Gilets jaunes : pourquoi le mouvement ne prend pas dans les cités…..

Gilets jaunes : pourquoi le mouvement ne prend pas dans les cités

Dans certains cités d’Ile-de-France, des habitants affichent leur soutien au mouvement en mettant un gilet jaune sur le tableau de bord mais bien peu vont manifester. 

Bien qu’a priori concernés au premier chef par les revendications des Gilets jaunes, les habitants des quartiers populaires restent absents du mouvement . Exemple en Essonne.

S’ils sont nombreux à assurer soutenir le mouvement des Gilets jaunes, les habitants des cités se font rares sur les ronds points ou dans les manifestations. A l’image de Clotaire, 52 ans, qui habite les Tarterêts à Corbeil-Essonnes : « Les Gilets jaunes se battent pour de vraies causes, je les soutiens. »

Mais pas question d’aller aux manifestations. « C’est trop dangereux, il y a trop de violence », déplore-t-il. Idem pour Jacques Roignant, retraité, qui regrette les débordements « vus à la télé ». « J’ai fait mai 1968, je me suis même retrouvé en cellule avec Krivine, se souvient-il. Mais on ne pillait pas les magasins ! Mes amis aussi sont écœurés par ces violences et ne soutiennent plus. »

«On a tiré la sonnette d’alarme bien avant eux»

Autre génération, autres raisons pour ne pas manifester. « On est de tout cœur avec les Gilets jaunes eux, mais si on se déplace à Paris, on va être direct pris pour des casseurs. Aux contrôles, s’ils voient que vous êtes de Corbeil, c’est chaud, alors des Tarterêts… », assure Adel Belakhdar, étudiant en BTS. « S’ils attrapent des gens des quartiers, ils ne vont pas les louper, estime Khaled Maiza, président de club de rugby les Spartiates à Corbeil. On va être les cibles d’arrestations et de lourdes sanctions. »Lire nos reportages

En dehors de ces craintes, il y a aussi un sentiment de défiance à l’égard de ce mouvement, qui pour nombre d’habitants arrive trop tard. « Nous, les jeunes issus de l’immigration, quand on criait, il y a déjà un bout de temps, on n’avait aucun soutien, regrette Ali Gattoufi, éducateur. Il y a eu des émeutes et personne ne nous a écoutés. On a tiré la sonnette d’alarme bien avant eux sur les violences policières. »

«Les habitants des quartiers populaires ont perdu confiance»

C’est aussi ce que pense Farid Bouchelouche, responsable de l’association des locataires de Grand Vaux à Savigny-sur-Orge : « Dans notre quartier, les gens subissent depuis de très nombreuses années la perte de revenus, la désertification médicale, la fermeture des commerces et des services publics. Sur tous ces sujets, nous nous sommes déjà mobilisés mais nos protestations n’ont pas trouvé d’écho dans les autres franges de la population. Je pense que les habitants des quartiers populaires ont perdu confiance. »

Enfin, certains ont mal pris certains dérapages racistes qui ont pu circuler et qui les ont éloignés de ce mouvement.

«ICI, ON VIT DEPUIS LONGTEMPS DANS LES CONDITIONS DÉNONCÉES PAR LES GILETS JAUNES»

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Omar Dawson est le fondateur de l’association Grigny Wood. LP/ ARNAUD JOURNOIS

« Ce qu’il se passe avec les Gilets jaunes en ce moment s’est déjà passé avec les quartiers il y a une dizaine d’années », assure Omar Dawson, fondateur de l’association Grigny Wood à la Grande Borne.« Au départ du mouvement des Gilets jaunes, il y a la hausse du prix du carburant. En 2005, c’était la mort de Zyed et Bouna qui avait déclenché la colère des quartiers. D’ailleurs, on peut voir une certaine similitude entre les deux. Il y a dans les deux cas une défiance vis-à-vis de l’Etat et des médias ».

Alors pourquoi cette absence de Gilets jaunes dans les quartiers ? « Si aujourd’hui les quartiers ne s’associent pas au mouvement, c’est tout simplement parce qu’ils vivent depuis déjà longtemps dans les conditions dénoncées par les Gilets jaunes, analyse Omar Dawson. Face à cette baisse du pouvoir d’achat, les quartiers ont développé le système D et une économie parallèle… Vous trouverez par exemple toujours quelqu’un pour réparer votre voiture pour pas trop cher ».

Et ce connaisseur des cités d’ajouter : « Un autre facteur peut expliquer l’absence des quartiers dans ce mouvement. A un moment donné, des vidéos avec des propos racistes ont circulé. Réalité ou pas ? Je n’ai pas la réponse mais je sais que ça en a dissuadé plus d’un. »

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