L’américain AIAG de l’agriculture saharienne a tout l’air d’un passager clandestin dans le partenariat (Enquête)


  • Ferhat Aït Ali

 

Signature de l’accord entre l’américain AIAG et le groupe Lachab en présence de l’ambassadrice des USA, le 8 novembre 2015 – US embassy Facebook

Maghreb Emergent publie ici la première partie d’une investigation menée par l’expert financier Ferhat Ait Ali au sujet du double partenariat d’AIAG avec le groupe Lacheb et Tifra Lait. 800 millions de dollars en jeu.

 

L’arrivée d’investisseurs américains dans de grands projets d’agriculture saharienne en Algérie a connu un grand battage médiatique officiel ces derniers mois. Concrètement il s’agit du même investisseur, le Groupe dénommé American international agriculture Group, AIAG.

 Cette entité a signé deux protocoles d’accord en Algérie. Le premier avec le groupe Lacheb, le 08 novembre 2015, en vue d’investir en commun dans un projet agricole de grande envergure et portant sur des objets divers entre Mostaganem et Brezina dans la wilaya d’El Bayadh. Le deuxième protocole avec la société Tifra Lait, le 25 janvier dernier, en vue de s’associer sur un projet similaire à celui avec le groupe Lacheb, mais cette fois au niveau d’Adrar.

Nous sommes donc en présence de deux contrats, qui dans les faits, n’ont quasiment changé, que de partie algérienne, et de site d’implantation, sans aucune variation des projections de production ni même de nature des produits à commercialiser. Avec, cependant, une révision de l’enveloppe qui est passée de 500 Millions de dollars pour le premier (avec le groupe Lacheb), à une approximation entre 250 et 300 Millions pour le second (avec Tifra Lait).

 De prime abord, on peut se dire, vu l’état d’avancement assez lent des projets locaux dans l’agriculture Saharienne, qu’un partenariat avec des opérateurs d’un pays, les USA, connu comme une puissance agricole de premier ordre, dotée des meilleures recherches et technologies en la matière, est le bienvenu. Notamment si réellement il est question de voir grand dans les investissements agricoles en Algérie.

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 On peut même aller jusqu’à se dire, que l’implication du gouvernement des Etats-Unis, à travers son ambassade à Alger, présente une sorte de garantie de bonne fin de ce projet, sauf impondérable de force majeure. Mais le diable se cachant dans les détails, aucun contrat au monde, ne peut ni ne doit échapper à une étude approfondie de ses différents aspects.

 L’investigation qui suit s’est intéressé d’abord à la cohérence du business plan des investisseurs puis à leurs identités et leurs capacités à le mettre en œuvre. Les résultats sont renversants.  Ils sont d’ailleurs présentés dans l’ordre inverse. L’enquête sur les investisseurs ensuite l’analyse des données chiffrées du projet d’investissement.

Si les partenaires algériens du projet paraissent bancables…

La partie algérienne est identifiée dans ce partenariat. Elle est constituée essentiellement de transformateurs de lait, et de négociants en fruits, à la recherche d’un savoir-faire étranger pour investir dans l’amont de leurs filières habituelles. Ayant manifestement le soutien total des autorités en charge du secteur, ces parties nationales n’ont pas hésité devant des investissements estimés par leurs partenaires américains à un total de 800 Millions de dollars, soit 90 Milliards de dinars, en pleine période de crise économique.

Elles n’ont manifestement pas pesé le risque de l’échec d’un tel challenge aussi mal parti, sur leur propre devenir, les finances en devises du pays, et surtout l’avenir de ce genre de projets même bien ficelés à l’avenir.

Le Groupe Lacheb, qui réclame une part important du quota d’importations de Bananes vers le pays, a dû engranger assez de plus-values pour faire face à l’apport initial. Il en va de même pour Tifra Lait, qui opère dans un secteur où les chiffres d’affaire sont assez importants pour générer de grosses plus-values, permettant de soutenir en partie l’apport personnel dans un investissement lourd.

Il n’en est pas du tout de même pour la partie américaine, supposée mobilisée d’une manière ou d’une autre 49% de l’apport.

… le partenaire américain est aussi furtif qu’un mirage

La première partie dont le CV a été vérifié est le fameux Groupe américain agricole. Son président, ou plus précisément un de ses présidents, Dale Didion, ayant signé le protocole d’accord, en son nom, le présente comme « l’American international agricultural group », qui se propose de créer une société mixte sur la base de 51/49 avec ses partenaires algériens.

 A ce stade, on est tenté de comprendre, que c’est un groupement d’intérêts qui s’est constitué aux Etats unis en vue d’investir en Algérie, dans un domaine où les entités constituant ce groupe aux compétences diverses dans l’agriculture ont une certaine assise technique et financière.

 Or à première vérification, il s’avère que ce groupe n’a dans les faits que le dernier mot de son appellation en anglais. C’est une LLC, ou l’équivalent d’une Sarl créé, le 06 juin 2015, au 4031 Université Drive, dans le comté de Fairfax dans l’Etat de Virginie, sous le numéro USVAS565945, et sans aucune autre action commerciale à ce jour, depuis sa création, au capital social indéfini, sans aucun compte bancaire connu, ni aucune activité connue dans son domaine supposé d’activité.

 Son site internet sous le lien suivant http://aiagus.com/, a été conçu et enregistré avec réservation de nom de domaine le 15 aout 2015, chez un provider en Arizona. Il ne contient rien d’autre que quelques photos et professions de foi sur l’honnêteté et la confiance, qui prévalent dans ses agissements, ce qui est de nature à attirer les soupçons en règle générale.

Le numéro de téléphone porté sur le site, est le N° 703-582-2993, qui correspond à un cellulaire cédé à une personne habitant une autre bâtisse, que le siège de cette société, toujours dans l’état de Virginie, mais dans un quartier assez délabré, situé dans le comté de Washington qui n’a rien à voir avec la capitale fédérale, à 75 Km au sud-ouest de Fairfax, dans une zone qui parait être déshéritée à souhait.

Ted Ayash, un provider en traduction de l’armée US

AIAG n’a donc aucun actif qui la prédispose à investir pour près de moitié de 800 millions de dollars (49 – 51) dans l’agriculture saharienne en Algérie. Mais qu’en est-il de ses propriétaires à titre de personnes physiques ? Cette société, a été enregistrée en Arizona par un certain Ted Ayash, résident au 10628 Battalion Landing court, à Burke Virginia, qui se trouve être l’un des présidents de cette SARL, sans antécédents commerciaux, et dont l’adresse personnelle ci-dessus se trouve être à exactement 6 Km à vol d’oiseau du siège de la société.

 Ce même Ted Ayash, présenté comme expert agricole au cours d’une visite dans la wilaya de Ghardaïa, couverte par Canal Algérie l’été dernier, se trouve être un touche à tout, dont l’unique diplôme présenté par lui-même sur son profil public Linköping, est ses études faites à l’université de Miami dans une filière non précisée, mais qui n’a rien à voir avec l’agriculture, cette université n’enseignant pas cette discipline.

 Le fondateur de cette société Ted Ayash, a exercé dans d’autres secteurs, si l’on en croit ses dires, mais aussi quelques renseignements glanés au cours de l’investigation sur différents sites.  Il semble certain qu’il ait exercé en tant que vice-président chargé du business du développement, dans une société, dénommée Compréhensive langage center, qui est apparemment une boite de traduction et d’interprétariat, qui louait ses services aussi bien aux civils qu’au négoce d’armement américain, ainsi qu’à toutes sortes de services non définis.

 Ted Ayash a travaillé aussi pour Hewlett Packard, en qualité de chargé de la clientèle et chez général Electric en qualité de chargé de la promotion, ou il mentionne dans les deux cas, une implication dans des affaires de défense, et d’équipements sensibles. Sa dernière, activité déclarée, consiste en la présidence d’une autre LLC (SARL), domicile chez lui et créée par lui, en vue de commercialiser de l’huile d’argan, ce qu’elle ne semble pas avoir fait à ce jour.

 Ladite compagnie dont le nom de domaine a été réservé chez le même provider en Arizona, partage les mêmes slogans et affirmations sur la confiance et l’honnêteté, que sa cadette AIAG, avec une page conçue sur le même modèle et avec les mêmes fonds gabarits. Sans aucune interface clientèle, et ne portant, ni adresse ni numérote téléphone, en dehors d’une boite mail.

Dale Didion, l’universitaire sans CV dans le business

Dale Didion est le signataire des deux accords de partenariat avec les parties algériennes, en tant que président de ce fameux groupe, qui tout Sarl qu’il est, semble avoir deux présidents en la circonstance. Il est un universitaire, formateur à l’université de Washington où il a même été primé en 2013, pour services rendus à cette université, ou il a enseigné les politiques publiques, et les affaires étrangères.

 Il semble avoir aussi participé à un certain nombre de programmes publics, à l’intérieur et à l’extérieur des Etats Unis, avec l’aval et pour le compte des autorités américaines. L’essentiel des compétences de Dale Didion se situe dans le management des initiatives et pas dans un domaine particulier de spécialités. En aucun cas l’agriculture.

 L’investigation montre qu’il a tenté d’initier un projet mort-né, dans l’agriculture hydroponique, avec éclairage Led en nocturne. Il ne semble pas avoir abouti aux Etats Unis même, et ce malgré le soutien public d’un sénateur américain en 2013.  Néanmoins Dale Didion paraît bien être celui qui est mandaté pour piloter les projets de partenariats en Algérie, tous les deux signés par lui et pas par le fondateur de cette société, qu’est Ted Ayash.

Catégories :H.B.Lakhdar

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