Aïn-Fouara, détruisez-la….et qu’en on parle plus….

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L’idéologie des talibans doit être combattue. Ils saccagent tout ce qui est beau, artistique et culturel. Il est temps de s’affirmer publiquement.

Elle disparaitra, elle disparaitra un jour. Avec ces agressions répétées et de plus en plus violentes et devant une ineptie des autorités municipales , il est préférable qu’elle change de site. Faites-là rentrer dans un musée et plantez à sa place une épitaphe « ci-git une dame » ou faites là de la promotion immobilière. Le mieux c’est aussi de la détruire. Que l’on finisse.

Un homme a essayé, marteau et burin en main de détruire la statue. Un acte murement prémédité. Il s’est attaqué en premier à ses lèvres, son visage puis à ses seins. Pourquoi a-t-il commencé son œuvre par ces organes ? Cela n’exprime qu’un fantasme ou une frustration. L’homme doit avoir en permanence un phallus dans la tête. Il a été arrêté par la population et la police. Il y a quelques années un imam dans l’est algérien avait jeté aussi son poison sur la dame en marbre. En 1997, sujet d’un attentat terroriste, inouï et étrange, elle se trouve par l’effet dévastateur d’une bombe nocturne totalement désarticulée, démise et désagrégée. L’on voyait son cou, une partie de sa tête, son épaule, un de ses vases, joncher le parvis. Désolation et stupéfaction. La réprobation fut générale. Elle aurait vécu, voire résisté cent ans.

A chaque imam ses rafales, à chaque amoureux de la ville et des belles œuvres les siennes. Les frustrés, les aigris et les obscurantistes ne ratent aucune cible facile et innocente à défaut de pouvoir combler un déficit communicatif. Cet autre acte attentoire a suscité, à la faveur du net d’innombrables commentaires. Il y ceux qui rares se sont émotionnés et ont marqué leur réprobation et ils griffonnent leur désarroi en français et les autres plus nombreux graphiant en arabe leur insouciance voire leur mépris si ce n’est pas un encouragement à la destruction. Les débats sont tellement chauds et parfois extrémistes que le sujet à traiter a dépassé ses propres contours. La statue est un monument, le débat est extrêmement religieux. Quand certains parlent de barbarie et d’agissement anti-civilisationnel les autres expriment leur réjouissance face à l’effacement de ce manque de pudeur.

La statue représentant une femme nue à la longue chevelure, tenant à chaque main une amphore d’où coulait une eau limpide est l’œuvre sculptée de Francis de Saint-Vidal. Elle est assise et mise en relief sur un socle assez conséquent avec tout un environnement architectural. Cette assise homogène tenant lieu de piédestal a été conçue par un architecte local, un certain Eldin, connu alors pour avoir fait ses marques dans le Théâtre de Sétif. Francione entrepreneur de son état avait la charge des travaux d’érection du socle et de la mise en place de la statue, travaux qui seront entièrement achevés en 1899. Bon ça c’est son histoire, mais c’est aussi celle de la ville. Ceux qui ne veulent pas de cette dame ne l’ont pas vécue tout enfant. Ils sont venus à une époque récente où l’exode rural, le LSP, la spéculation foncière et la débrouillardise malsaine ont fait ouvrir les portes de la petite ville à des gens qui se cachent pour gouter aux merveilles de la vie.

Donc derrière toute cette histoire physique et marbrée subsiste la légende. Ain-fouara, à l’instar de l’entente de Sétif et Sidi el Khier, n’est en fait qu’une référence séculaire à une ville, qui pourtant à toute une histoire de révolutions, d’hommes de lettres et de vaillants martyrs. Nonobstant ceci, elle demeure quand bien même une source aquatique et culturelle. Les Sétifiens , ceux qui se sont vus naitre sous le toit d’une ville où tout n’était pas aussi beau ni aussi moche y tiennent beaucoup. Les autres, ceux qui se voient intervertis ou embarrassés par une pierre qui n’a rien de spirituel sauf sa symbolique référentielle d’une ville pas plus ; changent de chemin et qu’ils aillent zyeuter dans les artères du Parc Mall.

Ain Fouara est une union de la fable et de la réalité. Une histoire d’amour entre une population et sa cité. Que ceux qui sont venus y résider récemment gardent leur aigreur pour leur patelin. Cette fusion binôme de légende et de mythe se trouve aussi dans les litanies des cantiques romanesques du terroir. Elle fut éternellement chantée, en permanence louée. Maintenant elle gène les esprits tordus et dérange la vision de ceux qui souffrent d’une sexualité non accomplie. Statue de la France, de mécréance, d’idolâtrie, timethel kofr, interdit social etc…mais comme chacun a son avis sur une chose, chacun tend à aimer ce qu’il veut, rien ne justifie donc de refuser l’avis d’aimer à l’autre et chacun donne son interprétation à un fait ou à une chose. Ain fouara peut être un rien, une pierre banale ou une sacrée impudeur pour les uns et une profusion de symboles, de repères, de souvenirs pour les autres et j’en suis fièrement de ceux-ci.

A force d’agression et d’insouciance, la dame aux deux amphores risque de perdre tout son corps après avoir perdu son trait nasal et quelques unes de ses mèches bouclées. La cadence actuelle de la décadence en marche ne prédit pas pour elle un bel avenir. Ses jours sont en règle d’être comptés. Prés d’une menace ou d’un acte dévastateur probable suite à à de telles tentatives elle souffre du fi des autorités locales. Des dizaines de visiteurs s’agglutinent chaque jour à même son corps blessé, comme une grappe humaine pour les besoins d’une photo. Cette image désolante n’est pas propre à la seule fontaine.

Devant la décrépitude, le ruissèlement de partout, les fissures du socle, l’usure des goulots, les entailles de quelques parties de la statue, les obscénités inscrites, le griffonnage indélébile commis ; la municipalité est plus que responsable de la sauvegarde de ce monument historique. Une commission ad hoc pour recevoir les propositions doit être mise sur pied au niveau de la cité. Elle doit faire quelque chose. Une solution rapide et énergétique doit être trouvée. Elle devra d’abord commencer par l’aménagement de ses alentours de surcroit à la faveur du fonctionnement du tramway. Un lifting, une toilette de jouvence à cette fontaine ferait éterniser son initiateur d’entre wali ou maire. Sinon la menace pèse lourdement sur la dame. Elle s’use, elle croule, elle s’effondre. Elle risque de disparaitre à jamais. Elle disparaitra. Sans doute.

Il est préférable qu’elle change de site. Faites-là rentrer dans un musée et plantez à sa place une épitaphe « ci-git une dame » ou faites là de la promotion immobilière. Le mieux c’est aussi de la détruire. Que l’on finisse.

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