LE CRIME CONTRE L’HUMANITÉ, C’EST ÇA !


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L’Accord de Londres du 8 août 1945, Statut du Tribunal Militaire International, définit dans le titre II, article 6, al.c., les crimes contre l’humanité ainsi : « Les crimes contre l’humanité, c’est-à-dire l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu’ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime. »

Le Statut de Rome entré en vigueur le 1er juillet 2002 entend par crime contre l’humanité dans son article 7 « l’un quelconque des actes [dont il donne la liste] est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque ». Et parmi les actes que la Cour pénale internationale qualifie de crimes contre l’humanité, certains comme le meurtre, l’extermination, la déportation, la torture, le viol, les disparitions de personnes, et autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale », ont bel et bien été commis durant la colonisation.

L’article 212-1 du code pénal français donne comme définition au crime contre l’humanité  « la déportation, la réduction en esclavage ou la pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvements de personnes suivis de leur disparition, de la torture, ou d’actes inhumains, inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisés en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile ».

Des historiens comme Yves Lacoste par exemple ont rapporté des actes et des déclarations qui ne laissent aucun doute sur les crimes commis en Algérie dès la conquête. Yves Lacoste  écrit dans « EDSCO  documents publiés sous la direction de André et Lucien Sève, consacrés à l’Afrique du Nord, datant de juin-juillet 1957 » que « les méthodes [employées étaient celles] de la guerre totale ». En effet, précise-t-il, « après s’être appliqué à anéantir ce qu’il y avait de permanent (villes places fortes) dans la puissance d’Abd El Kader (qui ne disposa jamais plus de 10.000 réguliers et de 50.000 auxiliaires) Bugeaud poursuivit moins le combat victorieux que la destruction systématique des ressources des populations par la systématisation de la razzia. Bugeaud caractérisait cette guerre totale en déclarant à la Chambre le 24 mai 1840 : « Il faut une grande invasion en Afrique, qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths ». La conquête relativement pacifique d’une région était considérée comme une déchéance. Bien souvent des populations pacifiques et parfois même alliées furent razziées pour permettre à un officier de monter rapidement en grade. Les auxiliaires de Bugeaud, les Pélissier, les Saint Arnaud, les Montagnac, les Lamoricière, les Cavaignac ont laissé témoignage de ces exactions, de ces exterminations massives : « nous tirons peu de coup de fusil, nous brûlons les douars, tous les villages, toutes les cahutes » (Saint Arnaud 5 avril 1842) « on ravage, on brûle, on pile, on détruit les maisons et les arbres. Des combats ? peu ou pas. » (5 juin 1842) « Il était deux heures, le gouverneur était parti ; les feux qui brûlaient encore dans les montagnes m’indiquaient la marche de sa colonne. » (8 février 1843). Le duc de Rovigo déclarait : « Apportez des têtes, des têtes ! Bouchez les conduites d’eau crevées avec la tête du premier bédouin que vous rencontrerez » (Christian « L’Afrique française », p. 144). C’était l’époque où la paire d’oreilles était payée 10 francs, où l’on vendait femmes et enfants par centaines, c’était l’époque des enfumades de tribus entières réfugiées dans des grottes (Cavaignac chez les Sbeahs, Pélissier chez les Ouled Riah en 1845, suivis par Saint Arnaud). La nouvelle des cruautés inouïes n’est pas sans provoquer une vive émotion en France où certains auteurs les excusent par le rôle « civilisateur » de la France (déjà) ! « Il importe peu que la France en sa conduite militaire sorte quelquefois des limites de la moralité vulgaire ; l’essentiel est qu’elle constitue une colonie durable et que, par la suite, elle rende les contrées barbaresques à la civilisation européenne ; quand une œuvre doit tourner à l’avantage de l’humanité, le chemin le plus court est le meilleur. Or il est positif que le plus court chemin est la terreur. » (Dr Bidichon, Considérations sur l’Algérie 1845. Cité par C et F Jeanson). Face à ce déchaînement de cruauté, il est difficile de trouver semblable chose dans la conduite d’Abd El Kader qui fit montre, de l’avis général, d’un grand esprit chevaleresque. Cette guerre d’extermination apporta profits et grades aux généraux mais de grandes souffrances à l’armée française ; l’épuisement, les maladies, les suicides firent plus de victimes que les combats. « J’ai vu des masses d’hommes jeter leurs armes, leurs sacs, se coucher et attendre la mort, une mort certaine, infâme » (Saint Arnaud). Le nombre des déserteurs fut très grand et un tarif fut établi pour le paiement de primes aux Arabes par tête d’insoumis livrée aux Français. En 1847 la guerre avait coûté 40 000 Français et 500 millions de francs de l’époque. En moyenne il mourrait annuellement un soldat sur douze. »

[…]

« Outre le souci de soumettre la population d’Algérie, ces guerres qui furent particulièrement horribles, semblent avoir eu, pendant plus d’une vingtaine d’années, un autre but tout au moins pour un certain nombre d’officiers et de colons : exterminer les populations algériennes ou en tuer le plus grand nombre possible. Si le comportement de certains généraux releva d’une véritable psychose sadique, l’ensemble des opérations semble relever d’un plan conscient. « Les généraux élevèrent la dévastation à la hauteur d’une doctrine. Ils ne brûlèrent pas le pays en cachette et ne massacrèrent pas les ennemis en faisant des tirades humanitaires. Ils s’en furent gloire, tous… » (C.A Julien, p. 632). Le colonel Montagnac, entre autres, ne déclarait-il pas qu’il dévaster le pays, massacrer les habitants, les refouler vers le désert, ou, à défaut, les transporter en masse aux Îles Marquises. Le même colonel écrit dans « ses lettres d’un soldat » (p. 334) « Selon moi, toutes les populations qui n’acceptent pas nos conditions doivent être rasées, tout doit être pris, saccagé, sans distinction d’âge, de sexe ; l’herbe ne doit plus pousser là où l’armée française a mis le pied ». De tels projets ne sont pas seulement ceux des militaires que certains auteurs excusent par la fièvre des combats. Le ministre de la guerre Gérard déclarait en 1832 : « Il faut se résigner à refouler au loin, à exterminer même la population indigène. Le ravage, l’incendie, la ruine de l’agriculture sont peut-être les seuls moyens d’établir solidement notre domination. » Autre exemple, à la Chambre, l’exposé des motifs de crédits pour l’Algérie de 1838 contient cette phrase : « on devrait donc se résigner à refouler très loin, à exterminer toutes les populations indigènes » (Desjobert : l’Algérie en 1838, p. 52, cité par d’Orient et Loew). Cette politique d’extermination massive par les armes qui coïncide avec celle qui fut appliquée en Amérique du Nord, fut suivie par la politique d’extermination par la famine et le refoulement des populations dans les régions les plus pauvres. « Partout où il y aura des bonnes eaux et des terres fertiles, c’est là qu’il faut placer les colons sans s’informer à qui appartiennent les terres… » (Bugeaud, discours à la Chambre, 14 mai 1840). « Dès que le propriétaire européen…est établi, il prohibe le parcours des bestiaux et l’Arabe se trouve atteint dans les sources mêmes de son existence » (Bugeaud « Quelques réflexions » 1846). Si l’on dut abandonner le projet de destruction d’un peuple devant sa résistance acharnée, la prolongation de la guerre entraînant des charges très lourdes pour la France, pendant longtemps on considéra que l’Algérie était le siège de concurrence vitale entre deux races : la population algérienne estimée au plus juste à 3 millions en 1830, n’était-elle pas estimée à près de 2 millions ( ?) vers 1850 et après s’être relevée à 2.700.000 en 1860, s’effondrait à 2.100.000 en 1872 après la terrible famine de 1867-68. On se hâta de conclure que « les indigènes étaient en voie d’extinction et que la « loi supérieure » qui fait disparaître les peuples arriérés se vérifiait une fois de plus. On calculait déjà le nombre d’années que nécessiterait une disparition totale… » (Maurice Wahl : L’Algérie, 1897). »

« Le lien entre extermination et colonisation a été précisé sur certains points par E-F Gautier, universitaire algérois, peu suspect d’anticolonialisme : « Autour des villes côtières que nous occupions, les indigènes ont disparu dans cette période meurtrière du début. En faisant la solitude il est clair que nous avons préparé en toute innocence, la base de la colonisation. Et il faudrait avoir le courage de le reconnaître, il est inutile de le crier sur les toits, mais il serait dangereux de l’oublier, parce que la conséquence de nos débuts absurdement sanglants se font nécessairement sentir encore » (cité par C.A Julien, p. 639). E.F Gautier a une curieuse conception de l’«innocence ! » Quant aux débuts s’ils furent sanglants, il est faux de les considérer comme « absurdes ». Pour certains colonialistes, ils furent logiques. »

Catégories :Actualités, Crimes et génocides du peuple Algerien par la France, Histoires oubliées....Histoires occultées...Histoires manipulées, ISLAM, Propagandes et manipulations

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