Les perspectives d’un nouvel âge franco-Algérien

Emmanuel Macron détaille sa vision de la relation algéro-française

Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle française,

En choisissant de venir en Algérie durant la campagne présidentielle française, mon ambition est de souligner l’importance de votre pays et de réaffirmer la force des liens qui nous unissent. Ces liens se sont noués à travers l’histoire, dans les heures heureuses comme dans les épreuves. Ils se tissent aujourd’hui au quotidien grâce aux millions de familles qui partagent une communauté de destin entre les deux rives de notre Méditerranée. Les Franco-Algériens, et tous ceux qui ont des racines partagées entre l’Algérie et la France, sont un atout et une chance pour notre relation. Au-delà de ces femmes et de ces hommes, ce sont nos deux peuples, je le crois, qui ont vocation à écrire ensemble une nouvelle histoire.

Nos deux pays sont en effet confrontés aux mêmes défis. Les défis sécuritaires, d’abord, avec la menace terroriste, l’instabilité régionale au Moyen-Orient, au Machrek et au Sahel. Les défis économiques et sociaux ensuite, avec le besoin de mener des réformes pour retrouver les leviers d’une croissance plus juste et plus équitable, et le rééquilibrage de nos balances commerciales. Les défis écologiques également, pour faire face au dérèglement climatique et conduire ensemble une transition énergétique indispensable au 21e siècle.

Depuis des années, des femmes et des hommes d’Algérie et de France, de bonne foi et de bonne volonté, ont proposé de refonder nos relations à travers un partenariat stratégique. Les conditions néanmoins n’étaient pas réunies pour le faire. Les pages de notre histoire commune avaient été tournées trop vite, sans les lire. Des querelles fratricides, des polémiques nationales, à Paris ou Alger, ont bousculé ces plans. Est-ce une raison pour abandonner cette idée ? Je ne le crois pas. Je pense que le moment est venu d’engager, aujourd’hui, notre histoire dans un nouveau pacte collectif. Mais je suis persuadé que ce partenariat ne peut fonctionner qu’à une condition : celle de reposer sur des solutions partagées, sur des coopérations de terrain, autour de projets concrets.

Ces projets, je les envisage dans trois secteurs prioritaires en particulier, sans écarter a priori d’autres propositions qui peuvent émerger de nos sociétés civiles, dont le dynamisme et la vitalité des échanges doivent être entretenus : l’éducation et la formation d’une part ; l’économie ensuite ; la culture enfin.

L’éducation est la mère de toutes les batailles. Je souhaite que nos deux pays poursuivent et amplifient leur coopération dans ce domaine. Nous n’avons qu’un seul lycée français en Algérie. Ce n’est pas suffisant pour répondre à l’immense défi de l’éducation et de la formation. L’Algérie et la France peuvent travailler ensemble pour la francophonie en Afrique, car l’Algérie est un acteur majeur de la francophonie.

Nous devrions également renforcer nos instituts de formation franco-algériens. Plusieurs universités existent déjà dans différents domaines : le commerce, le droit, les langues, les études d’ingénieur. D’autres secteurs devraient être encouragés, comme la médecine ou le journalisme. Les étudiants algériens pourront être invités à poursuivre des études en France, en particulier au niveau des mastères et des doctorats. L’objectif conjoint est de renforcer le savoir et les capacités entre nos deux pays. Pour cela, je proposerai au gouvernement algérien la création d’un Office franco-algérien de la Jeunesse, à l’instar de ce qui existe entre l’Allemagne et la France, pour favoriser la mobilité entre les deux rives de la Méditerranée.

L’autre secteur prioritaire, c’est l’économie. Dans ce domaine, les opportunités sont immenses. À nous de savoir les saisir. J’ai eu l’occasion d’y travailler lorsque j’étais ministre et que je faisais partie du Comité mixte franco-algérien, le COMEFA. Dans ce cadre, je m’étais rendu à plusieurs reprises en Algérie. J’ai pu identifier, avec mes interlocuteurs algériens et français, au moins trois priorités dans lesquelles des coopérations économiques auraient un impact considérable pour nos deux pays. La première, ce sont les projets industriels conjoints. Je crois au développement de filières intégrées entre la France et l’Algérie, co-localisées et socialement responsables. L’avenir de l’industrie repose sur des productions localisées autour de quelques sites, adaptées aux conditions de travail locales et ouvertes sur de grands marchés. Autour de nos deux pays, ce sont les marchés européens et africains que nous pouvons conquérir, et au-delà, le marché mondial.

La deuxième priorité économique concerne l’innovation et l’entreprenariat. Nous avons entre l’Algérie et la France des milliers de jeunes, d’étudiants, d’entrepreneurs qui sont déjà engagés ou rêvent de se lancer dans des projets autour des nouvelles technologies. Je veux les accompagner. Nous devons structurer les incubateurs franco-algériens autour de nos pôles universitaires et scientifiques et créer un véritable écosystème de l’innovation entre nos pays. Des milliers d’emplois sont en jeu et notamment ici, en Algérie. Le numérique est une chance pour les Algériens. Je crois dans son énorme potentiel pour votre économie.

Enfin, la troisième priorité économique concerne le développement durable. Dans ce secteur aussi, je pense que nous pouvons être très ambitieux. La transition écologique et énergétique représente une opportunité pour l’Algérie, qui cherche à diversifier son économie et peut le faire avec l’aide de ses partenaires français, publics et privés. Nous avons en particulier un domaine prometteur, celui des énergies renouvelables. Dans le solaire par exemple, l’Algérie a le plus grand potentiel au monde ! Il faut l’exploiter et les coopérations franco-algériennes peuvent y être très utiles car la France est pionnière sur ce sujet. Ma proposition concrète sera de créer une communauté économique franco-algérienne dans le secteur des renouvelables. Il s’agit d’un marché estimé à plus de 4 milliards d’euros d’investissements pour les entreprises de nos pays. Avec à la clef des milliers d’emplois de part et d’autre. Voilà un beau défi à relever ensemble.

Et puis, dans ce partenariat stratégique fondé sur des solutions concrètes, je crois dans la culture, dans les arts et l’audiovisuel. À travers le cinéma, les industries créatives ou même l’édition numérique, l’Algérie et la France ont mille projets à construire. Je soutiens en particulier un grand projet inspiré des liens anciens entre nos artistes et nos techniciens audiovisuels et de l’exemple européen. Nous pourrions poser les fondations d’une plateforme de diffusion franco-algérienne, pour la télévision et en ligne, en partenariat avec les chaînes existantes, à l’image de la chaîne ARTE. Nous avons toutes les compétences pour le faire en Algérie et en France. Au-delà, les secteurs du design, de la mode, de la gastronomie sont aussi des sources de coopération et de créativité inépuisables entre nos pays. De nombreux projets pourraient être accompagnés autour d’artistes, d’artisans et de « jeunes pousses » talentueuses.

Nous le voyons : les perspectives d’un nouvel âge franco-algérien ne manquent pas. Cette vision partagée, nous pouvons la promouvoir ensemble. J’y serai particulièrement attentif et engagé. Et je remercie très chaleureusement l’Algérie et tous les Algériens de m’accueillir pendant cette étape politique si importante pour la France, et pour notre avenir.

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