Ramadan exhume de troublants écrits

Tariq Ramadan est accusé par Henda Ayari de l’avoir violée en mars 2012. Elle a porté plainte le 20 octobre dernier.

Le parquet s’est vu remettre mercredi le contenu d’une conversation privée entre leur client et son accusatrice, Henda Ayari, de longs mois après les faits présumés.

C’est une vieille conversation privée qui refait surface. Et qui révèle toute la complexité de l’affaire Ramadan, aujourd’hui entre les mains du parquet de Paris qui a ouvert une enquête préliminaire pour « viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort ». Le 5 juin 2013, soit quinze mois après le viol dont elle dit avoir été victime et qu’elle vient de dénoncer à la justice, Henda Ayari reprend contact avec l’islamologue Tariq Ramadan sur Facebook. Dans cette conversation de juin 2013 dont nous avons pris connaissance, et que le parquet s’est vu remettre mercredi, la jeune femme ne fait pas référence à son agression présumée. Ses avocats évoquent un contexte de « pressions psychologiques ».

 

« Salam Tariq comment vas-tu ? » débute Henda Ayari en ce mois de juin 2013. « Salam. J’espère que tu vas bien. Que me vaut l’honneur ? » répond le petit-fils du fondateur des Frères musulmans. « Ça fait longtemps, je voulais avoir de tes nouvelles », reprend-elle. « Et pourquoi ? Insultes et menaces ont été tes derniers mots. Pourquoi revenir ? » questionne le prédicateur. Dans l’interview qu’elle nous a accordée il y a deux semaines, Henda Ayari explique qu’elle avait effectivement continué à entretenir des liens épistolaires avec Ramadan après la nuit des abus sexuels présumés. Mais que les échanges s’étaient achevés par des insultes après son refus d’envoyer une photo d’elle dénudée.

Accusation de viol : la défense de Tariq Ramadan exhume de troublants écrits

Toujours est-il que ce 5 juin 2013, Henda Ayari s’épanche : « Nous sommes des êtres humains avec nos failles. J’étais dans une période difficile et instable et des personnes qui te haïssent m’ont monté la tête contre toi en te faisant passer pour un monstre pervers et sans cœur. »

Une seconde plainte

Plus loin, la fondatrice de l’association Libératrices poursuit dans cette même veine : « Une certaine personne m’a vraiment monté contre toi et m’a dit des choses très graves sur toi. Je l’ai crue et je le regrette car par la suite j’ai constaté que c’était une folle et une hystérique. Je pense qu’elle m’a menti sur beaucoup de choses te concernant. » A aucun moment Henda Ayari ne révèle le nom de cette « personne ». « C’est trop tard. Tu as trop parlé et tu as fait du mal. Avec des gens aux mauvaises intentions. Sois heureuse maintenant », rétorque l’intellectuel qui vient d’être mis en congé de l’université d’Oxford.

Le lendemain, le 6 juin 2013, après avoir été bloquée par Ramadan, elle lui écrit à nouveau. « Je te demande pas d’oublier mais juste de me pardonner […] je n’ai pas la moindre rancœur contre toi […] je ne souhaite plus que tu reviennes dans ma vie ni qu’on se revoit mais je veux qu’on conserve un esprit fraternel et bienveillant. » Dans ses propos, on ressent toute l’admiration qu’Ayari ressent encore pour cet homme qui a su fédérer de nombreux adeptes : « Tu as tes défauts comme moi mais aussi des qualités alors stp ne me bloque plus. Ne me prive pas de ta page et laisse-moi juste lire tes beaux écrits que j’ai toujours aimés tant lire pour méditer dessus. »

Le luxueux train de vie de certains représentants de l’islam en France

Le luxueux train de vie de certains représentants de l’islam en France


Article très intéressant de Monsieur Mohamed Louizi, ex-Frère musulman et membre de l’UOIF, qui a connu de très près les protagonistes dont il parle et qui met le doigt sur une question essentielle, celle du détournement de l’argent des dons des mosquées. Ole merci de votre attention que oui ouin peut citer par exemple à Marseille le cas de la mosquée du marché aux puces dont tout le monde sait que des centaines de milliers d’euros ont disparu, sans oublier le gigantesque projet de la Grande mosquée de Marseille dont l’argent a également disparu…


Les Algériens de ce mois de novembre sont fatigués

Les Algériens de ce mois de novembre sont fatigués !

C.A

Durant ce début de campagne, aucun discours politique crédible n’est venu meubler les débats : les partis de l’Alliance présidentielle préfèrent parler de politique générale et d’affirmer, surtout, leur soutien au chef de l’Etat.

Ceux de l’opposition ne répondent pas aux aspirations des citoyens, comme par exemple, Ali Benflis qui continue d’exiger « le retour à la souveraineté populaire », comprendre des élections présidentielles anticipées. Quant aux candidats, outre la pauvreté intellectuelle de certains d’entre eux ainsi que leurs compétences supposées sujettes à caution, l’on apprend également qu’ils s’apprêteraient à truster les APC en famille, si l’on en croit ce qui a été rapporté par les journaux dans des localités au sud du pays. Ces élections locales, prédisent les observateurs, risquent de battre des records en termes d’abstention : la mémoire collective, le rappelait judicieusement quelqu’un, étant abreuvée par toutes ces histoires d’urnes truquées et ces rapports sur la fraude électorale, a pris le parti de ne plus cautionner de tels rendez-vous ! Et les partis politiques ont leur responsabilité : leurs discours alarmistes, anxiogènes, et la désignation d’ennemis extérieurs meublent leurs interventions. Ceux du pouvoir en usent et abusent pour légitimer des mesures disproportionnées qu’ils viendraient à prendre. Cela fait leur jeu, c’est leur mode de fonctionnement ! Il consiste précisément à gérer les contradictions et les tensions qui pèsent sur la société du fait de la crise financière, pour y trouver une forme de stabilité. La stratégie suivie est plus de contenir ces tensions à un niveau acceptable que de les éradiquer. Elle trouve sa justification dans le fait qu’elle correspond aux sources de légitimité des gouvernements qui se succèdent qui sont contenues dans « la sécurité » et la redistribution de « la rente ». En d’autres termes, les sources de déstabilisation potentielles sont aussi des facteurs de maintien du statu quo. En attendant 2019 !

En gros, les Algériens, fatigués à l’orée de ce mois de novembre, sont appelés aux urnes : ils refusent, pour la plupart, de prendre le risque de changements politiques susceptibles de déboucher sur le chaos. Pour eux, les élections locales du 23 novembre prochain ne vont rien changer à leur destinée, tout comme des « élections présidentielles anticipées » ! Pendant ce temps-là, les petites phrases, querelles, attaques personnelles continuent à meubler la scène politique nationale, au moment même où l’horizon de notre pays tend à s’obscurcir, conséquemment à la chute brutale du prix du baril de pétrole et des agitations aux frontières. C’est aussi le temps des règlements des comptes, de l’invective et des menaces, à voir le spectacle donné par les chefs du FLN et du RND qui ne se gênent plus à exposer leurs divergences, même si, faut-il le dire, Ahmed Ouyahia continue à faire dans le politiquement correct au moment même où le docteur Djamel Ould Abbès s’est autorisé à dire « qu’il a ramené de Moscou, où il était en visite, des missiles et qu’il n’hésiterait pas à appuyer sur le bouton, si jamais quelqu’un dans la classe politique ou d’ailleurs s’aventurerait à s’attaquer à sa personne ou aux militants du FLN ». S’agit-il d’une plaisanterie ou serait-ce l’annonce d’un durcissement de la campagne électorale, d’un positionnement des uns et des autres en perspective de 2019 ?

On l’aura constaté, la sécheresse politique a gagné tous les partis ! L’heure n’est plus aux propositions et aux idées et les hommes politiques algériens n’ont pas attendu, longtemps, pour parler « dru et cru». Sous la pression des joutes oratoires, leurs mots refoulés sont, parfois, pleinement exposés, publiquement, notamment par les chaînes de TV privées. Ces dernières en veulent toujours plus et pour faire de l’audience; elles créent et survendent, elles-mêmes, des événements, même si cela ne se justifie pas. Elles sont dans l’instantané, à la différence d’un «20 heures» qui peut se préparer tout au long de la journée, et elles usent les thèmes et les sujets, recherchent le scoop, le font tourner en boucle, sans prendre la peine d’en vérifier la source. Cette indignation des uns et des autres, qui s’exprime de manière aussi discourtoise que brutale, semble plutôt convenir à certains qui pensent que la politique, c’est un sport de combat où tous les coups sont permis. Les paroles les plus blessantes, les plus insultantes, et parfois… les plus amusantes sont, paradoxalement, bien accueillies par le peuple. Les passes d’armes entre politiciens ne sont pas spécifiques à tel ou tel pays et l’insulte n’est pas un fait nouveau en politique. Elle est symptomatique de la dérive langagière et comportementale de nos sociétés. Il faut dire, également, que s’indigner et dénoncer à tout va est courageux de la part de ceux qui ont fait de la politique leur métier; mais on attend des hommes politiques, qu’on partage ou pas leurs idées, qu’ils se donnent aussi les moyens de changer ce qu’ils dénoncent ! En effet, dans une démocratie, toute la campagne électorale, par exemple, est censée s’inscrire dans le débat sur les programmes et la réflexion sur les idées. Or, et loin de cette conception, certains politiques se rabattent sur les stratégies d’une bassesse inouïe, plutôt que de mettre en avant leurs visions et programmes. Aujourd’hui, ils sont victimes d’injonctions et d’insultes, mais souvent, ils commettent eux-mêmes des dérives inacceptables : propos diffamatoires, invectives et discours haineux sont pratiquement le lot quotidien de ces « tribuns » pour tenter de jeter le discrédit sur leurs adversaires.

Doctrine, assurément ! Nouvelle, non, car en Algérie, nous sommes au stade où les ennemis de la liberté d’expression ont toute licence de s’exprimer et d’insulter qui ils veulent. Force est d’admettre que le discours de la classe politique algérienne n’est, décidément, plus ce qu’il était. Hier, fécond, révolutionnaire et progressiste en novembre 1954, aujourd’hui, en novembre 2017, il est fait d’injures, d’invectives et de menaces. Mais pourquoi tant de haine ! Les débats sérieux de fond sont relégués aux oubliettes ! On élève un écran de fumée dans le but de détourner l’attention des citoyens des questions gênantes. Mais, les Algériens de ce mois de novembre sont fatigués au point d’afficher leur défiance pour tout et partout ! Contre tout, d’abord, leurs gouvernants qui cultiveraient « l’entre soi », sans se préoccuper ou si peu du peuple. Contre, aussi, tous ces partis politiques qui ont, décidément, mis le curseur sur les présidentielles de 2019 et dont les efforts de positionnement ne sont au fait que des tentatives pour se rapprocher du pouvoir, donc de la rente. A cette défiance s’ajoutent aussi des reproches concernant les syndicats et leur tête, l’UGTA, complètement désavouée par le monde du travail, fatigué lui aussi par toutes les promesses non tenues ! Et les rapports sociaux risquent de s’exacerber davantage à l’occasion de la loi de finances 2018 et son lot d’augmentations !

C’est dans ce climat que le président de la République, mû très certainement par l’esprit de novembre, a adressé son message à la nation. Après un rappel historique des faits d’armes et des sacrifices consentis par les aînés pour arracher la liberté du pays, il a tenu à faire partager aux citoyens parmi les plus jeunes, ses observations concernant l’avenir. Pour ce faire, il a identifié la nature d’au moins trois défis majeurs auxquels le pays est confronté :

1. le défi de la sécurité du pays, des personnes et des biens sans laquelle le développement sera entravé, sinon même compromis,

2. le défi du développement économique et social qui doit être poursuivi et intensifié,

3. le défi de la stabilité politique sans laquelle il serait vain de parler de pluralisme ou de démocratie.

Oui, mais, c’est un euphémisme de dire, aujourd’hui, que notre pays traverse une période de turbulence politique et d’incertitude économique, à laquelle le président de la République doit impérativement mettre fin, en donnant un autre souffle à sa gouvernance car aujourd’hui, le pays condense tous les problèmes à la fois, ceux des pays en voie de développement et ceux d’un pays nouvellement industrialisé. Et son salut, et tout le monde est d’accord là-dessus, doit être mis entre les mains d’hommes et de femmes moins sujets aux jeux d’appareils, capables réellement de concrétiser son triple défi, et non pas de se contenter de répéter à l’envi comme certains « qu’ils travaillent à mettre en œuvre le programme du Président » !

De nouvelles générations, en quelque sorte, absoutes de nos croyances, exonérées de nos illusions, libérées de nos naïvetés et affranchies de nos connivences.

Novembre a forgé des générations entières, mais aujourd’hui, il faut avoir le courage d’admettre que ce qui était charnel pour les moudjahidine d’hier, n’est plus qu’un « ouï-dire » pour les adolescents d’aujourd’hui, tant que l’histoire, celle du pays, n’est ni écrite, encore moins enseignée correctement : certains d’entre eux persistent à croire, par exemple, que Mohamed V est un martyr de la révolution. N’a-t-il pas une rue à son nom ? Tout comme Larbi Ben M’hidi ? La faute à l’école ? Sûrement ! Aux historiens ? Aussi. A ceux qui nous gouvernent ? Principalement ! Novembre de jadis, sa quintessence, il l’a trouvée dans le fait qu’il a transcendé toutes les tendances politiques et philosophiques de l’époque : il a été responsable de leur renversement, mais il a été aussi, celui qui leur a permis de retrouver une autre raison d’être dans le combat libérateur.

Novembre 2017, les Algériens sont fatigués de tout ou presque !

Les populations d’origine algérienne en France, une situation socio-économique particulière

Les couples mixtes franco-algériens en France

D’une génération à l’autre

Le nombre de mariages mixtes en dit long sur la capacité d’une société à favoriser les contacts entre les différentes populations qui la composent. Les immigré(e)s arrivé(e)s célibataires trouvent en France un marché matrimonial dynamique et diversifié qui leur offre la possibilité soit de s’unir avec une personne de même origine soit de s’engager dans une relation mixte. Si l’ancienneté de la présence des immigré(e)s algérien(ne)s et l’intégration de leurs descendant(e)s à la société française favorisent les unions mixes, des résistances demeurent.

L’immigration algérienne en France est très ancienne. Compte tenu de l’entreprise coloniale de l’empire français en Afrique et tout particulièrement en Algérie, passée du statut de colonie à celui de département français (de 1848 à 1962), les relations entre les deux pays ont été incessantes, quoique dominées par le rapport colonial. Même si les premiers migrants originaires d’Algérie sont venus au début du XXsiècle, on parle véritablement de l’immigration algérienne après l’indépendance de l’Algérie. Les migrants ont été comptabilisés comme Algériens, alors qu’ils l’étaient auparavant comme “Français musulmans” par la statistique coloniale. Les accords d’Évian définissent ensuite le statut juridique des Algériens en France par rapport aux autres populations immigrées1. Ces liens anciens et les vagues successives de migrants ont contribué à ce que l’immigration algérienne en France soit très diversifiée : elle concerne autant des travailleurs quittant leur pays pour des raisons économiques ou des personnes diplômées du supérieur s’établissant en France, que des personnes ayant migré pour des raisons politiques. La sédentarisation progressive de la population algérienne est à la fois la cause et la conséquence des regroupements familiaux. Leur ancienneté en France, à la différence d’autres populations, explique entre autres la constitution d’un marché matrimonial étendu. Toutefois, en France, les migrants n’évoluent pas en vase clos, les contacts avec la population française sont courants dans toutes les sphères de la vie sociale (à l’école, au travail, dans le voisinage, les associations, etc.). Pour certains, ces contacts donnent lieu à des rencontres amoureuses et des mises en couple avec des Français(es). Les unions mixtes sont un bon indicateur pour étudier comment une population immigrée s’établit progressivement dans un pays et intègre la population majoritaire. Elles témoignent des échanges, ou plus encore d’un processus d’acculturation, mais aussi des lignes de clivages sociaux et culturels qui perdurent. Il ne faudrait pas non plus sous-estimer l’impact des conflits politiques qui ont marqué ces deux populations. Cela donne lieu à une réalité contrastée : autant les liens entre membres de ces deux populations sont probables et fréquents, autant des répulsions communautaires persistent des deux côtés. Certaines familles, qu’elles soient algériennes ou françaises, restent très réfractaires à l’idée d’une union mixte de leur enfant, soulignant les incompatibilités historiques, culturelles ou religieuses2. Mais la mixité conjugale ne dépend pas seulement des intentions des personnes ou de leur famille, elle reflète aussi les conditions sociales des populations en contact. Selon une analyse désormais classique, l’intégration saisie notamment à travers la probabilité de former des couples mixtes dépend aussi des processus de ségrégation inhérents à la société d’installation3. Ce processus est indéniablement multiforme et ne permet pas de préjuger d’emblée d’une plus ou moins forte assimilation structurelle et culturelle. Il conviendrait donc de tenir compte d’un ensemble d’indicateurs socio-économiques (ségrégation résidentielle, rapport à l’emploi, catégorie socioprofessionnelle) caractérisant la population algérienne pour mieux comprendre son comportement matrimonial. L’objet de cet article est d’éclairer la mixité conjugale des personnes d’origine algérienne en France en tenant compte des générations successives, des immigrés algériens, d’une part, et des descendants, d’autre part, et en distinguant les hommes et les femmes Pour ce faire, nous mobilisons diverses sources statistiques approchant le phénomène des couples franco-algériens afin de dresser un tableau le plus complet possible. Le groupe des personnes d’origine algérienne sera comparé aux migrants des deux autres pays du Maghreb et aux migrants originaires d’autres aires géographiques. Ces enquêtes permettent toutes de distinguer les individus selon leur rapport à l’immigration et d’approcher autrement la réalité statistique des unions franco-algériennes. Notre première source est l’enquête Mobilités géographiques et insertion sociale (MGIS) réalisée par l’Ined-Insee en 1992 A l’époque, elle avait surtout permis de souligner que la distinction Français/étrangers n’était pas très pertinente, notamment en ce qui concerne les migrants algériens. Notre deuxième source est l’enquête Trajectoires et origines. Enquête sur la diversité des populations en France (Ined, Insee, 2008) TeO ,
 

L’enquête MGIS a été la première enquête en France à saisir la réalité du mariage mixte en considérant l’origine des individus au-delà du critère de la nationalité. En effet, une partie des individus enquêtés étaient de nationalité française et avaient un ou deux parents immigrés : il s’agissait de descendants d’immigrés nés en France7. Cette distinction est particulièrement utile pour appréhender la mixité conjugale car de nombreux couples franco-étrangers unissent deux personnes de même origine culturelle. À l’instar de Michèle Tribalat, on peut dire que “plus le courant migratoire est ancien, plus le marché matrimonial comprend des jeunes ‘mariables’ nés en France de même origine ethnique8”.Ainsi, au moment de l’enquête MGIS (1992), en considérant uniquement les immigrés arrivés célibataires, les hommes algériens forment, pour 32 % d’entre eux, une première union avec une femme née en France (voir tableau 1)9. Ils forment plus de couples mixtes que tous les autres courants, sauf les immigrés portugais (34 %) et espagnols (62 %). En même temps, ils forment relativement peu souvent un couple avec une femme née en France de deux parents nés en France (21 %)10. Que les écarts soient moindres dans tous les autres courants peut s’expliquer par l’ancienneté du courant migratoire algérien. Tout en formant beaucoup de couples mixtes, les immigrés algériens ne choisissent que pour une partie d’entre eux des conjoints français sans ascendance migratoire, les autres étant probablement de même origine. Les femmes algériennes ayant immigré célibataires, quant à elles, forment des couples mixtes dans des proportions nettement moindres que les hommes : 21 % sont en première union avec un homme né en France et seulement 13 % avec un conjoint français sans ascendance migratoire. Seules les femmes turques et asiatiques enregistrent des taux moindres (respectivement 7 % et 5 % et 10 % et 7 %). Les femmes marocaines, en revanche, sont 28 % à être en couple avec un homme né en France et 19 % à l’être avec un homme français sans ascendance migratoire. Bien que globalement moins souvent en couple mixte que les hommes, les femmes immigrées s’unissent plus fréquemment à des hommes sans ascendance migratoire.

3On retrouve cette asymétrie entre hommes et femmes si l’on s’intéresse uniquement aux immigrés arrivés jeunes (avant l’âge de 16 ans) pour lesquels l’installation en France et donc l’exposition à des contacts interculturels sont plus longues avant la mise en couple. Alors que chez les hommes algériens arrivés jeunes la proportion des premières unions mixtes avec une personne née en France, avec ou sans ascendance migratoire, progresse considérablement (46 % 25 %), le taux chez les femmes algériennes arrivées jeunes n’augmente guère (23 % 14 %). Chez les hommes, c’est surtout la part de ceux qui se mettent en couple avec une personne née en France de parents nés à l’étranger qui augmente. La plus longue installation en France ne provoque pas une diminution des unions avec des femmes nées en France de même origine culturelle. Ce phénomène ne s’observe pas dans la même ampleur parmi les autres populations installées de longue date, ni chez les immigrés marocains jeunes. Ces derniers, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, se mettent plus souvent en couple avec une personne née en France sans ascendance migratoire que les immigrés jeunes algériens, alors que leur installation est globalement moins ancienne.

Tableau 1 : Proportion d’unions mixtes des immigrés venus célibataires, suivant le sexe, l’âge à l’arrivée et le pays de naissance (premières unions)

Tableau 1 : Proportion d’unions mixtes des immigrés venus célibataires, suivant le sexe, l’âge à l’arrivée et le pays de naissance (premières unions)

Les populations considérées sont âgées de 20-59 ans, sauf pour les immigrés du Sud-Est asiatique et de l’Afrique noire (20-39 ans) et les immigrés espagnols (25-59 ans). Reproduction partielle du tableau 11 tiré de l’ouvrage Michèle Tribalat et al., De l’immigration à l’assimilation, Paris, La Découverte/INED, 1996, p. 88. Les légendes ont été modifiées pour une meilleure lisibilité en accord avec le présent article.

 

Seize ans plus tard, en 2008, l’enquête Trajectoires et origines (Ined/Insee) poursuit les mêmes interrogations en proposant toutefois d’autres catégorisations qui tiennent davantage compte de la diversité de la population française. On regarde désormais si les immigrés en couple (quelle que soit la forme) vivent avec un(e) immigré(e) (du même pays ou d’un autre pays11, avec un(e) descendant(e) d’un immigré (du même pays ou d’un autre pays)12 ou du groupe dit “majoritaire” correspondant aux Français sans ascendance migratoire. En considérant uniquement les immigrés arrivés célibataires en France, les hommes immigrés d’Algérie vivent à hauteur de 43 % avec des personnes de la société majoritaire, 15 % avec un descendant d’immigrés et 43 % avec un conjoint immigré (voir tableau 2). Les immigrés algériens attestent ainsi un taux d’union mixte plus élevé que les hommes immigrés marocains et tunisiens (25 %) et les hommes de l’Afrique sahélienne (22 %). Ils sont aussi moins nombreux à être en couple avec une femme immigrée que ces deux dernières populations (64 % pour les Marocains/Tunisiens et 74 % pour les Africains sahéliens) et plus nombreux à choisir un conjoint descendants d’immigrés (respectivement12 % pour les Marocains/Tunisiens et 4 % pour les Africains sahéliens). L’ancienneté de l’immigration algérienne se manifeste donc ici tout particulièrement et atteste un véritable marché matrimonial en France13. En revanche, les immigrés algériens n’atteignent pas les taux d’unions mixtes des populations immigrées espagnole et italienne, seuls les hommes portugais ont un taux légèrement moindre. Pour les femmes immigrées algériennes, en revanche, la proportion de celles qui vivent avec un homme du groupe majoritaire demeure relativement faible (26 %). Comparées aux hommes immigrés, elles sont nettement moins nombreuses à se mettre en couple avec un homme français sans ascendance migratoire. Elles sont aussi un tout petit moins nombreuses à être en couple avec un descendant d’immigré (11 %). Deux tiers d’entre elles sont en couple avec un immigré (63 %). Le marché matrimonial des femmes immigrées algériennes dépend donc encore largement du pays d’origine. Leur taux d’unions mixtes est loin derrière celui des populations européennes, mais il est aussi plus faible que celui des femmes immigrées originaires du Maroc/Tunisie et de l’Afrique sahélienne, car ces dernières se mettent moins souvent en couple avec des descendants d’immigrés. Elles sont par ailleurs plus souvent en couple mixte que leurs homologues masculins. En comparant l’enquête MGIS à l’enquête TeO, on doit constater que le taux d’unions mixtes chez les immigrés algériens a considérablement progressé. En revanche, il persiste toujours un fort décalage entre les hommes et les femmes. Les hommes sont aujourd’hui plus nombreux à se mettre en couple avec des femmes du groupe majoritaire et des descendantes d’immigrés, alors que les femmes immigrées algériennes ayant rencontré leur conjoint après la migration se mettent toujours dans leur très grande majorité en couple avec un immigré. Les stratégies matrimoniales mises en place par les hommes et les femmes ou pour eux ne sont donc décidément pas les mêmes.

Tableau 2 : Unions des immigrés ayant rencontré leur conjoint(e) après la migration en fonction du sexe, du pays d’origine et du lien à la migration du conjoint en 2008

Tableau 2 : Unions des immigrés ayant rencontré leur conjoint(e) après la migration en fonction du sexe, du pays d’origine et du lien à la migration du conjoint en 2008

Reproduction du tableau 2 du document de travail n° 168, Trajectoires et Origines. Enquête sur la diversité des populations en France. Premiers résultats, octobre 2010, INED-INSEE, p. 90. Certaines données ne sont pas reproduites et certaines catégories ont été regroupées pour mieux coller avec le propos du présent article. La somme des pourcentages ne fait pas systématiquement 100 % en raison des arrondis.

 

Il convient de poursuivre la réflexion pour les descendants d’immigrés. Qu’ils soient nés ou qu’ils aient grandi en France, ils sont marqués par leur culture familiale. On peut supposer qu’à l’âge des choix conjugaux, ils arbitrent entre l’héritage de leurs parents immigrés et leurs aspirations personnelles en tant que personnes ayant grandi avec les références de la société française. Dans quelle proportion choisissent-ils un conjoint en dehors du groupe (couple mixte) ou se mettent-ils en couple avec un conjoint de même origine, c’est-à-dire censé partager une même origine et un même univers culturel (qu’il ait grandi en France ou dans le pays d’origine des parents) ? Leurs choix conjugaux sont en effet susceptibles d’être influencés par des déterminismes familiaux (origine culturelle et sociale des parents, valeurs et normes transmises), mais aussi par leurs conditions sociales (lieu de résidence, niveau d’études, emploi occupé). Ces interrogations sont fortement liées à la question de leur place dans la société, de leur position sociale mais aussi des inégalités dont ils peuvent être victimes, et à la façon dont ils expriment une affiliation identitaire. Car les identités culturelles dans les contextes post-migratoires sont également socialement construites. En fonction de leurs conditions sociales, les individus se perçoivent plus ou moins fortement inscrits dans leurs appartenances culturelles. Selon leur vécu, ils privilégient ces dernières ou, au contraire, s’en éloignent. Les types de choix conjugaux sont un bon indicateur de ces processus, ils attestent de la cohabitation de populations d’origines différentes dans la société française et d’une plus ou moins forte indifférenciation des appartenances culturelles. Le tableau 3 propose une analyse distinguant les options conjugales des descendants d’immigrés telle que nous l’avons construite dans nos propres travaux15. La première colonne concerne des couples composés d’un(e) immigré(e) et d’un(e) descendant(e). Ces derniers peuvent du point de vue de la nationalité être des couples franco-étrangers, mais ils unissent le plus souvent deux personnes se considérant de même culture. Une partie des conjoints immigrés a rejoint son conjoint en France à la suite du mariage, mais certains résidaient déjà en France avant leur rencontre. La deuxième colonne concerne des couples composés de deux descendants d’immigrés, en d’autres termes des couples franco-français disposant d’un univers culturel composite, pour partie hérité du pays d’origine de leurs parents. La troisième colonne isole des couples mixtes composés d’un(e) descendant(e) d’immigrés et d’un(e) conjoint(e) français(e) “sans lien à l’immigration”. La quatrième colonne enfin concerne tous les autres couples mixtes (en général le conjoint est lui-même issu d’un couple mixte ou d’un autre groupe de descendants d’immigrés en France). Au fond, ce sont les deux dernières colonnes réunies qui forment les couples mixtes avec un conjoint hors du groupe de référence.

Tableau 3 : Options conjugales des descendants d’immigrés, selon le sexe et le pays d’origine de leurs parents en 2008

Tableau 3 : Options conjugales des descendants d’immigrés, selon le sexe et le pays d’origine de leurs parents en 2008

* Il s’agit de personnes qui n’ont pas leurs deux parents nés en France (ex. enfant d’un couple mixte franco-étranger, ou de parents immigrés d’une autre aire géographique).
Champ : Population née ou ayant grandi (arrivée avant l’âge de 11 ans) en France métropolitaine (hors étrangers nés à l’étranger et population majoritaire autre que Français sans ascendance migratoire) entre 18 et 50 ans vivant en couple cohabitant au moment de l’enquête. Les pourcentages sont calculés à partir des effectifs pondérés et font 100 % en ligne. Les pourcentages en italiques correspondent à des effectifs observés trop faibles (< à 30) pour pouvoir être interprétés.

Source : Enquête Trajectoires et Origines, INED-INSEE, 2008.
Données retravaillées par B. Collet, M. Goutagny et E. Santelli pour l’ouvrage de Beate Collet et Emmanuelle Santelli, Couples d’ici, parents d’ailleurs. Parcours de descendants d’immigrés, Paris, PUF, 2012. Seuls les données intéressant l’analyse présentée ici ont été retenues.

  • 16 Les faibles effectifs des descendants d’immigrés d’origine tunisienne, sahélienne et turque ne nous (…)

6Les descendants d’immigrés d’origine algérienne forment des couples mixtes dans une forte proportion : 46 % des hommes et 41 % des femmes, sans pour autant atteindre les taux des descendants d’Europe du Sud ou de l’Asie. Ils sont également nombreux à vivre avec un conjoint immigré de même origine (30 % pour les hommes et 34 % pour les femmes). Cependant, hommes et femmes descendants d’immigrés d’origine algérienne se caractérisent surtout par leur fort pourcentage de couples formés avec un autre descendant de même origine (24 % pour les hommes et 25 % pour les femmes), en comparaison aux autres descendants d’immigrés à l’exception des descendants d’origine marocaine. Certes, les femmes sont un peu moins souvent en couple mixte et un peu plus souvent en couple avec un conjoint immigré, mais le décalage entre les deux sexes n’est plus aussi flagrant que celui observé chez les immigrés algériens. Si l’on compare les descendants d’immigrés d’origine algérienne aux autres groupes de descendants, il s’avère qu’ils forment des couples mixtes dans des proportions plus importantes que ceux d’origine marocaine, mais ils restent loin derrière ceux de l’Europe du Sud ou d’Asie16. Leur comportement matrimonial traduit l’ancienneté de l’immigration algérienne en France. Celle-ci ne produit pas comme on aurait pu le croire , une augmentation considérable des unions mixtes. Le maintien des unions endogames traduit aussi l’existence d’un marché matrimonial constitué en France.

Les populations d’origine algérienne en France, une situation socio-économique particulière

  • 17 Cris Beauchemin et al., op. cit.

7Les comportements matrimoniaux spécifiques observés chez les immigrés et les descendants d’origine algérienne peuvent s’expliquer en tenant compte à la fois de l’ancienneté de l’installation de cette population en France et d’une série d’indica­teurs socio-économiques qui soulignent leur particularité en comparaison aux autres populations immigrées. En effet, les premiers résultats de l’enquête Trajectoires et origines17 confirment que, dans de nombreux domaines, les immigrés algériens et leurs descendants se distinguent des autres courants migratoires, et parfois aussi des courants marocains et tunisiens avec lesquels ils sont le plus souvent agrégés au nom d’une (supposée) proximité. Ils connaissent indéniablement une plus grande précarité économique (leur taux de chômage, par exemple, est plus élevé), tout comme ils vivent aujourd’hui plus fréquemment dans les zones urbaines sensibles (ZUS). Cette ségrégation résidentielle est ancienne, et a atteint son paroxysme avec les bidonvilles de Nanterre et la relégation pendant de longues années dans les cités de transit. Ce contexte d’inégalités sociales est favorable à la formation d’unions à l’intérieur du groupe, autant par absence d’autres choix possibles que par revendication identitaire. De plus, l’ancienneté de l’immigration algérienne en France a été propice à la formation d’un vaste marché matrimonial qui explique la diversité des choix conjugaux. Or cette diversité est aussi marquée par l’intensité des relations entretenues avec la population majoritaire et explique la formation de nombreuses unions mixtes. Le taux d’unions mixtes apparaît dès lors non seulement comme un indice d’intégration, mais aussi comme un révélateur des conditions socio-économiques des groupes minoritaires. Si le couple (politique) franco-algérien a connu moult crises, les couples franco-algériens sont associés dans l’imaginaire collectif à la nécessaire réconciliation, mais aussi aux difficultés à surmonter. Cinquante ans après l’indépendance, ces couples sont moins tabous. Du côté des descendants d’immigrés, la socialisation dans et par la société française fait qu’aujourd’hui il est beaucoup plus évident de former un couple mixte, même si on observe toujours des résistances de part et d’autre.