Algerie:«C’est l’hystérie des prix»


 

L’envol des prix des produits de large consommation semble ne plus connaître de limites. Les marchés se sont encore enflammés ces dernières semaines affectant gravement les bourses des Algériens qui s’interrogent désormais sur les capacités de l’Etat à faire face à des spéculateurs érigés en véritable mafia.
 Les marchés réputés être accessibles aux consommateurs affichent de nouveaux prix. Aujourd’hui, la pomme de terre est à 100 DA. Un prix incroyable qui suscite de sévères commentaires parmi les clients. La hausse surprise, incomprise ne se limite pas seulement à ce produit. La tomate est cédée selon sa qualité entre 90 et 120 DA. Remplir son couffin relève désormais de la gageure. Pourtant, en face, les discours rassurants des politiques tentent d’apaiser les esprits en annonçant la mise en application d’un contrôle plus strict, d’une régulation destinée à maintenir un pouvoir d’achat décent… Des paroles malheureusement très peu suivies d’effets sur le terrain.
Décontenancées, les autorités évoquent l’existence de réseaux de spéculateurs, de grossistes mal intentionnés qui font fluctuer les prix en recourant à des pratiques mafieuses… L’Etat est-il encore en mesure de faire face à cette mafia ? Des spécialistes s’expriment ici sur une problématique qui empoisonne le quotidien des Algériens.
Mohamed Toumi, directeur exécutif de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), s’étonne des prix que nous avons constatés : «Les tomates ne sont pas à 120 DA, je les ai trouvées entre 140 et 150 DA à El-Hamiz, chez de petits vendeurs dans des camionnettes qui n’ont aucune charge à payer. Oui, vous avez raison, c’est l’hystérie des prix. Comment peut-on concevoir que le kilo d’ail soit vendu entre 1800 et 2000 DA alors que nous sommes un pays producteur ? Il y a abus.» Il poursuit : «J’ai posé personnellement la question au ministère du Commerce, on m’a répondu que les prix étaient libres en dehors des produits de consommation subventionnés par l’Etat.» Mohamed Toumi évoque «l’absence totale de contrôle des prix sur le terrain. Et il n’y a pas que cela : la pomme de terre doit normalement être lavée avant d’être mise sur le marché, mais elle est vendue avec sa terre parce qu’elle pèse plus lourd. C’est pareil pour les artichauts, on les vend avec leur tige pour avoir un poids plus important.» Le président de la FAC intervient à son tour. Selon M. Haris, l’Algérie fait actuellement face à une grande dérive due à l’existence de véritables lobbies, «le déséquilibre entre l’offre et la demande est immense, il est dû à des intermédiaires qui paraissent hors de contrôle, ce sont de véritables bandes et l’Etat a tous les moyens nécessaires pour les combattre, il faut simplement qu’il le veuille». L’envolée des prix n’a-t-elle cependant pas de limites ? Boulenouar, président de l’Association nationale des consommateurs, tente de répondre lui aussi à cette question. «Ce sera ainsi tant qu’il n’y aura pas de mise en place d’un plan national d’agriculture qui garantit la stabilité de l’offre, car dans notre pays, le plus gros problème qui se pose est celui de la stabilité dans la production. On en revient à la situation de l’agriculteur, du paysan de base qui n’est pas encouragé, pas soutenu… le marché de Teleghma pour ne citer que cet exemple a été cassé et on se retrouve à importer de l’ail… savez vous que l’Algérie est le seul pays où les agriculteurs ont peur de doubler leur production car ils n’ont pas de garantie. Et bien sûr, il y a les spéculateurs. Il n’y a qu’à voir ce qui s’est passé il y a quelques jours à Aïn-Defla.
Les autorités auraient saisi 21 000 tonnes de pommes de terre qui avaient été volontairement cachées pour créer une tension sur le terrain.»
Ferhat Aït Ali, économiste connu, tire la sonnette d’alarme. Selon lui, on assiste actuellement à une politique de nuisance terrible, due à «l’infiltration ou la jonction de lobbies dans les sphères de décision. C’est carrément une politique de destruction qui nous pousse à nous interroger sur l’existence d’une volonté de remplacer la paysannerie traditionnelle par de grands groupes. Comment ne pas s’interroger lorsque l’on sait que les paysans se débattent seuls sans aucun soutien ? Savez-vous qu’aux Etats-Unis on paye les cultivateurs pour les soutenir ? Chez nous, on ne le fait que pour les cultures de céréales, les autres se débrouillent seuls, ils ont peur de s’avancer, de produire de grande quantité pour ne pas perdre le peu qu’ils ont. Le problème est structurel, la crise que traverse le pays n’a fait que mettre à nu un problème de fond. C’est une dérive sans limites. Le risque est de se retrouver face à une situation telle que nous l’avons connue dans les années 1990. Car la paupérisation pousse les masses rurales à se déplacer vers les grandes villes où leur prise en charge est impossible. La marmite risque de nous exploser au visage. Malheureusement, en face on camoufle en mettant en avant la subvention du sachet de lait et du pain. Mais ca, c’est la dotation du prisonnier…»
A. C.

Catégories :H.B.Lakhdar

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