L’ESPAGNE AVAIT BIEN PARTICIPER A LA PARTITION DE LA YOUGOSLAVIE

Pour rappel                                                   Huit pays de l’Otan Etats-Unis, GrandeBretagne, Canada, France, Allemagne, Italie, PaysBas, Espagne -sont impliqués dans les frappes entamées hier soir. L’état-major de l’armée yougoslave a annoncé qu’une «agression» avait été perpétrée contre la Yougoslavie par l’Otan, qui a visé «plus de vingt objectifs» A Bruxelles le secrétaire général de l’Alliance, l’Espagnol Javier Solana a déclaré : «J’ai été informé par le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général américain Wesley Clark, que des opérations aériennes de l’Otan contre des cibles en Yougoslavie ont commencé», «La responsabilité première des frappes aériennes revient au président Slobodan Milosevic qui a refusé de mettre un terme aux actions violentes au Kosovo et de négocier de bonne foi», a-t-il ajouté.

Chirac explique

Selon le président américain Bill Clinton, les forces de l’Otan visent des «cibles militaires serbes» en Yougoslavie.

Le président de la République, Jacques Chirac, a «expliqué aux Français» dans une déclaration à la presse, à Berlin, la participation de l’armée française à l’action militaire de l’Otan contre la Yougoslavie par la nécessité de défendre «la paix et les droits de l’Homme sur le continent européen». Le président Milosevic porte «toute la responsabilité» de la crise au Kosovo mais il «doit néanmoins savoir qu’il peut à tout moment revenir à la table de négociation pour signer l’accord de paix», a rajouté le chef de l’Etat qui a souligné que la décision d’une participation française à l’action militaire de l’Otan avait été prise «en plein accord avec le gouvernement».

Le Premier ministre Lionel Jospin interviendra, pour sa part, vendredi à l’Assemblée nationale après un débat.

«Force déterminée»

Quelque 400 avions ont été réunis par les 19 pays de l’Alliance pour mener l’opération «Force déterminée». Les premiers raids visent, en principe au sud du 44e parallèle, soit au sud de Belgrade, à endommager gravement des radars, des rampes de missiles sol-air, des postes de commandement et de communications et des dépôts d’armes lourdes, selon des diplomates.

On apprenait également hier soir que plusieurs journalistes occidentaux ont été arrêté par la police de Belgrade, alors que les frappes aériennes de l’Otan étaient en cours.


Les Français dans la bataille

Silence radio. Hier soir la délégation à l’information du ministère de la Défense ne faisait pas dans le superflu sur les missions et les objectifs assignés au contingent français des forces de l’Otan. Seule concession, l’adresse du site du ministère de la Défense sur Internet. «Vous saurez tout sur les moyens engagés», expliquait l’officier supérieur de service. Des moyens essentiellement aériens destiné à mener des bombardements contre la Yougoslavie, avec une quarantaine d’avions basés en Italie et en France mais aussi sur le porte-avions Foch en Mer Adriatique.

L’armée de l’air française a déployé sur la base aérienne italienne d’Istrana, près de Venise, huit Mirages 2000 C (interception). Equipés de missiles air-air d’interception et d’auto- défense ils rempliront des missions de «police du ciel». Egalement engagés, quatre Mirages 2000 D (attaque au sol), armés de bombes guidées laser, pour des missions d’assaut et quatre Jaguars (reconnaissance photographique). Deux-cents pilotes, mécaniciens et armuriers assurent la mise en uvre de ces appareils.

De plus, un avion-radar AWACS et un avion- ravitailleur C 135, opérant depuis leurs bases en France, s’intègrent dans le dispositif Otan.

En Mer Adriatique, la marine française a déployé, autour du porte-avions Foch, un groupe aéronaval, la task force 470 qui compte la frégate anti- aérienne Cassard et le pétrolierravitailleur Meuse. La frégate anti-sous-marine britannique HMS Somerset est intégrée à la task force 470.

Le porte-avions Foch emporte 15 Super Etendard modernisés (SEM), spécialisés dans l’attaque au sol avec un missile AS 30 à guidage laser de 700 kg ou des bombes guidées laser de 250 kg et 4 Etendard IV P pour des missions de reconnaissance photographique.

Le 5e RPIMa de Castres sur le terrain

A ses moyens, il faut ajouter les 830 hommes mobilisés dans le cadre de la force d’extraction. Actuellement stationnée en Macédoine, ces hommes pourraient venir compléter le dispositif d’intervention.

C’est en tous cas ce qu’a laissé entendre hier le Colonel Janizelski du 5e RPIMa de Castres dont la moitié du régiment, soit 506 hommes composent l’essentiel de ce contingent français placé sous le commandement du général Valentin.

«Depuis qu’ils sont sur place les hommes se sont beaucoup entrainés. Au départ c’était dans le cadre de la force d’extraction au profit des observateurs de l’OSCE. Aujourd’hui on s’achemine raisonnablement vers une intervention au Kosovo.

S’agissant des modalités, du mode d’engagement, des objectifs et des missions du régiment, nous n’avons aucun élément, même si toutes les hypothèses par voies aériennes et voies terrestre ont-été étudiés», indique-t-il.


« Ce ne sera pas une promenade de santé »

Les experts militaires basés à Londres sont unanimes à considérer que Slobodan Milosevic dispose d’une capacité de défense, antiaérienne notamment, autrement plus coriace que celle de Saddam Hussein, et affichent leur perplexité devant les «buts de guerre» de l’Otan.

«Les politiciens se sont enferrés jusqu’à faire des frappes une question de crédibilité pour l’Otan. Nous passons à l’action mais je pense qu’il serait stupide de croire une seule seconde que cela va résoudre quoi que ce soit», résume abruptement Jonathan Eyal, directeur des recherches à l’institut international RUSI, qui fait autorité en matière de défense.

Sur le strict plan militaire, tout concourt, selon Andrew Brookes, de l’Institut International d’Etudes Stratégiques (IISS), à rendre «hasardeuse» l’intervention : la dispersion des cibles, les capacités de riposte des Serbes, la nature accidentée du terrain, la nécessité d’éviter au maximum les «dégâts collatéraux» (les pertes civiles, en langage militaire décodé) ainsi que le souci de tendre à «l’option zéro mort» dans son propre camp. C’est-à-dire d’éviter de perdre des pilotes afin de conserver le soutien d’opinions publiques versatiles.

Qui plus est, les stratèges relèvent qu’en limitant strictement son scénario de guerre à des frappes aériennes, dans la crainte légitime d’un enlisement, l’Otan a singulièrement réduit ses moyens d’action.

«Il faudrait des troupes au sol…»

«Pour parvenir à ses fins, il faut déployer des troupes au sol. Je doute fortement que le monde occidental souhaitera s’engager dans une troisième guerre des Balkans», constate le général Michael Rose, ancien commandant de la force de protection des Nations unies en Bosnie.

Et pourtant, «si le but est de protéger les Albanais (Kosovars) de la répression (serbe), alors il faut déployer des troupes», tranche Jane Sharp, du King’s college de Londres.

Nombreux sont ceux qui doutent de la possibilité d’infliger à Slobodan Milosevic «une punition des plus sévères», selon l’expression du directeur du RUSI.

«Politiquement, l’idée est de frapper Milosevic si fort qu’il viendra à la table des négociations. Mais il est très difficile de trouver des cibles susceptibles d’engender des dégâts militaires réellement significatifs. Consultant auprès du groupe de défense Jane’s, Paul Beaver convient «qu’il ne s’agit pas d’une promenade de santé contrairement à ce qui s’est passé en Irak», lors des récents raids américano- britanniques dans le cadre de l’offensive «Renard du désert».


Cibles

L’aviation de l’Otan a visé des cibles sur tout le territoire de la Yougoslavie. Les environs de Belgrade, ainsi que le Monténégro, à Podgorica, la capitale, et Danilovgrad (nord), à Pristina, chef-lieu du Kosovo, Kursumlija et Uzice (sud de la Serbie), Novi Sad (nord de la Serbie), et Pancevo, près de Belgrade auraient été touchés.

C’est en tout cas ce qu’anoncait hier soir l’agence yougoslave Tanjug.

De son côté, l’agence indépendante Beta précisait que Kragujevac (centre de la Serbie), où se trouve la principale usine d’armements yougoslave, aurait également été bombardée.

Des témoins ont déclaré que des objectifs militaires ont été visés au Monténégro, à Bar, sur la côte adriatique, Radovici et Ivangrad.

Selon l’AFP cette fois, une dizaine de détonations ont été entendues hier soir à Pristina, au moins huit à Belgrade et d’autres au Monténégro.

D’autre part, Tanjug annoncait hier soir que ces raids de l’Otan contre des cibles militaires auraient fait des morts, notamment parmi les familles de militaires.

D’une façon générale, il semble que se sont exclusivement des sites de défense qui ont été touchés, des bases radar, des aéroports militaires ou usines d’armement.

Par ailleurs, Radio- Belgrade, annoncait qu’un des avions de l’Otan aurait été abattu dans le secteur de Cicavica au nord du pays. Le chef d’état-major interarmes américain a, quant à lui, précisé que tous les avions de l’Otan avaient regagné leur base.

Par contre, le ministère allemand de la Défense indiquait que plusieurs avions yougolaves avaient été abattus.

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