Changer de «système» disent les uns. Le changement dans la «continuité» disent les autres.

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Algérie : corps à corps

 MBM

Changer de «système» disent les uns. Le changement dans la «continuité» disent les autres. Et tous dans une impasse politique, dans un corps à corps interminable entre soi.

La majorité des Algériens souhaite, veut, appelle au changement du «Système» qui les gouverne. Des partis politiques, des leaders et personnalités nationales, des intellectuels dénoncent la gabegie, l’état de déliquescence et le sous-développement chronique qui ronge les institutions de l’Etat. L’unanimité est faite sur le cancer de la corruption qui gangrène la vie nationale tant dans le privé que dans le public. Et rien ne change. Ça s’empire, pensent beaucoup de nos concitoyens. Comment cela est-il possible? Comment peut-on, tous, dénoncer, critiquer et rejeter un «système» qui nous fait tant de mal sans en arriver à s’en débarrasser ? L’Algérie entière semble se livrer désespérément à un corps à corps avec elle-même sans fin.

L’été et ses canicules ne sont pas pour apaiser cette emprise avec soi-même: on étouffe sous les sueurs, les insomnies et les affaires. Fatigant, éreintant jusqu’au cerveau traqué par des illusions et des mirages. Comme ceux de partis politiques de l’alliance présidentielle depuis bientôt 20 ans, véhéments contre d’autres partis de l’opposition, montrant soudain des signes d’acoquinement entre eux. Contre qui? Certains d’entre eux flirtent avec l’opposition et surenchérissent dans le même temps dans l’appel, voire la supplication au chef de l’Etat actuel pour qu’il rempile pour un 5ème mandat. Le peuple assiste à ce galimatias politico-théâtral médusé, révulsé, amusé, désespéré. En parallèle, le «système» , le «pouvoir» ou Bouteflika, au choix, lui aussi sous 40 degrés mais à l’ombre s’affaire à nettoyer les écuries d’Augias: limogeage de responsables de la police jusqu’à son chef suprême, un général major s’il vous plaît, licenciement de juges de cours, de procureurs généraux et de la république, de directeurs de douanes, de directeurs départementaux des transmissions, nomination de nouveau walis et chefs de daïras etc. Ce séisme techno- bureaucratique est la conséquence aussi de l’affaire des 7 quintaux (et un kilo) de cocaïne disent certains « analystes» politiques.

L’Algérie officielle livrée elle aussi à un corps à corps, à une désintoxication de son «système» nerveux. Quel antidote pour se réveiller de ce long cauchemar? Le peuple entier rêve de prospérité, de justice, de liberté mais se regarde dans les yeux, méfiant envers lui-même et souvent hermétique à tout changement dans ses habitudes: le short en cet été caniculaire est une hérésie pour les uns, une agression du corps contre le corps pour d’autres. La femme en maillot de bain sur une plage est une insulte au corps de la femme et une provocation de la libido de l’homme. L’hygiène sur les plages ne nous concerne pas. Nous n’y pouvons rien comme contre ces énergumènes qui squattent les plages et parkings et vous rackettent de droit et de force. Là aussi il aura fallu une escouade de gendarmes pour maitriser et arrêter quelques uns des ces énergumènes-voyous- racketteurs sur quelques plages pour donner l’exemple. Un corps à corps du corps de gendarmerie contre des voyous devenus depuis eux aussi un corps short et parfois torse nu sur la plage. Plus de 20 ans pour que l’on se rende compte qu’il existe aussi une mafia des plages l’été venu. Sauf que cet été est le dernier avant le prochain. Entre les deux il y a le rendez-vous du printemps et celui de l’élection présidentielle. C’est une autre marque déposée du «système» : le soudain réveil des responsables qui nous gouvernent à chaque échéance publique majeure. On nettoie vite et dans la précipitation la veille de tout rendez-vous avec le peuple: visite du chef de l’Etat? On repeint les trottoirs, plante des arbres, évacue le mendiants des rues. Cette aptitude dans la précipitation des décisions et gestes atteint encore plus gravement le monde politique. Les partis de l’opposition redoublent d’ardeur, d’actes et de présence à l’approche de chaque échéance politique majeure comme les différentes élections.

Entre une élection et l’autre c’est l’hibernation. Du coup, le «pouvoir» n’en demande pas mieux: il occupe le terrain de la communication et du marketing politique et devient, en apparence, le seul acteur valable, crédible, à l’écoute du peuple. A sa manière, le pouvoir est dans un corps à corps permanent avec le peuple. Ce dernier revendique mille et un besoins et le pouvoir y répond par un goutte à goûte ingénieux qui apaise et calme sans pour autant éradiquer définitivement l’immense demande sociale qui gonfle d’année en année et surtout sans s’attaquer aux causes profondes de tant d’inégalités entre les gens. Gros problème. Au juste, peut-on exiger au problème de régler le problème? Et si c’était le «système», le «pouvoir» y compris celui de Mr Bouteflika qui est devenu le «Problème» du pays? C’est ce que pense et dit une partie du peuple alors que l’autre partie ne dit rien. Du coup, le peuple est engagé dans une inexplicable et mystérieuse lutte contre lui-même: que veut le peuple? Difficile à comprendre: le peuple veut la continuité dans le changement. Processus impossible au plan technique comme au plan politique. Un corps malade ne peut changer et guérir en continuant d’être malade. Le corps médical connait bien cette absurdité thérapeutique puisque sa crème, les médecins résidents, futurs spécialistes l’ont appris à leurs dépends: Ils ont été violentés, tabassés, exclus des études pour une grande partie d’entre eux parce qu’ils ont osé dénoncer l’état catastrophique de la santé et celui de leur situation professionnelle qu’ils estiment indigne. Les scènes de passage à tabac des médecins ont choqué leurs compatriotes, sans plus. Ils on été abandonnés seuls durant une longue période de corps à corps avec les forces de l’ordre.

Comme d’autres corporations, catégories de travailleurs, de chômeurs et même de retraités. Dans cet ébullition sociale permanente les batailles sont du chacun pour soi. Ça et là quelques voix appellent à l’unisson pour fédérer les revendications et luttes pour plus de droits, de justice et de liberté. Sans échos. Et personne ne trouve de réponse à cette impasse politique, à cet emprisonnement de soi. L’Algérie entière, peuple et gouvernants – sincère ou pas-, crie son besoin de bonheur, de vie, de liberté sans en trouver la voie. Tournant sur place, elle a fini par s’en prendre à elle-même dans un corps à corps marqué par intermittence des violences qu’elle rejette qu’elle a subie et subit encore dans sa chaire. Très peu de temps nous sépare de l’échéance présidentielle. Nous y arrivons pas à pas. Croisons les doigts pour qu’un autre scandale politique ne nous surprenne d’ici là. Cet été et si lourd à porter pour que le pays ne s’inflige une autre punition, un autre cauchemar.

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