«L’appât immodéré de l’argent, comme celui du pouvoir, a un prix : la dignité»

En s’obstinant à braver vents et marées afin de gravir les paliers hiérarchiques, on accumule certes plus de pouvoir, mais l’honneur et la dignité ne suivent pas forcément la même cadence. La jauge indicatrice, dont la variation, pourtant ressentie, est masquée et niée par l’arrivisme, peut même chuter drastiquement; et à la place des plumes de dignité ainsi perdues, poussent de dangereuses épines de sottise. «L’appât immodéré de l’argent, comme celui du pouvoir, a un prix : la dignité» . Les tyrans et despotes immodérément accrocheurs agiraient ainsi tels des perdants au casino, s’acharnant vainement à récupérer les pertes, et rêvant d’inverser ensuite la tendance, mais n’aggravant en fait que davantage le déficit, à une différence près, mais de taille : les victimes des accros aux casinos dépassent rarement le cercle familial. Et autour de ces épines fertiles prolifèrent des scandales, des bourdes, et toutes sortes d’abus. Si jadis les pratiques scandaleuses étaient pudiquement cachées et causaient l’embarras dès que d’autres s’en apercevaient, de nos jours, elles sont devenues, pour certains, des proclamations de succès et des pilules de longévité politique. Avec la passivité, sinon bénédiction, complice de la sottise hiérarchique.

Question lancinante : y aurait-il un quelconque intérêt à laisser une tomate pourrie causer l’avarie de toute la caisse avant de l’enlever ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’une révérence envers une mission convenablement exécutée ? Et qui peut donc tirer profit des sales besognes ? Devraient-elles exister ces sales besognes ? Ne sont-elles pas de regrettables créations de ceux qui les échafaudent ou accomplissent ?

Ce qui arrive au glorieux patrimoine universel qu’est le Front de libération nationale est loin d’embaumer les cœurs. La sottise qui a eu raison de Abdelhamid Mehri et l’a renversé de la tête du FLN, a bel et bien établi son règne, comme il l’avait si éloquemment prédit. Et cette médiocrité intronisée ne pouvait que faire tache d’huile pour élargir sa sphère à toute la classe politique et bien au-delà. L’un des épisodes récurrents et désolants, et qui n’excite que les concernés, est celui de la mobilisation des divers rentiers politiques pour renouveler la première chambre du Parlement, ou boîte d’enregistrement pour les non excités. Que de gaspillage et que d’aliénation pour décider de la volonté populaire et désigner des «représentants du peuple» selon les desideratas d’un patriotisme obscur. Patriotisme obscur jugeant qu’un peuple trop influençable par la mauvaise graine, doit patienter et payer ses tuteurs, jusqu’à l’âge de maturité, à condition bien sûr qu’il ne soit pas en train de s’en éloigner. L’histoire glorieuse d’une nation ne se fait pas seulement en sortant chèrement et héroïquement d’une longue nuit coloniale; elle doit aussi pouvoir braver de longs et sombres tunnels d’absurdité, en engendrant autant de générations salvatrices.

– Liberté et lobbying, y a-t-il moins mauvais ?

Un groupe de saints ou de pervers, qui choisit et limoge librement ses leaders, c’est de la démocratie pure ! Les insatisfaits n’ont qu’à revoir leur copie ou aller voir ailleurs. Sauf si vous êtes sortis d’une école du putschisme et que vous vous trouvez à la mauvaise place, au mauvais moment. Alternance politique authentique ! On n’a pas encore trouvé moins mauvais, moins injuste, moins violent et moins corrompu pour développer une société. Sauf si on veut sa faillite. On peut reprocher à des élus, tenus par leurs programmes, beaucoup de choses, sauf la trahison de leur électorat. Et s’il y a influence exercée par tel ou tel lobby, c’est de bonne guerre, et tant pis pour la société, pourtant libre de s’organiser mais qui refuse de le faire. Tant pis surtout pour les victimes éloignées, quand il s’agit d’un pays agressif déployant sa force hors frontières. Après tout, s’il y a anomalie dans un espace de liberté authentique, la sottise des politiciens ne fait que refléter celle des électeurs, et la stupidité des journalistes celle des lecteurs. Et là aussi, les insatisfaits n’ont pas à se plaindre et devraient plutôt se sentir heureux d’être épargnés par la cécité collective. Ou de préférence crétinisme collectif, si cela peut mieux convenir, et tempérer les éventuelles pulsions d’abattage massif, dicté par un patriotisme non identifié.

– A lobby, lobby et demi, sinon chut !

Le regroupement par affinités des forces du bien ou du mal, pour constituer des lobbies, influençant l’opinion publique et les choix politiques, ne peut pas être décrié là où la liberté et l’équité sont accordées à tous. Et si les sionistes sont à ce jeu les champions, les lamentations n’y changeront rien, il faut quelque part tirer chapeau et bosser dur pour contrecarrer. Même si elle est déséquilibrée, avec un côté recourant à des stratégies criminelles, la bataille de l’influence ne doit pas être désertée. Elle ne l’a en fait jamais été, et ne le sera pas, en dépit de l’inégalité des forces. L’arme défensive n’est autre, et ne sera autre que la morale et l’islam, et l’ennemi n’arrêtera pas de conspirer des conflits par procuration, à travers des régimes inféodés, combattant l’islam politique. En terrain conquis et sans concurrence, un lobby bien organisé peut dangereusement finir par entamer l’exercice de la souveraineté des grandes puissances, conditionner par l’allégeance toute ambition politique et mettre les dirigeants en coupes réglées. «Chaque fois que nous faisons quelque chose, vous dites que l’Amérique fera ceci ou fera cela. Je vais vous dire une chose très claire : ne vous préoccupez pas des pressions de l’Amérique sur Israël. Nous, le peuple juif, contrôlons l’Amérique, et les Américains le savent !» (Ariel Sharon s’adressant à son rival Shimon Peres en octobre 2001). Qui peut le plus, peut le moins, et rares sont les pays, pas seulement en Occident, où les marques de ce contrôle ne sont pas apparentes.         Quant aux régimes despotiques des pays sous-développés, ils sont bien plus faciles à manipuler, et leur existence et longévité en sont les meilleures preuves.

– A moqueur, moqueur et demi

On ne peut pas se plaindre de la liberté des uns ou des autres, mais pour justifier ses choix, chaque partie peut légitimement être amenée à critiquer, implicitement ou explicitement, ceux des autres, mais avec respect. Acculés à la défensive, les musulmans ne peuvent que se contenter de timides réactions, et c’est dans ce cadre que je me permets une réplique adaptée aux propos de l’actuel chef de l’Etat français, François Hollande, ainsi que son prédécesseur et rival Nicolas Sarkozy. Incapables, tous les deux, d’avoir la moindre influence sur l’écoulement turbulent de l’opinion publique, ils essaient coûte que coûte de prendre la bonne vague, la plus politiquement correcte. Ni de droite ni de gauche, cette dernière s’appelle stigmatisation de l’émigration maghrébine, algérienne pour les intimes. M. Hollande s’est mis récemment à philosopher sur le quotient intellectuel des footballeurs maghrébins, qu’il juge déjà bas à l’origine, et allégé davantage par le succès sportif et économique, infligeant des grosses têtes, évidées et creuses. Hollande, le génie, montre par l’exemple sa recette du pedigree supérieur, consistant à abroger le contrat du mariage contraignant et démodé, et éviter en bonus le péché du divorce. Avec une société issue du concubinage et de la bâtardise, il promet d’améliorer la généalogie et la brouiller pour la protéger. M. Sarkozy se plaint, quant à lui, de la racaille des banlieues, tout en se vantant, devant ses ministres, de la poitrine de sa femme. S’il ne fait pas forcément des envieux, Sarkozy, le fier partageur, ne peut pas être concurrencé, ni démenti, soutenu qu’il est par tant de témoins célèbres, ayant peloté la marchandise avant lui, et dans un meilleur état de fraîcheur.

– Le ridicule peut-il tuer et exterminer ?

Même si la classe politique française se distingue par une spécificité incurable, sans doute marquée par le lourd héritage du mauvais élève du colonialisme, pertinemment diagnostiqué par le général Giap, le leadership dans les autres pays développés ne vole pas très haut non plus.

Aux Etats-Unis, Donald Trump est en train de déblayer le terrain pour son digne successeur.          L’humiliante défaite électorale, qu’il va sans doute essuyer, devrait servir son héritier, et il est fort probable qu’après quelques années, les mêmes électeurs changeront d’avis, pour juger les écarts pervers plus humains et pardonnables que d’autres dérives. Avec en face un Vladimir Poutine et une puissance revigorée, ainsi qu’un humour russe poussé jusqu’à lancer des alertes publiques sur l’imminence de la troisième guerre mondiale, une parade des muscles nucléaires ne peut pas être écartée, d’autant plus que des stratèges maladroits commencent à évoquer les avantages de l’effet de surprise d’une première frappe. Et même Hollywood commence à se mêler du sujet avec une récente et intrigante sortie. Souffre-t-elle d’un manque d’imagination au point où ses films d’action recourent désormais à la manipulation de l’arme nucléaire ? Ou bien cherche-t-elle à désamorcer la tension entre les superpuissances, en proposant une exhibition dans des zones neutres éloignées ? Dans ce dernier cas, en proposant le Sahara algérien comme arène nucléaire, nous devrions nous inquiéter sérieusement. Même s’il n’est pas raisonnable d’imputer cette plaisanterie de mauvais goût à qui que soit, le pays a plus que jamais besoin de dirigeants exemplaires, capables de véhiculer une image et respectabilité dignes de son glorieux passé. Et non de piètres rentiers et rabâcheurs de la langue de bois, assurant grassement ailleurs leurs arrières et ceux de leur progéniture. En plus de l’instabilité et de l’injustice chroniques qui sévissent, et des réactions, légitimes ou criminelles, qu’elles entraînent, avec la prolifération des armes nucléaires, et l’évolution du leadership des pays qui en sont dotés, il est difficile d’être complètement rassuré et d’écarter tous les scénarios catastrophes.

Loin de guérir ou camoufler la sottise et le ridicule, le pouvoir et la gouvernance en sont souvent la cause, sinon le révélateur et le facteur de complication. Et si gouvernants et gouvernés doivent d’abord guetter leurs propres bourdes et pulsions, celles des premiers sont incontestablement plus déplorables, préjudiciables et inquiétantes. Et ultimement plus regrettables pour les concernés eux-mêmes. Ridicules ou pas, les oppresseurs et les tyrans, ainsi que les lobbies qui les manipulent, ne doivent pas être surestimés, et le pessimisme n’a pas lieu d’être. La plus grande, voire l’unique, influence sur le cours de la vie, demeure celle du Créateur, et le meilleur en stratagèmes c’est Lui. Ridicules ou pas, les potentats et despotes, abuseurs et moqueurs, ainsi que leurs courtisans et opposants de pacotille, ne riront pas les derniers, car la fin est loin d’être celle qu’ils perçoivent. «Si vous vous moquez de nous aujourd’hui, leur disait Noé, nous nous moquerons bientôt de vous à notre tour !» (Coran 52/38). «Les agresseurs et les injustes verront bientôt le revirement qu’ils subiront !» (Coran 26/227).

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