Former plus de chercheurs algériens, assurer leur mobilité internationale, passer de la recherche théorique à la recherche appliquée pour réindustrialiser le pays.


Hafid Aourag « L’Algérie est complexée vis-à-vis de ses produits »

 

Former plus de chercheurs algériens, assurer leur mobilité internationale, passer de la recherche théorique à la recherche appliquée pour réindustrialiser le pays. Telles sont les grandes lignes d’actions du Directeur de la recherche scientifique algérienne, le Pr Hafid Aourag. 

– Tout le monde en convient, il n’y a pas assez de chercheurs en Algérie. Le budget de la recherche (1 milliard d’euros sur la période 2015-2019) n’arrive pas à être dépensé. Le pays compte environ 30 000 diplômés de niveau doctorat (et beaucoup moins de chercheurs permanents…) pour 37 millions d’habitants, soit un peu plus de 800 par million d’habitants. La moyenne mondiale est supérieure à 1 000 chercheurs par million d’habitants. La France, qui a une population double, a 350 000 chercheurs diplômés. Accroître ce nombre peut emprunter deux voies : la formation de nouveaux contingents en Algérie, le retour des nombreux chercheurs algériens établis à l’étranger.

« Nous avons un potentiel de 60 000 étudiants qui sont en cours de formation supérieure. En approchant donc de la barre des 100 000 docteurs d’ici 2020, l’Algérie sera émergente dans le domaine de la recherche », estime le Pr Hafid Aourag, directeur de la recherche scientifique et de développement technologique de l’Algérie, dans un entretien avec AlgerParis.

Il estime entre 5 et 10 000 le nombre de chercheurs algériens à l’étranger. Un mouvement de retour en provenance d’Europe, des États-Unis, mais aussi des pays du Golfe, a été enregistré, mais il reste modeste. « Il ne s’agit pas de revenir pour faire des conférences… Ceux qui retournent dans leur pays avec des projets structurants, qui réalisent un vrai transfert technologique, il n’y en a guère plus d’une centaine par an », estime-t-il. Même si ce retour est faible, il n’y a donc plus de « fuite des cerveaux », un terme que le Pr Aourag se refuse d’ailleurs à employer : « Il faut parler de mobilité des cerveaux. Tous ces cerveaux à l’étranger, c’est une richesse, mais il faut rendre cette richesse mobile». Le gouvernement algérien vient d’ailleurs de prendre des mesures pour faciliter les études complémentaires à l’étranger pour les étudiants algériens. Les deux conditions fondamentales pour convaincre les chercheurs algériens de revenir sont connues : un statut reconnu et un bon niveau de salaire d’une part, la qualité des équipements de recherche d’autre part.

Pour y parvenir, en dehors des efforts publics, notamment en milieu universitaire, la principale préoccupation du Pr Aourag est que les laboratoires, les centres de recherche soient installés au plus près des milieux économiques et industriels. La loi le prévoit mais il faut passer de la théorie à la pratique. L’effort rejoint alors celui de la ré-industrialisation du pays.Transformer le savoir en savoir-faire pour le directeur de la recherche algérienne, la production scientifique de base est satisfaisante : « Nous assurons un tiers de la production scientifique de toute l’Afrique. Dans les sciences des matériaux, nous sommes à la 28e place mondiale. Nous avons des chercheurs reconnus, comme le Pr Mohamed Gerioune dont les recherches sur les nanotubes de carbone ont reçu des brevets internationaux ».

Mais il faut maintenant que cette recherche, devenue réalité, apporte une valeur ajoutée à l’économie.  C’est-à-dire transforme les produits dérivés de la recherche en des produits rentables pour l’économie du pays. « Il faut transformer ce savoir en un savoir-faire. Passer de la recherche théorique à la recherche appliquée. Développer l’ingénierie. Engager la bataille du développement technologique. Pour cela, il faut que les investisseurs fassent confiance aux produits de la recherche algérienne. Et il faut créer les start-ups qui développent ces produits», souligne encore le Pr Aourag. Dans une récente interview à Radio-Algérie, il a donné quelques exemples :

   – Sur les imprimantes 3D, il y a des produits 100% algériens à des coûts bas, et le ministère de l’industrie a joué le jeu en en commandant 500. Aux industriels de suivre.
– En matière de drones, l’Algérie a quatre produits performants.
– En matière de laser, l’Algérie a un produit performant pour le marquage. C’est très important : il s’agit de mettre des codes-barres sur les produits, leur assurant ainsi une présence satisfaisante et protégée sur les marchés. Pour ce laser de marquage algérien, le coût est trois fois moindre que pour les produits importés.

Cette difficulté de passer de la recherche à la phase d’exploitation est illustrée selon lui dans la question des brevets. Une centaine de brevets sont déposés chaque année en Algérie mais une très petite quantité est aujourd’hui exploitée. « Il y a une différence entre le dépôt de brevet et l’exploitation du brevet. Et cela ne sert à rien d’avoir des brevets dans un tiroir ». Et puis, il y a une dimension psychologique. Le directeur de la recherche scientifique s’indigne : « On a toujours un complexe vis-à-vis des produits algériens, on considère que la technologie qui vient de l’étranger est par définition meilleure. On manque de confiance à l’égard de nos chercheurs. Or ce n’est pas un hasard si plus de 30 chercheurs algériens travaillent sur la station spatiale internationale. Il faut être aussi fier des chercheurs algériens qu’on est fier des sportifs ».

Mobile, vous avez dit mobile ?

La mobilité est un principe que le Pr Aourag a appliqué tout au long de sa carrière. Il a fait ses études supérieures à l’école de Mathématiques et de Physique de l’université d’East Anglia, à Norwich. En 1987, il passe sa thèse sur les semi-conducteurs. Puis il opte pour une carrière itinérante : très souvent six mois en Algérie et six autres répartis entre l’Italie, la France et les États?Unis, en tant que professeur associé de physique. En 2000, il devient professeur à l’université technologique de Belfort-Montbéliard puis repart en 2005 à l’université de Tlemcen et Sidi bel Abbes avant d’être nommé directeur de la recherche fin 2008.Mobilité dans les centres d’intérêt aussi. « De la recherche théorique sur l’anti-matière au génie mécanique à Belfort, de la recherche moléculaire en médecine au développement industriel dans l’aéronautique ou le spatial, j’ai toujours changé d’activité au cours de ma carrière », souligne-t-il.

Catégories :H.B.Lakhdar

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :