Skip to content
Publicités

L’OCCIDENT TERRORISTE Les responsables ultimes de la tragédie syrienne sont ceux qui ont tenté de dominer le Moyen-Orient depuis des décennies et de subvertir tous les régimes qui s’opposaient à leur domination

« La pensée unidimensionnelle est systématiquement favorisée par les faiseurs de politique et par leurs fournisseurs d’information de masse. Leur univers discursif est plein d’hypothèses qui trouvent en elles-mêmes leur justification et qui, répétées de façon incessante et exclusive, deviennent des formules hypnotiques, des diktats. Par exemple sont « libres » les institutions fonctionnant dans les pays du Monde Libre ; les autres modes transcendants de liberté sont, par définition, de l’anarchisme, du communisme ou de la propagande ».

« Aujourd’hui, presque plus personne en Occident ne se souvient de Saladin ou des grandes percées scientifiques, artistiques et sociales du monde musulman. Mais tout le monde est « bien informé » à propos d’EI. Évidemment, on ne connaît ce dernier qu’en tant que « groupe islamiste extrémiste », et non comme l’un des principaux instruments utilisés par l’Occident pour déstabiliser le Moyen-Orient ».

 

« Ce qui est décrit comme l’islam appartient au discours de l’orientalisme : c’est une construction montée de toutes pièces pour attiser des sentiments d’hostilité et d’antipathie contre une partie du monde qui se trouve être d’une importance stratégique pour son pétrole, sa proximité menaçante avec le christianisme et sa redoutable concurrence historique avec l’Occident. »

 

Tout se précipite : désastres climatiques, conflits identitaires, errance de la jeunesse, crises économiques, financières, sociales et politiques. Un monde se meurt et le terrorisme récent n’est que l’aboutissement d’une logique de domination séculaire de l’Occident sur le reste du monde. Car si l’Occident tressaille aujourd’hui, son heure de gloire d’antan n’était déjà que le fruit de morts, souffrances et destructions impérialistes, puisant dans « son » espace non occidental les matières premières et la main-d’œuvre bon marché essentielles à notre mode de vie. Il faudrait, dans ce malheur, tirer profit de la détresse pour se regarder dans le miroir, faire cette introspection indispensable sans laquelle rien ne changera. La réponse des gouvernements est, évidemment, tout autre. Ceux qui sont en cause dans l’état déplorable de notre monde continuent à nous monter les uns contre les autres, sous couvert d’unité; causes futures de problèmes encore plus graves, ils offrent encore et toujours leurs réponses, qui ne sont que de faux-remèdes qui aggraveront sans en douter la situation: guerres préventives, alerte permanente et État policier, pendant que l’injonction à l’unité apaise les luttes et laisse passer traités commerciaux iniques, privatisations, prolongations criminelles d’anciens réacteurs nucléaires, achat d’armes et d’avions de guerre, ingérence étrangère…Ne serait-ce pas le moment, pour l’Occident, d’enfin faire sa psychanalyse ?

 

Le délire d’unité rendue obligatoire par l’ordre gouvernemental et médiatique nous oblige à énoncer directement, lorsqu’on s’exprime, ce qui va de soi : « oui, nous avons été émus et choqués d’apprendre les tueries de Paris du 13/11 , nous sommes choqués d’apprendre les attentats de Bruxelles du 22/03, et nous sommes d’avance choqués par ceux qui ne manqueront pas de se produire dans le futur ». Si l’on peut être ému pourtant, on peut également essayer de comprendre pourquoi certains ne le sont pas, ou disent ne pas l’être (deux réactions apparemment identiques, mais dont les fondements sont tout à fait différents); on peut également un moment s’extirper de l’émotion et se pencher sur les responsabilités historiques et actuelles dans l’état du monde. Car l’émotion seule est vectrice d’un consensus dangereux – et faux, nous y reviendrons – et d’une perception a-historique qui fige dans le présent et sur soi-même.

Il est certes évident que nous vivons, ressentons et réagissons au monde dont nous faisons partie et qui nous entoure, mais que la façon dont nous sommes inscrits dans ce monde conditionne le vécu émotionnel. Donc, tout logiquement, il ne devrait y avoir aucune injonction à s’émouvoir, juste une tentative de comprendre tout ce qui a indirectement et directement provoqué ce drame. En ce sens et nous le verrons, les quelques « provocations » de la jeunesse musulmane dans certains établissements scolaires, vantant les attentats parisiens et leur ton parfois dubitatif quant à la position à adopter, devraient non pas générer de la répression (à l’instar de la France après les attentats de Charlie Hebdo où des jeunes ont été placés en garde à vue pour ne pas avoir respecté la minute de silence) mais du questionnement sur nous-mêmes.

NOS CORPS SONT AGITÉS, À QUAND UN RETOUR DE LA PENSÉE ?

L’émotion, si elle est naturelle, prend néanmoins le pouvoir sur le versant sensible de l’être, le privant un instant plus ou moins long de sa capacité de raisonnement. Elle laisse place à un type de discours qui s’avère généralement peu constructif, l’être étant envahi et replié sur lui. Les images défilent, les corps sur le sol, le sang, elles s’enchaînent, sans explication ; et brisent un instant l’illusion de société organisée.

Dans un monde hypermédiatisé, quand un événement inhabituel a lieu, où la mort survient de façon sauvage et les souffrances se mélangent, les émotions individuelles qu’il suscite, tout à fait normales, font le fruit d’un partage collectif d’une ampleur peu connue auparavant, directement happées par l’industrie médiatique: de vécu subjectif, elles deviennent des émotions médiatisées, mondialisées, échangées via le système médiatique marchand globalisé – échange qui n’est pas sans lien avec l’intention terroriste elle-même qui compte sur cette vitrine médiatique. Elles intègrent ainsi ce spectacle où « une partie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure » et où « ce qui relie les spectateurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé ». Dans ce spectacle, la mise en scène de l’émotion nous fige, et dans cette mise en scène collective sa fonction n’est pas gratuite, elle n’est pas l’émotion pour l’émotion, n’est pas neutre, sert la propagande et doit, vite, être remplacée par une autre, pour ne pas s’interrompre.

Quelques jours après la diffusion en continu, 24 heures sur 24, de reportages portant sur les tueries du 13 novembre, Tf1, la chaîne du milliardaire Martin Bouygues, met en première page la gagnante de Secret Story 9 et les 31 candidates de Miss France 2016 : le spectacle continue. Il continuera de même après les attentats de Bruxelles: le 23 mars, sur le site du quotidien belge Le Soir, l’arrière-fond est consacré au MIIX 700 – espèce d’ordinateur portable/tablette-, donnant l’impression que le contenu du site – les articles – n’est qu’un cadre permettant d’accéder à la publicité. Indécent? La presse industrielle ne se pose pas la question: on ne va quand même pas arrêter de consommer. Père de la propagande, Edward Bernays estimait que « la pensée au sens strict du terme n’a pas sa place dans la mentalité collective, guidée par l’impulsion, l’habitude ou l’émotion »(dans la logique médiatique, les images de la gagnante de Secret Story et les morts du 13 novembre occupent la même fonction, même si certains ne voudront pas l’entendre). C’était plutôt là une bonne nouvelle, lui qui allait consacrer une partie de sa vie à aider les industriels à formater la masse afin qu’elle désire désormais les produits qu’ils fabriquaient. L’émotion en elle-même, si elle est une réaction nécessaire, ne laisse donc place, si elle dure, se « collectivise » et est sous le contrôle des médias de masse, à aucun lieu de sortie. Dépasser cette étape normale pour permettre l’émergence de la pensée est donc indispensable, non pas dans le but d’atteindre une vérité religieuse qui permettrait d’expliquer sans aucun doute ce qui s’est passé – « nous avons compris – » mais de tenter de tout prendre en compte dans la réflexion, même ce qui semblait a priori n’avoir aucun lien avec ce qui se passe. Et de comprendre au mieux.

 

« PARIS » – ET BRUXELLES MAINTENANT – PEUT-IL BRISER NOS ILLUSIONS OCCIDENTALES ?

Dans le cas des attentats de Paris du 13 novembre 2015 et de ceux qui suivront, il est toutefois peu probable que l’on arrive à cette pensée unifiée et cohérente de façon massive, pour plusieurs raisons dont la principale, qui explique toutes les autres, est que ces possibilités d’atteindre une pensée décontextualisée (où le sujet lui-même s’extrairait – en partie – de ce qu’il est, de ses intérêts immédiats, de ses croyances, sa nation, de toutes ces traces laissées par l’éducation et la socialisation au sens large en mesure de brider l’exercice libre de la pensée) s’appuient toutes sur une seule et même condition: la remise en question complète de notre modèle occidental et du sentiment de supériorité qui lui est inhérent. Grand chantier puisqu’il ne s’agit rien moins que de changer, ou dans un premier temps d’accepter de le faire, la société dans son ensemble, d’en proposer une autre et de modifier donc aussi le sens que l’on donne à nos vies et à soi-même.

En ce sens, exercer son intelligence, dans le sens d’appréhender son environnement pour le comprendre, c’est nécessairement et surtout accepter de considérer ce qui pour nous était inenvisageable auparavant. Comme de voir que « nos » valeurs occidentales occultent la destruction et le pillage nécessaire à nos modes de vie. Le vocable gouvernemental utilisé par les serviteurs du pouvoir via leurs outils de propagande médiatique évoquent sans cesse la démocratie, les droits de l’homme, la paix, la justice, la liberté, avec la seule utilité de dresser un rideau camouflant la dictature des marchés, les droits limités à certains Hommes, la guerre, l’injustice, la captivité de milliers d’êtres, la misère structurelle.

Et si le point essentiel de l’idéologie des sociétés occidentales repose sur l’idée que le sujet se construit seul, il est malaisé de penser qu’un autre que soi a pu être instrumentalisé (« si je me suis fait seul, l’autre aussi »), « fait » par un contexte, que des dispositions personnelles ont pu interagir avec des conditions objectives d’existence. Et que parmi ces « conditions objectives », certaines puissent être historiques. Pour le dire autrement, comment, lorsque le sujet se croit maître de ce qu’il est et pense (principe profond du libéralisme, qu’illustre l’idéologie du « self-made-man »), envisager qu’un autre peut réaliser un acte sanguinaire qui le dépasse – puisqu’il serait donc lui aussi libre de ce qu’il est et pense – non pas dans le sens qu’il n’en était pas « conscient » au moment d’agir, mais que son action fut le résultat de multiples influences et, plus profondément, de contextes internationaux – l’intervention occidentale en Irak, en Libye et en Syrie (voir infra), sans parler des colonialismes antérieurs, de la déliquescence des banlieues françaises et belges et de l’absence de perspectives d’avenir pour ceux qui y vivent (le taux de chômage des moins de 25 ans est de 40,9% à Molenbeek, par exemple, le racisme latent et la stigmatisation pérenne de l’autochtone-étranger, chez lui nulle part.

Cette incapacité d’empathie, de percevoir nos responsabilités occidentales dans la création des « monstres », est aussi le signe de cette supériorité vécue de l’Occident et de sa domination indiscutable. Pas de remise en question de l’hyperconsumérisme, rendu possible en grande partie grâce au pétrole dont nous avons besoin et qui guide notre politique étrangère. Nous serions tous dans une même voie, l’Occident en tête, et tous les problèmes se résoudraient d’eux-mêmes par l’intégration du sujet « inférieur » aux valeurs du groupe dominant (qu’expriment les termes pays « sous-développés », « en voie de développement », « émergents », « avancé »), mouvement responsable de l’uniformisation planétaire. Le langage utilisé les jours ayant suivi le 13 novembre à Paris, illustre cette croyance indéfectible dans notre supériorité et notre sentiment de non-responsabilité dans l’état du monde :

  1. – « Les actes commis vendredi soir à Paris » « constituent une agression contre notre pays, contre ses valeurs, contre sa jeunesse, contre son mode de vie ». Hollande énonce ici, dans son discours devant le Parlement, la liberté qui serait intrinsèque à nos pays. Ceci indiquant à la fois qu’ « ils » – les autres – ne les partagent pas (ce « ils » n’incluant évidemment pas que les terroristes, mais plus largement, et inévitablement, tous les musulmans et l’Islam de façon générale), mais aussi que ses valeurs sont d’emblée le ferment de nos sociétés occidentales et qu’il ne faut point en douter (l’attaque et son interprétation confortant ce sentiment);
  2. – Découlant du premier point, toutes les guerres, choix politico-militaires pris par le pouvoir en place et interventions diverses en politique étrangère, n’auraient aucune espèce d’influence dans les réactions, à court et à long terme, de ces « terroristes », qui seraient comme sans histoire. Les faits sont anhistoriques : ces événements « sont le fait d’une armée djihadiste, le groupe Daech qui nous combat parce que la France est un pays de liberté, parce que nous sommes la patrie des droits de l’homme » (F. Hollande). La dictature du présent l’emporte sur toute dimension temporelle. Et de fait, il vaut mieux occulter les responsabilités occidentales dans l’état du monde, car une fois mises à nu elles ne pourraient que contredire les propos de ceux qui se disent d’une « patrie des droits de l’homme et de la liberté ». Ainsi,  et paradoxalement à première vue, les attaques contre les patries des droits de l’homme confortent qu’elles sont des patries des droits de l’homme. Ainsi, la description médiatico-politique s’arrêtera le plus souvent aux déroulements descriptifs des faits, à la généalogie de la journée des coupables, les rattachant à d’uniques membres de groupuscules extrémistes, sans tenter d’expliciter leur parcours personnel « préradicalisation ». Ils émergent d’on ne sait où.

Dans l’ensemble, la rhétorique guerrière et comparative utilisée – « Plus que jamais, l’armée française reste mobilisée pour s’opposer à la menace des terroristes. Nous gagnerons cette guerre » (Gal de Villiers, État-Major Armées, 22 mars 2016) – génère et nourrit un discours de « confrontation » intergroupe, qui plus que tout est porteur d’une volonté profonde de ne pas remettre en question le groupe qui compare – donc nous. On s’autodéfinit en définissant un autre groupe qui s’oppose au nôtre à et ses valeurs supposées. Méthode qui consiste à se dire sans se dire.

QUELQUES NOTIONS DE BASE DE PSYCHOLOGIE SOCIALE

Au-delà de la raison de combattre pour le contrôle des ressources matérielles, les luttes entre groupes remplissent également et d’une façon primordiale des fonctions symboliques et identitaires. « Le conflit intergroupe relève [donc] d’une compétition sociale qui dépasse l’intérêt propre dans ce qu’il a de plus concret . Ceci est fondamental dans le propos qui nous occupe, car sachant que les conflits et guerres ne profitent directement et matériellement qu’à l’enrichissement des plus nantis, aux gouvernements et aux marchands d’armes, nous devons saisir qu’ils peuvent également être indirectement bénéfiques au peuple.

L’identité sociale, qui est la partie du concept de soi qui dérive de l’appartenance groupale, « requiert la présence minimale d’un groupe « en face de soi » »(10). Donc, pour se définir comme membre d’un groupe, en tirer une identité sociale positive, il faut un autre groupe en face, qu’on s’y oppose de préférence et qui définira ainsi les valeurs de l’endogroupe (le groupe auquel on s’identifie) comme positives. En gros et pour faire simple, pour me dire membre d’une équipe de foot A, j’ai besoin d’une équipe de foot B (ou Y, X, etc).

Cette comparaison avec un autre groupe va provoquer des mécanismes stéréotypés essentiels :

  • En se catégorisant comme membre d’un groupe, on va accentuer la perception de l’homogénéité à l’intérieur de son groupe ainsi qu’à l’intérieur de l’autre groupe auquel on se compare, et les différences entre notre groupe et le groupe auquel on se compare. C’est-à-dire que les membres à l’intérieur du groupe (A) vont se percevoir comme plus semblables entre eux qu’ils ne le sont réellement et considérer les membres de l’autre groupe (B) auquel ils se comparent comme plus semblables entre eux également, et donc leur groupe (A) comme très dissemblable de l’autre (B). Ce «Nous sommes tous les mêmes dans notre groupe et eux aussi dans le leur, donc nous sommes très différents d’eux», est un mécanisme cognitif inévitable, automatique, propre à l’être social, et il faut faire un véritable travail d’introspection pour en prendre conscience. La déclaration de François Hollande illustre parfaitement ce mécanisme : « Vendredi, c’est la France tout entière qui était la cible des terroristes. La France qui aime la vie, la culture, le sport, la fête. La France sans distinction de couleur, d’origine, de parcours, de religion. La France que les assassins voulaient tuer, c’était la jeunesse dans toute sa diversité. La plupart des morts n’avaient pas 30 ans. Ils s’appelaient Mathias, Quentin, Nick, Nohemi, Djamila, Hélène, Élodie, Valentin et j’en oublie tellement d’autres ! » Pas de référence à la France qui meurt, la France misérable, la France qui ne fait pas la fête et qui est exclue de la « culture » : Arnault, Bouygues, Dassault, les exilés fiscaux et les rentiers du 16e parisien sont assis à côté de la mère de famille au chômage qui ne sait pas boucler ses fins de mois, du jeune en décrochage scolaire privé de l’allocation d’insertion, du vieux pensionné indigent, du jeune de banlieue sans avenir, de l’étudiante qui se prostitue pour payer ses études. C’est « L’union nationale face à l’abomination » (F. Hollande) ;
  • Au « tous les mêmes dans le groupe attaqué », répond donc un mécanisme mental de « tous les mêmes dans le groupe attaquant ». Peu importe si certains dirigeants feignent de faire la différence (ils la font parfaitement par contre quand ils doivent conclure des accords avec des États terroristes comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, voir infra), c’est ce mécanisme cognitif qui a lieu. Donc, inévitablement, l’autre groupe, celui des musulmans, est homogénéisé : ils sont tous hostiles au progrès et à la modernité, « ennemis de la liberté », telle qu’elle est définie par la société occidentale, et potentiellement dangereux. On ne sait pas bien qui « ils » sont, mais on sait qu’ils se définissent par opposition parfaite à ce que « nous » sommes – et que donc ils ne pourront pas être perçus comme trop différents entre eux au risque qu’ils ne nous reflètent plus l’image que nous sommes tellement semblables entre nous.

« Nous sommes tous Charlie », « Nous sommes tous Paris », « Nous sommes tous Bruxelles », signifie donc en définitive « Nous sommes tous unis ». Plus de clivages, plus de dissensions. Le Premier ministre belge, Charles Michel, l’a clairement énoncé suite aux attentats de Paris : « dans la lutte contre le terrorisme, il n’y a pas de droite, pas de gauche » (…) « Dépassons nos différences, réunissons-nous, plus que jamais, nous devons nous rassembler derrière nos valeurs universelles fondamentales, le respect de l’autre, la tolérance… » (…) «  Avec des mots différents, nous avons donné finalement un message clair, net, voulant porter haut les valeurs universelles de liberté. J’appelle l’ensemble des parlementaires et des démocrates à se rassembler. En avant !, au travail !  ». Belle théorisation, sachant que dans la pratique un contexte de « lutte antiterroriste » donnera lieu à des mesures – plutôt de droite, si ce concept a encore du sens – opposées à des valeurs d’ouverture, de partage, de compréhension et de solidarité inter-communauté -, hostiles à toute contestation de l’ordre établi. Parfait pour la politique néo-libérale des partis dans la majorité gouvernementale belge, dont l’un de ses membres, Didier Reynders (MR), avait déjà brillé pour avoir inventé les fameux intérêts notionnels, subtil montage fiscal qui a fait perdre plus de 2 milliards d’euros à la Belgique… empochés directement par les plus grosses multinationales, « Tous Charlie évidemment », patrons comme employés ou licenciés.

Après Paris, l’empressement pathétique fut la règle du pouvoir: le 19 novembre 2015, il annonce que la manifestation du 29 décembre à Paris en ouverture de la Cop 21, est annulé; même si l’on s’attendait à nombre de revendications plaçant encore et toujours l’espoir du changement dans « la prise de conscience des dirigeants » – le gouvernement, les ONG, les multinationales – qui « doivent prendre leurs responsabilités », il est tout aussi certain que d’autres groupes allaient manifester en appuyant leurs revendications sur une reprise de la gestion démocratique par le peuple lui-même, en ne demandant pas un autre monde, mais en montrant que c’est à nous de le faire. Annulé. L’injonction au consensus supporte mal, par définition, le dissensus, et donc la contestation. Circulez, y’a rien à voir !

La Belgique, « unie » à la souffrance française, prend des dispositions inédites. 13 novembre: attentats à Paris, écoles belges fermées deux jours; 22 mars: attentats à Bruxelles, les écoles restent ouvertes. Cherchez la cohérence.

DERRIÈRE TOUT CELA, L’ORDRE DE NE PAS PENSER

Ces réactions s’inscrivent dans la caractéristique principale de l’homme moderne et du système idéologique qui l’a formé, à savoir celle de l’incapacité, malgré les chocs de la réalité, de remettre en question le modèle de société capitaliste auquel son mode de vie répond. Cela n’est pas nouveau, Auschwitz symbolisant l’événement historique majeur dont la société moderne n’aura tiré aucun enseignement, qui lui aurait pourtant permis de se regarder dans le miroir et de ne plus « exonérer la modernité » en continuant à nous persuader d’être les civilisés face aux barbares : « La mise en quarantaine d’il y a un demi-siècle dure toujours. On pourrait même dire que les haies de barbelés se sont épaissies avec le temps. Auschwitz est devenu un problème « juif » ou « allemand » et la propriété des juifs ou des Allemands (…) cet accaparement illégitime empêche effectivement le désastre présenté comme « uniquement juif« , de devenir un problème universel de la condition humaine moderne et par la même, propriété publique ». Au fond, telle présentation réduisant l’holocauste à la particularité allemande est une « stratégie qui a pour double résultat de marginaliser le crime et d’exonérer la modernité [qui] équivaut à isoler l’holocauste d’une catégorie de phénomènes comparables et à l’interpréter comme une éruption de forces prémodernes (barbares et irrationnelles) vaincues depuis longtemps dans les sociétés civilisées « normales » ».

Ironie de l’histoire, cette comparaison avec la situation présente. De même que l’holocauste aura été réduit à un problème entre Allemands et Juifs, à l’unique haine antisémite – comme on tente de réduire le conflit palestinien -, refusant de voir la causalité inscrite dans l’organisation bureaucratique de notre monde qui avait engendré ces horreurs, le discours présent réduit derechef la situation à un conflit de civilisation qui se traduirait par la haine d’une religion et de ceux qui la portent à l’encontre de la civilisation occidentale et des ses valeurs. Interprétation qui traduit déjà en elle-même le complexe de supériorité occidentale qui ignore la richesse du monde musulman et assimile toute une civilisation à des barbares dès lors que quelques fous furieux s’en proclament…

Le « mythe étiologique profondément enraciné dans la conscience de notre société occidentale est l’histoire édifiante d’une humanité émergeant d’un état de barbarie pré-social », et nourrirait cette forme de pensée dichotomique avantageuse pour celui qui la propage. Holocauste ou autres tragédies ne seraient donc que des erreurs de parcours et non des créations d’un certain type de société, « en d’autres termes, nous n’avons pas encore assez de civilisation, le processus de civilisation doit être parachevé. Si les massacres nous ont vraiment appris quelque chose, c’est que la prévention de tels hoquets de barbarie requiert encore davantage d’efforts civilisateurs. Il n’y a rien dans cette leçon qui jette le moindre doute sur l’efficacité future de tels efforts ni sur leurs résultats ultimes. Nous avançons à coup sûr dans la bonne direction. Mais peut-être pas assez vite ». Et plus que jamais à notre époque « civilisation » n’aura été synonyme de libéralisme sauvage.

Il y aurait donc juste la haine portée par ces terroristes, rien de plus, une haine qui ne viendrait que du rejet des valeurs de modernité, sans aucune origine, histoire, genèse : on ne questionne pas le passé (quels rôles de l’Occident – colonisation – dans les divisions présentes), ni le présent (quels rôles actuels -politique étrangère, intérêts financiers, collaborations douteuses, mode de vie occidentale), ni le processus humain de radicalisation (le sujet adulte terroriste est réduit à la seule dimension qui le définit, presque comme s’il était né terroriste. On ne se demande jamais pourquoi cela arrive maintenant et si dans une société décente et égalitaire, ne cherchant la domination d’aucune contrée du monde sur l’autre, d’aucuns groupe sur l’autre, éduquant aux limites, le même enfant serait devenu terroriste. Cette absence de questionnement fait du terrorisme un quasi-trait atavique).

NOS MODES DE VIE S’OPPOSENT À LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

L’habitude de situer les causes du dysfonctionnement en dehors du système : ce sont les « terroristes », les « ennemis de la démocratie », les « barbares », les « forces du mal », légitime nos modes de vie et ne pose pas de limites à nos actes, n’établissant aucun seuil au-delà duquel on pourrait penser qu’est « suffisante » notre spoliation du monde sous couvert d’ « aide humanitaire » et guerres préventives ». Nos actes peu héroïques sont à l’évidence absents du discours – ou  non perçus dans une dimension structurelle -, ils sont alors juste des accidents; pas de miroir donc, point besoin de revoir notre politique internationale, ni celle de l’intérieur. L’enseignement, une part de responsabilité dans la dérive de jeunes en manque de repères ? Mais non, voyons ! Il ne faut voir dans les malades que des malades, mais des malades provenant d’un groupe particulier, ne pas faire d’étiologie : qu’importe l’histoire du sujet, il est ravalé au rang de terroristes, et celui qui essayera de comprendre assimilé à celui qui cherche à excuser, presque un coupable lui aussi

Car mieux vaut pour le pouvoir en place que le sujet ne pense pas et se nourrisse d’informations qui ne prennent pas les problèmes à leur racine. Et puisque le sujet tire un bénéfice secondaire des objets de consommation capitaliste – ils le satisfont momentanément de son insatisfaction, puisqu’il l’en détourne -, il s’établit une forme de connivence d’autant plus solide entre ses choix, sa perception de la réalité et celle du pouvoir qui ne cherche que la « croissance », le pouvoir d’achat des masses et donc la production et la consommation.

Derrière le rideau du spectacle politico-médiatique, pourtant, la réalité est crue, et assez simple en fin de compte. John Perkins, citoyen américain, explique dans le documentaire « let’s make money », en quoi consistait son job d’ « assassin financier » : « notre tâche s’apparente à celle d’un tueur de la mafia, car notre principe d’un prêté pour un rendu, la mafia et les gangsters l’appliquent depuis des siècles. Mais nous agissons à très grande échelle, avec des gouvernements, des pays et nous sommes plus professionnels. Nous opérons de différentes manières : le plus souvent l’assassin financier repère un pays qui possède des ressources que veulent nos entreprises et nous lui préparons un énorme prêt auprès de la banque mondiale ou d’une organisation soeur. Mais l’argent ne part jamais vers ce pays. Il revient à nos propres sociétés qui lancent des projets d’infrastructure dans le pays ; cela profite à quelques personnes très riches vivant dans ce pays ainsi qu’à nos sociétés, mais ne favorise pas la majorité des habitants, trop pauvres. Or, ce sont eux qui héritent de dettes colossales, si élevées qu’ils ne peuvent les rembourser. Tant qu’ils s’échinent à rembourser, ils ne peuvent s’offrir un bon système médical ou éducatif, et les assassins économiques leur disent : « Vous nous devez beaucoup d’argent, vous ne pouvez payer vos dettes ; donnez-nous une livre de votre chair« .« Vendez-nous votre pétrole au rabais« « soutenez-nous lors du prochain vote crucial à l’ONU« , ou « Envoyez vos troupes en renfort en Irak par exemple« . C’est ainsi que nous avons réussi à créer cet empire. Car le fait est que nous faisons les lois, nous contrôlons la Banque mondiale, nous contrôlons le FMI, nous contrôlons même les Nations-Unies. Et ce que font les assassins économiques n’est pas illégal. Pousser des pays à s’endetter et leur exiger ensuite des faveurs, ça devrait être illégal, ça ne l’est pas.

L’une des caractéristiques d’un empire est d’imposer sa monnaie au reste du monde. C’est ce qu’on a fait avec le dollar. En 1971, les États-Unis étaient très endettés, principalement à cause de la guerre du Vietnam. Le système de l’étalon-or était en vigueur. Un jour des pays décidèrent de rembourser leurs dettes en or et non plus en dollars devenus peu sûrs. Nixon refusa de payer en or, malgré l’étalon en vigueur, car les États-Unis n’avaient pas assez de stock. Très rapidement, le pétrole est devenu la nouvelle référence. J’ai joué un grand rôle dans les négociations avec l’Arabie Saoudite, en insistant pour que l’OPEP ne vende que le pétrole en dollar. Le dollar est devenu la monnaie de référence du pétrole. Cet étalon est bien plus important, car le pétrole a beaucoup plus de valeur que l’or, de nos jours. Depuis, le monde achète du pétrole uniquement en dollars, une devise très puissante. Aujourd’hui, les États-Unis sont à nouveau en faillite. On a des dettes colossales, plus qu’aucun pays n’en a jamais eues. Si un pays décidait de payer ses dettes avec une autre monnaie que le dollar, nous serions sérieusement embarrassés. Actuellement, les pays paient en dollar, car le pétrole est une matière première indispensable que l’on ne peut acheter qu’en dollars, mais Sadam Hussein a menacé de vendre le pétrole autrement qu’en dollars, juste avant sa chute…

Parfois, il arrive que l’on échoue à corrompre des leaders, comme j’ai échoué avec Omar Torrijos au Panama et Jaime Roldos en Équateur. Cela n’arrive pas souvent, mais dans ce cas, les chacals sont lâchés. Ce sont eux qui renversent le gouvernement ou assassinent leurs dirigeants. Après mon échec avec Omar Torrijos au Panama et Jaime Roldos en Équateur, on a envoyé les chacals pour les assassiner. Dans le seul cas où les assassins économiques et les chacals échouent, alors et seulement alors, on envoie l’armée. C’est exactement ce qui s’est produit en Irak : les assassins n’ont pas pu réussir à corrompre Sadam Hussein, les chacals n’ont pu le tuer, on a donc envoyé l’armée. La première fois que les militaires ont envahi l’Irak, en 1991, l’armée de Hussein a été détruite. On a cru qu’il était suffisamment puni et qu’il changerait d’avis. Dans les années 90, les assassins sont revenus et ont tenté de le convaincre. S’il avait cédé, il dirigerait encore son pays et on lui vendrait des jets, des tanks, tout ce qu’il voulait. Mais il n’a pas cédé, les chacals ne l’ont pas tué. Il était très bien protégé, il avait plusieurs sosies. Même ses hommes ignoraient si c’était bien lui qu’ils escortaient. Ni les assassins économiques ni les chacals ne réussirent la seconde fois, nous avons donc à nouveau envoyé l’armée et nous l’avons éliminé. Ce qui s’ensuit fait partie de l’histoire ».

Les propos de John Perkins ne feront jamais l’objet de débats récurrents dans les presses de masse, tant celles-ci défendent les intérêts dominants, qu’elles remplissent leurs pages avec des publicités de voitures et qu’elles ne peuvent donc remettre en question nos modes de vie hyper-dépendants du pétrole. De la même façon donc, ce qui se passe en Syrie n’est pas expliqué par une presse au service de l’oligarchie. Plus facile alors de décrire un tyran à éliminer. Nous-mêmes préférons ne pas voir, soucieux de monter dans notre voiture pour faire nos courses au supermarché, oublier le travail en nous envolant pour un « city-trip » à New York ou Milan. Jouir de notre « liberté », assurément.

L’ARABE QUI CACHE LA FORÊT

La propagande de guerre occidentale a besoin de se créer un ennemi pour justifier ses interventions, perpétuer le pillage de la planète et maintenir le mode de vie occidental. En Syrie, Bachar Al Assad joue parfaitement ce rôle ; en Russie, c’est Vladimir Poutine. Diabolisant le dirigeant syrien, l’Occident s’employait dans un même temps à armer ceux qui s’y opposaient : l’organisation de l’État islamique et les divers groupes rebelles. Malgré que l’Occident déclarait avoir le contrôle sur les armes distribuées, seulement destinées aux « rebelles modérés », on sait deux choses : que ce contrôle est très difficile à mettre en place, si pas impossible, et qu’il n’existe pas – ou très peu si on perçoit dans les rebelles du Rojava Kurde une forme d’opposition avec le régime syrien – de « rebelles modérés » au régime syrien.

Si nous ne pouvons pas nous avancer sur les actes commis réellement par Bachar Al Assad, nous connaissons toutefois la situation du pays. En conflit avec Israël qui occupe une partie de son territoire (le Golan), ayant dû gérer la double conséquence de l’invasion de l’Irak par les puissances occidentales : la crise des réfugiés venus d’un Irak dévasté et la création de Daech, la Syrie a été et est par ailleurs encore victime de multiples tentatives de « déstabilisation » de la part des États-Unis et d’autres pays occidentaux. C’est donc un pays qui se défend, ce qui fait dire à Jean Bricmont que « Bachar Al Assad ne massacre pas son propre peuple pour le plaisir si on peut dire, mais parce qu’il est engagé dans une guerre à mort avec une opposition tout aussi violente, mais moins lourdement armée ». Ensuite, vu le faisceau de facteurs de déstabilisation en Syrie, il ajoute, concernant Bachar Al Assad, qu’il « est difficile de croire qu’il a pu résister si longtemps à une insurrection manifestement appuyée par des puissances étrangères sans le soutien d’au moins une partie non négligeable de sa population. Il y a beaucoup de dictatures qui se sont effondrées face à des oppositions bien moins puissantes que celle à laquelle le « régime syrien«  est confronté ».

N’étant donc pas en mesure de bénéficier d’informations précises sur les comportements personnels du président syrien (pas plus que nous ne pouvons obtenir des informations précises sur les agissements des dirigeants occidentaux, excepté que nous savons qu’ils sont systématiquement absous pour ceux qu’on leur reproche. Sarkozy, parmi tant d’autres, en est un parfait exemple, lequel, si nous étions dans une société décente devrait, aux côtés de Didier Reynders et d’une myriade d’autres hommes politiques, être derrière les barreaux…), nous pouvons toutefois constater que des démarches ont été entreprises par son régime, qui ne visaient aucunement à nuire aux pays occidentaux. Ainsi Bernard Squarcini , ancien chef des renseignements français, qui a récemment  révélé « que les services secrets syriens sont venus lui proposer la liste de tous les djihadistes français opérant en Syrie ». Beau geste pour celui qu’on présente comme un tyran sanguinaire… Bernard Squarcini s’est alors « tourné vers son homologue français qui a dit : « Effectivement, ça m’intéresse, mais il faut que j’en réfère au Premier ministre Manuel Valls » ». À quoi ce dernier répondit : « Pas question, nous n’échangeons pas de renseignements avec un régime tel que la Syrie ». Le Premier ministre français a donc refusé une aide qui aurait pu permettre d’éviter les attentats du 13 novembre à Paris, ceux de Bruxelles, et les suivants…

« Al-Nosra [groupe terroriste syrien affilié à Al Qaeda] fait du bon boulot sur le terrain » (Laurent Fabius, Le Monde du 13/12/2012)

Manuel Valls n’a toutefois pas refusé avec une telle fermeté de se rendre en Arabie Saoudite en octobre 2015, au forum franco-saoudien à Ryad : « Manuel Valls a effectué une visite officielle en Arabie saoudite les 12 et 13 octobre 2015. Il était accompagné de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, J-Y. Le Drian, ministre de la Défense, Alain Vidalies, secrétaire d’État chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, et Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement ». De son côté, Didier Reynders, alors ministre libéral des finances, s’était rendu en Arabie saoudite en 2012 et y avait rencontré le prince saoudien Nayef Bin Fawaz al Chaalan, accusé d’être impliqué dans un vaste trafic de cocaïne par avion diplomatique et par ailleurs recherché par Interpol. Pris en photo avec le prince, son frère et le léopard domestique du prince, Didier Reynders a dit tout ignorer du passé de son hôte… il a dû faire fi des propos des deux frères saoudiens qui déclaraient « être tous les jours en contact (par satellite) avec des membres de l’opposition syrienne ». Mais heureusement que la dynastie saoudienne était là pour Didier Reynders, lui permettant « de mettre en lumière la manière de fonctionner de certains groupes sur le terrain. Cela démontre certainement la complexité du dossier syrien« . Quelques intérêts peut-être ? Par-ci, par-là… Valls « a signé plusieurs accords, contrats et lettres d’intentions, pour une valeur totale de l’ordre de 10 milliards d’euros »; le Prince Philippe de son côté a effectué plusieurs missions économiques en Arabie Saoudite : « Si Besix a réussi à se faire connaître en Arabie saoudite, c’est grâce à la présence du Prince Philippe pendant la mission économique ». Ah, qu’est ce qu’on ne ferait pas pour l’argent, et le « relèvement économique de la France » ou de la Belgique et « la croissance », même s’il faut passer par quelques attentats… et « parler avec des gens dont on ne partage pas les valeurs », dixit Charles Michel.

Nous ne sommes plus à une « contradiction » près, quand il y a de l’argent on est même capable de « promouvoir l’Arabie Saoudite au Conseil des droits de l’homme ». Eh oui, comme le dit le directeur général d’UN Watch « Les pétrodollars et la politiquel’emportent sur les droits de l’homme ». Rien d’étonnant alors qu’ « à l’époque, ni les États-Unis, ni l’Union européenne, ni la France ne s’étaient opposés à cette nomination ». Oh! allez, c’est pas très grave s’ils jettent quelques cailloux sur des bloggeurs enterrés, jusqu’à ce qu’ils en meurent, et qu’ils décapitent sur les places publiques à un rythme supérieur à Daech, « ces barbares ». Plus gênant par contre quand on arrête un prince saoudien, Abdel Mohsen Ibn Walid Ibn Abdelaziz, avec deux tonnes de Captagon à Beyrouth. Le Captagon, c’est cette drogue dont on avait retrouvé des traces sur l’individu qui a fait son carnage sur la plage de Sousse et que prennent les terroristes avant de perpétrer leur acte ultime… et qu’on pense que les assaillants du 13 novembre à Paris avaient consommée. Mais l’Arabie Saoudite a de l’argent et en période de crise la France ne peut rechigner sur certains investissements. La perception de la barbarie et l’indignation a ses limites : nos intérêts…

QUELQUES ATTENTATS POUR POUVOIR CONTINUER À ROULER EN BAGNOLE

On a ce qu’on mérite ? Un peu, en tout cas selon Marc Trevidic : ancien-juge d’instruction au pôle antiterroriste de Paris : « la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite . Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’Islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table ». Ce soutien s’accompagne en outre d’un alignement complet de la France sur les États-Unis et Israël: « on ne peut pas ignorer, quand on parle de la France, l’éléphant dans la pièce, dont tout le monde sait qu’il existe et dont personne ne parle (ou n’ose parler): l’extraordinaire influence, dans le monde politico-médiatique et le monde intellectuel, des réseaux pro-israéliens. Et il est manifeste que tous les « régimes nationalistes arabes« , dont celui de la Syrie, sont haïs de longue date dans les milieux pro-israéliens. Ce qui, combiné avec l’alignement sur les États-Unis, explique l’hostilité fanatique de certains dirigeants français envers le « régime syrien«  ».

Mais « Chuutt », il ne faut pas le dire. Rassemblons-nous plutôt derrière les slogans vides comme : « Le terrorisme ne détruira pas la République, car c’est la République qui le détruira » . La « République » ne parlera pas de ce qu’elle a construit. Ne pas raconter l’histoire non plus, dire qu’Al-Quaïda découle du soutien américain aux Moudjahidins dans la lutte contre le terrorisme, ingérence étrangère qui dans l’époque de la chasse aux sorcières déstabilisera complètement le Moyen-Orient, dont l’EI ne sera que la suite : « Al-Quaïda fait partie des groupes islamistes radicaux créés et introduits par l’Occident dans divers pays musulmans, auxquels s’est ajoutée, plus récemment, l’organisation État islamique. EI est un groupe armé extrémiste né dans les « camps de réfugiés«  des frontières turco-syriennes et jordano-syriennes. Il a reçu un financement de l’OTAN et de l’Occident pour lutter contre le gouvernement (séculier) de Bachar el-Assad. Ces éléments radicaux remplissent plusieurs fonctions. L’Occident les utilise comme intermédiaires dans les guerres qu’il mène contre ses ennemis, c’est-à-dire contre les pays qui s’entêtent à nuire à l’entière domination du monde par l’Empire. Puis, quand ces armées extrémistes en viennent à « faire à leur tête«  (ce qui finit toujours par se produire), on en fait des épouvantails destinés à justifier la guerre contre le terrorisme ou, comme on l’a vu après la prise de Mossoul par EI, une nouvelle intervention des forces occidentales en Irak ». Cela profite évidemment au complexe militaro-industriel et à la ploutocratie qui le sert et qu’il sert, c’est-à-dire à une caste dirigeante au service du grand capital dont les mesures d’état d’urgence décrétées et prolongées les protègent avant tout d’une dissidence s’exerçant contre leur domination et dénonçant leur rôle historique dans ce qui est en train de se passer.

De son côté, après plusieurs années de frappes infructueuses des États-Unis sur la Syrie et d’un soutien armé de la France, la Russie décida d’intervenir. Réponse du gouvernement français ? « Pris de court le 30 septembre par la décision de Poutine de bombarder tous les ennemis de Bachar el-Assad, sans distinction d’appartenance, ils ont réagi en envoyant des armes à tous les groupes d’opposition au régime syrien, catalogués ou non comme islamistes ». Il est donc évident que quand elle dit armer les rebelles, la France arme les terroristes. Et ces mêmes pays qui s’étonnent des résultats des actions qu’ils perpétuent s’étonneront de la même façon que les armes qu’ils fabriquent se retrouvent dans les mains de terroristes dans les appartements de Saint-Denis, ou dans les mains des combattants de l’État islamique. « Oh zut, si on avait su… », euh, mais il faut pouvoir « parler avec des gens dont on ne partage pas les valeurs », et entre parler et commercer, il n’y a… rien.

Cette ultime décision prouvait à nouveau la volonté française de soutenir les forces d’opposition au président plutôt que de combattre Daesh. À ce sujet, outre le refus français à la proposition syrienne de collaborer avec ses services de renseignements afin de juguler de probables attentats, l’ancien chef du renseignement américain dénonçait déjà dans un rapport secret que « les salafistes, les Frères musulmans et Al-Qaïda en Irak étaient les forces les plus importantes de l’insurrection en Syrie», bénéficiant d’un soutien « de l’Ouest, des pays du Golfe et de la Turquie» ; ces groupes djihadistes antigouvernementaux armés et appuyés par l’Occident sont de par ce soutien devenus Daesh ». CQFD? Non, cela ne semble pas suffisant comme éléments de preuve pour certains… (faudrait-il encore que les médias industrie nous informent vraiment, ce qu’ils ne feront pas).

N’ayons pas peur de le dire : « Les responsables ultimes de la tragédie syrienne sont ceux qui ont tenté de dominer le Moyen-Orient depuis des décennies et de subvertir tous les régimes qui s’opposaient à leur domination ». Jean Bricmont ajoute : « En Europe, ce genre de constatation est pratiquement impossible à énoncer, mais ce n’est pas le cas dans le reste du monde et l’autisme dans lequel sont enfoncées les opinions européennes n’est qu’un symptôme de plus de notre déclin ». Ajoutons: notre déclin qui prendra, si cela ne change rapidement, des formes apocalyptiques.

 

La valeur transcendante, au-delà d’un soi-disant universalisme occidental ou islamique, qui lie les différents groupes, c’est celle de l’argent et du profit à tout prix. « Démocratie ou droit de l’homme » comme « préceptes religieux » ne sont que des outils de perpétuation de la domination par laquelle ils justifient leurs actions. La connaissance de l’histoire coloniale et de sa mutation néocoloniale, permet de saisir que les groupes radicaux n’ont pas seulement été soutenus par l’Occident, « mais qu’il les a créés », « L’Occident a repéré les monstres les plus abominables, leur a donné des milliards de dollars, les a armés, leur a offert un entraînement militaire de haut niveau, puis les a lâchés dans la nature. Les pays qui engendrent le terrorisme, tels l’Arabie saoudite et le Qatar, comptent parmi les plus proches alliés de l’Occident et n’ont jamais été punis pour avoir répandu l’horreur dans tout le monde musulman ».

Notre supériorité occidentale refoulée, ou surtout intégrée à notre culture comme norme est pluriséculaire. Nous effectuons pour la plupart une hiérarchisation constante des cultures et ethnies de ce monde qui, sous prétexte de notre supériorité à tous les niveaux, devraient se fondre dans le moule occidental. Derrière les « Nous sommes Charlie », « Nous sommes Paris », « Nous sommes Bruxelles »… se cache l’ignorance de ce que nous sommes.

Et cette ignorance est nourrie par notre illusion d’être plus fort que tout, protégé par la police et l’armée. Or, derrière ce qui n’est qu’une chimère de protection réside la vérité que la lutte terroriste empruntant le style maquisard des Viet-Cong, est bien plus puissante que la police et l’armée organisées. Des centaines de jeunes sont déjà revenus de Syrie, des milliers de terroristes viendront prochainement de Turquie une fois abrogé le visa pour venir en Europe. À ce moment, nous ne pourrons plus rien y faire. Les militaires pavanant dans nos rues ne permettront pas d’éviter le pire. Et ce sera le chaos.

Saisirons-nous l’absurde qui nous régit ? L’illusoire supériorité qui nous anime, dicte nos rapports à l’Autre et à nous-mêmes?

Il y a peu d’espoir. Mais quand il y en a peu, il y en a quand même…(InchAallah)

Catégories

Dernieres infos

Publicités

One thought on “L’OCCIDENT TERRORISTE Les responsables ultimes de la tragédie syrienne sont ceux qui ont tenté de dominer le Moyen-Orient depuis des décennies et de subvertir tous les régimes qui s’opposaient à leur domination Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :