La plupart des Kabyles se sentent Algériens avant d’être Kabyles….

Berbère, Amazighité ou Algérianité ……

« Pourtant, ce qui unit les Berbères aux Arabes et aux musulmans en général, demeure plus fort que ce que les ultras semblent appeler de tous leurs vœux des autres peuples. En tout les cas, sans les Arabes ou avec eux, l’Espagne se souviendra, toujours, de ces 1.200 cavaliers, tous berbères, commandés par Tarik Ibn Ziad (un Zénète) qui ont, les premiers, conquis l’Andalousie, l’an 711. Ce «melting pot» qui fait la fierté des arabo-amzighs. Tenter de couper donc le cordon ombilical entre Orient et Maghreb, en niant des pans entiers d’une histoire commune, s’étalant jusqu’ à la période antéislamique, est tout bonnement, une tentative vouée à l’échec ».

Pour les nationalistes, les Berbères représentent l’une des composantes essentielles de l’identité nationale. Il n’y a pas une région berbère, toute l’Algérie est leur territoire. Pour d’autres, ils ont tous les éléments requis d’un peuple à part. Les Berbères ont beaucoup donné à l’Algérie. C’est un peuple fier et combatif. Appartenant, historiquement, à une région hautement politisée, ils n’ont pas cessé de revendiquer leurs droits. Certains pensent que les Berbères ne revendiquent leur droit à la différence que pour avoir des droits différents. Ce qui est sûr ! C’est grâce, en partie, à leurs luttes incessantes, que les limites du champ démocratique et des droits de l’Homme ont été élargies, en Algérie.

Il faut reconnaître, aussi, que la mouvance berbériste et à l’instar des mouvements à caractère identitaire, recèle en son sein des tendances extrémistes. Des ultras qui exhibent fièrement, le repli identitaire et le refus de l’autre, de sa langue, de sa culture, de son histoire et parfois même de sa religion ; une sorte de racisme inversé, disent certains.

Pour les ultras, l’Algérie doit parler Amazigh, penser Amazigh et rêver Amazigh ; toute autre langue ou culture autres que l’Amazighe sont considérées comme intruses et ne doivent pas donc être désignées d’ Algériennes. Pour eux, les Arabes ne sont que des conquérants, au même titre que les Turcs, les Espagnols ou les Français. Même si la réalité nous dit : qu’en Algérie, on a affaire plutôt à des Arabo-berbères qu’à de vrais Arabes de souche qui se comptent d’ailleurs, sur les doigts de la main. Les ultras veulent donc faire table rase de 1.300 ans de vivre ensemble, de brassage et de métissage. Ils cherchent, inlassablement, à réinventer une nouvelle Algérie qui ne serait que pour eux.

Cette réaction viscérale est due à une frustration culturelle et identitaire compréhensible, due, notamment, à l’oppression qu’ils ont subie, au nom de l’unité nationale, des décennies durant, et qui s’est, injustement, identifiée aux Arabes. Celle-ci a été déterminante dans leur imaginaire collectif. Ceux-ci se sentaient asphyxiés par cette culture « dominante », arabe , bédouine et indigeste que le désert d’Arabie leur a fait parvenir l’an 646. Leur esprit, et à l’instar de la géographie nationale elle-même, semble être coincé ; en bas, par ce désert frustrant qu’ils fuient plus que tout et en haut, par la rive européenne, qu’ils convoitent pour marquer le différence.

Pourtant, ce qui unit les Berbères aux Arabes et aux musulmans, en général, demeure plus fort que ce que les ultras semblent appeler, de tous leurs vœux, des autres peuples. En tout les cas, sans les Arabes ou avec eux, l’Espagne se souviendra toujours de ces 1200 cavaliers, tous berbères, commandés par Tarik Ibn Ziad (un Zénète) qui ont les premiers, conquis l’Andalousie, l’an 711. Ce »melting pot » qui fait la fierté des arabo-amazighs. Tenter de couper donc le cordon ombilical entre Orient et Maghreb, en niant des pans entiers d’une histoire commune, s’étalant jusqu’ à la période antéislamique, est tout bonnement, une tentative vouée à l’échec.

La plupart des Kabyles se sentent Algériens avant d’être Kabyles et font partie intégrante du monde musulman, avec lequel ils ont partagé le destin. Le nombre de mosquées de zawiyats est le plus important en Kabylie que partout, ailleurs en Algérie. Certains, par contre, se sentent plus Kabyles qu’Algériens, le peu qui reste, se sentent uniquement Kabyles et non Algériens du tout. Ils ne se voient pas obligés de vivre avec des non Kabyles, qui n’ont rien à partager avec eux, disent-ils. Ce sont les ultras, un courant minoritaire qui pose vraiment problème.

La majorité des ultras, postulent que cette terre est Amazighe par essence, et si on prétend être autre chose qu’Amazighe , selon eux, on devrait, tout simplement, aller vivre ailleurs, au Yémen ou en Arabie Saoudite, etc. Pour eux, il n’y a qu’une seule et unique identité nationale, l’Amazighité, qu’ils reconnaissent plus que tout et rejettent toutes les autres dimensions. Autant que l’islamisme djihadiste, ces adeptes de la théorie de l’antériorité historique, mettent le vivre ensemble dans ce pays, dans un péril avéré.

Culture dominante et culture dominée, peuple dominant et peuple dominé. C’était malheureusement, l’image simpliste que véhiculaient les ultras berbéristes, non seulement à l’endroit des leurs, mais aussi, envers une partie du monde, plus sensible aux revendications des minorités culturelles et ethniques opprimées.

En Algérie, le sécuritaire était pour la plupart Amazigh. Contrairement donc à ce que prétendaient les ultras, ce sont des Amazighs qui ont le plus, opprimés les Berbères. Plus tendres étaient avec les leurs et dures avec les autres, ils étaient les héros du pays. Plus durs avec les leurs et plus tendres avec les autres, ils étaient tagués de Kabyles de service. En poste, on les critiquait pour n’avoir pas fait assez pour la cause Amazighe ; hors poste, on les défendait bec et ongles, lorsqu’ils sont attaqués.

Contrairement au Maroc, où presque 60 % de la population est d’origine Amazighe, qualifiée, pourtant, de minorité culturelle et linguistique. Leur représentation au sein du pouvoir chérifien est presque symbolique. En Algérie, les Berbères et bien qu’ils ne dépassent pas les 20%, en moyenne, de la population globale, bénéficient d’un bien meilleur statut. Politiquement, ils constituent la pièce maîtresse du pouvoir algérien et ce, depuis l’indépendance du pays. S’ils ne sont pas en plein régime, ils gravitent souvent à sa périphérie la plus proche. Économiquement, ils sont en pôle position et sont solidaires. En termes d’investissement et de finance, les régions Amazighes sont des plus entreprenantes d’Algérie. Mais on les trouve aussi dans l’opposition. La logique des ultras, c’est tout simplement, la loi du tout ou rien ! Contrairement aux Kurdes du Machrek, les Amazighs du Maghreb, ne sont pas une minorité ethnique opprimée par une majorité. Surtout en Algérie ! Que revendiquent-ils alors ? Une constitutionnalisation de la Culture et une reconnaissance au niveau des médias et de l’Education, ce qui a été fait et le reste suivra sûrement. Néanmoins, les ultras berbéristes poussent le seuil des revendications culturelles à des frontières politiques des plus dangereuses.

Las de n’avoir pas pu rendre toute l’Algérie à l’Amazighité, les plus ultras des berbéristes qui sont, heureusement, minoritaires, chez eux, rejoignent l’approche idéologique du MAK. L’autodétermination, d’abord, de la Kabylie, pour couper cette terre historique des Amazighs, à l’Algérie post- coloniale. Sauver d’abord la Kabylie de la dominance « arabe » et passer ensuite, aux autres territoires : Chaouis, Mozabites, et Touaregs, serait alors une stratégie logique pour libérer les frères Amazighs opprimés. C’est donc le même but qui est visé ; mais revu cette fois-ci, à minima poena.

Le show diplomatique qu’entreprend Ferhat Mhenni, et bien qu’il soit banalisé par les autorités algériennes, dérange ! Ils savent que le monde a changé et que les choses vont en faveur des revendications des minorités et à l’encontre des Etat-nations qui n’ont pas achever la citoyenneté et qui n’arrivent plus à assurer l’équité et l’équilibre régional entre l’ensemble de ses composantes. Le Soudan, l’Iraq, la Syrie, le Liban, la Libye l’ont payé si cher.

Ses relations avec Israël visent à taquiner ces Arabes ; qui selon lui, mettent la Kabylie sous le joug national Algérien. L’ennemi de mon ennemi est mon ami, c’est un classique de stratégie politique. Ce mouvement reste-t-il minoritaire dans ses propres contrées ou par contre, sera-t-il fomenté par les ultras, à la faveur d’un soutien français? Celle-ci qui a toujours considéré la Kabylie comme une région mal islamisée? Outre la française, l’ influence extérieure qui s’y imprègne en filigrane de la vision du MAK, est donc évidente.

La tendance mondiale vise la régionalisation pour éviter les tensions ethniques et le régionalisme parasitaire, producteur d’inégalités et d’injustices. Ceci permettra aux originaires des lieux, de gérer directement leurs propres affaires, dans le cadre de l’État-nation. Navré de le dire ! Le régime algérien, tel qu’il est conçu, ne produit que des supra et des sub-régionaux et ne fait donc qu’exacerber encore plus, les virulences régionalistes et ethniques et alimenter les arguments des plus ultras de la société, dont les revendications iront crescendo et deviendront clairement politiques. Les replis régionaux et identitaires ne sauront que booster ce processus, encore plus. Ce qui se passe au Machrek arabe en est l’exemple. Les frères d’hier s’entretuent, aujourd’hui, le ciment qui les tenait ensemble a lâché.

Qu’ils soient donc arabo-berbères, berbères, Chaouis, Mozabites ou Terguis, les Amazighes forment avec la composante arabe, un seul peuple, une seule nation qui respire le même air, adore la même terre et partagent le même destin. « Mon frère, je le maudis, mais touche-le si t’es un homme ! » dit l’adage populaire.

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