Ramadan exhume de troublants écrits

Tariq Ramadan est accusé par Henda Ayari de l’avoir violée en mars 2012. Elle a porté plainte le 20 octobre dernier.

Le parquet s’est vu remettre mercredi le contenu d’une conversation privée entre leur client et son accusatrice, Henda Ayari, de longs mois après les faits présumés.

C’est une vieille conversation privée qui refait surface. Et qui révèle toute la complexité de l’affaire Ramadan, aujourd’hui entre les mains du parquet de Paris qui a ouvert une enquête préliminaire pour « viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort ». Le 5 juin 2013, soit quinze mois après le viol dont elle dit avoir été victime et qu’elle vient de dénoncer à la justice, Henda Ayari reprend contact avec l’islamologue Tariq Ramadan sur Facebook. Dans cette conversation de juin 2013 dont nous avons pris connaissance, et que le parquet s’est vu remettre mercredi, la jeune femme ne fait pas référence à son agression présumée. Ses avocats évoquent un contexte de « pressions psychologiques ».

 

« Salam Tariq comment vas-tu ? » débute Henda Ayari en ce mois de juin 2013. « Salam. J’espère que tu vas bien. Que me vaut l’honneur ? » répond le petit-fils du fondateur des Frères musulmans. « Ça fait longtemps, je voulais avoir de tes nouvelles », reprend-elle. « Et pourquoi ? Insultes et menaces ont été tes derniers mots. Pourquoi revenir ? » questionne le prédicateur. Dans l’interview qu’elle nous a accordée il y a deux semaines, Henda Ayari explique qu’elle avait effectivement continué à entretenir des liens épistolaires avec Ramadan après la nuit des abus sexuels présumés. Mais que les échanges s’étaient achevés par des insultes après son refus d’envoyer une photo d’elle dénudée.

Accusation de viol : la défense de Tariq Ramadan exhume de troublants écrits

Toujours est-il que ce 5 juin 2013, Henda Ayari s’épanche : « Nous sommes des êtres humains avec nos failles. J’étais dans une période difficile et instable et des personnes qui te haïssent m’ont monté la tête contre toi en te faisant passer pour un monstre pervers et sans cœur. »

Une seconde plainte

Plus loin, la fondatrice de l’association Libératrices poursuit dans cette même veine : « Une certaine personne m’a vraiment monté contre toi et m’a dit des choses très graves sur toi. Je l’ai crue et je le regrette car par la suite j’ai constaté que c’était une folle et une hystérique. Je pense qu’elle m’a menti sur beaucoup de choses te concernant. » A aucun moment Henda Ayari ne révèle le nom de cette « personne ». « C’est trop tard. Tu as trop parlé et tu as fait du mal. Avec des gens aux mauvaises intentions. Sois heureuse maintenant », rétorque l’intellectuel qui vient d’être mis en congé de l’université d’Oxford.

Le lendemain, le 6 juin 2013, après avoir été bloquée par Ramadan, elle lui écrit à nouveau. « Je te demande pas d’oublier mais juste de me pardonner […] je n’ai pas la moindre rancœur contre toi […] je ne souhaite plus que tu reviennes dans ma vie ni qu’on se revoit mais je veux qu’on conserve un esprit fraternel et bienveillant. » Dans ses propos, on ressent toute l’admiration qu’Ayari ressent encore pour cet homme qui a su fédérer de nombreux adeptes : « Tu as tes défauts comme moi mais aussi des qualités alors stp ne me bloque plus. Ne me prive pas de ta page et laisse-moi juste lire tes beaux écrits que j’ai toujours aimés tant lire pour méditer dessus. »

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