Tamazight Trois formes de transcriptions existent concurremment, à savoir la transcription en caractères latins, arabes et Tifinagh.

Un autre combat va commencer, avec ce risque d’être encore plus long et de prendre plusieurs années : celui de la standardisation de Tamazight, de façon à en faire véritablement cette langue qui a « son administration et sa police », pour reprendre la boutade du fondateur de la linguistique moderne, Ferdinand Saussure. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, où Tamazight, dans l’enseignement, les médias, la littérature, continue à se décliner selon plusieurs variantes régionales Kabyle, Chaoui, Targui, pour ce qui est de l’Algérie.

L’expression la plus patente de ces variantes régionales se mesure au niveau des caractères, ou du graphème (par opposition au monème) de transcription. Actuellement trois formes de transcriptions existent concurremment, à savoir la transcription en caractères latins, arabes et Tifinagh.

La question a toujours fait débat dans les milieux académiques, mais avec l’officialisation on assiste même à un début de polémique sur le type de caractère qu’il faut choisir, chaque tendance ayant ses propres arguments à faire valoir.

Ainsi, les partisans de la transcription en caractère latin (et non pas français) s’appuient sur une situation de fait pour défendre leur option. En effet, la plus grande part de la production intellectuelle et académique, depuis les années 45 où la question avait fait irruption dans le débat politique, s’est fait en caractères latins adaptés à la structure phonématique du Tamazight.

Il convient de noter à ce propos que même par rapport aux caractères latins, il y a plusieurs écoles dont celles de Maâmeri, Chaker, Abdeslam, pour ne citer que ces trois en Algérie.

Dans les Départements de langue Amazigh, à Tizi-Ouzou et à Béjaia, l’adoption des graphèmes latins s’est effectuée de façon automatique, surtout que les universitaire chargés d’assurer l’enseignement ont une formation francophone, se situant dans la tradition du grand maitre Mouloud Maâmeri.

Les adeptes de la transcription latine se référent aussi à la modernité et à la fonctionnalité de cette dernière pour défendre leur choix qui, pour technique qu’il soit, n’est pas dénué de préjugés idéologiques, exprimant le désir de rompre avec l’héritage arabo-islamique.

Les partisans de la transcription en caractère arabe, s’appuient sur des postulats idéologiques, pour expliquer que la démarche est de nature à favoriser une cohérence et une complémentarité entre les deux langues arabe et Amazigh. A juste raison, ils citent des pays comme l’Iran, la Turquie (avant Atatürk), le Pakistan qui font usage du caractère arabe, qui plus est jouit d’une dimension sacralité du fait qu’il est le vecteur du Saint Coran.

Dans certaines régions, comme le M’Zab, par exemple, le Tamazight, dans sa variante locale, est transcrit dans la langue d’El Moutanabi. Mais en termes de travaux de recherche et de production intellectuelle, force est de relever qu’en langue arabe le volume est dérisoire.

Cela est du au fait que les intellectuels arabophones ont toujours nourri méfiance et préjugés à l’egard de l’Amazighité et de la langue Amazigh en particulier, la considérant comme du ‘ « Tourath » relevant de la paléontologie et du folklore, qui se conjuguent uniquement au passé antiérieur.

De plus ces mêmes intellectuels arabophones, du moins une grande partie, croient au complot selon lequel la France agite à dessein la question de l’Amazighité pour diviser le peuple algérien. Tout comme ils ont souvent accusé les partisants de l’Amazighité de faire de la revendication un cheval de Troie pour défendre la position privilégiée de la langue française et s’opposer du coup à la politique d’arabisation.

Enfin, à côté des partisans des caractères latins et arabes, il y a ceux qui prônent l’usage du Tifinagh, au nom de l’authenticité. Le Tifinagh est surtout en usage dans les tributs Touaregs.

Au-delà de la question de la transcription, qui cristallise quelques contractures d’essence politique, il y a aussi la norme syntaxique, la norme lexicale qu’il va falloir normaliser. Car actuellement, l’enseignement de Tamzight se décline en fonction des variantes régionales. En pointant ainsi ces difficultés, c’est pour dire l’énorme défi qui attend les experts pour la mise en place su chantier de la standardisation.

Mais cela risque de prendre plusieurs années, car le temps de la science, qui ne s’accommode point d’injonction politiques ou d’aprioris idéologiques, est un temps long. Mais cela doit déjà commencer par l’adoption de la loi organique relative à la création de l’Académie de langue et culture Amazigh.

En attendant ,il y a lieu de relever  la précipitation du ministère de l’intérieur qui s’est autorisé, avant la promulgation du texte législatif d’application de la constitution et de la réglementation subséquente, de publier un communiqué officiel écrit avec l’alphabet de son choix unilatéral. Tout comme il faut insister sur l’obligation de réserve à observer par le Haut commissariat à l’Amazighité (HCA) pour laisser la parole à la future académie de la langue Amazighe qui élaborera la langue standard à adopter à l’école et dans l’usage officiel de l’Etat, surtout après la déclaration de son secrétaire général, Si Hachemi Assad, qui avait affirmé, l’an dernier, que la langue amazighe va être transcrite dans les trois caractères, à savoir le latin, l’arabe et tifinagh.

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