Génération paranoïaque


On y est déjà. Des générations qui aujourd’hui arrivent à maturité, croient aux remèdes miracles des charlatans, à l’intelligence supérieure de Belahmar, à la Rokia universelle et qui voit Israël partout, le sionisme jusqu’à dans les logos et les pneus, qui croit qu’être anti-marocain c’est être algérien et que la France n’a qu’une idée, revenir nous coloniser. Générations qui désignent comme «savants» des fatwa-clowns et qui crachent sur la science et les prouesses du monde par un soupçon radical et des théories de complots absurdes.

Une génération qui insulte le monde mais use de ses technologies et qui proclame que mémoriser un livre sacré pour un écolier de neuf ans -au lieu de le comprendre- est un signe de génie plus spectaculaire que de marcher sur la lune ou de conquérir le monde par une invention généreuse. Génération paranoïaque, déformée par la sous-culture de la fatwa-valley, tuée par les arrières petits-fils du GIA devenus aujourd’hui groupes d’inquisiteurs et d’éditorialistes et notabilités médiatiques. «Je veux être comme el Boukhari» a confié un enfant algérien interviewé par un de ces journaux après avoir gagné un concours de récitation. Cela vous donne envie de pleurer. Il n’a pas dit qu’il voulait devenir cosmonaute, généticien de renom pour nous imposer au monde, mais collectionneur de hadiths. Il y a des décennies, un écolier algérien aurait annoncé vouloir être Steves Jobs, pas Hassan El Benna. Nous en sommes à désigner aujourd’hui comme «Allamma», «Savant des savants», quelques reliques du hadith et pas nos médecins exilés. Nous en sommes à filmer des concours de hidjab sur des fillettes de trois ans à Mascara, talibanisées et réduites à des poupées de Boko Haram, des objets sexuels à cacher, le tout sous la caméra de l’une de ces chaines des mille collines.

Nous y voilà donc

C’est cette génération qui crie aujourd’hui qu’il faut chasser les «Africains». Elle le pense parce que pendant des années Echourouk parlait de Subsahariens comme des «Africains», porteur de maladies, de crimes et de haines. «Mais pourquoi Africains ?», s’étonnent les Algériens qui savent où se situe l’Algérie et quelles sont ses racines. Parce que dans l’univers des Chourouk-boys et des talibans et des «Savants des savants», l’Algérie est une wilaya de l’Arabie saoudite. Cela est logique de ne pas se sentir africain. Cela est logique quand on courbe l’échine vers des Rois et pas vers ses racines.

Et pendant des années, un ministre de la Communication, zélé commissaire politique, a préféré pourchasser les journaux qu’il n’aimait pas plutôt que de veiller à nous préserver des radios des mille collines, de leurs diffamations, insultes et manipulations. Cela importait peu dans l’ordre des priorités des propriétaires du pays.

Et nous y voilà donc : cette génération de la fatwa et des petits-fils du FIS casse des chaises pour réclamer des tapis de prières à la place des Concerts de musique à la Grande poste à Alger, empêche des soirées, pourchasse des dé-jeûneurs, s’impose comme le premier parti taliban de l’Algérie que les ministres du régime faible prennent en considération quand ils veulent signer, en tremblant, lâches, un décret ou prendre une décision. «Cela est conforme à la charia», s’empressent de préciser ces employés du règne finissant.

Nous y voilà donc au retour des faux barrages mais sous forme de campagnes médiatiques haineuses, aux fatwas absurdes, aux milices gardiennes des mœurs comme chez les Saoudiens, à l’inquisition.

Le FIS a gagné

Et cela va s’accélérer. Ceux qui ont parrainé les «radio des mille collines» chez nous croyaient immobiliser les Algériens et les décérébrer pour mieux gérer les rentes, ils ne voient pas que le bateau coulera avec nous, avec eux et pour tous.

Les radios des mille collines tueront ce pays et le pousseront au génocide. Ce n’est pas une image. Cela s’accéléra et ira de plus en plus vite. Daech est chez nous, en nous, par nous.

On a préféré ce modèle à celui d’une Algérie libre, forte, heureuse de ses différences et de ses croyances, puissante et participant au monde par le don et pas par la grimace.

On lui a préféré une Algérie du racisme, de l’inquisition, de l’anti-marocanisme primaire et scandaleux, de la haine de l’autre, de la honte du corps, des faux barrages et des prêches. Une Algérie du déni.

C’est de là que vient le mal. De chez ceux qui voient dans une école moderne une menace et proclament les réformes de l’Ecole comme une atteinte aux «constantes nationales» qu’ils ont privatisées, qui pourchassent les intellectuels de la différence comme le faisait le GIA, qui croient que la puissance vient du déchaussement à l’entrée des mosquées et pas du travail en se retroussant les manches, qui hurlent au scandale comme si l’islam était leur propriété à eux exclusivement et qui embrassaient les mains des émirs sanguinaires autrefois et ceux des princes des Emirats et des Saoudiens aujourd’hui.

A Oran, les Turcs qui savent traire la vache du pays, ont offert à la ville une autre «Grande mosquée» à côté de la plus «grande mosquée de la ville» et pas un hôpital en don, un centre universitaire, un laboratoire. Cela dit tout sur ce que nous sommes et ce que savent les autres de nous, aujourd’hui.

Voilà. Nous y sommes.

Catégories :H.B.Lakhdar

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