Une arnaque bien huilée

Une arnaque bien huilée

L’expert pétrolier de renommée mondiale, Nicolas Sarkis tire la sonnette d’alarme à propos de la main basse programmée sur les hydrocarbures off-shore du Liban.

Vous vous en doutiez déjà, sans trop bien comprendre toutefois les savants rouages de la grande arnaque : cette fabuleuse fortune enfouie au large des côtes libanaises, les hommes qui nous gouvernent sont décidés à en profiter aux dépens du Trésor public, et ils sont en passe de réussir leur coup. Le mécanisme compliqué qu’ils ont mis en place pour faire main basse sur les gisements, c’est une incontestable autorité en la matière qui vient de le démonter pour nous, pauvres profanes que nous sommes (*).

Sans l’ombre d’une réserve, on fera confiance à l’auteur, le Dr Nicolas Sarkis, économiste franco-libanais, expert de renommée mondiale en questions pétrolières, dont les conseils et avis sont recherchés par nombre d’États de par le monde. Et pourquoi pas par le Liban, nouveau venu pourtant dans la prospection pétrolière et gazière, et n’ayant aucune expérience dans ce domaine ? Parce qu’au Liban on n’a nul besoin de spécialistes qui viendraient tout ficher par terre. Parce qu’au Liban ce sont les caïds de la politique qui non seulement contrôlent l’État, mais se préoccupent de la bonne marche de leurs propres affaires, plutôt que de celles de l’État.

Il faut dire qu’ils ne manquent pas d’imagination, ces caïds secondés par des armées entières d’avocats rompus aux manœuvres juridiques les plus acrobatiques. L’astuce, pour ceux de nos lecteurs et lectrices qui n’ont pas eu l’occasion de lire ledit exposé, tient à une série de manipulations dont il faut s’étonner avec Nicolas Sarkis qu’elles aient pu passer comme lettre à la poste, dans la plus parfaite illégalité, à travers tous les filtres et garde-fous de l’appareil étatique. Cela peut paraître incroyable, mais on a commencé par le plus urgent : mettre pratiquement hors circuit ce gros gêneur qu’est l’État, d’abord en empêchant la création d’une société nationale des pétroles, et ensuite en instituant un modèle d’accord avec les sociétés d’exploration et de production ouvrant la porte à des investissements privés. Ne restait plus alors qu’à agréer près d’une cinquantaine de firmes opératrices et non opératrices en glissant dans le lot tantôt des sociétés bidon et tantôt d’autres qui ne sont que notoires associations de pirates pétroliers, d’ailleurs poursuivies en justice dans plusieurs pays.

Maintenant que cette trouble histoire d’hydrocarbures nous paraît enfin claire comme de l’eau de roche, quelles leçons en tirer ? La première est que les âpres rivalités politico-sectaires dont notre pays est sempiternellement le théâtre peuvent très bien se résoudre par un partage plus ou moins équitable de ce gâteau que sont les ressources étatiques : et quel prodigieux gâteau, cette fois !

La deuxième est que le Liban, tout à ses querelles, a perdu un temps fou pour se lancer dans la course à la prospection, se laissant nettement distancer ainsi par Israël et Chypre ; mais qu’importe, les honorables investisseurs ont eu tout loisir de négocier leurs parts. Mieux encore, pour livrer bataille, ils n’ont pas manqué de revêtir leur armure de champion de leurs communautés. Suprême imposture que celle-là cependant, puisque c’est dans leurs comptes en banque déjà bien garnis que finiront ces royalties mal acquises, quelques miettes étant concédées à leur clientèle rapprochée.

Morale de l’histoire : plutôt que d’aller engraisser encore les prévaricateurs, puisse la manne pétrolière dormir longtemps encore sous notre lopin de Méditerranée pollué à outrance. C’est en réalité à la surface, sur la terre ferme, que la pestilence bat tous les records.

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