etc. Mais le pouvoir, ce n’est pas violer la loi. Ces abus de pouvoir ne se produisent que parce que l’armée refuse que la justice soit autonome. Le clan de Bouteflika est né et a grandi à l’ombre d’un système politique centré sur l’armée. Il a donné naissance à une bourgeoisie monétaire vorace et prédatrice qui se nourrit de marchés publics, associant des enfants de généraux dans des activités commerciales d’importation. 

Où en est-on aujourd’hui et comment sortir de la crise actuelle ? Composée de jeunes généraux nés dans les années 1950 et 1960, la hiérarchie militaire doit répondre à la demande de changement de régime exprimée par des millions de citoyens. Elle ne devrait pas faire les erreurs fatales des hiérarchies précédentes qui ont opéré quatre coups d’Etat (1962, 1965, 1979, 1992), tué un président et fait démissionner deux. 

L’évolution de la société algérienne exige un réajustement de l’Etat en fonction des transformations culturelles et sociales des dernières décennies. Si ce réajustement est refusé, le mouvement de protestation va se radicaliser et beaucoup de sang coulera. Les jeunes généraux doivent être à la hauteur des exigences de l’histoire. 

Des bénévoles apportent des bouteilles d’eau minérale pour les distribuer aux manifestants dans le centre d’Alger.

ALGERIE:Dans la rue comme sur les réseaux sociaux et sur les plateaux télé, le texte est décortiqué, commenté, et certains articles, le 7, le 8 et 102, sont devenus de véritables stars.

La constitution est devenue une véritable obsession en Algérie. En fait, derrière l’apparence d’un sens profond de l’Etat chez ceux qui la défendent, se cachent un légalisme de convenance, et, parfois, des choix politiques douteux enveloppés dans un légalisme de façade.

La constitution algérienne a connu un brusque accès de célébrité depuis un mois. Des partis et personnalités de tous bords ont pris sa défense, appelant à y revenir pour trouver des solutions à la grave crise que traverse le pays. Dans la rue comme sur les réseaux sociaux et sur les plateaux télé, le texte est décortiqué, commenté, et certains articles, le 7, le 8 et 102, sont devenus de véritables stars.

Cet intérêt pour la constitution a plusieurs motivations. Un souci de légalité pour les uns, une vision juridique de la crise pour d’autres, mais, surtout, une volonté de contenir la crise dans un cadre précis, étroit, ce qui permet de canaliser les solutions et d’en maitriser les éventuels débordements politiques.

Le recours à l’expertise est fortement utilisé. Ahmed Mahiou, juriste renommé, ancien doyen de la faculté de droit d’Alger, a ainsi exposé tout un plan de sortie de crise basé sur des mécanismes constitutionnels.

http://bit.ly/2UeqbYM

De son côté, Mme Fatiha Benabou, la constitutionnaliste la plus côté du moment, a clairement affirmé son appui à une « solution constitutionnelle » de la crise, ce qui permettrait de « préserver la stabilité du pays et l’unité nationale ». Walid Laggoune, juriste réputé, s’est de son côté félicité « qu’on soit revenu au texte de la Constitution » lorsque le chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, a prôné le recours à l’article 102 de la constitution pour prononcer l’empêchement du président Abdelaziz Bouteflika.

http://bit.ly/2FMctCv

L’enthousiasme pour la même constitution affichée par les partis de l’alliance présidentielle et par des organisations satellites est encore plus saisissant. Il est d’autant plus suspect que ces mêmes partis ont appuyé le président Bouteflika quand il a violé la constitution en annulant la présidentielle du 18 avril ou quand il s’est octroyé une prolongation de mandat en dehors de toute illégalité.

Le légalisme consacre le statu quo

Cette obsession pour la constitution ne se justifie pas. D’abord parce que la crise est politique, non juridique. Pour être précis, le volet juridique ne constitue qu’un volet de la crise, qui a de multiples dimensions. La solution exige, par conséquent, le recours  de nombreux ressorts pour espérer s’en sortir. En privilégier un, c’est faire une lecture partielle de la crise. Cela mène à orienter la solution, mais, surtout, à l’échec.

Il est aussi nécessaire de dire les choses clairement. L’approche constitutionnelle suggère une méthode de sortie de crise qui vise à préserver le système en place. Difficile en effet d’envisager un changement de système en ayant recours aux règles juridiques qui ont façonné l’ancien.

Dans le car présent, respecter les formes constitutionnelles, c’est aller à une transition dirigée par Abdelkader Bensalah comme président intérimaire. Il s’agit d’un ponte du régime, membre fondateur et président du RND pendant une courte période. Le gouvernement serait celui de M. Noureddine Bedoui, qui a fait ses preuves dans la manipulation des élections.

Curieusement, les adeptes du respect de la constitution proposent des accommodements absurdes pour pallier à ces lacunes criardes. Ils proposent par exemple de faire élire un nouveau président du Sénat, de nommer un autre gouvernement, ce qui se ferait clairement en dehors de la constitution. Et que faire du Parlement ? Faut-il que le gouvernement lui présente son programme pour validation, alors que le parlement est l’un des symboles de l’ancien système ? Au final, cela débouche sur un rafistolage étonnant d’une constitution en lambeaux, ce qui ouvre la voie à tous les abus. La constitution n’est pas un self-service, où on prend ce qui est commode en abandonnant le reste.

Violations en série

S’accrocher à la constitution devient un non-sens quand c’est le chef de l’Etat lui-même qui la foule aux pieds. Il suffit d’énumérer les violations les plus évidentes : Abdelaziz Bouteflika s’est maintenu au pouvoir alors qu’il n’avait manifestement pas la capacité physique d’exercer la fonction de président de la république ; il a déposé une candidature à la présidence de la république sur la base d’un certificat médical de complaisance, pour ne pas dire faux ; il a annulé une élection présidentielle ; il s’est offert illégalement une prolongation de son quatrième mandat, etc.

Ces écarts par rapport à la constitution ne peuvent être rattrapés, car la loi fondamentale est un ensemble complexe, où tout est imbriqué. La défaillance d’un élément peut faire écrouler tout le reste. Dans le cas présent, il s’agit de défaillances en série qui rendent aléatoire toute tentative de reconstruire l’édifice.

L’article 8 étouffe l’article 7

Une autre évidence s’impose dans la conjoncture actuelle : la légitimité est hors de la constitution. Elle est dans la rue, dont le pouvoir et l’opposition ont unanimement reconnu la légitimité des revendications. L’ANP, par le la voix de son chef d’état-major, a affirmé qu’elle se range du côté du peuple, conformément à l’article 7 de la constitution, qui reconnait au seul peuple l’exercice de la souveraineté. Mais dans le même temps, l’armée envisage d’appliquer l’article en ayant recours à l’article 8, c’est-à-dire que cette souveraineté s’exerce dans le cadre des institutions. Or, celles-ci ont montré leur inadéquation.

Les institutions ont en place n’ont pu éviter au pays la crise actuelle. Elles sont encore moins en mesure d’assurer une sortie de crise. Certes, la faute n’incombe pas seulement aux textes, mais davantage au rapport que le pouvoir algérien entretient avec la constitution et la loi. Mais les textes en vigueur ont été façonnés, soit pour préserver un système politique, soit pour être contournés. Le résultat est le même : au fil des ans, le système politique a créé des traditions, des comportements, des pratiques politiques à l’opposé de ce qui est attendu de la part de responsables supposés gérer les affaires du pays.

Le pays se trouve dès lors face à trois choix. Suivre strictement la constitution, ce qui signifie aller à une périlleuse élection présidentielle à court terme ; appliquer la constitution à la carte, en respectant certains dispositions et en accommodant d’autres, ce qui soumet la constitution au rapport de forces politiques, ouvrant la voie à l’arbitraire ; admettre qu’on sort de la mécanique constitutionnelle, qu’on s’installe dans un nouveau paradigme, pour aller vers une solution politique. C’est la solution la plus risquée, mais la plus prometteuse, car elle ouvre de nouvelles perspectives et permet d’agir sans avoir les mains liées par un juridisme qui frise la coquetterie.

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