1790 – 2016 : deux siècles plus tard, le retour de la garde nationale

1790 – 2016 : deux siècles plus tard, le retour de la garde nationale

1790 - 2016 : deux siècles plus tard, le retour de la garde nationale
Cortège de la garde nationale se rendant au Palais-Royal, vers 1790,

Recruter des civils volontaires pour seconder l’armée est une pratique qui date de la Révolution française.

On peut appeler cela le boomerang de l’histoire : une semaine après les attentats du 14 juillet, François Hollande a annoncé qu’il souhaitait recréer une garde nationale, c’est-à-dire une troupe de civils volontaires susceptibles d’épauler les gendarmes, policiers et militaires – une institution disparue au début de la IIIe République.

Or, si les Français fêtent le 14-Juillet, c’est, sans le savoir, grâce à la première garde nationale. Car notre fête nationale ne célèbre pas, comme on le croit, la prise de la Bastille, mais bien la fête de la Fédération. Autrement dit, l’extraordinaire rassemblement de toutes les gardes nationales de France (un million d’hommes) sur le Champ-de-Mars le 14 juillet 1790.

 

Et la Bastille, dans tout ça ? Elle n’est pas loin. Parce que c’est justement pour trouver de la poudre à canon que les premiers gardes nationaux, aidés d’autres Parisiens, l’ont prise. Cette milice de bourgeois et d’anciens militaires professionnels ralliés à la Révolution s’était spontanément créée à l’Hôtel de Ville le 13 juillet 1789. Il s’agissait de lutter contre les armées étrangères, appelées par Louis XVI et massées aux portes de Paris. Et ça a marché.

Pas d’amateurs sur le champ de bataille !

Cette idée qui nous paraît évidente – des citoyens doivent défendre leur patrie en prenant les armes – était, à l’époque, complètement renversante. Sous l’Ancien Régime, les militaires étaient en effet des professionnels dépassionnés, pas des héros prêts à donner leur sang pour sauver une nation. D’ailleurs, la première fois (en 1791) que l’Etat enrôle des civils volontaires pour soutenir l’effort de guerre, les officiers font grise mine : ils ne veulent pas d’amateurs sur le champ de bataille ! Le général Sparre se plaint :

« C’est un fameux travail quand on veut se faire obéir des volontaires qui contrarient vos ordres à chaque instant. »

Enthousiastes, mais refusant souvent de se plier à la discipline militaire, ces citoyens hyperpolitisés sont en effet prêts à accuser d' »aristocratisme » tout officier qui se montrerait un peu autoritaire. Or, à cette époque, l’accusation vaut expulsion de l’armée, voire peine de mort.

Ils veulent devenir réservistes : « Les citoyens français ont besoin de nous »

Et puis, horreur, ces volontaires peuvent élire leurs officiers : les militaires de métier sont convaincus que seuls les gros buveurs seront choisis ! Dans l’imagerie républicaine, ces Français ordinaires qui ont pris les armes sont les « soldats de l’an II » chantés par Victor Hugo – des héros qui ont empêché les puissances étrangères hostiles à la Révolution d’envahir la France. La réalité est moins resplendissante : mal formés, mal nourris, ils désertaient en masse et ont même commis des exactions (pillages, viols…) presque jamais punies.

« Spirale sécuritaire infernale »

Rien à voir, évidemment, avec les réservistes de la garde nationale de 2016. Mais les préventions demeurent : Jean-Marie Bockel, sénateur (UDI) et ex-secrétaire d’Etat à la Défense, pourtant ardent promoteur du renfort citoyen aux armées, admet que les militaires de carrière peuvent renâcler à l’idée d’accueillir des volontaires :

« Pendant longtemps, ils ont eu d’autres préoccupations que la question des réservistes. Il fallait gérer la réduction des budgets, la fermeture des casernes… Et puis c’est vrai qu’il y avait un peu cette idée que tout poste donné à un réserviste était un poste de moins pour un soldat professionnel. »

A l’en croire, ils seraient plus ouverts aujourd’hui.

Réservistes de la police : « Pourquoi je n’ai pas été appelé ? »

Mais une partie de la société civile peut toujours hésiter à donner des armes à M. et Mme Tout-le-Monde, même bien encadrés : « Il y a un risque, évidemment, à armer des gens qui ne sont pas forcément équilibrés », dénonce Noël Mamère, député écologiste de Gironde. « On entraîne les citoyens dans une spirale sécuritaire infernale. Il faut arrêter cela. »

On est bien loin du rêve de Diderot : « Il faudrait que dans chaque condition [métier, NDLR], le citoyen eût deux habits, l’habit de son état et l’habit militaire ».

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