Où va l’humanité

Où va l’humanité ? Le désordre mondial est préoccupant et nombre d’instances du dialogue, notamment euro-méditerranéennes, sont en panne. Notre monde a besoin de dialogue.
Le sens de la civilisation a faibli. Il faut se rendre à l’évidence, il n’y a plus de civilisation vivante, ni d’Orient ni d’Occident. La loi du plus fort, l’exclusion et la volonté d’hégémonie mènent à des catastrophes.
Malgré des progrès prodigieux accomplis par la science, la sécularisation et des avancées sociales significatives, les désillusions, le malaise, la crise, sont les maîtres-mots pour traduire la réalité contemporaine complexe. L’humanité est désorientée. L’ignorance, le libéralisme sauvage, l’individualisme forcené, la pratique crispée du religieux, marqués par la perte de l’éthique, caractérisent l’évolution du monde. Non seulement l’environnement est dévasté, mais la dignité humaine et la souveraineté des Nations sont agressées. Nous avons besoin les uns des autres, notamment autour de la Méditerranée, pour rechercher ensemble une nouvelle civilisation. Il reste un avenir. Il sera commun ou ne sera pas.

Respecter le pluralisme
L’Occident et l’Orient, le Nord et le Sud, imbriqués, sont tenus par un destin commun. Aucun d’eux ne peut seul faire face aux défis de l’heure. L’être commun est en jeu. S’attaquer aux causes des désordres, aux injustices et à l’ignorance est indispensable. Nos héritages culturels croisés sont une source précieuse d’inspiration.
Jamais le monde n’a eu autant besoin d’échanges et de partage, pour l’avenir des générations. La plus belle des pratiques, le dialogue des civilisations, par l’éducation, est encore possible. Des opportunités existent.
Respecter le pluralisme cela devrait aller de soi. Un fait naturel et de société, que nul ne peut nier. Échanger et partager est source de richesses. Cependant des populistes prétendent que le multiculturalisme est un échec. Ils engagent leur société dans une logique d’exclusion. Au milieu de remise en cause, de cynisme et d’agression, parler de dialogue des civilisations et de vivre-ensemble peut paraître utopique et naïf. Pourtant, lorsque le dialogue et l’action commune interviennent, la cruauté et la violence sont vouées à l’échec. Par le dialogue, il y a lieu de répondre aujourd’hui à l’intolérance, à la montée des conflits, des guerres, du racisme, de la xénophobie et du fanatisme.
On pourrait juger superflu de renchérir sur une nécessité du vivre-ensemble, du respect de l’altérité et de la coexistence déjà établie. Mais cette nécessité n’est pas reconnue par tous. La tendance est celle du raidissement et du ressentiment. La belle circulation des langues, des savoirs et le sens de l’hospitalité ont cédé le pas, d’une part, à une uniformisation et, de l’autre, à des repliements identitaires. C’est pourquoi il y a, à nouveau, place à la volonté de désenclaver les cultures plurielles et les articuler.
Il n’y a pas d’autre solution que le dialogue, sinon la confrontation nuisible pour tous. La violence reflète l’absence de dialogue dans le monde. L’enjeu est majeur : réapprendre à vivre ensemble, sur la base de la justice et de normes universelles afin de retrouver une civilisation commune qui fait défaut.
Les leçons de la civilisation judéo-islamo-chrétienne et berbéro-gréco-arabe autour de la Méditerranée peuvent contribuer à faire face aux défis de notre temps.

Le vivre-ensemble est possible
En fidélité à l’héritage des sages anciens, discutons sur comment vivre ensemble en toute justice. Les défis de notre temps sont communs, échangeons sur notre vision et nos expériences quant au vrai, au juste et au beau, sur la culture de la paix. Il n’y a pas d’ennemi pour toujours.
Confrontons nos réflexions sur comment articuler le spécifique et l’universel. Personne n’a le monopole de la vérité. Nul ne doit exclure la vision des autres, nos semblables par-delà nos différences. D’autant que l’accord sur des normes communes, en respectant la différence, est le but de tout dialogue et de toute civilisation. Les nobles principes et recommandations de l’Unesco en sont les reflets.
Les mots «dialogue des civilisations» sont tellement usés que leur usage est d’emblée suspect : ne servent-ils pas le plus souvent à des entreprises de justification d’une hégémonie, ou bien de couverture jetée sur une mondialisation dont la loi serait celle de la concentration croissante des richesses et des instruments de décision ? Nous autres, qui nous déclarons humanistes, héritiers de l’esprit de l’Andalousie et de l’Algérie, carrefour des civilisations, nous connaissons la valeur du mot dialogue : c’est celle d’une culture ouverte dans laquelle, autour de la Méditerranée, des hommes parlèrent de l’existence en arabe, en tamazight, en hébreu, en grec, en latin, en espagnol et en catalan, mêlant sans les confondre des cultures et des idiomes, et procédant ainsi partout à former des creusets de civilisations.
Notre temps tout à la fois est celui d’une fin de civilisation et de l’opportunité d’en inventer une autre universelle. Raison de plus pour, dans la vigilance, s’inscrire dans le dialogue des civilisations et la fraternité humaine : «Discute avec eux de la plus belle manière, Seul ton Seigneur sait qui s’est égaré loin de son chemin et Il est le seul à reconnaître les Bien-Guidés» (Coran 16, 125). Le vivre-ensemble est possible si nous réhabilitons la politique du dialogue.
M. C.

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