l’islamophobie risque de se répandre davantage encore en Occident et de menacer des populations entières

 

« Il serait temps d’arrêter de culpabiliser les musulmans pour des actes dont ils ne sont PAS responsables. D’autant plus que l’écrasante majorité d’entre eux s’est soulevée contre les va-t’en guerre qui entreprirent d’attaquer et de détruire l’Irak. L’ensemble des populations de l’Ouest et de l’Est payent aujourd’hui le prix des appétits voraces de ces criminels alors que les partisans de la paix appelaient à la vigilance face aux conséquences de telles expéditions hasardeuses et irresponsables.

Agressions qui n’ont fait qu’engendrer l’anarchie dans lesquels ces mêmes pays se trouvent aujourd’hui, permettant à des mouvements armés de se développer. Les pays qui ont participé à ces crimes sont les premiers responsables de la crise actuelle et laissent leurs citoyens de confession musulmane en payer le prix.  Les musulmans ne doivent pas jouer le jeu islamophobe qui consiste à les placer en coupable et suspect idéal, les poussant sans arrêt à se justifier par rapport aux agissements de tiers. »

 

« La logique à l’œuvre dans tout cela est terrible. Elle présuppose que les musulmans seraient, par défaut, solidaires des actes des terroristes. Elle présuppose que tout musulman est relié au terrorisme islamiste et qu’il doit publiquement couper ce lien. Elle présuppose une suspicion a priori. Une suspicion qui est parfois explicite mais qui est le plus souvent sourde, voire intériorisée par les musulmans eux-mêmes. »

« Nous devrions interroger la petite satisfaction à voir un imam affirmer qu’il condamne l’égorgement d’un otage, comme si nous étions rassurés de constater qu’il y avait de “bons musulmans”, comme s’il fallait que les musulmans prouvent qu’ils peuvent être bons, qu’ils prouvent qu’il y a un islam ouvert, tolérant. »

 Alors, folie contre folie, voici une liste des désolidarisations qui auraient pu être exigées, et ne l’ont pas été, va savoir pourquoi.

On n’a pas demandé aux Martiens de se désolidariser de Jacques Cheminade ;
on n’a pas demandé aux chrétiens de se désolidariser du Ku Klux Klan ;
on n’a pas demandé aux porteurs de prothèses de se désolidariser d’Oscar Pistorius »
… Suivent un grand nombre d’autres exemples Il faut ajouter que des autorités religieuses ont pris position depuis longtemps contre telle ou telle action dite terroriste, depuis le 11 septembre 2001. On fait pourtant comme si,  « les autorités de l’islam français ne dénonçaient pas, avec une régularité d’horloge, mais dans le silence des médias, les actes violents commis au nom d’une conception dévoyée de leur foi ».

Mais l’injonction semble viser tous les musulmans, dont on ne donne jamais la définition. Ceux-là même qui dénoncent le communautarisme musulman y font appel quand cela les arrange. Si des musulmans se sentent interpellés par ce qui se passe dans le monde musulman et veulent réagir en tant que croyants ou parce qu’il se considèrent comme des musulmans sociologiques — c’est-à-dire qu’ils s’appellent Mohammed ou Fatima et se sentent, pour des raisons culturelles ou affectives, interpellés par ce qui concerne l’islam —, ils ont bien sûr la liberté de le faire, comme ils le font sur d’autres sujets, notamment la Palestine. Il n’y a pas si longtemps pourtant, durant la dernière agression contre Gaza (sûrement pas la dernière), ce droit leur a été contesté. Certains dénonçaient alors leur communautarisme, voire leur antisémitisme. Cette analogie nous ramène à la deuxième dimension de ce débat sur les musulmans, à savoir le contenu politique de ces prises de position. Que faut-il dénoncer ? Le seul assassinat d’un otage français ? Cela fait des mois que l’OEI a mis en scène des exécutions d’autres musulmans, notamment chiites, sans que les médias occidentaux en aient fait grand cas. Et, surtout, peut-on condamner ce qui se passe en Irak et en Syrie, sans évoquer, même en passant, l’invasion américaine de 2003 ? Pour commencer, il fait complètement l’impasse sur les conditions politiques qui ont permis l’émergence de l’EIL, en Irak, suite aux interventions impérialistes, notamment aux deux guerres du Golfe, et à la déstabilisation systématique de cette région du monde, dont les processus internes sont invariablement instrumentalisés par les intérêts géostratégiques des puissances occidentales. Si l’EIL est effectivement un monstre — cela ne fait aucun doute pour nous — il est d’abord le monstre de l’OTAN — pas celui de l’Islam ! — qui a inauguré un cycle de violences sans fin dans la région. Mais dans l’appel, rien sur la destruction de l’Irak, et au contraire un silence coupable et impardonnable ! Rien sur les responsabilités et les intérêts de l’OTAN, de l’administration étatsunienne et de la France ! Obama et Hollande peuvent tranquillement partir en guerre, continuer à propager l’horreur et à disséminer l’injustice, avec la gentille bénédiction de ces prédicateurs de “paix” et de “justice”. »

Il ne fait aucun doute qu’avec la nouvelle croisade contre le terrorisme déclenchée en Irak et en Syrie, non seulement la région sera encore plus déstabilisée, mais l’islamophobie risque de se répandre davantage encore en Occident et de menacer des populations entières, considérées comme collectivement responsables de n’importe quelle action menée au nom de l’islam aux quatre coins de la planète.

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