les médias auront été les meilleurs chiens de garde du pouvoir et de la police, mais aussi les révélateurs du mépris des élites et des journalistes pour les gilets jaunes, ces ploucs défavorisés

Une France qui se tient sage

par Stéphane Delorme

Aveugles et hostiles à l’intelligence d’un mouvement qui retourne contre le néo-pouvoir les valeurs qu’on lui inculque (disruption, mobilité, agilité) et qui renvoie la police à sa violence archaïque (blindés, voltigeurs et police montée), les médias auront été les meilleurs chiens de garde du pouvoir et de la police, mais aussi les révélateurs du mépris des élites et des journalistes pour les gilets jaunes, ces ploucs défavorisés : Cnews invitant Patrick Sébastien qui connaît ces gens-làLe Mondeles traitant d’«invisibles» (mais aux yeux de qui ?), des philosophes contrits qui auraient préféré voir surgir un autre peuple, plus jeune et plus mixte, congédiant ce peuple-ci comme beauf et FN. Et tous ces experts nous expliquant que la révolte a lieu grâce au changement d’algorithme de Facebook accentuant le rôle des « groupes », comme si les gens n’étaient pas capables de s’assembler tout seuls, et qu’il fallait bien une intelligence supérieure pour les sortir de leur bêtise. Merci M. Zuckerberg d’illuminer nos campagnes. Or le mouvement est d’abord un mouvement de rond-point, de proximité et de rencontres, qui provoque une extraordinaire redistribution des rôles.

Le récit raconté par les médias était répugnant. La TV s’est encore une fois ridiculisée face à Internet. D’un côté cette image terrifiante présentée comme sécurisante au JT de 20 h, le 15 décembre, de manifestants devant l’Opéra qu’on empêche de rejoindre les Champs sous l’œil de la police montée prête à charger. De l’autre la profusion sauvage des «vidéos de violences policières», qui à force deviennent un genre en soi. Au Burger King à Paris, une femme est matraquée au sol, à Biarritz, en marge de tout mouvement de foule, une autre est frappée au visage par un tir de flash-ball. D’abord on empêche de manifester, puis on parque dans une fan zone, ensuite on gaze, et la semaine suivante on interdit les casques, masques et lunettes, indices de «radicalisation». Des CRS caparaçonnés en Robocop visent la tête nue de gilets jaunes auxquels on retire le droit de se protéger. Résultat : 170 personnes à l’hôpital à Paris le 8 décembre. 24 plaintes de photographes et journalistes. Intimidation totale des manifestants. Et la honte : Paris se refermant sur lui-même comme un château-fort face aux hordes de manants.

Les médias n’agissent pas que par obéissance, mais par perplexité et bêtise, parce qu’il leur manque une case : la case politique. Habitués à commenter des stratégies électorales, ils ne comprennent pas quand émerge un fait politique, ils ne le voient pas. Ils répètent que le mouvement n’est pas politique (alors qu’il n’est pas partisan, ce n’est pas la même chose). À la place, on le moralise (la violence, c’est mal !), on le judiciarise. On le scinde : les bons manifestants (qui se tiennent sages) et les mauvais (qui cassent). On parle de casseurs en mélangeant les pilleurs qui en profitent et les manifestants en colère qui se demandent jusqu’où ils sont prêts à aller. Pire encore : on militarise le conflit. Les médias ont parlé de scènes de guerre (quand parfois brûlaient juste une poubelle et un sapin de Noël), fantasmé la guerre civile, épouvantail agité par un État irresponsable qui comptait bien monter les uns contre les autres («il va y avoir des morts !»). La police a sorti les chiens, joué aux cow-boys avec ses LBD40, des flash-balls augmentés. Un quart de Paris a été transformé en ville morte, 46 stations de métro fermées le 15 décembre. Il fallait y être pour voir les gilets jaunes transformés en âmes errantes cherchant un endroit où se retrouver. Et on s’étonne de la colère du peuple alors qu’on le traite en ennemi ?

Le contrechamp logique est la vidéo inouïe des lycéens de Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie, qui dit l’ambition de ce pouvoir de plus en plus autoritaire. Une France qui se tient sage comme une image. La banlieue ressemblait soudain aux pires fantasmes de BFM, TF1 ou LCI : à la Syrie. Une voix sinistre se félicitait en sifflotant : «Voilà une classe qui se tient sage, faudra balancer à leurs profs, je pense ils ont jamais vu ça.» Des images «choquantes» ont dit les médias : ça n’engage à rien. Même ce planqué de Blanquer l’a dit. Alors qu’elles sont monstrueuses, inadmissibles, inexcusables. Les journalistes ont appris à l’école à ne pas donner leur avis, à recueillir les propos, citer les réseaux sociaux et réciter les éléments de langage. Des lycéens ont été agenouillés comme attendant une balle dans la tête, et jetés au milieu des poubelles, comme des détritus. Quelle leçon le petit coq français sur son fumier va-t-il encore vouloir donner au monde en matière de droits de l’homme ? 

Un groupe de CRS isolé et trop peu nombreux est pris à parti et forcé par les GiletsJaunes à dégager.

Pour tous les observateurs objectifs, les gilets jaunes ont réussi à faire trembler non seulement le gouvernement et nombre d’élus…. mais aussi toute l’oligarchie (médias et Medef, crif) qui vit du système

Les Gilets jaunes ! c’est le réveil de la France laborieuse et silencieuse.

J’ai attendu plusieurs jours avant de vous faire part de mes sentiments à propos des événements qui se déroulent sous nos yeux depuis novembre 2018, j’ai attendu les premières réactions de l’oligarchie et les voeux de Macron.

Pour tous les observateurs objectifs, les gilets jaunes ont réussi à faire trembler non seulement le gouvernement et nombre d’élus mais aussi toute l’oligarchie (medias medef,CRIF…) qui vit du système. Car, oui, environ 20 % de la population profite du système mis en place progressivement et subrepticement depuis les années 80. Pour vous en convaincre voici des extraits de la conférence donnée en septembre 2015 sur le thème:« Quels rapports entre les abus bancaires, les crises financières, les crises économiques et la mondialisation ».Vous y puiserez tous les ingrédients qui sont à la base de la crise.

Au moment où j’écris ces lignes, rien n’est gagné pour les GJ. Les quelques concessions sont de la roupie de sansonnet. Rien n’est acquis quant aux revendications importantes. Je constate que les GJ ne sont pas tombés dans ce piège et n’ont pas été convaincu par la poudre aux yeux jetée par le gouvernement quand Macron est sorti de sous son lit pour annoncer des mesurettes. Bravo, mais attention. Quand on a l’état comme adversaire, il ne faut jamais oublié qu’il dispose de moyens très puissants, de hauts fonctionnaires particulièrement habiles dans les coups fourrés. Il faut donc éviter les pièges qui seront nombreux.

Ces pièges sont déjà mis en oeuvre. Le gouvernement a commencé par prétendre que « les meneurs » du mouvement étaient des extrémistes de droite et/ou de gauche. Il a été démontré le contraire. Puis, il a tenté de faire passer l’idée de casseurs voyous. Encore faux. Puis il a tenté de les rendre responsables de la faillite éventuelle d’entreprises, du chômage technique dans certaines entreprises, puis de la baisse de la croissance qui se dessine. Rien n’y a fait.

En fait comme toujours, le pouvoir joue la montre dans l’espoir que, peu à peu, les manifestants se découragent ou/et que l’opinion publique retire son soutien au mouvement, soutien qui ne se dément pas. Aujourd’hui, 4 janvier,  le dernier sondage qui vient d’être publié fait état de 55% de français qui souhaitent la poursuite du mouvement. L’épuisement souhaité par le gouvernement! il n’est pas sur qu’il arrive car on est en présence d’un phénomène jamais vu. Sur les ronds points, dans les réunions des liens profonds se sont créés et chacun participe en fonction de son temps libre dans une ambiance festive. Ce n’est pas le cas pour les autres manifestations, organisées par les syndicats. Il faut perdre plusieurs jours de salaire alors que les moyens font défaut. C’est ce qui a été toujours déterminant.

Après la relative accalmie de Noël qui a permis à Macron de relever la tête et ses voeux qui ont été une véritable déclaration de guerre, sa stratégie s’est affinée. D’abord tout faire pour que les GJ créent leur liste aux européennes. Ainsi, il aura toutes les chances de les voir se diviser puisque toutes les sensibilités politiques y sont représentées. Avant il compte:

  • enfumer tout le monde avec son grand débat qui sera totalement contrôlé, donc inutile
  • se servir le plus possible de la matraque pour décourager les meneurs.

Que faut il éviter pour ne pas diviser les GJ? Que faudrait il ne pas faire maintenant puisqu’il est établi que Macron va pratiquer l’enfumage outrancier et y consacrer tous les moyens dont il dispose? Que ne faut il pas faire, face à la répression violente et aveugle qui va s’abattre sur les manifestants?

  1. Ne pas monter de liste GJ et rester dans le cadre des revendications populaires justifiées: pouvoir d’achat, réforme des institution et des modes électoraux, suppression des privilèges.
  2. Ne pas se laisser endormir par le soit disant grand débat et, pour ceux qui y participent, démontrer que les dès sont pipés.
  3. Pour abattre ce gouvernement et, peut être ce Président, utiliser au maximum la voie pacifique, pourquoi? parce qu’il faut convaincre tous ceux qui ne sont pas actifs mais souhaitent la réussite du mouvement qu’ils doivent se joindre physiquement, qu’ils ne risquent rien en le faisant, que c’est à ce prix que le vrai changement de politique sera possible. Si le flot de manifestants ne grossit pas mais au contraire diminue, alors le pouvoir reprendra de plus en plus de poids

Alain BOUSQUET avocat honoraire Président de la Fédération nationale contre les abus bancaire

La manipulation des merdias: -faux nombre de manifestants

Regardez les salopards qui se moquent des fautes d’un chauffeur routier : j’aimerais voir ces beaux esprits derrière un volant à 4 heures du matin, charger au transpalette le bahut, puis se taper 8 heures de livraisons