On parle beaucoup ces dernières semaines de la grogne des résidents et du service civil

Du système de santé en général et du service civil en particulier

Bmédecin-résident-agressé, mais la vraie question est autour de notre système de santé. D’ailleurs de prime abord, peut-on parler de système ? Existe-t-il des relations entre hôpitaux périphériques et centres hospitalo-universitaires ? Non. Y-a-t-il une interaction entre deux services dans le même hôpital ? Non, sauf exceptions. Y-a-t-il un travail d’équipe entre les médecins dans un même service ? Hormis peut-être les résidents parce qu’ils sont encore jeunes et naïfs, c’est rarement le cas. Voilà la réalité d’un système qui ne l’est pas vraiment. Un pseudo-système peu reluisant qui ne survit que grâce aux sacrifices de ceux-là mêmes qu’il broie tous les jours.

Un de mes maîtres nous disait : on fait de la médecine de guerre sans être en guerre. Il avait raison. En tant que résident, tu es en guerre permanente, contre ton environnement toxique, le stress de tes aînés, des malades qui souffrent. Mais ce qui se dit c’est que c’est comme ça ; c’est une fatalité ; c’est une malédiction divine ces conditions de travail, quand t’as pas les bilans qu’il faut, les imageries à faire, les prises en charge chirurgicales à supplier sans parler des chimiothérapies à quémander, des radiothérapies presque à acheter. Un résident fait face à tout ça tous les jours et il veut juste en finir, car il a enfoui quelque chose au fond de lui : sa conscience. Si elle s’était exprimée, que dirait-elle ? «Sors et ne remets plus les pieds ici, tu laisses souffrir, mourir et tu continues tes années de résidanat ??? » Oui, le grand sacrifice c’est d’abord d’avoir caché sa conscience à toutes les anomalies qui peuvent être vécues tout le long de ces années. On termine le résidanat, on ne pense qu’à une chose, être libre avec sa conscience et faire ce qu’on pense être bien. Le service civil est là pour que tu passes à un niveau supérieur de torture. T’envoyer parfois dans un no man’s land pour faire plier ceux qui étudient trop. Alors là, tu vas voir comment faire la médecine de guerre mais en territoire dévasté, pas dans les grandes villes. Dévasté car laissé pour compte. De pauvres bourgades à l’abandon où le cadre de vie n’a pas changé depuis des décennies. Là, changement de décor. Ce n’est plus un chef de service qui te dirige mais un administratif, souvent complexé de son niveau d’étude, qui a du bac + 12 à croquer à volonté. Plusieurs années de souffrance. Mais au fait dans tout ça, on oublie une chose : le -ou la- spécialiste fraîchement arrivé des grandes villes, il a une vie ? il ou elle est trentenaire. On peut imaginer se marier, mais comment faire ? Imaginez-vous en face du futur beau-père et lui dire : bon, je ne sais pas où je serai l’année prochaine, si j’aurai un studio ou une chambre, j’aurai un salaire après au minimum 6 à 12 mois mais je suis un bon parti. Mais ce n’est pas grave, on est dans un pays où le niveau de vie d’une personne est inversement proportionnel au nombre d’années d’étude. Faut souffrir parce que nos aînés ont souffert.

En analysant ce qui se fait dans les CHU, les hôpitaux de périphérie, les dispensaires, on est toujours étonnés par les pauvres bougres qui viennent parfois après un voyage de 1000 km te dire qu’ici c’est mieux, alors que le médecin qu’il a vu la veille dans sa bourgade a fait sa formation dans ce même service. Que faire quand dans un hôpital de nulle part on n’a ni bilan, ni radio, ni sang et on vous ramène tout et n’importe quoi, et débrouille-toi ! Peut-on accepter la débrouille, le système D, les coups de téléphone à un ami pour trouver des places à des malades ? C’est ça la médecine gratuite pour tous ? Les directeurs d’hôpitaux, les directeurs de la santé, le ministère, sont-ils conscients de ce qui se passe !?

Je suis toujours amusé quand des gens «d’en haut» ont des parents dans nos pauvres hôpitaux et ils jouent les étonnés, indignés. Mais, ouvrez les yeux ! A la fin, c’est votre pseudo-système qui a engendré ça ! C’est le pouvoir politique qui a créé ça depuis des décennies. Et même si certains de nos aînés y ont adhéré corps et âme, je pense que pour la plupart ils devaient continuer à soigner du mieux qu’ils pouvaient. Ce système est à revoir en profondeur et le service civil n’est qu’une métastase de ce cancer mortel pour notre système de santé en général et nos pauvres malades en particulier.

*Médecin spécialiste

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s