Enquête exclusive. Cuba, Belgique et Luxembourg : les étranges montages financiers du milieu pharmaceutique algérien

 

Le diabète est une maladie chronique révélée par la présence trop importante de sucre dans le sang (hyperglycémie). Selon la Fédération Internationale du Diabète (FID) le nombre de diabétiques est passé à plus 439 millions, dans le monde en 2016.

 

Le diabète de type 2, le plus répandu, serait favorisé par un mode de vie plus sédentaire, le vieillissement de la population, mais également par l’augmentation de l’obésité qui représente un facteur prépondérant de l’apparition du diabète. L’âge et des facteurs environnementaux augmenteraient ainsi le risque de maladie chez les personnes prédisposées. En Algérie, le nombre de diabétiques, selon plusieurs sources concordantes, a atteint les 4 millions de personnes à fin 2016, soit près de 10% de la population.

Chaque année, on enregistre entre 10.000 et 20.000 nouveaux cas de diabète décelés notamment lors des campagnes de dépistage précoce “, indiquait récemment Noureddine BOUCETTA, président de la Fédération algérienne des associations des diabétiques en 2016L’Ulcère du Pied Diabétique (UPD) touche, selon des sources hospitalières, entre 10 et 15% des diabétiques en Algérie.

De nombreux malades du diabète souffriront ainsi d’UPD, provoquant des complications pouvant aller jusqu’à l’amputation. Heberprot-P est un médicament traitant l’ulcère du pied diabétique, il a été créé par le Centre d’ingénierie génétique et de biotechnologie (CIBG), un laboratoire étatique cubain, et dont les droits sont détenus exclusivement par l’entreprise publique cubaine, Heber Biotec.

‘‘L’ Heberprot-P stimule la régénération des tissus de granulation, qui est le matériau de ré-épithélialisation des tissus en cas de traumatismes ouverts’’, nous a fait savoir un spécialiste.

L’ancien Ministre de la santé, Abdelmalek BOUDIAF, avait alors, signé plusieurs conventions de coopération portant sur le secteur de la santé avec Cuba en 2016. Le succès prometteur du traitement, qui s’inscrit comme une véritable alternative à l’amputation du pied a poussé les algériens souffrant d’UPD, à s’intéresser au médicament cubain l’Heberprot-P, dont le Docteur Abdelkrim DJEBBAR est l’importateur exclusif pour l’Algérie. 

 

Des chiffres qui échappent bien sûr au fisc Algérien…

 

Pour ses importations, le Docteur DJEBBAR peut s’appuyer sur plusieurs sociétés qu’il a créées à l’étrange notamment au Luxembourg.  En effet, les investigations Algeriepart ont permis d’identifier, grâce aux indications portées dans les statuts que nous mettons à votre disposition, la société MED COMPANY. Il s’agit d’une société Anonyme gérée par Mr Abdelkrim DJEBBAR dont l’objet était l’exploitation commerciale des produits pharmaceutiques.

MED COMPANY SA a été créée par incorporation, pour dépenses et enregistrements, de l’équivalent de plus de 300.000 euros, le 14 Novembre 2000 par OELSNER FINANCIAL CORP et INVESTMENTS LTD dont les sièges étaient établis à Tortola dans les Iles vierges britanniques

 

MED COMPANY SA était administrée par Zoubida, l’épouse de Mr DJEBBAR et sa fille Yasmine jusqu’au mois d’Aout 2013 comme il est indiqué sur les mêmes statuts.  Le capital social était de 31.000 euros et avait pour siège social : L-2530 Luxembourg, 4, rue Henri M. Schnadt. R.C.S. Luxembourg B 78.653.

 

Ce qui nous a également surpris sur les statuts de MED COMPANY SA, est le fait que Mr Abdelkrim DJEBBAR ait déclaré son lieu de résidence en France au 63, boulevard de la République F-92250 La Garenne-Colombe alors que Mr DJEBBAR, propriétaire de LAD Pharma, vit notoirement en Algérie.

L’analyse des comptes de la société MED COMPANY SA indique un bénéfice cumulé de près de 500.000  pour l’exercice 2012 avant sa dissolution en 2013. N’ayant aucun salarié, la société MED COMPANY SA ne pouvait être qu’une entité de facturation pour l’achat et la revente de produits pharmaceutiques qui dégageait de subséquentes plus-values à l’étranger.

En Belgique

Nous retrouvons également une autre entité détenue par Mr Abdelkrim DJEBBAR en Belgique, la société COPROPHARM. Une SARL créée le 19 Novembre 2009 dont le siège était établi au 4 – 6 Avenue Normande 1332 GENVAL au sud-ouest de Bruxelles avant son transfert en Novembre 2013 au 161 Drève RICHELLE Bte 48, Bâtiment N à Waterloo au sud de Bruxelles. Le capital de 18.600 € a été versé, par Mr DJEBBAR aux deux tiers en espèce, soit 12.400 euros !

L’objet social vise l’import, export, transit, achat et vente de produits, équipement et services concernant les produits pharmaceutiques. Cette fois-ci encore, Mr DJEBBAR donne une autre adresse en France, à l’avenue BUGEAUD dans le chic 17ème arrondissement Paris.

Les comptes annuels et déclarations de la société COPHROPHARM, que nous nous sommes procurés, indiquent en 2014 des fonds propres à près de 2.000.000 €, une marge brute de près de 3.000.000 € pour un bénéfice supérieur à 1.800.000 € et ce avec un seul employé déclaré.

Ceci prouve qu’il n’y avait aucune activité industrielle ou commerciale intense, hormis une coquille vide, dédiée à la facturation pour dégager, comme vous pouvez le constater sur les documents que nous mettons à votre disposition, une formidable plus-value.

 

Un flagrant conflit d’intérêt….

Certains hôpitaux se sont plaints il y a quelques mois de l’indisponibilité du produit Heberprot-PDe nombreux malades refusent quant à eux de devoir se déplacer dans les seules cliniques du Docteur DJEBBAR qui n’a bien évidemment aucun problème de disponibilité de ce médicament. Le Docteur Abdelkrim DJEBBAR, se défend d’une quelconque pénurie, et presse à son tour, les hôpitaux à passer leurs commandes ‘’ les stocks d’ Heberprot-P sont disponibles !’’, assène-t-il.

Il suggérera, par ailleurs, et pour atténuer la demande du produit dont il est seul importateur ‘’d’autoriser la vente aux officines, aux médecins et aux cliniques privées.’’

Mr DJEBBAR favoriserait-il ses propres cliniques et donc quelques patients en leur fournissant de manière privilégiée le produit sous tension ? Crée-t-il la pénurie dans sa qualité d’agent exclusif pour pousser les autorités à accéder à son souhait d’élargir son réseau de distribution au détriment de milliers de malades comme nous l’ont laissé entendre certaines sources ?

Cet intérêt pour l’importation de produits pharmaceutiques a été transmis aux enfants du Ministre de la santé Mr BOUDIAF, l’ancien ministre de la Santé, et du Docteur DJEBBAR.

Wafi DJEBBAR, le fils d’Abdelkrim DJEBBAR, et Zakaria BOUDIAF, un des enfants de l’ex Ministre Abdelmalek BOUDIAF ont créée, le 15 juin 2016, la société Vital Healing Pharma, dont l’objet est l’importation de produits pharmaceutiques, hospitaliers, chirurgicaux, diététiques, à l’époque même où Abdelmalek BOUDIAF était ministre de la santé et travaillait à la coopération médicale Algéro-cubaine et donc encourageait le lancement du Heberprot-P en Algérie. 

Comme nous l’avions déjà rapporté dans une de nos publications, les enfants du Ministre de la Santé de l’époque, avaient bénéficié d’un agrément émanant de la Direction de la Pharmacie et des Equipements de Santé…du Ministère de la Santé.

Nous avons saisi Mr Abdelkrim DJEBBAR par mail pour nous donner sa position par rapport aux entreprises qu’il a créée à l’étranger dans le domaine pharmaceutique, nous n’avons toujours pas eu de réponses.

Nous avons également posé la question  aux responsables des Directions de la Communication et de la Pharmacie et des Equipements de Santé du Ministère de la Santé à propos du possible conflit d’intérêt engendré par cette situation. Nous n’avons à ce jour reçu aucune explication.

Comme vous pouvez le constater, de troublants faits entourent l’importation des médicaments et leur distribution en Algérie. Comment peut-on admettre le principe de discrimination dans l’accès aux soins en Algérie ? Comment peut-on laisser des enfants, bénéficier de la position politique de leurs parents pour officier dans le domaine que ces derniers gèrent ?

Le Docteur DJEBBAR, en sa qualité de résident algérien, a-t-il déclaré les bénéfices détenus à l’étranger à travers les différentes sociétés en Belgique et au Luxembourg ? A-t-il été autorisé à créer des entreprises à l’étranger par le fisc algérien ? N’est-il pas nécessaire de statuer sur les possibles conflits d’intérêts suscités par tous les proches d’une personne ayant un mandat public ? En attendant des éventuelles réponses, nous reviendrons dans nos prochaines enquêtes sur d’autres révélations dans le secteur pharmaceutique.

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