Un petit retour en arriére….(sur le piege)

Kadhafi sème la division
à l’Assemblée nationale

Au deuxième jour de sa visite parisienne, le Guide libyen a eu droit au tapis rouge de l’hôtel de Lassay, mais pas à la tribune parlementaire.

Le colonel Kadhafi n’est pas un hôte facile. Après l’annonce de 10 milliards d’euros de contrats lundi, Nicolas Sarkozy a retrouvé, hier, un Guide libyen tel qu’en lui-même, sûr de ses convictions et adepte de la provocation (lire ci-dessous). Mouammar Kadhafi a pris ses quartiers à l’hôtel de Marigny, sur lequel flotte un ample drapeau vert. Protégé par ses gardes du corps, dont plusieurs femmes en treillis, il reçoit sous sa tente, plantée dans le jardin.

 en fin de matinée, un cortège de quinze voitures officielles pénètre dans la cour de l’hôtel de Lassay, où a été déroulé le tapis rouge. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, vient à la rencontre du colonel Kadhafi. Écharpe, cape et costume noirs sur chemise verte, le numéro un libyen est accueilli par la garde républicaine. Les journalistes, dans la salle des Quatre Colonnes, scrutent la scène de loin. À la demande de Kadhafi, des consignes exceptionnelles de sécurité sont observées.cybnqn4wgaacv2v-1
 

Pendant une vingtaine de minutes, Bernard Accoyer s’entretient en privé avec Kadhafi. Au même moment, les députés de gauche, ainsi qu’une grande partie des élus de la majorité, affichent leur désaccord. Le socialiste Pierre Moscovici, qui préside la commission d’enquête sur les infirmières bulgares, dénonce la réception d’un «dictateur» dans «le temple de la démocratie». Noël Mamère (Verts) parle de «mascarade» et de «provocation». François Sauvadet (Nouveau Centre), juge louable que «le président de la République reçoive le colonel Kadhafi», mais trouve que l’Assemblée est «une étape de trop». Les UMP eux-mêmes sont très divisés. Parmi les villepinistes, François Goulard, Hervé Mariton et Georges Tron, expliquent qu’ils ne sont pas «obligés de saluer un terroriste avéré». Jean-Pierre Grand et Jacques Le Guen estiment qu’il «faut savoir être pragmatique». Le très sarkozyste Frédéric Lefevre s’attarde pour expliquer que «les Français doivent être fiers, car Nicolas Sarkozy est le seul chef d’État à avoir posé la question des droits de l’homme». Patrick Ollier, le président du groupe d’amitié France-Libye, veut «tourner la page» parce que «les efforts de Kadhafi contre le terrorisme ou le nucléaire sont méritoires».

Quelque 80 députés ont été conviés à une «rencontre», sans buffet ni petit-four, avec le numéro un libyen. Jean-François Copé, qui affiche son «soutien total» à l’initiative de Sarkozy, a une bonne excuse pour être absent : il doit présider la réunion hebdomadaire «absolument indispensable» du groupe UMP.

Seuls 25 députés et 15 sénateurs UMP se rendent dans la salle des fêtes «sanctuarisée». Un chien du GIGN a reniflé les lieux à la recherche d’explosifs. Les appareils photo ont été démontés et remontés avant la visite, en présence d’agents de sécurité libyens.

 

Le colonel Kadhafi aura passé une heure à Lassay, sans pouvoir s’exprimer dans l’Hémicycle. Après son départ, Bernard Accoyer déclare que la rencontre s’est déroulée «dans un climat de dialogue» et que «si on ne parle pas à ceux qui font des efforts pour rejoindre la communauté internationale […] on les condamne à retourner vers la marginalisation».

«Les droits des immigrés»

En début d’après-midi, les députés socialistes marquent leur désapprobation en quittant l’Hémicycle, à l’ouverture d’un débat sur l’Europe, prenant à partie Bernard Kouchner qu’ils accusent de «tartufferie». «On ne déroule pas le tapis rouge à un dictateur» lance Jean-Marc Ayrault (PS), dont les propos laissent de marbre les élus communistes. Le ministre des Affaires étrangères plaide en retour pour une «diplomatie de la réconciliation». Une «amazone» en treillis escorte le Guide lorsqu’il fait son entrée dans les salons du Ritz, le palace parisien où il rencontre des personnalités et des intellectuels français. La séance est présentée par l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, Roland Dumas, qui dit à Kadhafi : «Vous n’avez ici que des amis.» Parmi la centaine d’invités, des universitaires comme le professeur Edmond Jouve, qui a dirigé la thèse d’Aïcha, la fille de Kadhafi, le directeur de l’Institut du monde arabe, Dominique Baudis, l’écrivain Denis Tillinac, proche de Jacques Chirac, et des intellectuels arabes.

Le Guide parle de l’échec de la gauche française qui, selon lui, «ne représente plus grand-chose» et du nouvel équilibre mondial, où l’Europe et l’Afrique doivent jouer un grand rôle. La réception se termine par une séance de dédicace des œuvres du Guide, en particulier ses romans et ses poèmes. Mouammar Kadhafi a profité d’un répit au milieu de cette journée bien remplie pour téléphoner à son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, et lui exprimer son «entière solidarité» après les attentats d’Alger. Sur ce point, le Guide libyen se sent en phase avec ses voisins du Maghreb. Il fut la cible d’une révolte islamiste armée dans l’est du pays à la fin des années 1990, et dénonce par ailleurs toute forme d’islam politique. Mouammar Kadhafi termine la journée par une rencontre, dans des salons de l’Unesco, avec des diplomates africains. Il interpelle les pays occidentaux : «Avant de parler des droits de l’homme, il faut vérifier si ces droits sont accordés aux immigrés.» Au même moment, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et d’autres dirigeants politiques manifestaient près du Mur pour la paix au pied de la tour Eiffel.

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