Pour convaincre les « sceptiques », plus enclins à donner crédit aux déclarations des généraux français, et dévaloriser les leurs par une sorte d’aliénation non avouée et une propension à plaire à une certaine élite française

Le mythe guerrier, ce ferment du révisionnisme rampant (Suite et fin)

 M. H

Pour illustrer leur combativité, nous nous abstiendrons d’évoquer nous-mêmes les nombreux faits d’armes bien réels où se sont distingués nos valeureux moudjahidine partout dans les six wilayate, ainsi qu’aux frontières Est et Ouest, car nous risquons d’être accusés de « donner forme à des mythes guerriers » (sic).

Alors, pour convaincre les « sceptiques », plus enclins à donner crédit aux déclarations des généraux français, et dévaloriser les leurs par une sorte d’aliénation non avouée et une propension à plaire à une certaine élite française, donnons la parole à des militaires français, dont des témoignages portent sur la région même d’où est originaire M. Harbi :

«Algérie, 20 août 1955, insurrection, répression, massacres», de Claire Mauss-Copeaux. P 108»: «La foule algérienne est partie à l’attaque de ses objectifs. Le colonel De Vismes décrit pour son secteur (El Harrouch) des situations où le courage des insurgés apparaît en pleine lumière…»

P 109: «… Dans les conclusions de son rapport, le colonel De Vismes relève leur «mordant». L’hommage qu’il leur rend est bref et net: non seulement ils sont «très décidés à résister sur place jusqu’à la destruction», mais ils le font. Un autre document militaire précise que des armes lourdes (lance-roquettes antichar et automitrailleuses) ont été utilisés pour les réduire (les commandos). Mais, ils ont tenu et leur dernier combat ne s’est pas conclu avant 18 H 20 (sachant que l’attaque a eu lieu à midi !)».

«Anciens 15ème RTS» + «Jacques Martin, un «soldat d’occasion» raconte… le 15ème R.T.S.»: «Embuscade du 18 mars 1956, sur la piste Safsafa-Aïn Kechera (6ème Compagnie 3eme section du 2/15°RTS). Le bilan est lourd : 7 morts, 5 blessés. 1 GMC incendié, 2 PM MAT 49, 1 MAS36 et MAS 51 brûlés.»

«Embuscade du 11 mai 1957, entre Tamalous et Aïn Kechera, l’une des plus sanglantes de la Guerre d’Algérie, n’eut que peu d’échos dans les médias de l’époque, et reste aujourd’hui ignorée des livres d’Histoire. Et pourtant… le bilan a été particulièrement lourd : 35 morts, 27 blessés et un disparu. (L’énorme quantité d’armes et de munitions récupérée par l’A.L.N. n’est pas évoquée). Très curieusement, les 35 morts du 15eRTS auront beaucoup moins frappé l’opinion que les 19 morts de Palestro… Mystère médiatique ?» .

Le choc a été tel dans la sphère des états-majors français, qu’il a provoqué le déplacement sur les lieux même de l’embuscade le lendemain, dimanche, du général Salan, et le jour suivant, le lundi, c’est le ministre de la Défense Max Lejeune lui-même qui est arrivé à Tamalous. Comme conséquences aussi de cette action d’un bataillon de l’A.L.N., le général Salan « Cdt supérieur interarmées et Cdt la 10e RM communique par télégramme n°1663/RM/10/3/OPE du 15 mai 1957: «des pertes sensibles nous ont été occasionnées par quelques embuscades tendues sur l’ensemble du territoire (c’est nous qui soulignons) ; la routine, la fréquence, l’horaire, sont autant d’occasions favorables exploitées par les rebelles à l’aide d’effectifs croissants fortement armés. Je rappelle que… (Suit l’énumération des mesures à prendre…)

Destinataire : M le Général Cdt la Z.N.C. pour exécution ».

Et pourtant… le 25 mai 1957, soit seulement 2 semaines après l’embuscade de Aïn Kechera, un convoi de la 4ème Compagnie du 1/35eRI, tombait dans une embuscade sur l’itinéraire reliant le poste de Beni Resdoum au P.C. du bataillon situé à Sidi-Kamber.

(Seulement à quelques km du lieu de l’embuscade du 11 mai !)… Le bilan sera encore lourd : 8 morts, 7 blessés, 1FM, 2PM, 4 fusils Garant, perdus.»

Même source.«Le 22 janvier 1959, tragique embuscade dans la région d’El-Milia (c’est dans la région de Aïn Kechera, plus précisément au douar Zeguer)… tendue à un convoi militaire composé d’éléments d’infanterie de marine, à 8h… résultat : 21 militaires tués, 5 blessés, 3 civils blessés et 1 civil disparu… Une opération est en cours dans la région».

Puisque cette embuscade est avérée, nous ne risquerons pas d’être taxé de «monter un mythe guerrier» en nous immisçant dans cet événement. En effet, nous étions présents à quelques encablures du lieu de l’embuscade, en guettant le résultat.

En compagnie, ce jour-là, des regrettés Si Salah Laoudja, chef de Secteur, de Abdallah Naïme et de Messaoud Charim, tous des moudjahidine de la première heure, nous constations que beaucoup d’armes ont été récupérées.

Même source: «Quant à l’embuscade du 22 décembre 1961, les journaux n’y ont pas fait allusion, et pourtant…

Une section de 25 hommes qui avait assuré la protection de la route Tamalous-Aïn Kechera, est tombée dans une embuscade tendue près du poste de Bordj El Caïd. Bilan : 12 morts, 5 blessés ».

Source: «guerre d’ALGERIE magazine» n°5 sept/octobre 2002. P20: «Collo, sa presqu’île dont, en mai 1961, la réputation est bien établie au centre d’instruction des troupes de marine implanté à Fort de l’Eau ; les hommes de troupe ont comme premier corollaire, « surtout ne pas être affecté dans ce nid où il y a un maximum de tués au km² ».

Ces confrontations avec l’armée française sont très loin d’être exhaustives, il y a eu seulement un choix pour les besoins de la cause, dans une région donnée dont les moudjahidine ont soutenu une activité militaire intense jusqu’au cessez-le-feu. S’il faut citer une autre bataille, c’est parce que l’officier français tué par les nôtres jouissait: « d’un prestige incomparable… et en Algérie française ce colonel dépassa en renommée celle de Bigeard… ». Il s’agit du colonel P. Jeanpierre mitraillé dans son hélicoptère « Alouette », dans une grande bataille à Mermoura, près de Guelma, le 29 mai 1958, où ses « légionnaires ont perdu 110 hommes. Jeanpierre était le 111ème. ». Source : Moudjahidine + « babelouedstory »

Quant aux opérations « Challe », qui nécessitent une longue analyse, relevons ces petites phrases du général Challe lui-même, dans son ouvrage « Notre révolte », P41 : «…le rebelle s’est fractionné et les premiers résultats sont décevants… ». Les difficultés sont telles que pour entamer son opération « Pierres précieuses », qui va s’appliquer à la wilaya 2, il dit « L’affaire est encore plus dure, car toutes ces montagnes sont le domaine du rebelle, et les P.C. de Secteur sont assiégés plutôt qu’assiégeants ». Sans commentaire.

Pour résumer notre pensée, nous nous autorisons à emprunter le contenu de la page 449 de l’excellent livre « L’ALGERIE EN GUERRE » (OPU) du regretté Mohamed TEGUIA, moudjahid de la wilaya 4, décédé prématurément, et auquel nous rendons ici hommage : « Après les différentes opérations d’envergure pendant lesquelles on a vu l’amorce d’un processus de renforcement des frontières et d’affaiblissement de l’intérieur, on peut faire un bilan qui n’est pas aussi catastrophique pour l’intérieur qu’on l’a dit, avec des arrières pensées cousues de fil blanc. Les Français tenaient à claironner une victoire militaire sur les maquis, parce que les moyens qu’ils avaient mis étaient trop considérables (…) pour qu’on puisse reconnaître même un demi échec. Et puis cela va de soi, la guerre contre-révolutionnaire faisant intervenir l’arme psychologique, il fallait convaincre tout le monde, soi-même et l’adversaire, que les rebelles ont été militairement écrasés, on martelait sans cesse les esprits avec le slogan que militairement on avait remporté la victoire…»… (Du même auteur, p 436, concernant les opérations Challe : « Comme le Phoenix de la légende, l’A.L.N. renaissait chaque fois de ses cendres, une zone sitôt évacuée après « pacification », était réoccupée, et les structures politico-militaires du F.L.N.-A.L.N. se remettaient à fonctionner. »)… Il se trouve que l’A.L.N. était la grande inconnue pour de nombreux hommes politiques algériens… ce qui a contribué, durant l’été 1962, à faire admettre par des responsables Algériens de l’extérieur ou en détention, les bilans dressés par l’armée française qui arrangeaient bien les choses –sur le papier-. C’est ainsi qu’on entendra, avec ahurissement, des dirigeants algériens qui rentraient en Algérie après l’indépendance (c’est nous qui soulignons), dire que l’A.L.N. de l’intérieur n’existait plus. » !!

Durant la guerre de libération nationale, nous avions une diplomatie très active qui faisait l’admiration de beaucoup. La Fédération de France du F.L.N. était très efficace dans son action. Tout le monde savait également que l’A.L.N. des frontières, à l’Est et à l’Ouest, tout en se renforçant, harcelait sans cesse les positions françaises, obligeant l’ennemi à lui faire face par le maintien de troupes nombreuses, soulageant ainsi quelque peu l’A.L.N. de l’intérieur. Le souci fondamental des autorités françaises, tant civiles que militaires, était d’instaurer la paix et la sécurité à l’intérieur de tout le territoire algérien, « l’extérieur » serait ensuite plus facilement maitrisable. Pour cela, ils ont mobilisé tous leurs moyens, notamment militaires (surtout depuis 1959), pour venir à bout des « rebelles », mais sans résultat. L’A.L.N. de l’intérieur, qui n’a jamais été vaincue, a maintenu, avec des hauts et des bas certes, une activité soutenue au niveau de toutes les wilayate, même en zone urbaine, portant à l’occasion des coups sérieux à l’adversaire et instaurant une insécurité permanente.

Si ce n’était les actions courageuses et continuelles de l’A.L.N. de l’intérieur, nous aurions eu droit, peut-être, à une indépendance de notre pays, mais, amputée de sa partie sud, et avec des enclaves à la « Ceuta » et « Melilla » !!

C’est donc, grâce aux sacrifices de ces « gens-là » que l’Algérie jouit aujourd’hui de son indépendance et de l’intégrité de tout son territoire !

*Moudjahid

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