Boualem Sansal

Article 2012….                                                          Boualem Sansal : Je suis allé à Jérusalem… et j’en suis revenu riche et heureux

Boualem Sansal : Je suis allé à Jérusalem... et j'en suis revenu riche et heureux

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Boualem Sansal, écrivain Algérien était en visite en Israël (photo de l’écrivain devant le mur des lamentations) et à l’issue de son séjour dans l’entité sioniste, fait part de ses impressions dans l’édition francophone du site Canadien le huffingtonpost. Cet écrit que nous avons choisi de passer dans son intégralité pour une meilleure information.

Chers frères, chers amis, d’Algérie, de Palestine, d’Israël et d’ailleurs,

Je vous écris ces quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles. Peut-être êtes-vous inquiets à mon sujet. Je suis un homme simple, vous le savez, un écrivain qui n’a jamais prétendu à autre chose qu’au bonheur de vous raconter des histoires, de ces « histoires à ne pas dire » comme disait mon ami le cinéaste Jean-Pierre Lledo, mais voilà, des gens ont décidé de s’immiscer dans nos relations de fraternité et d’amitié et de faire de moi un objet de scandale à vos yeux.

Rendez-vous compte, ils m’accusent rien moins que de haute trahison envers la nation arabe et le monde musulman en leur entier. Ça veut dire ce que ça veut dire, qu’il n’y aura même pas de procès. Ces gens sont du Hamas, des gens dangereux et calculateurs, ils ont pris en otage le pauvre peuple de Gaza et le rançonnent jour après jour depuis des années, dans cette sorte de huis clos obscur que leur assure le blocus israélien, et maintenant ils viennent nous dicter, à nous qui essayons par tous les moyens de nous libérer, ce que nous devons penser, dire et faire; il y en a d’autres aussi, des anonymes, des individus aigris et fielleux, fermés à tout, qui relaient la haine comme ils peuvent à travers le Net. C’est par eux, par leur communiqué vengeur et leurs insultes à la ronde, que vous avez appris mon voyage et je viens là vous le confirmer pour qu’il n’y ait aucun trouble dans votre esprit et que les choses soient nettes entre nous : JE SUIS ALLE EN ISRAEL.

Quel voyage, mes aïeux, et quel accueil! Pardonnez-moi de ne pas vous l’avoir annoncé moi-même avant de partir, mais vous comprenez, il fallait de la discrétion, Israël n’est pas une destination touristique pour les Arabes, encore que… ceux et pas des moindres qui m’ont précédé dans ce pays du lait et du miel l’ont fait en catimini, voire avec de faux noms ou des passeports d’emprunt, comme en son temps cette brave madame Khalida Toumi, alors opposante fervente au régime policier et intégriste d’Alger, de nos jours son brillantissime ministre de la Culture, une tête pensante de choc très engagée dans la chasse aux traîtres, aux apostats et autres harkis. C’est à elle en particulier que les Algériens doivent chaque jour de tant vivre d’ennui et de rage dans leur beau pays. Ses douaniers ne m’auraient jamais laissé sortir si je m’étais présenté à leur poste avec un billet d’avion Alger/Tel-Aviv sans escale dans une main et dans l’autre un visa israélien tout frais collé sur mon beau passeport vert. Auraient-ils poussé jusqu’à me gazer, je me le demande. J’ai fait autrement et la ruse a payé, j’ai pris la route par la France, muni d’un visa israélien volant récupéré à Paris, rue Rabelais, au saut d’un taxi, grâce à quoi me voilà aujourd’hui en possession de mille et une histoires à ne pas dire que je me promets de vous raconter en détail dans un prochain livre, si Dieu nous prête vie.

Je vous parlerai d’Israël et des Israéliens comme on peut les voir avec ses propres yeux, sur place, sans intermédiaires, loin de toute doctrine, et qu’on est assuré de n’avoir à subir au retour aucun test de vérité. Le fait est que dans ce monde-ci il n’y a pas un autre pays et un autre peuple comme eux. Moi, ça me rassure et me fascine que chacun de nous soit unique. L’unique agace, c’est vrai, mais on est porté à le chérir, car le perdre est tellement irrémédiable.

Je vous parlerai aussi de Jérusalem, Al-Qods. Comme il me semble l’avoir ressenti, ce lieu n’est pas vraiment une ville et ses habitants ne sont pas vraiment des habitants, il y a de l’irréalité dans l’air et des certitudes d’un genre inconnu sur terre. Dans la vieille ville multimillénaire, il est simplement inutile de chercher à comprendre, tout est songe et magie, on côtoie les Prophètes, les plus grands, et les rois les plus majestueux, on les questionne, on leur parle comme à des copains de quartier, Abraham, David, Salomon, Marie, Jésus et Mahomet le dernier de la lignée, et Saladin le preux chevalier, que le salut soit sur eux, on passe d’un mystère à l’autre sans transition, on se meut dans les millénaires et le paradoxe sous un ciel uniformément blanc et un soleil toujours ardent. Le présent et ses nouveautés paraissent si éphémères qu’on n’y pense bientôt plus. S’il est un voyage céleste en ce monde, c’est ici qu’il commence. Et d’ailleurs n’est-ce pas là que le Christ a fait son Ascension au ciel, et Mahomet son Mi’râj sur son destrier Bouraq, guidé par l’ange Gabriel?

On se demande quel phénomène tient le tout en ordre, dans une grande modernité au demeurant puisqu’aussi bien Jérusalem est une vraie capitale avec des rues propres, des trottoirs pavés, des maisons solides, des voitures dynamiques, des hôtels et des restaurants attirants, des arbres bien coiffés, et tellement de touristes de tous les pays… sauf des pays arabes, les seuls au monde à ne pas venir ou pouvoir venir visiter leur berceau, ce lieu magique où sont nées leurs religions, la chrétienne aussi bien que la musulmane.

Ce sont finalement les Israéliens arabes et juifs qui en profitent, ils les voient tous les jours, toute l’année, matin et soir, sans apparemment jamais se lasser de leur mystère. On ne peut pas dénombrer les touristes dans ces labyrinthes, ils sont trop nombreux, plus que les autochtones, et la plupart se comportent comme s’ils étaient aussi des pèlerins venus de loin. Ils vont en groupes compacts pénétrés qui se croisent sans se mêler, les Anglais, les Hindous, les Japonais, les Chinois, les Français, les Hollandais, les Ethiopiens, les Brésiliens, etc, menés par d’infatigables guides, assermentés sans doute, qui jour après jour, dans toutes les langues de la création, racontent aux foules médusées la légende des siècles.

Là, si on tend bien l’oreille, on comprend vraiment ce qu’est une cité céleste et terrestre à la fois, et pourquoi tous veulent la posséder et mourir pour elle. Quand on veut l’éternité, on se tue pour l’avoir, c’est bête mais on peut le comprendre. Je me suis moi-même senti tout autre, écrasé par le poids de mes propres questions, moi le seul de la bande qui ait touché de ses mains les trois lieux saints de la Cité éternelle: le Kotel (le Mur des Lamentations), le Saint-Sépulcre et le Dôme du Rocher. En tant que juifs ou chrétiens, mes compagnons, les autres écrivains du festival, ne pouvaient pas accéder à l’Esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam où s’élèvent le Dôme du Rocher, Qûbat as-Sakhrah, rutilant dans ses couleurs azur, et l’imposante mosquée al-Aqsa, Haram al-Sharif, ils furent repoussés sans hésitation par l’agent du Waqf, gestionnaire des lieux, assisté de deux policiers israéliens chargés de garder l’entrée de l’Esplanade et la préserver de tout contact non halal. Moi je suis passé grâce à mon passeport, il stipule que je suis Algérien et par déduction il dit que je suis musulman. Je n’ai pas démenti, au contraire, j’ai récité un verset coranique tiré de mes souvenirs d’enfance, ce qui a carrément stupéfié le gardien, c’était la première fois de sa vie qu’il voyait un Algérien, il croyait qu’à part l’émir Abd-el-Kader, ils étaient tous un peu sépharades, un peu athées, un peu autre chose. C’est amusant, mon petit passeport vert m’a ouvert la frontière des Lieux Saints plus vite qu’il ne m’ouvre la frontière Schengen en Europe où la simple vue d’un passeport vert réveille aussitôt l’ulcère des douaniers.

Voilà, je vous le dis franchement, de ce voyage Je suis revenu heureux et comblé. J’ai toujours eu la conviction que faire n’était pas le plus difficile, c’est de se mettre en condition d’être prêt à commencer à le faire. La révolution est là, dans l’idée intime qu’on est enfin prêt à bouger, à changer soi-même pour changer le monde. Le premier pas est bien plus que le dernier qui nous fait toucher le but. Je me disais aussi que la paix était avant tout une affaire d’hommes, elle est trop grave pour la laisser entre les mains des gouvernements et encore moins des partis. Eux parlent de territoires, de sécurité, d’argent, de conditions, de garanties, ils signent des papiers, font des cérémonies, hissent des drapeaux, préparent des plans B, les hommes ne font rien de tout cela, ils font ce que font les hommes, ils vont au café, au restaurant, ils s’assoient autour du feu, se rassemblent dans un stade, se retrouvent dans un festival, dans une plage et partagent de bons moments, ils mêlent leurs émotions et à la fin ils se font la promesse de se revoir. « A demain », « A bientôt », « L’an prochain, à Jérusalem », dit-on. C’est ce que nous avons fait à Jérusalem. Des hommes et des femmes de plusieurs pays, des écrivains, se sont rassemblés dans un festival de littérature pour parler de leurs livres, de leurs sentiments devant la douleur du monde, de choses et d’autres aussi et en particulier de ce qui met les hommes en condition de pouvoir un jour commencer à faire la paix, et à la fin nous nous sommes promis de nous revoir, de nous écrire au moins.

Je ne me souviens pas que durant ces cinq jours et cinq nuits passés à Jérusalem (avec au troisième jour un aller-retour rapide à Tel-Aviv pour partager une belle soirée avec nos amis de l’institut français), nous ayons une seule fois parlé de la guerre. L’aurions-nous oubliée, avons-nous seulement évité d’en parler ou aurions-nous fait comme si cette époque était révolue et qu’il était venu l’heure de parler de la paix et de l’avenir? Sans doute, on ne peut pas parler à la fois de la guerre et de la paix, l’un exclut l’autre. J’ai beaucoup regretté cependant qu’il n’y ait pas eu un Palestinien parmi nous. Car après tout, la paix est à faire entre Israéliens et Palestiniens. Moi, je ne suis en guerre ni avec l’un ni avec l’autre, et je ne le suis pas parce que je les aime tous les deux, de la même manière, comme des frères depuis les origines du monde. Je serais comblé si un jour prochain, j’étais invité à Ramallah, avec des auteurs israéliens aussi, c’est un bel endroit pour parler de la paix et de ce fameux premier pas qui permet d’y aller.

Je fais une mention spéciale à propos de David Grossman, ce monument de la littérature israélienne et mondiale. J’ai trouvé formidable que deux écrivains comme nous, deux hommes honorés par le même prix, le Friedenspreis des Deutschen Buchhandels, le prix de la Paix des libraires allemands, à une année d’intervalle, lui en 2010, moi en 2011, se retrouvent ensemble en 2012 pour parler de la paix dans cette ville, Jérusalem, Al-Qods, où cohabitent juifs et arabes, où les trois religions du Livre se partagent le cœur des hommes. Notre rencontre serait-elle le début d’un vaste rassemblement d’écrivains pour la paix? Ce miracle verra-t-il le jour en 2013?

Souvent le hasard se fait malicieux pour nous dire des choses qui précisément ne doivent rien au hasard.

 

L’Apartheid de l’intérieur ? Les citoyens palestiniens d’Israël

 

Le mot apartheid est souvent utilisé en référence à la situation des Palestiniens sous occupation. Membre politique d’Al-Shabaka, Yara Hawari étudie l’application de ce mot aux citoyens palestiniens d’Israël en se concentrant sur la citoyenneté, la terre, l’éducation et la politique. Elle essaie aussi de savoir si ce genre d’analyse peut faire avancer les droits de cette communauté et contrecarrer la fragmentation des Palestiniens dans leur ensemble.

 

 

Des personnages clés de l’arène internationale ont décrit la situation en Cisjordanie comme de l’apartheid, évoquant des caractéristiques de la ségrégation telles que les routes réservées aux colons, les colonies fortifiées et le mur de séparation. Dans son livre de 2006 La Paix pas l’Apartheid, l’ancien président américain Jimmy Carter appliquait le terme spécifiquement aux Territoires Palestiniens Occupés (TPO), alors que John Kerry en 2014 prévenait qu’Israël « pouvait » devenir un Etat d’apartheid si la solution à deux Etats échouait.

Pourtant, plus récemment, des voix éminentes ont appliqué le terme à la situation des citoyens palestiniens d’Israël. Jodi Rudoren, ancien chef du bureau du New York Times àJérusalem, a dit : « Je… pense que la question de l’apartheid s’applique davantage à la façon dont les Arabes israéliens [les citoyens palestiniens d’Israël] sont traités au sein d’[Israël]. » La Commission Economique et Sociale de l’ONU pour l’Asie Occidentale (CESAO) a publié un rapport au début de cette année déclarant qu’Israël, depuis ses tout débuts « a établi un régime d’apartheid qui domine le peuple palestinien dans sa totalité » – ce qui voulait dire les Palestiniens, non seulement dans les TPO, mais également en exil et en Israël proprement dit.1

Cette notice politique fait l’analyse de l’apartheid tel qu’il s’applique aux citoyens palestiniens d’Israël, en se concentrant particulièrement sur la citoyenneté, la terre, l’éducation et la politique. Elle se conclue avec des stratégies pour savoir comment utiliser ce genre d’analyse pour faire avancer les droits des citoyens palestiniens et contribuer à contrer la fragmentation du peuple palestinien dans sa totalité.

 

L’apartheid et ses débuts

Le droit international coutumier et le Statut de Rome de la Cour Criminelle Internationale définissent l’apartheid comme « des actes inhumains… commis dans le contexte d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination par un groupe racial sur tout autre groupe racial ou groupes raciaux et commis dans l’intention de maintenir ce régime ».

Quoique nombreux soient ceux qui associent l’apartheid à l’Afrique du Sud, cette définition est universellement applicable et défie ainsi l’erreur qui consiste à penser que l’apartheid était un cas exceptionnel qui depuis a pris fin. La définition permet aussi de comprendre l’apartheid comme un système qui eut adopter diverses caractéristiques et se manifester sous différentes formes, y compris économiques (voir Repenser notre définition de l’apartheid qui plaide en faveur de l’idée que l’apartheid n’a pas encore disparu en Afrique du Sud.)

Alors que 750.000 Palestiniens ont été expulsés hors des frontières de l’État juif nouvellement établi en 1948, 150.000 Palestiniens ont survécu sur place et ont été soumis à une loi martiale pendant presque 20 ans. Cette période, connue comme le régime militaire, s’est appuyée sur le Régime d’Exception de 1945 introduit par les autorités mandataires britanniques qui s’en sont servi pour contrôler les Arabes de Palestine. Ces mécanismes limitaient tous les aspects de la vie des Palestiniens à l’intérieur du nouvel Etat, y compris la liberté de circulation et d’expression politique.

Cette période a vu une appropriation massive de la terre, conduite grâce à la Loi sur les Biens des Absents votée en 1950 à la Knesset. Cette loi est toujours le principal vecteur qui permet à Israël de confisquer la terre, y compris à Jérusalem Est.2 Elle a permis à l’État de saisir les biens de toute personne qui avait quitté son lieu de résidence entre le 29 novembre 1947 et le 19 mai 1948. Cette loi et d’autres, dont celles qui renferment le Droit Fondamental – qui à ce jour, sert de constitution à Israël – a codifié l’apartheid dans le système juridique. Ces lois affirmaient aussi la doctrine fondatrice d’Israël de la domination des Juifs dans un Etat juif, tous les autres étant inégaux.

Bien que le régime militaire ait été aboli en 1966, la communauté palestinienne est restée une menace démographique et potentiellement politique pour la nature de l’État. Israël a donc maintenu à la fois la ségrégation et la marginalisation des Palestiniens. Aujourd’hui, les Palestiniens d’Israël sont 1,5 millions, un cinquième de la population totale. Aucun effort n’a été fait pour les assimiler à la structure coloniale, comme dans d’autres cas de régimes coloniaux de peuplement. L’accent mis sur Israël comme ayant une nature exclusivement juive a laissé ses citoyens palestiniens en marge, même s’ils continuent à survivre.

 

La citoyenneté en tant que mécanisme d’apartheid

On dit souvent que les Palestiniens d’Israël sont des citoyens « de deuxième classe », et pourtant cette expression ne reflète pas la réalité. Bien qu’on ait donné la citoyenneté israélienne aux Palestiniens qui sont restés à l’intérieur des frontières du nouvel Etat, on ne l’a pas utilisée d’emblée comme un mécanisme d’inclusion. C’est parce que, en Israël, à la différence de la plupart des pays, citoyenneté et nationalité sont des termes et des catégories distincts. Alors qu’il existe quelque chose comme la citoyenneté israélienne, il n’y a pas de nationalité israélienne ; la nationalité est plutôt définie selon des axes religieux/ethniques. Israël définit 137 nationalités possibles, dont juive, arabe et druze, qui sont consignées sur les cartes d’identité et dans l’enregistrement des bases de données. Pourtant, parce que l’État se définit constitutionnellement comme juif, ceux qui jouissent de la nationalité juive éclipsent la population non juive (principalement palestinienne).

Comme la nation juive et l’État d’Israël sont considérés comme une seule et même entité, la conséquence est l’exclusion des citoyens non-juifs. Le rapport de la CESAO explique que la différenciation entre citoyenneté et nationalité permet un système raciste sophistiqué et camouflé, pas forcément détectable par un observateur ignorant. Le système divise la population en deux catégories (Juifs et non-Juifs), incarnant la définition même de l’apartheid. Les citoyens palestiniens sont ainsi désignés comme des « Arabes israéliens », terme devenu commun dans les médias traditionnels. En plus d’agir comme faisant partie du mécanisme d’exclusion binaire, cette appellation cherche à nier l’identité palestinienne de ces citoyens tout en permettant à Israël de se présenter comme un Etat divers et multiculturel. Ceci entre en jeu dans l’accès à la terre, au logement, à l‘éducation, comme on en parlera plus loin.

Les citoyens palestiniens ainsi que les Juifs israéliens ont mis plusieurs fois en doute la question de citoyenneté et nationalité devant les tribunaux israéliens. Alors que les Palestiniens l’ont fait pour essayer de gagner la totalité des droits à l’intérieur de l’État, les Juifs israéliens cherchaient généralement à renoncer à l’identité ethnique et religieuse. Jusqu’ici, la Cour Suprême israélienne a rejeté toutes les requêtes demandant à changer la loi en se fondant sur le fait que la nationalité israélienne permettrait techniquement l’inclusion des citoyens non-juifs et mettrait en question le soutènement sioniste d’Israël en tant qu’Etat-nation juif.

 

Ségrégation et dépossession de la terre

L’organisation de l’espace à l’intérieur d’Israël est elle aussi une démonstration de l’apartheid. La plupart des citoyens palestiniens d’Israël vivent dans des villes et villages réservés aux Arabes, un petit nombre seulement vivant dans des « villes mixtes ». Ce genre de ségrégation n’est ni accidentel ni un schéma résidentiel « naturel ». Un rapide examen révèle le dessein d’Israël qui consiste à entasser autant d’Arabes palestiniens que possible dans un territoire aussi petit que possible.

Les villages qui ont survécu au nettoyage ethnique de 1948 ont vu la plus grande partie de leur terre accaparée et ils n’ont pas été autorisés depuis à s’étendre. Résultat, ces villes et villages arabes souffrent d’un grave surpeuplement, sans possibilité de soulagement grâce au développement ou la croissance. Par ailleurs, aucune ville ou village arabe n’a été construit depuis 1948.

Si les Palestiniens quittent leurs villes et villages d’origine, leurs possibilités d’achat ou de location sont limitées par deux mécanismes principaux : les comités d’admission et le Fond National Juif (FNJ) et la politique discriminatoire des autorités de l’État. Les communautés rurales sont autorisées à installer des comités d’admission qui évaluent « l’aptitude sociale » des résidents potentiels, préparant le terrain du rejet « licite » des demandeurs palestiniens parce qu’ils ne sont pas Juifs. La Haute Cour a maintenu cette pratique malgré les interpellations pour la dénoncer.

L’Autorité des Territoires Israéliens (connue jusqu’en 2009 comme la Gestion des Territoires israéliens) a été d’emblée chargée de maintenir la mission du Fond National Juif qui doit fonctionner comme le gardien de la terre de Palestine pour le peuple juif et agir en accord avec la Loi de 1952 sur le Statut de l’Agence Juive – Organisation Sioniste Mondiale, dont la fonction principale est de rassembler et d’installer les Juifs du monde entier en Israël.

La planification urbaine et rurale et l’organisation de l’espace maintiennent ainsi la suprématie du caractère juif de l’État et soutiennent le discours sioniste. Le but du Plan Directeur National d’Israël, élaboré d’après la Loi de 1965 sur la Planification et la Construction, réaffirme cette politique : « Développer des espaces en Israël d’une façon qui permette la réalisation des buts de la société israélienne et de ses diverses composantes, la réalisation de son caractère juif, l’absorption des immigrants juifs et le maintien de son caractère démocratique. »

Cette idéologie et la politique qui la soutient ont eu des conséquences dévastatrices sur l’espace des Palestiniens dans les frontières de 1948. En Galilée, où les Palestiniens sont majoritaires, le gouvernement israélien a lancé des tentatives déterminées pour « judaïser » la région. C’est par exemple l’encerclement de villages palestiniens par des colonies israéliennes afin d’empêcher la contiguïté géographique – ce qui révèle la préoccupation de l’État concernant la démographie, particulièrement sa crainte de l’accroissement de la population palestinienne. Cette préoccupation d’Israël a joué aussi dans les déplacements continuels et la relocalisation forcée de dizaines de milliers de Bédouins palestiniens dans le Naqab (Negev).

Jusqu’à 90.000 Bédouins vivent dans des « villages non-reconnus », ce qui signifie qu’Israël considère ces villages comme illégaux et leurs résidents comme des « intrus » sur la terre de l’État. La classification en tant qu’ « illégaux » provient d’abord du fait que beaucoup de ces villages datent d’avant la création d’Israël, et la coutume des Bédouins déterminait la propriété foncière. Concernant les villages restants, les Bédouins les ont établis après avoir été expulsés de leurs terres ancestrales en 1948, et les villages ne sont pas « autorisés » par l’État. De cette façon, Israël prétend être dans la légalité en privant de nombreux Bédouins du Naqab des services basiques tels que l’eau et l’électricité et, très souvent, détruit les villages.

Le fait que Palestiniens et Juifs vivent dans des espaces séparés fait qu’il est plus facile pour Israël de priver de services les Palestiniens maintenus ailleurs à l’intérieur des frontières de 1948. Les organisations quasi-gouvernementales qui attribuent les ressources facilitent cette privation. Ces organisations sont juives ou sionistes, dont l’Agence Juive et l’Organisation Sioniste Mondiale, et leur mission est d’être au service de la population juive et de maintenir le caractère sioniste de l’État. Résultat, ils refusent des ressources aux Palestiniens parallèlement au refus de l’espace pour les Palestiniens, en se fondant sur le fait qu’ils ne sont pas juifs. Même si beaucoup de pays répartissent les ressources et la terre de façon inégale et injuste, rarement cette politique est consacrée si explicitement dans la loi qu’en Israël.

 

Maintenir le régime

Israël maintient ce régime d’apartheid grâce à diverses méthodes de contrôle extérieur et national. A l’intérieur des frontières de 1948, l’État essaie de soumettre les Palestiniens dès le début de leur existence grâce au système éducatif. Etabli pendant le régime militaire, le système scolaire public a installé les enfants palestiniens et les enfants israéliens dans des écoles séparées. Le professeur en pédagogie de l’université Ben Gurion du Negev, Ismael Abu-Saad, expliquait que, alors que la structure officielle du régime militaire avait changé depuis, la stratégie qui consiste à utiliser « l’éducation comme un outil à dessein politique a perduré et continue de définir aujourd’hui l’expérience éducative des élèves indigènes arabes palestiniens en Israël.

Cette stratégie politique comporte le contrôle du programme éducatif pour supprimer l’identité palestinienne et empêcher la mobilisation contre l’État. Les écoles palestiniennes sont par ailleurs très sous-dotées : On dépense pour les élèves palestiniens moins d’un tiers de ce qu’on dépense pour les élèves juifs israéliens. Ce manque de dotations est non seulement une démonstration des grossières inégalités entre les deux catégories de citoyens, mais il fait aussi obstacle aux chances ultérieures des enfants palestiniens dans leur vie.

Les écoles juives israéliennes jouissent d’une grande autonomie concernant leur programme éducatif, alors que le ministère de l’Education définit le programme éducatif des écoles palestiniennes. Il n’est donc pas surprenant que le programme des écoles palestiniennes se concentre presque entièrement sur l’histoire, « les valeurs » et la culture juives, sans aucune référence à l’histoire arabe palestinienne. Le récit de la Nakba, nom que les Palestiniens donnent à la catastrophe de leur dépossession en 1948, est absent – et en réalité hors-la-loi. La Loi israélienne sur les Fondements Budgétaires, familièrement connue comme la « Loi Nakba », donne le droit au ministre des Finances de réduire ou de supprimer le financement public de toute institution qui commémore la Nakba ou célèbre le Jour de l’Indépendance Israélienne comme un jour de deuil. Cela concerne les écoles, les ONG et les municipalités villageoises. Le déni de cet aspect essentiel de l’histoire palestinienne tente de dissocier les Palestiniens d’une histoire collective dans laquelle la Nakba joue un rôle clé.

Comme les Palestiniens ne peuvent gagner que difficilement, dans le système juridique israélien, des procès ou des appels, ils ne peuvent pas sérieusement défier ce régime racial. Et bien que la participation politique des Palestiniens à la Knesset soit souvent citée comme un exemple de la pluralité et de la démocratie de l’État, depuis 1948, aucun parti arabe n’a été inclus dans une coalition gouvernementale et seuls quelques rares citoyens palestiniens ont été nommés à des postes ministériels. Les candidats à la Knesset peuvent être rejetés s’il nient l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, faisant de l’acceptation que l’État est là pour le peuple juif, et que l’existence des Palestiniens à l’intérieur de l’État ne sera jamais égale à celle de leurs pendants juifs, une condition préalable à la participation politique en Israël.

La mobilisation politique contre le régime s’est donc poursuivie hors de la politique institutionnelle, dans le cadre des cercles soit de la société civile, soit des militants, tous deux étant sous surveillance et harcèlement constants. Adalah, Centre Juridique pour la Minorité Arabe en Israël, a informé sur l’arrestation et le harcèlement systématiques par l’État d’acteurs clés de la société civile et de militants politiques. Parallèlement, l’État interdit souvent violemment des manifestations, très notoirement en octobre 2000 quand 13 citoyens palestiniens non armés ont été abattus parce qu’ils manifestaient en solidarité avec les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza.

En dépit de pratiques aussi impitoyables et violentes, Israël conserve une image de démocratie libérale et multiculturelle – une alliée de l’Occident dans une région autrement hostile. Il présente le sionisme comme une idéologie juive de libération nationale plutôt que comme le fondement d’un régime colonial de peuplement qui maintient un régime d’apartheid. Israël s’est aussi arrangé pour façonner le débat sur ce qu’est la Palestine et ce qu’est un Palestinien.

En réalité, la Nakba a divisé le peuple palestinien en trois fragments : les citoyens palestiniens d’Israël, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, et les Palestiniens en exil (les réfugiés). Israël et divers processus de paix internationaux, dont les Accords d’Oslo, ont poursuivi la concrétisation de cette fragmentation à travers la perception intentionnellement limitée de la Palestine en tant que « Territoires Palestiniens Occupés » – et le peuple palestinien comme réduit à la population vivant dans les territoires. Ceci échoue à reconnaître la Nakba comme faisant partie de l’histoire palestinienne et renvoie à la fois les citoyens palestiniens d’Israël et les réfugiés palestiniens en exil hors de la lutte de libération de la Palestine. Le rapport de la CESAO souligne le fait que cette fragmentation est la méthode principale par laquelle Israël impose l’apartheid au peuple palestinien. Il est donc important de créer des stratégies pour se servir de l’analyse de l’apartheid et lutter contre cette fragmentation.

 

Analyse de l’Apartheid en tant que stratégie pour assurer les droits de tous les Palestiniens

Le mot « apartheid », incontestablement à cause de ses graves implications politiques et juridiques, n’a pas encore pénétré le monde de la politique ou des médias traditionnels concernant Israël et la Palestine. On ne l’a qu’occasionnellement appliqué à la situation en Cisjordanie. En réalité, le rapport de la CESAO, qui se conclut en disant qu’Israël pratique l’apartheid sur la totalité de la population palestinienne, a été retiré peu après sa publication à la suite d’une énorme pression de la part des Etats Unis et d’Israël.

Néanmoins, on peut utiliser stratégiquement l’analyse de l’apartheid pour contrer la fragmentation du peuple palestinien et pour faire avancer les droits des Palestiniens, dont ceux des citoyens palestiniens d’Israël. A cet égard, plusieurs raisons rendent particulièrement bénéfique l’analyse de l’apartheid.

D’abord, le droit international fournit un modèle et une définition de ce mot, reconnaissant que l’apartheid peut prendre différentes formes. Une compréhension de l’apartheid ne se limite donc pas à celle du régime sud-africain. L’apartheid est aussi un mécanisme juridiquement consacré, pratiqué et maintenu par l’État. En tant que tel, le problème ne repose pas sur les partis politiques ou sur les politiques qui siègent au gouvernement, mais plutôt sur le fondement constitutionnel de l’État lui même. Finalement, l’analyse de l’apartheid reconnaît que le régime israélien d’oppression et de discrimination, non seulement affecte tous les fragments de la société palestinienne mais, en réalité, dépend de cette fragmentation. Par conséquent, les solutions à long terme à cette violation des droits des Palestiniens doivent prendre en compte chaque segment du peuple palestinien, pas simplement les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza.

Construire à partir de ces forces offre quelques possibilités de stratégies. Pour ceux qui travaillent dans le droit international et l’analyse politique, on ne devrait pas renoncer à essayer d’acquérir les droits des Palestiniens dans le cadre de l’occupation armée, en particulier la reconnaissance de la Ligne Verte. Cependant, les responsables politiques palestiniens et les acteurs de la société civile doivent aussi mettre en relief que les citoyens palestiniens d’Israël ne se situent pas à part dans le combat de tous les Palestiniens. Rassembler tous ces segments aidera à contester les limitations du discours international qui décide qui est défini comme Palestinien.

Quant aux Palestiniens, particulièrement les dirigeants politiques et de la société civile, ils devraient avant tout chercher à contrer la fragmentation renforcée par le régime israélien. Les leaders doivent considérer la période d’avant Oslo, époque de plus grande coopération à travers la Ligne Verte, et s’appuyer sur le travail déjà entamé, même à petite échelle, par diverses ONG qui visent principalement à rassembler la jeunesse palestinienne, telle Baladna (Association pour la Jeunesse Arabe basée à Haïfa). Ce dont on a besoin, c’est d’un effort collectif développé par les Palestiniens des deux côtés de la Ligne Verte et en exil pour avancer vers une perspective politique et un avenir viable.

Il existe un précédent à ce genre de perspective chez les Palestiniens d’Israël. Les Documents pour une Perspective d’Avenir, publiés en 2006-2007, ont émergé d’un effort collectif des leaders politiques, intellectuels et de la société civile palestiniens. Ces documents ont non seulement défini les exigences sociales et politiques de la communauté palestinienne d’Israël, mais ils ont aussi proposé un bref récit palestinien. Cela a abouti à un cadre théorique et structuré pour les droits des Palestiniens à l‘intérieur de l’État d’Israël. Ce cadre imaginait l’avenir indépendamment des restrictions politiques venant d’en haut et soumettait de réelles propositions politiques.

Pourtant, l’attention de ces documents, concentrée sur Israël proprement dit,souligne leurs limites, surtout en ce qui concerne la fragmentation. Etendre cette perspective à travers la Ligne Verte et au-delà, et la transformer en une exigence de mettre fin à l’apartheid et à la mise en vigueur de la fragmentation peut jouer un rôle central dans la lutte pour la libération des Palestiniens. Ce n’est qu’à travers ce genre de développement que tous les aspects du régime d’apartheid israélien peuvent être mis en cause.

 

Notes :

1. Le rapport de la CESAO déclare : « Israël a établi un régime d’apartheid qui domine la totalité du peuple palestinien… Israël est coupable d’une politique et de pratiques qui constituent le crime d’apartheid tel que juridiquement défini dans les appareils du droit international. »

2. Un cas récent a été la tentative d’éviction en 2014 de la famille Ghaith-Sub Laban, qui vivait chez elle dans la Vieille Ville de Jérusalem depuis 60 ans.

 

Yara Hawari

Yara Hawari est membre politique pour la Palestine d’Al-Shabaka : Réseau Politique Palestinien. C’est une militante universitaire britannique palestinienne, dont les écrits continuent d’être informés par son engagement dans la décolonisation. Originaire de Galilée, Yara a passé sa vie entre la Palestine et le Royaume Uni. Elle est actuellement en dernière année de Doctorat au Centre Européen d’Etudes Palestiniennes à l’université d’Exeter. Sa thèse se concentre sur les projets et les initiatives de la tradition orale en Galilée et, plus largement, sur la tradition orale en tant que forme autochtone de production de connaissance. Yara est également professeure assistante doctorante et travaille comme journaliste indépendante pour divers médias, dont The Electronic Intifada et The Independent.

Cour internationale de justice de la Haye : un accusé s’empoisonne en direct après avoir entendu sa sentence !

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C’est à peine croyable !

Slobodan Praljak, ex-haut responsable des forces croates de Bosnie jugé au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye « est mort dans un hôpital après avoir bu du poison » dans la salle d’audience.

L’ex-haut responsable des forces croates de Bosnie « est mort dans un hôpital de La Haye après avoir bu du poison « dans la salle d’audience du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ». Ce mercredi matin, après l’annonce de sa condamnation à 20 ans de prison, il avait bu une fiole de poison. Avant, il avait déclaré : « Praljak n’est pas un criminel. Je rejette votre verdict ».

 

Le décès a été annoncé par plusieurs médias croates, dont la chaîne privée N1 et les principaux quotidiens Jutarnji List et Vecernji List avant d’être confirmé par Hina, qui cite une source proche de l’accusé.

Une ambulance et un hélicoptère dépêchés sur place

Quelques secondes et minutes après les faits, le juge président Carmel Agius avait immédiatement ordonné la suspension de l’audience et les rideaux entourant la salle du tribunal avaient été tirés. Quelques minutes après, des journalistes de l’AFP avaient vu une ambulance arriver devant le tribunal, tandis qu’un hélicoptère survolait la zone. Plusieurs secouristes se sont également précipités à l’intérieur du tribunal.

 

Cette audience en appel concernait six ex-dirigeants et chefs militaires des Croates de Bosnie, accusés notamment de crimes de guerre durant le conflit corato-musulman (1993-1994) qui a éclaté durant la guerre en Bosnie (1992-1995). Siégeant à La Haye, le TPIY devait se prononcer ce mercredi pour la toute dernière fois avant d’achever ses travaux en décembre, après avoir consacré plus de 20 ans à juger ceux qui ont commis les pires atrocités en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.

L’Algérie,terre d’accueil pour les réfugiés ….mais y a des limites…

L'Algérie,terre d'accueil pour les réfugiés syriens et autres

**Centre d’accueil de Sidi Fredj -Alger

*A la disposition des réfugiés: toutes les commodités nécessaires pour le repos et la restauration » en « toute quiétude » avec leur familles.

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Les réfugiés syriens, qui ont fui leur pays en proie à des violences depuis plusieurs mois, continuaient mercredi de rejoindre le centre d’accueil de Sidi Fredj (ouest d’Alger), mettant fin à leur précarité, a-t-on constaté mercredi sur place. (15.08.2012.)
Le camp d’été de l’entreprise de collecte et d’enlèvement des déchets domestiques de la wilaya d’Alger (NETCOM) de Sidi Fredj, offre de l’avis des syriens rencontrés par l’APS « toutes les commodités nécessaires pour le repos et la restauration » en ce mois de Ramadhan en « toute quiétude » avec leur familles.

« Depuis notre arrivée dans ce centre d’accueil, tout a été mis à notre disposition. Que se soit l’hébergement, la restauration et même un programme de loisirs a été prévu pour que notre prise en charge soit entière », s’est réjoui Ahmed Mohamed, 30 ans, commerçant qui a fui Damas il y a plus d’un mois.
« Je me sens vraiment comme si j’étais dans mon propre pays. Si ce n’était la guerre et l’instabilité qui touchent mon pays, je ne me ferais aucun souci.
Mais malheureusement, il y a des membres de ma famille et mes autres compatriotes syriens qui sont toujours là-bas. J’ai peur qu’il leur arrivent malheur », a indiqué anxieux Ahmed Mohamed, qui séjourne dans le centre avec 27 de ses compatriotes.
Le nombre de ressortissants syriens qui se sont réfugiés en Algérie est d’environ 12.000, répartis à travers les différentes wilayas du pays. Le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, M. Daho Ould Kablia avait affirmé que les autorités algériennes avait pris les dispositions nécessaires pour la prise en charge des ressortissants syriens, notamment à travers la mise à leur disposition de structures d’accueil.
Le centre d’accueil de Sidi Fredj a accueil depuis son ouverture au réfugiés syriens plus de 27 personnes, pour la plupart accompagnés de leur familles.
Un centre qui assure toutes les comodités, d’autres familles attendues
« Depuis le début de l’accueil des syriens, tout ce passe bien. Nous avons mis à leur dispositions tout ce qu’ils avaient demandé comme denrées alimentaires et effets personnels. Nous allons accueillir ce soir deux autres familles, qui sont déjà venues pour voir ce centre », a assuré à l’APS, le directeur du centre d’accueil de Sidi Fredj, M. Hamid Ghoul.
Pour le secrétaire général du Croissant-Rouge algérien (CRA), Lahcène Bouchakour, les familles syriennes bénéficient, pour celles qui ont rejoint les centres d’accueil, d’une « totale prise en charge ». « Nous recevons chaque jour des réfugiés syriens et nous les invitons à rejoindre le centre d’accueil qui offre les commodités et la sécurité nécessaires.
Pour ceux qui n’ont pas encore rejoint ce centre, nous les invitons à le faire, il y va de leur intérêt », a-t-il préconisé. Arrivé avec sa famille depuis une semaine en Algérie, Ahmed Badri, commerçant, vient de rejoindre ce mercredi le centre de Sidi Fredj avec sa femme et ses enfants , après avoir passé une semaine chez une famille d’accueil algérienne à Réghaia.
« Nous avons quitté Alep sous les bombes et les accrochages entre l’armée régulière et l’armé libre. Nous avons failli y laisser notre vie. A notre arrivée en Algérie, nous avions été entièrement pris en charge par une famille de nos connaissance à Réghaia, qui a catégoriquement refusé que nous allions dans un hôtel », a fait savoir M. Badri.
Selon lui, c’est à travers les médias qu’il avait pris connaissance de l’existence de centres d’accueil aménagés pour les réfugiés syriens. « J’ai décidé de rejoindre le centre une fois que j’ai pris connaissance de leur existence. J’étais vraiment ému par l’hospitalité de nos hôtes à Réghaia et ne voulant pas abuser de leur hospitalité, je suis parti à Sid Fredj malgré leur insistance », a-t-il soutenu.
En outre, le square Port-Saïd à Alger, qui a été le lieu de rassemblement des réfugiés syriens pendant quelques semaines semblait être déserté par ces derniers. (APS-15.08.2012.)

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****************Un centre d’accueil à Sidi Fredj

Le gouvernement algérien vient de décider d’apporter de l’aide aux milliers de familles qui ont fui la Syrie en choisissant l’Algérie comme terre d’accueil.
A près un long silence, le gouvernement algérien a décidé de réagir face au drame que vivent les réfugiés syriens en Algérie.

Sans parler de camp de réfugiés, les autorités ont mobilisé le centre de Netcom à Sidi Fredj, où déjà plusieurs familles syriennes qui étaient au square Port-Saïd, à Alger, ont été déplacées. Les premières familles de réfugiés syriens ont été installées hier au centre de Netcom à Sidi Fredj, à l’ouest de la capitale.
Le Croissant-Rouge algérien, les Scouts musulmans algériens, les directions de la solidarité, la Protection civile ainsi que le mouvement associatif ont été réquisitionnés par le ministère de l’Intérieur pour prendre part à l’opération de «solidarité» avec les réfugiés.
Des semaines après, le gouvernement algérien vient de décider d’apporter de l’aide aux milliers de familles qui ont fui la Syrie en choisissant l’Algérie comme terre d’accueil, mais sans pour autant aller jusqu’à ouvrir des camps proprement dits pour réfugiés.

Les actions actuellement entreprises entrent toutes dans un cadre humanitaire. C’est ce qui ressort des communiqués officiels diffusés hier. Pour le ministère des Affaires étrangères, «la question des ressortissants syriens qui séjournent actuellement en Algérie est prise en charge par les autorités algériennes et a fait l’objet de plusieurs réunions interministérielles de coordination». De ce fait, a-t-il ajouté, «partant de notre devoir de solidarité à l’égard de ces ressortissants syriens, un dispositif spécifique et des mesures pratiques de soutien et d’assistance seront mis en ‘uvre incessamment à travers l’implication d’un certain nombre d’intervenants publics ou auxiliaires, notamment les services du ministère de la Solidarité nationale et de la Famille et le Croissant-Rouge algérien, dont les comités de wilaya sont déjà à pied d »uvre».

Intervention du cra
Abondant dans le même sens, le ministère de l’Intérieur a annoncé dans un communiqué la tenue d’une réunion entre ses services et ceux de la Solidarité nationale pour «examiner et valider des recommandations du groupe interministériel créé à leur initiative pour apporter les solutions humanitaires adaptées à la situation des réfugiés syriens se trouvant dans notre pays», ajoutant que le Croissant-Rouge algérien, la Protection civile, les Scouts musulmans algériens et éventuellement la société civile ont été mobilisés pour apporter aide et assistance aux réfugiés afin qu’ils soient hébergés et nourris.
Sur le terrain, les premières familles qui avaient utilisé le square Port-Saïd comme refuge ont été installées au centre de Netcom, à Sidi Fredj.

Contacté, le commandant des Scouts musulmans algériens, Noureddine Benbrahem, a affirmé qu’une partie des capacités de son organisation a été réquisitionnée pour être mise à la disposition des réfugiés : «Le plus urgent, pour l’instant, c’est la restauration et l’hébergement pendant la période du Ramadhan. Uniquement à Alger, nous avons 570 volontaires pour servir 3700 repas chauds à l’heure du f’tour. Nous comptons mettre une partie de ce dispositif à la disposition des réfugiés.» Selon M. Benbrahem, «l’opération de solidarité était déjà effective avant même la décision du gouvernement, mais il lui manquait une organisation plus maîtrisée que seul l’Etat peut apporter. Le recensement de cette population est très difficile dans la mesure où beaucoup ont fini par louer des appartements et une grande partie se trouve à l’intérieur du pays. Nous sommes en train de les recenser».
Et de souligner la difficulté à regrouper les réfugiés, «mais avec le centre de Netcom, il ne restera que l’organisation du camp durant ce mois sacré. Une tâche que les scouts et le CRA sont à même de mener», a-t-il noté. M. Benbrahem a précisé que les moyens de l’organisation qu’il dirige ‘ 68 restaurants avec 10 745 repas chauds et 1634 volontaires répartis sur 17 wilayas ‘ sont suffisants pour répondre à la demande. La seconde étape, a-t-il relevé, consiste à inscrire tous les enfants dans les écoles dès la rentrée scolaire, en attendant que la situation s’apaise dans leur pays.

Respect et dignité
Les mêmes propos sont tenus par le secrétaire général du Croissant-Rouge algérien, Lahcène Bouchakour.
Dans une déclaration à l’APS, il a affirmé qu’en plus de l’aide matérielle, l’organisation s’est lancée dans une opération de sensibilisation des citoyens pour assurer aux réfugiés le respect de la dignité humaine, précisant : «Nous nous sommes même déplacés dans les hôtels de la capitale pour inviter ceux qui y sont déjà à venir dans ce centre d’accueil. Un groupe de sept personnes, représentant les réfugiés syriens, a visité le centre d’accueil.» Visiblement, le gouvernement a fini par réagir, même timidement, à la détresse des réfugiés.
Une détresse que maître Farouk Ksentini, président de la Commission consultative de prévention et de défense des droits de l’homme, a sévèrement dénoncée : «Nous avons saisi le président de la République dans un courrier adressé à son cabinet et ce, à l’issue d’une rencontre avec le représentant des réfugiés. Ce dernier m’avait clairement expliqué que la plus grande préoccupation de tous les réfugiés est liée à l’expiration du délai de leur séjour en Algérie, qui est de 3 mois, étant donné qu’ils sont venus en tant que touristes.» (El Watan-02.08.2012.)

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**Ressortissants syriens bloqués au Maroc

*L’Algérie les accueille sur son territoire et leur assure hébergement, nourriture et soins nécessaires

**l’Algérie a déjà accueilli sur son sol, depuis le début de la crise touchant la Syrie, plus de quarante mille syriens

Bloqué, depuis le 17 avril dernier, à Figuig (Maroc), le groupe de ressortissants syriens, dont une femme enceinte et des enfants, peut voir enfin le bout du tunnel.

L’Algérie a décidé d’accueillir, à titre humanitaire, un groupe de ressortissants syriens, dont une femme enceinte et des enfants, bloqués depuis le 17 avril dernier à Figuieg, au Maroc, a indiqué hier le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdelaziz Benali Cherif.

«Le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Hamdi Boukhari, a été reçu ce jour au ministère des Affaires étrangères où il a été informé de la décision des plus hautes autorités algériennes d’accueillir, à titre humanitaire, sur son territoire, le  groupe de ressortissants syriens, dont une femme enceinte et des enfants, qui se trouve bloqué, depuis le 17 avril dernier à Figuieg en territoire marocain», a précisé la même source.

Pour le porte-parole du MAE, «ce geste humanitaire exceptionnel que l’Algérie consent tient compte de la situation particulièrement difficile dans laquelle se trouve ce groupe et procède de la volonté de l’Algérie d’y mettre un terme en ce mois sacré du Ramadhan en accueillant sur son territoire les membres de ce groupe de migrants syriens, d’assurer leur hébergement, de leur prodiguer les soins nécessaires et leur permettre, si tel est leur souhait, de rejoindre d’autres membres de leurs familles, dans le cadre d’un regroupement familial dans d’autres pays». Relevant que l’Algérie «consent ce geste par devoir de solidarité avec le  peuple frère de Syrie dans l’épreuve qu’il traverse», M. Benali Cherif a ajouté que «c’est ce même devoir de solidarité qui a conduit l’Algérie à accueillir sur son sol, depuis le début de la crise touchant ce pays frère, plus de 40 000 Syriens qui ont bénéficié d’un dispositif leur permettant de jouir de facilités en matière de séjour, de libre  circulation, de scolarisation, d’accès aux soins médicaux, au logement et à l’exercice d’activités commerciales»

En effet et dans un communiqué parvenu à Algérie1, le porte-parole du ministère de Affaires, Abdelaziz Benali Chérif fait part de l’audience accordée au représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, Hamdi Boukhari, jeudi au ministère où il a été reçu.

Boukhari a été informé de la décision des plus hautes autorités algériennes d’accueillir, à titre humanitaire, sur son territoire le groupe des ressortissants syriens.

Le porte-parole du MAE souligne, par ailleurs, que ce geste «humanitaire exceptionnel que l’Algérie consent tient compte de la situation particulièrement difficile dans laquelle se trouve ce groupe et procède de la volonté de l’Algérie d’y mettre un terme en ce mois sacré du Ramadhan».

Et à Ben Ali Chérif de faire observer qu’en accueillant sur son territoire les membres de ce groupe de migrants syriens, l’Algérie s’engage à «assurer leur hébergement, de leur prodiguer les soins nécessaires et de leur permettre, si tel est leur souhait, de rejoindre d’autres membres de leurs familles, dans le cadre d’un regroupement familial dans d’autres pays» précise-t-il.

Le porte-parole du MAE conclut en mettant en avant que «l’Algérie consent ce geste par devoir de solidarité avec le peuple frère de Syrie dans l’épreuve qu’il traverse »Il abondera, ensuite, dans la même veine : «C’est ce même devoir de solidarité qui a conduit l’Algérie à accueillir sur son sol, depuis le début de la crise touchant ce pays frère, plus de quarante mille syriens» dira-t-il.*APS /  jeudi 01 juin 2017

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* Le Croissant-Rouge algérien (CRA)  peine à ramener les familles au centre de Sidi Fredj

Seules quelques familles ont accepté de quitter le square Port-Saïd

Venus en Algérie en touristes, les milliers de Syriens ayant fui leur pays risquent de ne pas bénéficier du statut de réfugiés étant donné que leur cas se rapproche plus de celui des demandeurs d’asile.

Seules quelques familles ont accepté de quitter le square Port-Saïd pour rejoindre le centre d’accueil de Sidi Fredj, pourtant doté de toutes les commodités nécessaires pour une bonne prise en charge. Depuis deux jours, le Croissant-Rouge algérien (CRA)  peine à les faire venir vers ce premier centre mis en place par l’Etat pour les prendre en charge. Au-delà du caractère humanitaire, la situation des milliers de Syriens qui se sont réfugiés en Algérie constitue un vrai casse-tête pour les autorités algériennes.
Si l’on se réfère aux modalités prévues par la convention de 1951, ces Syriens ne peuvent prétendre au statut de réfugiés. En effet, cette convention définit clairement les situations dans lesquelles un Etat accorde ce statut aux personnes qui en font la demande, ainsi que les droits et les devoirs de celles-ci.

Venus par avion en tant que touristes, ils ne peuvent ouvrir droit qu’à une demande d’asile déposée avant l’expiration du délai de séjour légal, qui est de trois mois. Dans le cas contraire, ils tomberont sous le coup du délit de l’émigration clandestine et, de ce fait, risquent d’être placés dans des centres de rétention en attendant l’expulsion. Même complexe, cette situation interpelle à plus d’un titre les organismes humanitaires dans la mesure où ces Syriens ne peuvent plus retourner chez eux eu égard à la situation critique que traverse leur pays. Dans pareil cas, la mission de prise en charge humanitaire incombe en premier lieu au CRA qui, faut-il le préciser, bénéficie du statut d’auxiliaire de l’Etat. Son président, Hadj Benzeguir, affirme que cette situation est unique : «Les Syriens ont opté pour l’Algérie, un pays très loin des frontières de leur pays, en faisant le voyage par avion. Sont-ils là pour une période indéfinie ou limitée ? Nous n’en savons rien. Pour l’instant, ils sont là mais ils ont peur de se retrouver en situation irrégulière une fois le délai du séjour légal de 3 mois expire. Ils ne peuvent prétendre au statut de réfugiés tel que défini dans la convention de 1951.

Cela étant, il y a une situation humanitaire qui nous interpelle en tant qu’ONG humanitaire. L’Etat a décidé d’ouvrir, dans un premier temps, un centre d’accueil pour ces personnes en difficulté, notre mission est de gérer la situation. Le CRA dispose des moyens humains et matériels pour assumer ce rôle. Nous allons faire appel à tous nos comités au niveau national, car le problème touche d’autres wilayas du pays.» Chargé de ce dossier, le secrétaire général du CRA, Lahcène Bouchakor,  précise pour sa part que «plus d’une vingtaine de volontaires sont à pied d’œuvre» à Alger, et ce, depuis des semaines. «Nous n’avons pas attendu le feu vert du gouvernement pour assister les Syriens qui ont rejoint l’Algérie. De par notre mission humanitaire, nous étions les premiers à aller à l’aéroport d’Alger pour nous enquérir sur leur situation. Au début, ils n’étaient pas nombreux. Ils disaient être venus en Algérie en tant que touristes, d’autant que c’est l’un des rares pays qui n’exige pas de visa.

La majorité ont été hébergés dans des hôtels ou des familles, y compris à l’intérieur du pays», dit-il. Néanmoins, précise-t-il, quelque temps plus tard, voyant l’expiration du délai de leur séjour en Algérie approcher, beaucoup ont eu peur de se retrouver dans des centres de rétention pour clandestins ou sous le coup d’une expulsion vers leur pays. «Avec le mois de Ramadhan, comme il n’y a pas de restauration dans les hôtels où ils logent, ils ont préféré se regrouper au square Port-Saïd, à Alger, en espérant toucher la sensibilité des Algériens et, en même temps, pousser les autorités à leur trouver une solution après l’expiration du délai de leur séjour. Quotidiennement, en plus de l’aide procurée par le CRA, ils bénéficient d’une grande solidarité des citoyens.»

M. Bouchakor estime, en outre, que la complexité de la situation réside également dans l’éparpillement de ces ressortissants à travers le pays. «Nous avons eu des appels de nos comités à Ouargla, Djelfa, M’sila, Tiaret, etc. pour signaler la présence de groupes de Syriens démunis. Pour l’instant, dans une première étape, seul le centre de Sidi Fredj a été mis à leur disposition par l’Etat. Il s’agit d’un centre d’accueil et non pas de rétention ou de réfugiés. Il peut accueillir jusqu’à 250 personnes et tous les moyens nécessaires pour assurer des repas chauds, la literie, l’hygiène et même l’animation pour les enfants sont mobilisés (…).  J’ai longuement discuté avec ceux qui ont pris place au square Port-Saïd. Ils craignent de subir le même sort que leurs compatriotes qui ont fui vers la Turquie. Selon eux, ils ont été enfermés dans des centres, privés de toute liberté.

Ce ne sera pas le cas. Tant qu’ils n’ont pas dépassé les trois mois de séjour légal, personne ne peut les priver de leur liberté. Ils ont besoin d’une aide humanitaire, nous faisons tout pour leur permettre de traverser cette rude épreuve sans toucher à leur dignité», déclare notre interlocuteur. Il regrette, néanmoins, que seules quelques familles aient accepté de rejoindre le centre de Sidi Fredj. «C’est la meilleure structure au niveau d’Alger. Elle dispose de tous les moyens pour rendre le séjour des familles, surtout les enfants, plus ou moins agréable. Malheureusement, les gens ont peur. Ils pensent qu’ils vont être enfermés à l’intérieur et ne plus pouvoir sortir. Ce n’est pas le cas. Le centre sera géré par le CRA et, de ce fait, il aura un règlement qu’il faudra respecter.

Ce sera une meilleure situation que celle d’occuper un espace public et de tomber sous le coup de la loi», note M. Bouchakor, affirmant avec regret que des réfugiés ayant été installés, mardi dernier en fin de journée, au centre, avaient  rejoint le square Port-Saïd dès le lendemain matin.
«Pourquoi ? Nous n’en savons rien. Pourtant, ils disposaient de toutes les commodités pour une prise en charge convenable. Nous sommes en train d’insister sur la sensibilisation des pères de famille pour qu’ils évitent à leurs enfants la rue. Dans le centre, ils pourront les préparer à une éventuelle scolarisation, mais aussi leur assurer une prise en charge sanitaire», conclut  M. Bouchakor.  *Salima Tlemçani  (El Watan-02.08.2012.)

**Un collectif citoyen de solidarité avec les réfugiés syriens vient de voir le jour à Oran. Cette nouvelle organisation a tenu, dans la soirée de dimanche dernier, une réunion afin de lancer un plan d’aide humanitaire à ces réfugiés.
Ces citoyens, réunis autour d’une table ronde, Syriens et Oranais confondus, se sont entendus sur le fait que l’aide en question sera confiée au Croissant-Rouge algérien. Cette décision évitera, selon ce collectif, de multiplier les centres d’aide et de se concentrer sur un seul acteur, ce qui facilitera la gestion et la communication. «Le Croissant-Rouge doit rester la voix officielle qui s’occupera de procurer les soutiens aux ressortissants syriens en difficulté», souligne Fatma Boufnik, l’initiatrice de ce collectif.
Ce dernier, qui se veut une passerelle entre les réfugiés et les centres d’aide, élargit encore plus son rôle, en organisant des soirées-débats pour se tenir informé de la situation syrienne et se mettre en contact avec les réfugiés d’Oran, mettre en place des statistiques et tenter de répondre à leurs besoins.La prochaine étape sera celle de prendre contact avec les Syriens exilés.

Les recherches qui ont été organisées à cet effet vont être axées sur les petits hôtels, les restaurants syriens qui offrent le repas à ces exilés, le Croissant-Rouge qui nourrit chaque soir cinq Syriens ainsi qu’au niveau de M’dina J’dida et autres lieux populaires.
Les membres du collectif pourront ultérieurement évaluer la situation et mettre en place de réelles statistiques pour ne plus se baser sur des chiffres hasardeux, et pouvoir par la suite schématiser, au vu des besoins, l’aide nécessaire.
Autour de cette table ronde règne une détermination de fer et un grand altruisme. «Ces réfugiés ont besoin de travailler», affirme M. Dalati, ancien directeur de la culture d’origine syrienne. «Le droit au travail ! En voilà un problème», soulève pour sa part un militant du collectif.
Effectivement, les Syriens en exil n’ont pas le droit de travailler, du moins pas dans la légalité, et il n’est évidemment pas souhaité de faire travailler les Syriens sans qu’ils bénéficient d’une assurance ou qu’ils soient exploités à la tâche, comme l’est souvent le travail au noir.
Ce qui engendrera une autre mission, celle d’obtenir à ces ressortissants un statut de réfugiés politiques avec un permis de travail temporaire.
Le collectif a notamment entrepris de lancer un appel aux personnes se proposant d’abriter des ressortissants, mais tant que le nombre de Syriens reste confus, le collectif de citoyens ne peut se prononcer quant au degré de suffisance de ces familles d’accueil.
Autre initiative encourageante qui a jalonné de cette rencontre, c’est celle de faire revivre l’association Le Pont de la fraternité algéro-syrienne, dont quelques-uns de ses anciens membres étaient présents autour de cette table. Le collectif a mis en place un groupe sur le réseau social facebook : «Collectif de soutien aux réfugiés syriens d’Oran», où ils mettront en ligne le compte rendu de chaque réunion et mentionneront les dates des prochaines rencontres.
Ce collectif citoyen se veut être indépendant des associations et se base sur le fait que les personnes qui y participent ne sont en aucun cas obligées de s’engager. Pour l’hébergement, ce collectif appelle les autorités locales, en particulier la DJS, à mettre à la disposition des réfugiés les auberges de jeunesse qui se trouvent en ce moment à la côte Mirauchaux, à Gambetta sur l’avenue d’Arcol et à Belgaïd.(El Watan-01.08.2012.)

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L’Algérie, devenue destination de migrants

L’Algérie, pays de transit, est devenue une destination de diverses catégories de migrants qui s’y fixent, ont indiqué de nombreux experts présents jeudi à Oran à l’atelier sur « La protection des mineurs et des catégories vulnérables des migrants ».
Le secrétaire général de la commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNCPPDH), organisatrice de cette rencontre, Abdelwahab Merdjana, a indiqué que le flux continu de migrants vers l’Algérie et leur fixation dans plusieurs de ses régions depuis plusieurs années déjà démontre que « notre pays n’est plus une zone de transit ».
« L’amélioration de plusieurs facteurs socio-économiques, ajouté à la paix et à la stabilité politique (dont jouit le pays) attire de nombreux migrants vers l’Algérie eu égard aux crises et aux conflits que vivent le continent africain et le monde arabe », a-t-il argumenté.
Pour M. Merdjana cette question (flux de migrants) « mérite une étude rationnelle et claire qui prenne en considération la protection de la dignité humaine des migrants avec en prime l’humanisation des relations avec cette catégorie, afin de lui garantir la protection et l’aide humanitaire nécessaire ».
De son côté, la présidente de la sous-commission de la CNCPPDH, Yasmina Taba, a invité les participants à mieux diagnostiquer les flux migratoires vers l’Algérie, mettant en exergue l’expérience algérienne en matière de protection des migrants, de prise en charge des groupes mobiles et les réfugiés et de maturité de sa politique, comme c’est le cas, a-t-elle soutenu, dans les camps des réfugiés sahraouis à Tindouf.
Pour sa part, le directeur du Conseil italien pour les réfugiés (CIR), Christopher Hein, a mis l’accent sur la nécessité de rendre « cohérentes les législations des pays concernés par ce phénomène, dont ceux de l’Afrique du nord et du Sahel avec les conventions et les recommandations internationales », soulignant que le flux de migrants vers l’Algérie « exige un traitement rationnel et une coopération régionale ».
La représentante de l’Union des juristes italiens pour la défense des droits de l’Homme (UFTDU), Alice Sironi, a abordé la question sensible de la prise en charge des réfugiés mineurs sur les plans social et psychologique.
Elle a indiqué dans sa communication intitulée « Mineurs, victimes de violence et du trafic et autres catégories vulnérables dans le droit international » que l’augmentation du nombre de migrants mineurs « est due aux crimes de trafic humain qui nécessitent le renforcement des institutions afin d’éradiquer ce phénomène ».
De leurs côtés, Reda Sbahiya et Amel Mir Ali, représentants du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), ont évoqué la situation des réfugiés mineurs en Algérie, la qualité de leur prise en charge et les efforts consentis pour leur intégration, notamment en matière d’enseignement et de santé.
Cet atelier est le quatrième du genre depuis la concrétisation du projet « Algérie : renforcer les capacités de gestion des flux de migrants », initié par la CNCPPDH et le CIR en collaboration avec l’UFTDU et financé par l’Union européenne (UE) et le Gouvernement italien. (APS-07.09.2012.)

**De plus en plus de Subsahariens dans les rues d’Oran

De plus en plus de migrants subsahariens, des femmes essentiellement, peuvent vous interpeller aujourd’hui en pleine rue pour demander la charité. Phénomène nouveau qui ne doit pas nous laisser indifférents, leurs enfants sont eux aussi mis à contribution pour interpeller les passants mais aussi les automobilistes sur les carrefours devant les feux tricolores.
Une situation devant laquelle il serait irresponsable de fermer les yeux de la part des pouvoirs publics. L’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. La convention relative aux droits de l’enfant ratifiée par l’Algérie stipule en effet dans son article 22: «Les Etats parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné des père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits Etats sont parties.»
Ces enfants subsahariens seraient de nationalité nigérienne. Ils sont souvent accompagnés de femmes reconnaissables aux chapelets qu’elles tiennent en main et à leurs habits aux couleurs du désert. Des étoffes aux tons chauds desquelles elles sont drapées de la tête aux pieds. Elles squattent depuis quelque temps, les trottoirs de quelques grandes artères de la ville, comme la rue de Tlemcen, la gare routière de Yaghmoracen ou le boulevard Ahmed Zabana. Complètement dés’uvrées, elles n’ont d’autre moyen de survie que de mendier quelques pièces auprès des passants. Constatant leurs conditions déplorables, des riverains ont commencé à leur envoyer de temps en temps des plateaux de nourriture. «L’Algérien est de nature compatissant, surtout quand il s’agit de personnes fragiles comme des femmes et des enfants», témoigne un habitant du quartier. Avant de souligner: «La situation de ces femmes et enfants ne peut plus durer comme ça. Elles sont de plus en plus nombreuses à dormir sur la voie publique dépourvues des moindres commodités de base d’hygiène. La seule solidarité des habitants du quartier est certes nécessaire mais elle reste insuffisante.»
Pour rappel, une première tentative a été menée au cours du mois de Ramadhan dernier par les pouvoirs publics pour regrouper ces immigrants subsahariens, principalement des femmes et des enfants en bas âge, dans un camp d’accueil aménagé au niveau du lieu-dit Dhayat Oum El-Ghallaz, dans la commune de Oued Tlélat. Ils étaient environ une centaine à rejoindre ce campement sur la rive de Dhayat Oum El-Ghallaz, une zone humide située entre les communes de Boufatis et Oued Tlélat. Les autorités locales avaient mis à leur disposition une dizaine de tentes et des sanitaires mobiles en mobilisant des équipes de la Protection civile, de la commune de Oued Tlélat et du Croissant-Rouge algérien (CRA). Mais à peine installés, ces migrants ont commencé à fuir le camp, par groupes de deux à trois, en faisant de l’auto-stop, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un petit groupe d’à peine une trentaine de personnes. Le site choisi par les autorités locales pour servir de camp n’a, semble-t-il, pas répondu aux aspirations de ces migrants. Il faut dire que le site en question est un lieu complètement isolé de la population, et n’est doté d’aucune infrastructure. C’est ce qui a expliqué une décision de la wilaya de transférer le camp vers la zone industrielle de Hassi Ameur dans des hangars désaffectés qui devaient être aménagés à cet effet. Mais à ce jour, le transfert du camp vers Hassi Ameur est resté au stade de projet. Faute d’un véritable dispositif de prise en charge d’accueil, ces migrants restent dans la nature et n’ont d’autre moyen de subsistance que faire la manche sur la voie publique.*lequotidien-oran…17.09.2012.

**Interview- Ralf H. W. Gruenert. Délégué général du HCR en Algérie:

*L’Algérie s’est montrée accueillante pour plusieurs groupes de personnes fuyant la persécution ou le guerre

-Où en est la situation des réfugiés sous protection du HCR en Algérie ?

L’Algérie indépendante, dont nous allons célébrer le cinquantenaire cette  année, a su se montrer accueillante pour plusieurs groupes de personnes qui fuyaient la persécution, les Palestiniens, par exemple, mais je pense surtout aux Sahraouis pour lesquels l’aide apportée par le gouvernement algérien est considérable. Concernant la situation des réfugiés et demandeurs d’asile en contexte urbain, l’UNHCR reste en attente de la nouvelle loi d’asile. En effet, le contexte migratoire a changé depuis quelques années. L’Algérie est au cœur de flux migratoires que l’on nomme mixtes. Le continent africain est à la fois le théâtre d’afflux massifs de réfugiés, de déplacements forcés de populations et de mouvements de personnes en quête d’un avenir meilleur.

Parce que l’Algérie a longtemps représenté une étape de transit de ces flux, à l’instar des autres pays d’Afrique du Nord, les réfugiés et les demandeurs d’asile subsahariens arrivant en Algérie sont souvent perçus comme migrants clandestins. Il serait à ce titre souhaitable que l’Algérie se dote d’un dispositif juridique plus adéquat, permettant un traitement différencié tenant compte des éventuels besoins de protection que pourraient avoir certains arrivants. L’UNHCR soutient pleinement les efforts du gouvernement algérien pour l’adoption d’un dispositif juridique adéquat. Ces besoins se font de plus en plus pressants, notamment au vu des développements régionaux qui ont cours depuis près de deux ans et aux multiples crises qui ont éclaté dans des pays voisins de l’Algérie.

-Combien de réfugiés et demandeurs d’asile relèvent de la compétence du HCR en Algérie ?

Aujourd’hui, le nombre de réfugiés est de 141 (Congolais Brazzaville et RDC, Camerounais, Ivoiriens, Palestiniens, Irakiens, Somaliens, Tchadiens, Centrafricains, etc.), et 1209 demandeurs d’asile (Camerounais, Ivoiriens, Maliens, Soudanais, Congolais, Tchadiens, Syriens, Libyens, Palestiniens, etc.). En ce qui concerne les réfugiés sahraouis, il n’existe pas de recensement qui donne un chiffre précis. L’UNHCR assiste 90000 personnes les plus vulnérables vivant dans les camps de Tindouf.

-Combien de réfugiés en Algérie avez-vous réinstallés dans des pays tiers ? Qu’en est-il des demandes de réinstallation en attente de réponse ?

La réinstallation est l’une des trois solutions durables envisagées par l’UNHCR, avec le rapatriement volontaire et l’intégration locale. Les principaux pays de réinstallation sont les Etats-Unis, le Canada, la Suède, la Norvège. Nous avons actuellement réinstallé 11 réfugiés entre 2008 et 2011. L’UNHCR a soumis les dossiers de bon nombre de ces réfugiés  pour la réinstallation et reste en attente des décisions.

-Quel est le budget dont a bénéficié l’UNHCR pour cette année 2012 ? Et celui de 2011 ? Quelle est la contribution de l’Algérie ?

Le budget opérationnel du programme sahraoui a été de 10 425 986 dollars en 2011 et 8 833 813 dollars pour 2012, et le budget opérationnel programme urbain de l’ordre de 810 542 et 600 000 dollars. La contribution annuelle de l’Algérie est considérable, notamment en faveur du programme sahraoui, mais je ne peux pas vous donner de chiffre précis. L’UNHCR dispose également d’un programme de renforcement des mesures de confiance (Confidence Building Measures, CBM), destiné aux réfugiés sahraouis vivant dans les camps de Tindouf et les habitants des territoires. Ce programme consiste à assister les familles de réfugiés sahraouis séparées et les personnes vivant dans les territoires. Ainsi, à ce jour, 13 480 personnes en ont bénéficié.

-Notre pays a été confronté à des arrivées massives de réfugiés libyens, tunisiens, égyptiens et syriens suite aux graves troubles politiques ayant ébranlé leurs pays respectifs…

L’Algérie a accueilli un certain nombre de Tunisiens qui sont rentrés lorsque la situation s’est normalisée ; beaucoup de Libyens sont rentrés en Algérie même si les proportions ne sont pas les mêmes que ceux qui ont fui vers la Tunisie.
Lorsque la situation en Syrie s’est dégradée, bon nombre de Syriens ont fui, certains sont arrivés en Algérie. Je pense également qu’il est important de mentionner la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire et enfin le conflit en cours au Mali; même s’il ne s’agit pas du monde arabe, du fait de la proximité géographique et des liens traditionnels et historiques de ce pays avec l’Algérie, beaucoup de Maliens sont rentrés en Algérie. Il est difficile pour l’UNHCR de donner des chiffres, car à la différence des autres pays qui ont accueilli ces populations en fuite et où l’Agence s’est directement impliquée dans leur prise en charge, le gouvernement algérien a fait savoir qu’il prenait la responsabilité pleine et entière de les prendre en charge.

Ces crises ont également mis en relief un élément important, à savoir que lorsqu’un conflit éclate comme en Libye, les personnes qui fuient ne sont pas nécessairement toutes libyennes. Le fait qu’elles aient une autre nationalité ne veut pas nécessairement dire qu’elles veuillent rentrer automatiquement dans leur pays d’origine, pour la simple et bonne raison que certaines étaient en Libye parce qu’elles avaient fui leur pays d’origine… C’est le cas de bon nombre d’Erythréens, Somaliens, Soudanais, Ivoiriens, Congolais, Irakiens ou Palestiniens. C’est une situation fréquente de mouvements secondaires où des réfugiés fuient leur pays d’asile en raison de l’instabilité qui peut y régner. L’UNHCR a réitéré son entière disponibilité aux autorités algériennes pour les accompagner dans cette situation.

-Les retombées au plan humain du conflit malien se sont vite répandues sur toute la zone du Sahel. L’Algérie est particulièrement concernée : une crise humanitaire synchronisée semble se dessiner sur ses frontières. Pouvez-vous nous livrer un décryptage sommaire sur cette situation ?

Cette crise est une réelle tragédie qui a poussé des milliers de personnes à fuir leurs lieux de vie. Des familles ont trouvé refuge dans les pays voisins, en Algérie, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger. Des civils ont également fui vers la Guinée ou le Togo. D’autres sont désormais déplacées à l’intérieur du Mali. Les réfugiés et les déplacés internes sont majoritairement des Touareg, mais d’autres groupes ethniques sont également affectés comme les Peuls, les Bambaras, les Djermas et les Haussas. L’UNHCR a déployé des équipes d’urgence au Burkina Faso, au Niger et en Mauritanie. En Algérie, les autorités ont déclaré avoir la capacité de gérer le flux des personnes arrivant du Mali, notamment par le Croissant-Rouge algérien.

Depuis la mi-janvier 2012, plus de 130 000 Maliens ont été déplacés à l’intérieur de leur pays et plus de 140 000 personnes ont trouvé refuge dans les pays voisins, en Mauritanie, au Burkina Faso, au Niger et en Algérie (source : UNHCR Broadcast). L’UNHCR a participé à la mission d’évaluation de l’assistance humanitaire à Bordj Badji Mokhtar et Timiaouine organisée par le CRA, les 28 et 29 avril 2012. Nous avons pu constater les efforts considérables entrepris par le gouvernement, à travers le CRA, pour améliorer les conditions de vie de 352 réfugiés maliens vivant dans le camp de Timiaouine et 53 femmes et enfants dans le camp de Bordj Badji Mokhtar. En l’absence de recensement, le nombre exact de la population de réfugiés maliens vivant en Algérie n’est pas connu. La plupart des  réfugiés sont accueillis par des relations.

-Des ONG et organismes internationaux ont maintes fois pointé du doigt l’Algérie, lui reprochant les mauvais traitements et les violations des droits humains dont seraient victimes les réfugiés subsahariens. Le HCR Algérie a-t-il été saisi dans ce sens ?

L’UNHCR soutient le gouvernent à donner une  formation appropriée au bénéfice des autorités en charge afin de traiter de manière différenciée les personnes en besoin de protection et celles qui quittent leur pays pour d’autres raisons, les réfugiés et demandeurs d’asile sont souvent vus sous le spectre de l’immigration clandestine. Il reste entendu que l’UNHCR est à l’entière disposition des autorités pour les accompagner dans ce processus, en termes de mise en place du cadre juridique, mais également de renforcement des capacités nationales.
L’UNHCR a également attiré l’attention du gouvernement qu’il existait des situations urgentes et préoccupantes de certaines catégories vulnérables, à l’instar de celle des mineurs non accompagnés ou des femmes seules. (El Watan-23.06.2012.)

**Des milliers de subsahariens fuient la guerre et la pauvreté vers l’Algérie

L’Algérie est devenue un pays de destination de milliers de migrants en provenance d’Afrique subsaharienne. Leur nombre est en constante hausse, en raison de la pauvreté et de l’instabilité régnant dans bien de pays. Une fois les frontières sud de l’Algérie franchies, ces aventuriers poursuivent leur périple jusqu’au nord. Faute de moyens, la plupart d’entre eux s’y installent. De nos jours, des jeunes et des moins jeunes migrants irréguliers, pour la plupart d’entre eux, sont perceptibles dans nos rues.

Les services de sécurité affichent une certaines souplesse à leur égard et n’interviennent généralement qu’en cas de dépassements ou d’infractions. Cependant, l’on assiste ces derniers temps, à bien d’affaires douteuses dans lesquelles ils sont impliqués, tel que le trafic de fausse monnaie, le trafic de drogues dures, escroquerie etc… et ce, bien qu’une autre catégorie de ces jeunes migrants ait opté pour des travaux manuels en vue de survivre, tels que le bâtiment, la cordonnerie ou les petits travaux dans les marchés et les lieux publics. Pour tenter de comprendre le phénomène et trouver des solutions à bien de problèmes pouvant y découler, des experts ont été dépêchés par la commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’Homme (Cncppdh) en Italie, afin d’étudier l’expérience des autres pays en la matière.

« L’Algérie est devenue un pays de destination d’un flux important de migrants en provenance d’Afrique subsaharienne, d’où la nécessité d’étudier l’expérience des pays ayant déjà connu ce phénomène à l’exemple de l’Italie », a indiqué Yasmina Taya, membre de la commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’Homme (Cncppdh). L’oratrice qui a conduit la délégation d’experts algériens, lors d’une mission d’étude en Italie, dans le cadre des échanges d’expériences avec ce pays, a affirmé que « l’Algérie était, auparavant, un pays de transit, mais elle est devenue un pays d’installation, surtout des populations en provenance d’Afrique subsaharienne, et ceci depuis de nombreuses années ».

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Elle a précisé que ces flux migratoires mixtes s’ »accentuent » et « deviennent de plus en plus importants », d’où, a-t-elle noté, la nécessité de connaître toutes les procédures et les systèmes mis au point par l’Italie et d’autres pays ayant connu ce phénomène, et qui avaient acquis une expérience en matière d’octroi d’asile, de travail et dans la régularisation des permis de séjour. S’agissant de l’expérience italienne en la matière, elle a indiqué qu’en raison de sa position géographique, ce pays a longtemps été un pays de transit et d’installation pour une grande partie des immigrants qui se rendent en Europe depuis l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Pour faire face à cette situation, l’Italie a mis au point « un système national approprié en matière de migration et d’asile conformément au cadre légal européen, au droit international et dans le respect des droits de l’Homme », a-t-elle relevé.

Ce système a permis la mise en place de procédures pour l’asile, l’intégration et la régularisation avec possibilité de trouver un travail et obtenir un permis de séjour et de conditions d’accueil conformes aux normes en matière de gestion des flux migratoires mixtes, a-t-elle encore expliqué. Cette mission d’étude en Italie, ambitionne de faire de la coopération régionale, un point de démarrage pour mieux comprendre et appréhender le phénomène des flux migratoires mixtes, a-t-elle dit.

De son côté, le président du Conseil italien pour les réfugiés (CIR), Christopher Hein a relevé la nécessité d’une « approche régionale » entre les pays méditerranéens et ceux du Sahel afin de trouver des « solutions communes » à la problématique du flux migratoire mixte. Il a précisé que l’Algérie et l’Italie sont pour le développement d’une « approche régionale » pour faire face à ce phénomène. Il a expliqué que l’ampleur de ce phénomène nécessiterait une « approche internationale », tout en indiquant que beaucoup de migrants quittent leurs pays d’origines, soit pour des raisons socio-économiques ou à cause de la guerre comme c’est la cas au Mali.*source: Les Débats-08.04.2013.

**Près de 25.000 réfugiés africains sur le sol algérien

Le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, Daho Ould Kablia, a souligné jeudi que près de 25.000 réfugiés de plusieurs  pays africains se trouvaient sur le territoire algérien en raison de la situation  d’instabilité que traversent leurs pays.

« Il est impossible de les refouler à l’étape actuelle pour des raisons  humanitaires et du fait des situations de conflit ou de guerre que vivent leurs  pays d’origine », a indiqué M. Ould Kablia qui répondait à une question orale  d’un membre de l’Assemblée populaire nationale (APN) sur les mesures prises  par les autorités algériennes face au phénomène d’immigration clandestine  d’Africains vers l’Algérie.

  Il a précisé à ce propos, que l’Etat a arrêté une batterie de mesures  « pratiques » pour regrouper ces réfugiés à travers l’installation de tentes dans  les régions frontalières du pays et réunir les conditions de vie idoines.Il a rappelé en outre, la tenue d’une réunion au niveau des ministères  de l’intérieur et de la défense pour prendre les dispositions nécessaires à  la « sécurisation » de ces lieux.

D’autre part, M. Ould Kablia a imputé l’ »augmentation notable »  du nombre d’Africains en situation illégale sur le territoire algérien à  la situation de leur pays d’origine notamment ceux du Sahel comme le Mali et le Niger.  Les autorités algériennes ont pris toutes les mesures pour la prise  en charge de ces migrants jusqu’au retour de la stabilité et de la sécurité  dans leur pays respectifs et ce, en application des engagements internationaux  ratifiés par l’Algérie en matière de respect des droits de l’homme, a-t-il encore  poursuivi.  *El Watan-13.12.2012.      

**De plus en plus Tunisiens fuient leur pays vers l’Algérie, a la cherche d’une meilleure vie de l’autre côté de la frontière

Ils sont de plus en plus nombreux en Tunisie à tenter le voyage sans retour vers l’Algérie. Alors que de nombreux Algériens fuient leur pays, leurs voisins tunisiens cherchent une meilleure vie de l’autre côté de la frontière.

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Des Tunisiens de Ghardimaou, du gouvernorat de Jendouba, dans la région des frontières nord-ouest de la Tunisie, ont décidé de marcher en direction de l’Algérie, ce lundi 7 janvier, pour dénoncer leurs conditions de vie dans leur pays, d’après la radio tunisienne Shems FM. Ils défendent leur droit à une amélioration de leur situation sociale et à trouver du travail.

Pour ces Tunisiens, cette marche est symbolique, ils se dirigent vers l’Algérie, un pays où il fait meilleur vivre par rapport à la Tunisie. En effet, l’an dernier de nombreux cas de harragas tunisiens ont été recensés. Ce phénomène a commencé à se développer après la chute de Ben Ali en Tunisie et la révolution tunisienne. L’instabilité sociale du pays a poussé de nombreux Tunisiens à se rendre en Algérie. Il faut rappeler que plusieurs groupes de Tunisiens avaient tenté de passer la frontière algérienne. En février et en mars 2012, des dizaines de jeunes Tunisiens avaient fui leur pays. En août 2011, l’Algérie avait également découvert 70 Tunisiens de la région de Feriana, du gouvernorat de Kasserine, tentant de rejoindre le village algérien de Boudarias.

Avec près de 691 700 chômeurs dans leur pays, les Tunisiens sont las d’attendre une évolution de la situation socio­économique qui ne semble pas vouloir se produire. Beaucoup optent pour la seule alternative qui se présente à eux : la fuite.*algerie-focus.com–07.janvier, 2013

**Une longue tradition dans l’humanitaire

   «Depuis le déclenchement des hostilités au Mali au début de l’année 2012, un nombre important de Maliens ont rejoint l’Algérie, en quête de sécurité.» Tel est le constat fait dans le dernier  rapport de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés.
«Ces réfugiés sont pour la plupart accueillis dans des familles qui vivent le long de la frontière.» D’après les informations communiquées au HCR, «des milliers de Syriens sont également arrivés par avion dans le pays. Tant les Maliens que les Syriens bénéficient de l’assistance du Croissant-Rouge algérien, qui dispose actuellement des ressources nécessaires pour répondre aux besoins de ces deux populations réfugiées».
Selon Adrian Edwards, porte-parole  du HCR, «malgré les améliorations de la situation sécuritaire dans certaines régions, la peur de rentrer est courante». Sur les 430.000 personnes déracinées depuis début 2012 au Mali, selon  les statistiques disponibles, près de 260.665 personnes sont déplacées à l’intérieur des frontières de leur pays.
La population réfugiée s’élève à près de 170.000, dont plus de 70.000 en Mauritanie, 47.200 au Burkina Faso, 50.000 au Niger et 1.500 en Algérie, selon ses chiffres.
Pour M. Edwards, les retours spontanés parmi les personnes déplacées sont encore faibles, bien que les services d’autobus aient repris la semaine dernière entre Bamako et la ville de Gao dans le Nord, tandis que les embarcations  ont également repris les liaisons pour desservir les villes de Mopti et de Tombouctou.           Pour les personnes déplacées et les réfugiés, la principale inquiétude concerne l’insécurité. «La poursuite des combats, les attentats-suicide, les attaques de représailles contre certaines communautés, la présence de mines  terrestres et de munitions non explosées dans les régions de Mopti, Gao et Tombouctou,  sont cités comme motifs de reporter le retour», a déclaré M. Edwards.
L’absence de services essentiels dans le nord du Mali est également un facteur : avec peu d’écoles ouvertes sur place, et les autorités gouvernementales encore absentes dans de nombreuses villes, beaucoup de familles déplacées préfèrent encore attendre.
Il a souligné que «pour les personnes qui se trouvent en dehors du Mali, une complication  supplémentaire concerne l’appartenance ethnique». Précisant que la majorité des réfugiés sont Touareg ou Arabes, M. Edwards a affirmé que «la peur des attaques de représailles est très répandue, ainsi que la peur de la criminalité ou de la présence de djihadistes dispersés au sein de la communauté». Selon le HCR, des efforts de réconciliation sont nécessaires en urgence, ainsi que des efforts pour combattre l’impunité, encourager la coexistence pacifique entre les communautés, aider à la stabilisation, ainsi qu’au rétablissement de la sécurité à long terme, et empêcher que les crises de déplacement du Mali ne se prolongent.
Les Maliens et les Syriens bénéficient de l’assistance de l’État qui a l’habitude de venir en aide et répondre aux besoins de ces deux populations réfugiées. Dans ce contexte, il y a lieu de rappeler que le président du Croissant-Rouge algérien, M. Hadj Hamou Benzeghir, avait déclaré récemment que l’Algérie possède les capacités matérielles et humaines susceptibles de lui permettre de prendre en charge les refugiés maliens quel que soit leur nombre, précisant que pour l’instant, «on n’a pas encore assisté à un rush des ressortissants de ce pays en proie à une crise politique sans précédent et depuis le début des combats».
Dans le sillage de sa déclaration, il a mis en valeur l’expérience avérée de notre pays dans le domaine de la prise en charge des refugiés, comme ce fut le cas durant les années 1990 où 60.000 réfugiés maliens et nigériens se sont installés sur notre territoire. «Ces refugiés ont bénéficié d’un traitement global et adéquat», a-t-il rappelé.

Une longue tradition dans l’humanitaire
Le gouvernement algérien a d’ailleurs pris les devants en mobilisant tous les moyens nécessaires en termes d’accueil, de main-d’œuvre, en mettant en place un centre d’hébergement doté des équipements indispensables et conforme aux critères internationalement reconnus, et ce à l’effet de garantir un maximum de sécurité jusqu’à ce que ces refugiés puissent retourner chez eux dès lors que la quiétude sera réinstaurée au Mali. L’Algérie ayant en cette occurrence recouru à un renforcement de ses capacités dans ce domaine depuis ces cinq années. En effet, «le centre de Timiaouine reste le plus performant en comparaison avec ce qui existe de similaire dans tous les pays voisins du Mali», a également souligné, M. Hadj Hamou Benzeghir. Pour rappel, l’Algérie, voulant éviter une catastrophe humanitaire, a entrepris très tôt de porter son aide à ces sinistrés, principalement ceux se trouvant sur son territoire. C’est une contribution constante de l’Algérie pour soulager les populations déplacées du pays suite à la crise au nord du Mali. L’Algérie avait récemment offert à ce pays, des vivres  pour l’aider à faire face à une situation humanitaire créée par l’occupation de ses régions septentrionales. En février dernier, l’Algérie a décidé de fournir des aides humanitaires aux réfugiés maliens ayant fui leur pays vers le Niger, le Burkina Faso et la Mauritanie.
La politique d’aide de l’Algérie envers ces réfugiés ne se limite pas uniquement qu’à ceux qui se trouvent sur son territoire, mais bien à l’ensemble des sinistrés du conflit dans d’autres pays des niveaux inférieurs à leurs moyennes à long terme.
On rappelle que l’Algérie avait accordé, début 2012, une aide humanitaire d’urgence de 65 tonnes au bénéfice des Maliens revenus de Libye et aménagé des sites d’accueil pour les réfugiés maliens et leur a accordé une aide de 135 tonnes de vivres.
En plus de l’accueil et de la prise en charge des Maliens réfugiés en Algérie, les autorités algériennes ont accordé des aides humanitaires aux ressortissants maliens ayant trouvé refuge en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso. Par ailleurs, les 18.000 Syriens venus sur le territoire algérien ont bénéficié des conditions d’une vie décente, en leur offrant la sécurité, ainsi qu’aux 4.000 autres qui y résident légalement.*Wassila Benhamed-El Moudjahid-04.03.2013.

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**Les réfugiés libyens dans la wilaya d’Illizi-Algérie

Environ 5.000 libyens se sont réfugiés dans la wilaya d’Illizi dans des camps ou dans la ville, et ces gens tentent de survivre…

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Des hommes, des femmes, jeunes et moins jeunes qui, à un moment donné de leur vie, habitaient ce qui s’appelait officiellement, entre 1969 et 2011, la Jamahiriya arabe libyennne . Aujourd’hui, ils sont environ 5.000 à s’être établis à travers l’immensité saharienne de la wilaya d’Illizi, principalement à Debdeb, Bordj Omar Idriss et dans le chef-lieu de wilaya. Deux ans après leur arrivée en Algérie, leur situation est toujours aussi précaire. Mohamed, un jeune Touareg algérien, gère un cybercafé au centre-ville d’Illizi : «Les Libyens qui sont chez nous, qu’ils soient Touareg ou non… sont encore meurtris par rapport aux événements qui ont secoué leur pays qui, pourtant, paraissait l’un des plus stables de la région, si ce n’est du continent africain.» Dans leur majorité, ils sont Touareg. Rares sont ceux qui sont venus des grandes villes du nord du pays, comme Tripoli, Syrte ou même Benghazi.

Dans le centre-ville d’Illizi, à un rond-point surplombé d’une majestueuse statue d’un Touareg sorti tout droit du Tassili, une automobile, immatriculée en Libye, s’arrête non loin d’un café. Le chauffeur, un certain Ali, âgé d’une trentaine d’années, raconte : «J’habite Sebha, au sud de la Libye. Je viens régulièrement en Algérie, mais depuis que la frontière a été fermée, je suis obligé de transiter par la Tunisie. J’ai de la famille ici à Illizi. Certains membres sont établis en Algérie depuis plusieurs années et sont bien intégrés dans la population, mais d’autres… Ceux-là, c’est clair que ce sont des clandestins. Ils vont avoir des difficultés énormes à régulariser leur situation, surtout ici à Illizi-ville. Ceux de Debdeb, au moins, vivent dans des camps de réfugiés, mais pour combien de temps ? Ceux d’Illizi sont hébergés chez des familles, parfois se cachent à l’extérieur de la ville, mais ça ne peut pas durer.»

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Direction In Amenas sur la RN3. La nuit va bientôt tomber et, dans cette partie du territoire algérien, elle tombe vite. Nous avons fait au moins 40 km sur la piste, puis la Toyota s’arrête net. Pour éviter des soupçons, il faut continuer à pied. La marche s’étend dans la nuit noire sur du sable et de la pierraille. Elle dure au moins trois quarts d’heure dans le noir le plus total. Au loin, un feu est allumé. Une quinzaine de personnes autour de ce réchaud improvisé. Beaucoup d’hommes, quelques femmes. Certains habillés à la mode terguie, d’autres non. Beaucoup sont bruns. Un homme, que nous appellerons Ahmed, paraît avoir 45 ans, une épaisse moustache sur le visage, des dents lui manquent. (…)

A la sortie d’Illizi,  c’est un couple avec trois enfants, originaire de Sebha, qui héberge trois parents, originaires de Syrte, le bastion d’El Gueddafi. Trois parents, trois hommes, âgés respectivement de 43, 38 et 27 ans. Ils ont fui Syrte au cours de l’été 2011, lors des bombardement des forces de l’OTAN. «Au lieu de prendre la direction de la Tunisie, comme la plupart de nos compatriotes, explique Omar, le plus âgé des trois, nous avons préféré nous rendre en Algérie. La Tunisie était promise à un avenir instable, alors que l’Algérie paraissait beaucoup plus solide sur le plan politique. Après quelques mois, au centre du Croissant-Rouge de Debdeb, certains de notre groupe ont voulu tenter leur chance à Hassi Messaoud. Mes deux compagnons et moi-même avons préféré nous établir à Illizi où j’avais quelques contacts sur place. D’ailleurs,je n’ai plus eu une seule nouvelle des autres qui nous accompagnaient. Nous étions un groupe de 10 initialement.» Idriss, le troisième homme, se redresse d’un coup. Il insiste sur les conditions de vie, de «survie» même : «De temps à autre, nous essayons de gagner notre vie, à travers de petits boulots au noir. Je fais un peu de mécanique, chez un garagiste du coin. Je lui rends service. Il me paye un peu, ça me permet de me nourrir et de ne pas mendier. El Hamdoulillah, je tiens le coup, mais pour combien de temps, encore. Quand je pense que des Libyennes sont livrées à elles-mêmes. Ça fait mal. Il paraît que certaines s’adonnent à la prostitution du côté d’In Aménas et de Djanet. Elles tentent elles aussi de survivre en vendant leur corps, ce qu’elles n’auraient jamais fait du temps de la grande Jamahiriya.»»»Nous étions un groupe de 10 initialement.» Idriss, le troisième homme, se redresse d’un coup. Il insiste sur les conditions de vie, de «survie» même : «De temps à autre, nous essayons de gagner notre vie, à travers de petits boulots au noir. Je fais un peu de mécanique, chez un garagiste du coin. Je lui rends service. Il me paye un peu, ça me permet de me nourrir et de ne pas mendier. El Hamdoulillah, je tiens le coup, mais pour combien de temps, encore. Quand je pense que des Libyennes sont livrées à elles-mêmes. Ça fait mal. Il paraît que certaines s’adonnent à la prostitution du côté d’In Aménas et de Djanet. Elles tentent elles aussi de survivre en vendant leur corps, ce qu’elles n’auraient jamais fait du temps de la grande Jamahiriya.»Nous étions un groupe de 10 initialement.» Idriss, le troisième homme, se redresse d’un coup. Il insiste sur les conditions de vie, de «survie» même : «De temps à autre, nous essayons de gagner notre vie, à travers de petits boulots au noir. Je fais un peu de mécanique, chez un garagiste du coin. Je lui rends service. Il me paye un peu, ça me permet de me nourrir et de ne pas mendier. El Hamdoulillah, je tiens le coup, mais pour combien de temps, encore. Quand je pense que des Libyennes sont livrées à elles-mêmes. Ça fait mal. Il paraît que certaines s’adonnent à la prostitution du côté d’In Aménas et de Djanet. Elles tentent elles aussi de survivre en vendant leur corps, ce qu’elles n’auraient jamais fait du temps de la grande Jamahiriya.»Il insiste sur les conditions de vie, de «survie» même : «De temps à autre, nous essayons de gagner notre vie, à travers de petits boulots au noir. Je fais un peu de mécanique, chez un garagiste du coin. Je lui rends service. Il me paye un peu, ça me permet de me nourrir et de ne pas mendier. El Hamdoulillah, je tiens le coup, mais pour combien de temps, encore. Quand je pense que des Libyennes sont livrées à elles-mêmes. Ça fait mal. Il paraît que certaines s’adonnent à la prostitution du côté d’In Aménas et de Djanet. Elles tentent elles aussi de survivre en vendant leur corps, ce qu’elles n’auraient jamais fait du temps de la grande Jamahiriya.»Il insiste sur les conditions de vie, de «survie» même : «De temps à autre, nous essayons de gagner notre vie, à travers de petits boulots au noir. Je fais un peu de mécanique, chez un garagiste du coin. Je lui rends service. Il me paye un peu, ça me permet de me nourrir et de ne pas mendier. El Hamdoulillah, je tiens le coup, mais pour combien de temps, encore. Quand je pense que des Libyennes sont livrées à elles-mêmes. Ça fait mal. Il paraît que certaines s’adonnent à la prostitution du côté d’In Aménas et de Djanet. Elles tentent elles aussi de survivre en vendant leur corps, ce qu’elles n’auraient jamais fait du temps de la grande Jamahiriya.»Il me paye un peu, ça me permet de me nourrir et de ne pas mendier. El Hamdoulillah, je tiens le coup, mais pour combien de temps, encore. Quand je pense que des Libyennes sont livrées à elles-mêmes. Ça fait mal. Il paraît que certaines s’adonnent à la prostitution du côté d’In Aménas et de Djanet. Elles tentent elles aussi de survivre en vendant leur corps, ce qu’elles n’auraient jamais fait du temps de la grande Jamahiriya.»Il me paye un peu, ça me permet de me nourrir et de ne pas mendier. El Hamdoulillah, je tiens le coup, mais pour combien de temps, encore. Quand je pense que des Libyennes sont livrées à elles-mêmes. Ça fait mal. Il paraît que certaines s’adonnent à la prostitution du côté d’In Aménas et de Djanet. Elles tentent elles aussi de survivre en vendant leur corps, ce qu’elles n’auraient jamais fait du temps de la grande Jamahiriya.»

Quant aux relations avec la population locale, elles sont plutôt bonnes, selon nos interlocuteurs. «Tout se passe correctement. D’ailleurs, certains de nos compatriotes touareg qui vivent ici depuis des années nous ont beaucoup aidés moralement. (…) Les Libyens de la wilaya d’Illizi voient un sombre avenir pour leur pays. «Ils sont complètement déstabilisés, conclut Mohamed, le gérant du cybercafé. Beaucoup n’ont vécu que les 42 ans de règne d’El Gueddafi. Ils ont grandi avec lui, ils ont été en quelque sorte éduqués par lui, d’où cette agressivité qu’ils expriment. Mais ils doivent réapprendre à vivre, et ça prendra du temps, malheureusement.»*

Le Franc CFA, la France à fric

Le Franc CFA, la France à fric

Le Franc CFA, la France à fricLe « CFA » est le nom donné à deux monnaies utilisées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Des monnaies arrimées à l’euro par un système de parité garantie par la France.

Depuis 1945, le franc CFA — comprendre Colonies Françaises d’Afrique, son appellation initiale — est l’un des principaux moyens de paiement en Afrique. Mais l’utilisation du franc CFA a un prix : chacun des 15 pays qui a adopté cette devise doit gentiment déposer 50 % — le taux était de 65 % avant 2005 — de ses réserves monétaires sur le compte du Trésor français. Même si le franc CFA a été renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la région, faisant subir à ces pays des choix économiques dictés directement par Paris. La France ira même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA comme ce fut le cas en 1994.

LE FRANC CFA PROFITE AUX INVESTISSEMENTS ET AUX BIEN MAL-ACQUIS

Il y a donc actuellement environ 8 000 milliards de francs CFA stockés au Trésor public, soit plus ou moins 12 milliards d’euros.Le Trésor français consent néanmoins, dans sa grande mansuétude, à faire des avances mais qui en aucun cas ne peuvent dépasser 20 % des recettes budgétaires. Néanmoins, dans un élan de générosité, la France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, sans oublier de se servir au passage grâce à des placements privés. Des sommes dégagées au profit de la France qui représentent plusieurs centaines de millions d’euros. Pire, la part d’intérêts versée aux pays inféodés au CFA est comptabilisée dans… l’Aide française au développement ! Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situation économique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose un contrôle des dépenses publiques pour que l’approvisionnement du compte d’opérations de la France soit garanti.

Hier lié au franc français, le CFA est aujourd’hui directement lié à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de la santé de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne. Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euros avant de l’être en francs CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc subissent les fluctuations de leur monnaie sans pouvoir intervenir. Les principes de convertibilité et de libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone CFA pouvant rapatrier à leur guise leurs liquidités vers la France sans entrave au profit des élites africaines choisies par la France afin qu’ils puissent s’acheter des biens qui, selon les caprices de la France, seront des investissements ou… des biens mal-acquis.

VOUS AVEZ DIT STABILITÉ ?

Et même si l’Union Européenne a indiqué que « les avantages de l’intégration économique au sein de chacune des deux unions monétaires de la zone franc CFA, et plus encore entre eux, sont restés remarquablement bas », il n’en demeure pas moins que certains trouveront toujours les mots pour argumenter sur les bienfaits d’une telle situation qui n’est en réalité que du « colonialisme économique », entretenu de tous temps par la Françafrique. Et même si l’argument des « bienfaits » du franc CFA tourne souvent autour de sa stabilité par son rattachement à l’euro, effectivement l’Afrique caracole de façon « stable » en tête en matière de malnutrition, d’alphabétisation et de pauvreté en général. Des pays qui manquent d’eau et qui sont pour la plupart à des niveaux d’électrification inférieurs à 50 %.Effectivement, on peut parler de « stabilité » car, depuis l’indépendance, s’il y a une chose qui demeure stable c’est bien le « foutage de gueule » de la France.

Voici expliqué le système dont se sert la France afin de preter aux africains leur propre argent.

ACC-Côte d'Ivoire

frança

suite de notre série d’articles sur le Franc CFA, l’un des instruments dont se sert la France afin de maintenir l’Afrique francophone dans un état d’esclavage institutionnalisé.

Première partie  ici

Deuxième partie Ici

Troisième partie ici

  1. C4-La centralisation des changes ou les comptes d’opérations

Les comptes d’opérations ont une origine nazie (C4-1) et un mécanisme de fonctionnement (C4-2) qui a des conséquences très lourdes sur les Africains (C4-3).

C4-1 L’origine nazie des comptes d’opérations

La France applique actuellement aux Africains les cruautés financières que l’Allemagne nazie lui a infligées pendant l’occupation selon le mécanisme du clearing ci-dessous décrit.

« Pour piller les biens de la France, l’Allemagne avait d’abord imaginé un tribut qui, sous prétexte de faire face aux frais d’entretien de son armée d’occupation, lui laissait un excédent considérable. Elle se créait ainsi des disponibilités qui lui permettaient de se procurer sans bourse délier tout ce qu’elle jugeait…

Voir l’article original 6 191 mots de plus

ED-DARIJA, LA LANGUE CONSENSUELLE DU MAGHREB :

 


De l’eau et du sang ont coulé sous les ponts en Algérie depuis que le linguiste Abdou Elimam a rebattu les cartes du débat sclérosé sur les langues. C’était avec une première version du Maghribi, parue à l’Anep (1997), puis une seconde chez Dar el-Gherb (2003) et la dernière aux éditions Frantz Fanon (2016). Mais nos échanges et nos questionnements sur la problématique des langues en Algérie et au Maghreb remontent à plus loin. Dans la presse, le premier entretien a paru dans l’hebdomadaire Algérie Actualité, au début des années 1990. Depuis cette époque, Abdou Elimam a roulé sa bosse en France, en Palestine, en Tunisie… A chaque fois ramené à Oran par son attachement à cette ville natale qui hante les mémoires de tous ceux, comme lui, qui y ont vécu dans les années 1960-1970. Ce qui est intéressant chez Abdou Elimam c’est que c’est un intellectuel en éveil, qui n’a pas peur de confronter son savoir et ses convictions aux nouvelles théories, connaissances et expériences, apparues à travers le monde. Cet entretien justement nous a permis de faire le point sur le chemin qu’il a parcouru dans sa quête de linguiste.

 Lorsqu’en 1997 le directeur de l’Anep d’alors accepte de me publier, il le fait dans un contexte politique tendu et dangereux. A sa sortie, le livre fait peu de vagues – hormis quelques positions berbéristes faites de réserves plus idéologiques que scientifiques ou historiques. C’est avec la seconde édition, en 2004, que le débat commence à s’installer et que j’ai pu prendre la parole dans plusieurs réunions publiques, à la télévision, dans la presse. A vrai dire – et jusqu’à présent – je n’ai jamais rencontré de contradicteur qui remette en cause, preuves à l’appui, les origines puniques du maghribi. Quant à nos rapports avec la langue arabe, là non plus je n’ai pas rencontré de contradicteurs. La raison en est que les gens croient savoir ce que mon livre contient à partir des quelques interviews ou articles parus dans la presse – j’ai même de fortes raisons de croire que (bien) peu de lecteurs ont lu l’ouvrage dans sa totalité. Ce qui est bien regrettable. Certes, il y a des parties dites «techniques» — que l’on peut passer – mais il y a de la matière sur la langue punique, sur la normalisation de l’arabe, sur la lecture du Coran et bien entendu, sur la langue maghribie, elle-même. Si les thèmes abordés n’ont pas passionné les nôtres, ils ont quand même intéressé des chercheurs dans de nombreux pays : USA, Grande-Bretagne, France, Tunisie, Maroc, et bien d’autres lieux. Le substrat punique du maghribi et son statut de langue à part entière sont deux thèmes qui semblent le mieux passer. Au Maroc, le livre (Le maghribi alias ed-darija) est même utilisé par les défenseurs de «la derja à l’école» comme référence scientifique à l’appui de leurs arguments. En Tunisie, le livre a fait débat après «la révolution» et semble nourrir l’argumentation des défenseurs des langues maternelles.
En Algérie, mes thèses sont reprises par les uns et les autres, selon la conjoncture. Je sers de «parapluie». Le fait qu’il n’y ait pas de suivi est certes problématique. Il aurait été profitable pour tous que les étudiants en mastère ou en doctorat s’emparent de cette thématique (même de manière critique, bien entendu), pas seulement en sociolinguistique, mais également en psychologie, en anthropologie, en sociologie, en sciences de l’éducation, en sciences cognitives, en neurolinguistique, etc. Qu’est-ce qui les en empêche ? Les ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur pourraient intégrer cette réflexion de manière stratégique, sans tabou. Or, un interdit politique semble inhiber toute action allant dans ce sens. Et pourtant ! Cela viendra le jour où nous finirons par avoir le courage politique de nous confronter à un bilan – sans concession. Nous pourrons alors débusquer l’impact que le rejet de la langue maternelle aura eu sur les comportements, la cognition, la diffusion des savoirs. Autant de domaines qui devraient interpeller ces nobles institutions.

Votre corpus est-il suffisant pour convaincre du statut de langue du maghribi ?
Je vais, si vous le permettez, vous conter une petite anecdote bien révélatrice. Au début des années 2000 – porté par l’enthousiasme qu’avait généré l’élection du Président Bouteflika – j’avais proposé à la ministre de la Culture d’alors, de récupérer auprès d’Etats divers une masse importante de productions littéraires (en langue maghribie) en vue de produire une anthologie de la littérature algérienne de langue maghribie. Ces travaux couvrent pas moins de 1 000 ans. Ce n’est pas peu dire, n’est-ce pas ? Des qassidate, des poèmes, de la prose, des proverbes, des écrits de vulgarisation scientifique, des écrits diplomatiques et religieux, etc. Après quelques mois, un service du ministère me communique une fin de non-recevoir sous prétexte que les «recherches personnelles» ne sont pas prises en charge par ledit ministère. Pour revenir à votre question, plus précisément, je ne me place pas dans la configuration de convaincre des locuteurs étrangers à une langue. En fait, je ne parle que de leur propre langue, celle qu’ils ont investie dès les premiers mois de leur vie auprès de leurs parents et grands-parents. A ce propos, il est tout de même paradoxal et symptomatique d’entendre des gens refuser un statut juridique à la langue maghribi (ou derja) au prétexte (fallacieux) qu’elle ne serait pas scientifique, qu’elle n’aurait pas de règles grammaticales, etc. Mais de tels propos sont, la plupart du temps, tenus dans leur propre langue, en derja !
Ce que les longues décennies d’occupations coloniales de notre territoire ont fini par nous inculquer, c’est une sorte de «haine de soi», un complexe d’infériorité (vis-à-vis des puissances colonisatrices) qui hante nos esprits, encore aujourd’hui. Nous refusons à nous-mêmes le statut de peuple majeur avec ses langues, ses coutumes et son imaginaire. Voyez-vous, en tentant de nous fondre dans une arabité d’emprunt, en considérant que nous sommes dépourvus de culture et de langue, en nous déguisant sous des habits d’importation récente, en nous présentant comme plus arabisants que les Arabes, plus religieux que tous les musulmans. Nous nous sommes laissés happer par un cycle de violences multiformes qui a généré des comportements de xénophobie, d’égoïsmes et de nihilisme qui font le lit à une bombe à retardement aux effets dévastateurs innombrables. Mais que seules les générations à venir devront affronter. Nos générations, bien que totalement responsables, ne seront plus de ce monde pour rendre des comptes.

Kateb Yacine a dit un jour (en poète visionnaire qu’il était), à propos du choix de l’arabe classique par le pouvoir : «C’est pour maintenir le peuple à distance.» Quelles interprétation et appréciation faites-vous de cette métaphore ?
Il est clair que Kateb Yacine exprimait une vision sur les langues qui s’adossait à une réalité historique dont il a été témoin. C’est celle de l’émergence sur la scène internationale d’un Etat-nation qui arrachera à la domination coloniale de la France une indépendance qui lui aura coûté plus d’un million et demi de martyrs.
Or, la prise de conscience nationale qui en aura préparé l’expression et la mobilisation, avait su prendre appui sur la langue française, que Kateb Yacine assimilera à un «butin de guerre». Les choix glottopolitiques (politique linguistique) du bien jeune Etat national, en optant tous azimuts pour l’arabe au détriment des véritables langues de la Nation (la «derja» et le berbère), en toute bonne foi, faisaient fi de la société langagière. C’est cet aveuglement, à la fois purement idéologique et, paradoxalement, anti-national, qui se traduira, dans les faits, par une sorte de mise à l’écart du peuple. Comment comprendre toutes ces formations discursives émergentes (radio, télévision, enseignement, justice, etc.) qui se disent dans une langue autre, une langue sans territoire et dont la profondeur historique ne présente aucun écho pour le natif algérien. Sauf, bien entendu, les résonances coraniques. Si l’on revient à aujourd’hui, Kateb Yacine pourrait vérifier que près de cinquante années plus tard, le peuple est d’autant plus exclu qu’il s’est forgé son propre espace de survie… à l’écart des institutions.
L’économie est à dominante souterraine, les échanges répondent à des lois implicites, la participation aux élections n’aura jamais été aussi désertique et le regard sur le politique et les politiques est profondément perverti.

Vous parlez de «démocratie linguistique», expression très séduisante et qui donne envie de l’explorer. Si on la prend comme horizon spécifique, comment l’atteindre dans un contexte d’adversité ? Y a-t-il des expériences ailleurs, dans des environnements comparables ? Par ailleurs (vieux débat), peut-on séparer, segmenter voire prioriser, les domaines de revendications démocratiques de la nécessité globale ou nationale ?
Cette notion de «démocratie linguistique» est importante ; c’est même sur cette base que les politiques linguistiques sont censées se développer. A titre d’exemple d’application de ces principes, mentionnons le fait que dans les pays nord-européens, une classe dans la langue des élèves est ouverte dans l’école du coin dès lors que la population d’élèves parlant cette autre langue atteint les 10%; aux Etats-Unis, les Constitutions de chacun des 50 Etats désignent ses langues officielles (4 en Californie, 5 en Floride, etc.). C’est aussi sur la base de ce principe que l’Unesco ne cesse de suggérer, preuves à l’appui, qu’il serait profitable que les systèmes d’enseignement se fassent en langues maternelles, les 4 ou 5 premières années, avant d’intégrer la langue d’État. La Banque mondiale, qui passera par une enquête mondiale sur l’impact de la langue maternelle sur l’enseignement (réussite/échec ; poursuite/abandon, etc.) rejoint ce peloton pour suggérer que les systèmes d’enseignement s’effectuent dans la langue maternelle des élèves les 3 ou 4 premières années du primaire. Son enquête démontre par «a»+«b» que l’enseignement qui démarre en langue maternelle produit plus de 70% de succès face à l’enseignement dans la langue d’Etat où le taux de succès est de 30%. Ce travail vient conforter la thèse cognitive pour qui le savoir se développe et s’articule grâce au langage. Or, notre nature d’êtres sociaux nous fait tous accéder au langage sous la forme de la langue maternelle ; voilà pourquoi, il est reconnu de manière absolue que la langue maternelle prépare à l’élaboration et développement cognitifs. Ces procédures, une fois acquises et mécanisées («mémoire procédurale»), peuvent alors être transférées lors de l’acquisition d’une autre langue – je vous laisse deviner ce qui se passe lorsque la langue maternelle est inhibée et/ou refoulée… En fait, entamer le cycle de formation initiale dans une langue autre, c’est occuper l’esprit de l’apprenant à «déchiffrer» les messages et consignes plutôt qu’à élaborer et enrichir ses connaissances. Voilà pourquoi la seule alternative cognitive qui se présente à l’apprenant, c’est le recours au «parcœurisme» : là réside l’illusion d’optique d’un système éducatif productif. Le rejet politique des principes cognitifs et psycho-linguistiques universels a fini par se traduire en échec massif. De tels comportements inhibitoires produisent partout les mêmes effets. En Irlande, où, dans les années 1960, l’on a imposé une langue non consensuelle, «l’irlandais officiel» (sorte de tamazight local), il ne reste plus, dans les années 2000, que 25 à 30% de classes en irlandais ; le reste étant accaparé par la langue anglaise ! Et ce sont les parents d’élèves qui ont fini par opter pour un tel choix, laissant la politique linguistique impuissante face à la massification de la tendance.
Pour revenir à la deuxième partie de votre question, il est clair que l’enjeu de la démocratie linguistique, c’est de permettre aux locuteurs de s’émanciper à la fois par l’échange social, et par l’accès au savoir. Or, cet accès au savoir commence avant l’école. Cette dernière ne devrait que conforter puis formaliser ces savoirs plutôt que de prétendre à leur substituer d’autres via une langue (seconde) exclusive. Par conséquent, la question de la démocratie linguistique – si l’on se réfère à l’exemple irlandais – ne doit pas être tributaire d’une surdétermination par le politique (dans le sens moderne du terme). La démocratie linguistique c’est avant tout un certain nombre d’actes culturels et civiques qui permettent l’émancipation des individus en sujets de droit – et j’insiste sur ce concept de sujet de droit.

Vous dites que c’est une langue «consensuelle du Maghreb». Mais le Maghreb lui-même reste une virtualité qui prend l’allure d’une utopie.
Nous sommes tous sous l’emprise de la virtualité : vous, moi, nos langues, le Maghreb historique… Il y a deux façons de voir le Maghreb : soit il constitue un continuum historique marqué de failles momentanées ; soit il est posé comme un ensemble d’entités juridiques étanches. Sa réalité ontologique d’une appartenance culturelle commune ne fait aucun doute : langues, traditions culinaires, filiations sanguines, histoire partagée, situation géographique, etc. J’ai eu l’occasion d’effectuer de longs séjours professionnels chez nos deux voisins et je peux vous assurer que mis à part une petite poignée de spécificités linguistiques, l’essentiel de la structure linguistique est commun : syntaxe, lexique, phonologie, champs sémantiques. Le fait que les politiques prennent des mesures de réserve n’efface pas la réalité culturelle et linguistique de cet espace qui a forgé notre identité au long de longs siècles – il suffit d’aller à l’étranger pour réaliser combien (malgré nos préjugés) nous nous sentons plus proches des Marocains et/ou des Tunisiens que de n’importe quel Arabe. Je dis que la langue maghribie est consensuelle parce que, de fait, elle est adoptée par la majorité des locuteurs natifs maghrébins – y compris les berbérophones. Les linguistes connaissent bien ce phénomène de koinè où une forme linguistique hégémonique (dans le sens gramcien du terme) émerge comme langue adoptive, puis native de tout un ensemble de populations. Ce fut le cas du grec et de bien d’autres langues, mais ce n’est pas le cas de l’arabe ! Pourquoi ? Parce que l’arabe n’est jamais parvenu à devenir une langue native (ou maternelle, si on veut). Elle ne survit que grâce au Coran et au volontarisme politique des Etats arabes. Mais cela n’est pas un handicap, certes ! Il faudrait tout simplement que la langue consensuelle parvienne à émerger en tant que koinè, en parallèle à la présence institutionnelle de la langue arabe. Il n’y a pas de conflit intrinsèque entre les deux langues, en fait. Je dirais même que le maghribi pourrait permettre une meilleure «arabisation» dans la mesure où le passage de l’une à l’autre est possible, faisable et même souhaitable.

Vous militez pour légitimer le «maghribi, alias ed-derija» depuis une quarantaine d’années. Où en est la revendication que vous défendez comme un coureur de fond et dans la solitude ?
A l’instar du médecin qui se penche sur le patient avec un regard prospectif ayant en tête les mécanismes neurobiologiques et anatomiques, le linguiste a un regard «internaliste» sur les langues. Non pas les langues en souffrance seulement, mais également les langues dans leur vitalité optimale. En fait, ce que toutes les langues ont en commun c’est leur nature d’artefact culturel qui ne s’active que par un acte subjectif, celui de la prise de parole – les langues ne «parlent pas toutes seules»! En effet une langue est une abstraction reposant sur des substrats culturels (mots, expressions, visions du monde partagées, phonologie, formations discursives, etc.) ; cela d’une part. Et, d’autre part, elle est une interface biologique et génétique, exclusive de l’échange langagier, héritée de la naissance. Accéder à la parole est donc un processus à la fois biologique et culturel – c’est pourquoi la question de l’identité linguistique a des résonances aussi profondes. Nous, Algériens, avons ce privilège, à travers la langue berbère ou le maghribi, de disposer de langues naturelles avec une profondeur historique substantielle et un univers en partage qui déborde largement de nos frontières algéro-algériennes.
Alors que la revendication berbère était largement prise en charge, le maghribi (ou derja) était livré à lui-même… même si le théâtre et la poésie à travers le raï ou le chaâbi le rappelaient à notre mémoire refoulée. Par contre, je n’oppose jamais maghribi à arabe classique ! Je demande seulement que l’arabe classique laisse une place légitime au maghribi – comme il a été possible de le faire avec tamazight (langue officielle et nationale). De ce point de vue, ma défense de la langue maghribie n’est pas parvenue à sensibiliser suffisamment les décideurs de ce pays. J’en prends acte. Cela étant dit, ces quelques semaines de débats autour de la faisabilité d’introduire la langue maternelle à l’école – suite à la suggestion de Madame la Ministre de l’Education nationale – ont témoigné d’une réelle prise de conscience populaire en faveur de la derja ou maghribi.

Il est tout de même un fait que votre combat ne parvient pas à faire tache d’huile, là où tamazight semble avoir réussi. Comment expliquez-vous cela ?
Je suis très heureux de ce qui s’est passé pour cette autre langue maternelle des Algériens, langue que j’ai toujours défendue, depuis 1980. En effet, ce n’est que réparation historique que nous parvenions à prendre en charge notre patrimoine culturel pour le défendre et le promouvoir. Mes compagnons de route berbérophones semblent oublier ces principes de démocratie linguistique – alors que le MCB, par exemple, en avait assumé la défense – et ne trouvent plus d’énergie pour prendre position en faveur de la reconnaissance institutionnelle du maghribi. Je pense que pour partie, ils craignent l’influence hégémonique de notre parler majoritaire et préfèrent s’accommoder du flou artistique qui consiste à amalgamer maghribi et arabe et vice-versa. Cependant, ce qui est surtout contre-productif dans cette affaire, c’est le rôle de «déprogrammation-reprogrammation» que jouent des institutions clés telles que l’éducation nationale ou les affaires religieuses.
En effet, la promotion exclusive de la langue arabe, présentée à la fois comme la langue du Coran (donc de Dieu) et du Paradis, ne laisse plus de place à quelque rivalité que ce soit. Cela étant dit, je pense qu’il s’agit d’une option idéologique dont les présupposés religieux ont mal été appréciés. En effet, pour que deux individus puissent parler une même langue, il faut que leurs cerveaux structurent leurs cognitions d’une manière similaire. Parler la langue de Dieu présuppose donc que nous partagions le même type de cerveau… est-ce recevable ? Par ailleurs, et il est probablement un signe qui ne trompe pas : cette langue du Coran n’a jamais – au grand jamais – réussi à devenir la langue maternelle de personne. Ni en Algérie, ni en Arabie, ni ailleurs. Et cela malgré un acharnement des dirigeants politiques arabes qui ne semblent pas encore prêts à prendre du recul pour y réfléchir et faire un bilan sans complaisance de leur acharnement. Pourtant, la nécessité d’un tel dépassement (ijtihad) assurera un meilleur avenir à nos générations montantes et témoignera de bien plus d’humilité envers le registre divin.
En somme, il ne s’agit pas pour moi d’opposer la langue du Coran à cette langue sociale et historique qu’est le maghribi. Mon objectif consiste, surtout, à pointer cette impossibilité chronique de domestiquer la langue du Coran et d’inviter à en tirer les conséquences éducatives et sociales (échec scolaire endémique, appauvrissement culturel, déferlement de la violence, a-civisme chronique, fuite en avant extrémiste, etc.). Quant au maghribi, il devrait, bien au contraire, servir de support pour favoriser l’apprentissage de cette norme arabe qui, dès le départ, visait à permettre une lecture aussi fidèle que possible du texte coranique. Cela étant dit, je vais quand même vous confier un secret : le maghribi a réussi, sous un autre nom, à être reconnu comme langue européenne officielle. Vous voulez connaître le nom d’emprunt ? Eh bien, c’est le maltais.
B. H. S.

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